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13 Imoca au départ de la transat anglaise, ce dimanche à 15h

Plateau de The Artemis Transat 2008
DR

Il y a les vieux « routards », ceux qui enfilent les transats comme des perles à l’image de Loïck Peyron (Gitana Eighty) qui en accumule quarante et une dans sa besace, dont quatre The Artemis Transat ! Ou Michel Desjoyeaux (Foncia) et Marc Guillemot (Safran) qui ont tous deux à leur actif un podium en multicoque dans cette épreuve particulièrement difficile qu’ils ont réalisé deux fois. Ou encore Vincent Riou (PRB) et Sébastien Josse (BT) qui étaient au départ il y a quatre ans en monocoque Imoca. Hommes d’expérience et marins confirmés, leur regard sur cette course face aux humeurs de l’Atlantique Nord est plus pragmatique que celui de leur compagnes et compagnons de route qui vont s’élancer pour la première fois à ce que d’aucuns surnomment « la face Nord du Mont Blanc » !
Une « ascension » qui, si elle a pour but ultime la préparation au Vendée Globe (« l’Everest de la voile »), n’en est pas moins un cap capital à franchir, une dernière étape avant le grand saut, un dernier banc test avant un chantier estival. Plus ou moins expérimenté et surtout plus ou moins en symbiose avec un bateau qu’il découvre encore, ces « nouveaux venus » expriment leurs attentes et leurs interrogations avant le départ de dimanche à 14h00 locales devant le brise-lames de Plymouth.

Arnaud Boissières (Akena Vérandas)
« Lors de la première édition de la transat en 1960, je n’étais pas né ! Mais je me souviens de la deuxième victoire de Loïck Peyron en 1996 : c’est une course mythique pour un navigateur. Etant qualifié pour le Vendée Globe, je suis serein pour cette transat qui est un véritable enjeu sportif avec un très beau plateau et six prétendants à la victoire. Je vais essayer de naviguer à la hauteur du bateau et peut-être me glisser comme une anguille dans une botte de foin. »

Yannick Bestaven (Cervin EnR)
«Les nouveaux bateaux sont plus rapides que l’ex-Aquitaine d’Yves Parlier mais je suis content parce que nous avons fait un beau chantier pour remettre Cervin EnR en bon état pour The Artemis Transat et le Vendée Globe. A ce jour, j’ai enchaîné deux transats sur le bateau et cette nouvelle traversée permet d’engranger encore de l’expérience même si je suis déjà qualifié pour le tour du monde. »

Samantha Davies (Roxy)
« Je suis fière de participer pour la première fois à cette transat mythique ! Fière parce que c’est une course anglaise. Fière de défendre les couleurs de l’Union Jack ! C’est génial car Plymouth est une ville magique qui marque l’arrivée de la Fastnet Race, la première grande course à laquelle j’ai participé. J’ai beaucoup de souvenirs de Sutton Harbour : j’espère rester dans les traces de Mike Golding et de Michel Desjoyeaux et je reviendrais pour la gagner un jour. »

Yann Eliès (Generali)
« Bien sûr que ce n’est pas un événement bénin quand il faut traverser en solitaire l’océan Atlantique ! Mais nous allons avoir d’excellentes conditions pour le départ et peut-être qu’ensuite, cela va se dégrader plus sensiblement. Mais je dois avouer que je suis dans mon élément quand il y a du mauvais temps et que cela commence à s’approcher de la survie ! »

Armel Le Cléac’h (Brit Air)
« J’habite depuis peu à côté de la maison d’Eric Tabarly et évidemment, The Artemis Transat m’interpelle ! C’est une chance d’être là même si on ne va pas vers le soleil et vers les alizés. C’est un bon entraînement pour moi en vu du Vendée Globe et ce sera aussi ma qualification pour le tour du monde en solitaire : c’est mon premier objectif. »

Dee Caffari (Aviva)
"Ces monocoques de 60 pieds sont très faciles à mener, mal ! Mais une fois que vous les avez compris et que vous les menez dur comme ils le demandent, c’est tout simplement fantastique ! J’ai déjà cumulé 2 500 milles sur le nouveau Aviva et je suis consciente que j’ai encore beaucoup à apprendre. Mais par-dessus tout, je me sens privilégiée d’être ici, à Plymouth, pour le départ de cette course mythique, face à une flotte impressionnante ! »

Unai Basurko (Pakea Bizkaia 2009)
" The Artemis Transat est une course importante sur une partie de l’océan Atlantique qui n’est pas la plus facile. J’ai déjà navigué sur ce parcours mais dans l’autre sens, d’Ouest en Est mais j’ai toujours rêvé d’être au départ de cette course ! Et dimanche, c’est une envie de gosse qui va devenir réalité. Je me mets doucement dans le mode « racing » et je crois que je vais dormir sur mon bateau la veille au soir. pour être déjà dans l’ambiance ! »

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Un océan d’incertitude

Concarneau Saint-Barth
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Plus ça va, moins ça va ! A moins de 600 milles de l’arrivée, la situation en tête de flotte est loin de se décanter. Ce n’est pas la guerre froide, compte tenu des latitudes où naviguent les leaders, mais on est loin du « blitzkrieg » qui assurerait la domination définitive d’un des candidats au podium sur les autres. Certains, comme Cercle Vert conjurent le sort en envoyant leurs proches brûler des cierges à la chapelle Notre-Dame de Rocamadour qui domine le port de Camaret sur mer. D’autres font confiance à la rationalité d’une organisation méticuleuse, quand les derniers misent sur leur fougue et leur enthousiasme pour continuer d’y croire. Jean Le Cam l’affirme : « les cierges de Camaret, c’est les meilleurs ». Parole de connaisseur qui estime ne devoir négliger aucun détail pour empocher la mise finale. A bord de Concarneau Saint-Barth, Miguel Danet remonté comme un coucou suisse sait que toute une île le pousse et puise dans cet incroyable soutien une motivation intacte. Quand sur SNEF & Cliptol Sport, Laurent Pellecuer se plie à la vie presque monacale imposée par Jean-Paul Mouren : quarts à heures fixes, alimentation régulière, repos… La paix de l’âme est à ce prix. Mais pour le verdict, il faudra repasser les plats. Même les autres concurrents placés en situation d’observateurs se refusent à livrer le moindre pronostic. Thierry Chabagny à bord de Suzuki Automobiles livrait ainsi une analyse des plus lucides pour en conclure que l’on n’était certain de rien. «On s’est en effet un peu décalé dans le sud dans le but de trouver un peu plus de vent.  Plus t’es dans le sud,  plus le vent est plutôt nord-est que est, on devrait donc avoir un angle meilleur pour finir la route vers St Barth. …  Dans le même temps, les vents risquent de basculer à l’est vers la fin et favoriser ceux qui sont plus au nord» En clair, avantage aux sudistes, quoique au bout du compte, les nordistes…

Parcimonie et bon escient
Les jours de retard accumulés pèsent bien évidemment sur tous les équipages. Avec une question récurrente : la gestion de l’eau douce. L’heure est aux restrictions ; les navigateurs commencent à user d’expédients pour économiser le précieux breuvage, certains allant même jusqu’à retrouver des pratiques ancestrales tel Bertrand de Broc à bord de Les Mousquetaires : « On va essayer de se faire plaisir jusqu’au bout mais par contre, on rationne sévère. On s’est même fait des pâtes à l’eau de mer hier ! Moi je voudrais un bon poisson à l’arrivée, ça me ferait vraiment plaisir. » A bord d’Aquarelle Le Figaro, Fabrice Amédéo s’interrogeait sur la nécessité d’ouvrir son bidon de survie au risque d’être pénalisé par le jury de la course : « On avait pourtant prévu ce qu’il fallait, mais avec la chaleur les réserves ont diminuées plus vite que prévu… On s’économise car le soleil est notre pire ennemi en ce moment. On fait bien attention car on peut rapidement attraper une insolation. » Après une conversation avec Jean Maurel, les deux navigateurs étaient convenus que si le besoin s’en faisait sentir, ils n’hésiteraient pas à taper dans la précieuse réserve. Système D, recettes de grand-mère et bas de laine redeviennent d’actualité…

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Le trio de tête dans les 6 milles

Cliptol pellecuer
DR

Pas de chamboulements majeurs sur la transat. En tête de course, SNEF et Cliptol Sport comme Cercle Vert continuent de mettre une solide pression sur les outsiders de Concarneau Saint-Barth quand tout le monde surveille comme le lait sur le feu la progression de Solar Inox. Sauf qu’aucun des membres du trio de tête n’est à portée de la gazinière au moment fatal. Dans ce genre de cas, il reste à se préoccuper des fondamentaux : faire tourner les logiciels de routage sans se mettre trop de pression et surtout optimiser les performances. Les bonnes vieilles recettes apprises sur les bancs d’école de la course au large deviennent la règle. Faire des quarts, savoir dormir quand il le faut, faire confiance au petit camarade sur le pont pour régler au mieux le bateau. La barre dans une main, l’écoute de spi dans l’autre, on cherche la bonne rythmique, celle qui va faire que la carène va glisser au mieux sur la houle atlantique. Par instant la magie fonctionne : on a trouvé la formule idéale, le petit angle de barre pour relancer la bête, la bonne pression dans l’écoute de spinnaker… Tout paraît facile, simple et dans ces instants là, Neptune n’est pas loin d’être notre cousin… Jusqu’au moment où le disque déraille. La voile d’avant qui se dégonfle brutalement et qui claque, le timing de barre qu’on peine à retrouver. C’est là qu’il faut garder suffisamment de lucidité pour savoir s’il ne s’agit que d’un incident de parcours dans la longue nuit étoilée ou si c’est l’heure de taper sur la coque pour réveiller son compagnon de fortune. Il monte sur le pont les yeux encore pleins de sommeil, il prend corps petit à petit avec l’ambiance générale. Il suffira ensuite d’un mot ou deux : « C’est bon, je prends… » « Gaffe, quand même, ça oscille pas mal sous les grains… » C’est terrible cette manie des marins de vouloir faire des phrases.

Ambivalence des sentiments
Bien évidemment, la perception de ces nuits-là n’est pas tout à fait la même suivant que l’on joue encore pour la gagne ou pour rallier l’arrivée sans autre ambition que de se dire qu’on a fait le job et qu’on n’a rien à regretter. L’heure des introspections viendra plus tard… Armel Tripon, à bord de Gedimat, en convenait : « On essaye de grappiller des milles sur Financo. Mais il faut l’avouer, ce ne sera pas facile. On se restreint sur la nourriture, on ne mange plus qu’un repas sur deux… » A bord de SNEF et Cliptol Sport, Laurent Pellecuer tentait de maîtriser sa fougue par une analyse la plus lucide possible de la situation : « Pour l’heure, nous profitons des conditions stables pour faire des quarts de qualité et nous offrir de bonnes plages de sommeil. Les nerfs commencent à s’exciter, mais nous nous efforçons de garder la tête froide… » La grande Arletty lui rétorquerait comme dans « Les Enfants du paradis » : « Vous avez la tête trop chaude et le cœur trop froid, je crains les courants d’air… »

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Cousin Trestec, toujours dans la course avec Thomas Coville.

Trestec - Coville
Trestec - Coville

Cousin Trestec repart pour une saison aux côtés de Thomas Coville. Le navigateur prépare son bateau Sodeb’O totalement équipé de cordages haute performance de la gamme Trestec compétition. Pour hisser et tendre ses voiles, un bateau prêt pour un record a besoin de drisses et d’écoutes. En marge de la coque et de la grande voile floquées du logo du sponsor (incontournables aux yeux du grand public), plusieurs kilomètres de cordage sont également nécessaires pour faire avancer ce géant des mers. Il s’agit d’un élément essentiel à ne pas négliger.

Partenaires depuis 10 ans

Tout naturellement, Thomas Coville a donc encore choisi de faire confiance à Cousin Trestec pour ses deux prochains records. Le résultat de 10 ans de collaboration. Tout au long de l’année, chaque cordage Cousin Trestec est testé sur les bancs d’essai de l’usine nordiste avant d’être monté sur le bateau. De son côté, Thomas Coville et son équipage proposent de nouvelles évolutions et de nouveaux systèmes susceptibles d’être développés à grande échelle pour tous les amateurs de voile. Un véritable travail d’équipe !

Deux nouveaux records cette saison

Actuellement, le navigateur attend le meilleur moment pour entamer la traversée de l’Atlantique Nord au départ de New-York. Puis il repartira dès l’hiver prochain pour sa tentative de record autour du monde. Pendant cette saison 2008/2009, le maxi trimaran Sodeb’O continuera donc de filer sur toutes les mers du globe équipé par Cousin Trestec. Les cordages Dynalight, Aramadillo ou Dyneestar, déjà utilisés pour des tours du monde par Olivier De Kersauzon ou Loïc Péron, ont prouvé leur efficacité. Ces cordages de série en fibres de haute performance font la fierté de l’entreprise nordiste qui consacre 20% de son chiffre d’affaire à la recherche-développement. Cette politique devrait lui permettre d’aider Thomas Coville à battre de nouveaux records cette saison.

Source : Cousin Trestec
www.cousin-trestec.com

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4 courses à l´Ecole navale

Open 5.70 Grand Prix ecole navale
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Une première pour les Open 5.70
Les petits sportboats de 5m70 conçus par Jean-Marie Finot et distribués par Philéas ont fait, en quelques années, du Grand Prix de l’Ecole navale, leur course « phare ». Ainsi sur cette septième édition, jamais autant d’Open 5.70 auront été sur une ligne de départ. 40 monotypes participent au GPEN, preuve du dynamisme de la série. « Le niveau est de plus en plus homogène en tête de la flotte » explique Laurent Iturbide, vainqueur l’année dernière. « Cette classe prend de plus en plus d’importance. C’est très sympa de naviguer contre autant de voiliers et dans une bonne ambiance avec un alliage de jeunes coureurs et de marins plus expérimentés » enchaîne Anne-Claire Le Berre (Equipe de France Militaire) et cinquième au général.  « L’open 5.70 est très facile à la barre comme le dériveur et bénéficie du gréement d’un catamaran ce qui fait un voilier qui plaît car il plane très vite » conclut le jeune espoir Malouin Franck Andrieux, sixième.
 
Le Grand Prix s’internationalise
En cette journée de l’Europe marquée par l’organisation à l’Ecole navale d’un séminaire sur la politique Européenne de sécurité et de défense, le Grand Prix s’inscrit comme une véritable compétition vélique internationale. Revues de détails des régatiers européens…
 
 « Needles and Pins », le J80 de l’Allemand Ulrich Muncher, organisateur du Mondial J80 2008 à Kiel en Juillet et parmi les plus grands spécialistes de la petite unité du chantier J Europe, est 28ème au général ce soir. Bien que disqualifié sur la dernière manche du jour, l’Allemand,  second au Spi Ouest France et toujours sur les places d’honneur aux Mondiaux J80, sera un concurrent à surveiller.
Une équipe belge a fait aussi le déplacement avec notamment Monsieur André Annicq, Commodore du Royal Belgium Sailing Club qui naviguera dés demain en Longtze Premier. Jacques Hubert, le skipper du J80 « Elevage sans frontière » court, quant à lui en J80.
 
Le Néerlandais Jacques van den Heuvel trépigne à l’idée de tester son Longtze Premier.
L’Espagne est également représentée avec Alexander Diaz en Open 5.70 actuellement 21ème. Enfin, notons la participation d’une équipe de la Royal Navy en J80 et l’engagement du Mumm 30 « Ville de Genève » d’Etienne David actuellement second.  
 
Erik Orsenna, parrain du parrain
Le parrain de l’épreuve, Sébastien Audigane, brestois d’origine et détenteur du record du Tour du Monde à la voile avec l’équipage du maxi-catamaran « Orange » court sur « le Longtze Premier », le sportboat construit en Chine par l’équipe « China Team » de la Coupe de l’América. Il était soutenu aujourd’hui par son parrain l’académicien Erik Orsenna, grand amateur de voile de compétition que cela soit en Dragon ou en Mumm 30 et fidèle soutien de Sébastien dans son projet de participation au Vendée Globe 2012.  Erik Orsenna : « Je suis venu saluer la rade que je n’avais pas vu depuis longtemps. C’est très sympa de revoir le haut niveau à la voile. J’ai particulièrement suivi mon ami Sébastien Audigane avec qui nous préparons un projet de Vendée Globe pour 2012. La mer, c’est 1000 occasions, la première étant l’amitié ».
 
Soirée à Lanvéoc
Ce soir la totalité des concurrents sont invités par la commune de Lanvéoc pour la soirée traditionnelle des équipages. L’une des particularités du Grand Prix est de loger et nourrir les compétiteurs.
Demain, c’est reparti pour un tour, l’emblématique directeur de course Alain Daoulas et ses 3 comités de course comptent bien lancer au moins autant de manches qu’aujourd’hui.
 
Ils ont dit :
 
Sébastien Audigane, Longtze Premier : « Ce nouveau sportboat est intéressant à barrer. Dès qu’il y a de l’air, il accélère. Nous allons un peu plus vite que les Melges 24 avec qui nous naviguons.  Le vent était oscillant aujourd’hui et le courant pas facile à comprendre tactiquement ».
 
Jean-Marie Le Calvez, Melges 24 « Carbone » : « Une première pour nous car nous n’avons jamais couru ici. Le plan d’eau était intéressant car nous n’avons pas eu de bord obligatoire. Nous nous préparons bien au Mondial qui aura lieu dans 15 jours en Sardaigne ».
 
Ulrich Muncher, J80 « Needles and Pins » : « Nous gagnons la deuxième manche du jour mais nous sommes black flag sur la troisième, dommage ! On se rattrapera demain. Nous sommes venus au Grand Prix car le niveau en J80 est toujours très élevé et nous préparons le Mondial de juillet à Kiel chez nous ».

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Le dénouement est proche

Concarneau St Barth
DR

Cachotteries, digressions et bouche cousue : tel est le menu de cette fin de course pour les concurrents encore en lice pour la victoire finale à Saint-Barthélemy. Alors que la fièvre monte à Gustavia, avec le classement aux avant-postes des deux compères de Concarneau  Saint-Barth, sur l’eau la guerre psychologique a commencé. Les plus prolixes découvrent les vertus de la discrétion et les plus roublards trouvent tous les artifices possibles pour ne pas dévoiler leurs cartes. Eric Péron, après avoir vu sa place de leader menacée un temps la nuit dernière, l’avouait tout de go : «Qui sont nos adversaires ? C’est une question délicate car je ne veux pas vous dire ma stratégie comme ça de butte en blanc mais je pense que SNEF a un petit avantage. Nous, on se dit que, quoi qu’il arrive, on a rempli nos objectifs et tout ce qu’il arrivera en plus ce sera du bonus ; donc on fait de notre mieux et on est très décontracté. On verra ce qu’il va se passer. » Mais la voix ne trompe pas, la décontraction n’est qu’apparente : le duo sait qu’il est en tête de course, il ne tient pas à lâcher… Forcément, la pression monte. Autre tempérament, autre stratégie à bord de Cercle Vert : Jean Le Cam décidait de se la jouer blagueur à la vacation, inversant les rôles, posant les questions à ses interlocuteurs du PC Presse : comment était-on installé ? Quel temps faisait-il ? Et mille autres futilités pour éviter d’aborder les sujets qui fâchent, essentiels. Seule l’information lâchée en fin de vacation : « on barre en permanence, pas de pilote, pas de répit pour les bras », témoignait de la détermination des deux Finistériens. Chez les Sudistes de Solar Inox et de SNEF et Cliptol Sport, engagés dans la même partie de bras de fer, on avait choisi le silence radio : autres moyens, mêmes effets.

Avec le temps, va…
On imagine aisément que la musique est d’une autre nature chez les rescapés de la route nord. Erwan Tabarly le reconnaissait volontiers : « Il ne nous reste plus qu’à apprécier les derniers milles en mer et continuer de faire avancer le bateau. On est toujours en course mais tactiquement, comme les autres sont devant, on n’a plus grand-chose à faire. On prend les alizés comme tout le monde. » Ce que semblait confirmer Jean-Charles Monnet à bord de Dégremont Suez Source de talents. Les méridionaux de la route nord se disent qu’il y a encore à faire pour essayer de gratter sur la ligne le tandem de Financo, qui reste la référence de ce groupe : « On est au portant, mais rarement sur la route directe ; donc on tire des bords ;  donc on perd un peu de temps.  La moindre erreur se paie, la présence de Financo derrière motive ».  Pour tromper le temps qui passe, on commence à évoquer l’avenir, on se remémore déjà les meilleurs instants, on imagine, suivant les tempéraments, la saveur du ti-punch qui célèbrera le passage de la ligne, voire du verre de jus de fruit ou de la bière fraiche. Là aussi la pression monte…  Une autre manière de se consoler est toujours de se dire qu’il en est de plus malheureux. Et l’ensemble des concurrents de compatir au sort des derniers irréductibles nordistes englués sans vent à 160 milles de la tête de flotte. Pour eux, l’issue est encore plus incertaine : la tentation du renoncement est d’autant plus dure à vivre qu’on n’a encore jamais vu de skipper débarquer en pleine mer en disant : « ça suffit ! » Quand certains s’apprêteront à goûter les premières gorgées du pot de l’arrivée, d’autres risquent de boire le calice jusqu’à la lie…

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Quelle météo pour le départ de la transat anglaise dimanche ?

Vincent Riou - PRB
DR

Mais c’est ensuite que la situation devient plus confuse et par la même, plus intéressante ! Un courant d’Ouest pour mercredi est annoncé mais ensuite ?
Des calmes, des bulles anticycloniques, des minima dépressionnaires, des rotations brusques du vent, des mers croisées même si elles ne seront pas trop formées. Bref, un sacré bouillon d’incertitudes à gérer pour les coureurs. Car il ne suffira pas d’être rapide au portant, performant au près, véloce au débridé : il faudra avant tout être en phase avec Eole et c’est de loin, la plus grosse difficulté pour un navigateur solitaire que d’anticiper les manœuvres, d’appréhender les rotations, de programmer le sommeil, de jouer sur l’assiette du bateau. Le petit temps est souvent bien plus éreintant que la grosse brise !
Et cette situation météorologique un peu inhabituelle en un mois de mai, offre aussi l’opportunité à des voiliers plus anciens de jouer les trouble-fêtes jusqu’à l’arrivée à Boston. Car si une tempête n’est pour l’instant pas en vue au large de terre-Neuve, il est quasi certain qu’il y aura du près à négocier, de la mer formée à affronter, des bancs de brume à traverser, des bateaux de pêche à éviter et des adversaires à surveiller ! La routine quoi.

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SNEF-Cliptol Sport prend la tête

SNEF CLIPTOL SPORT
DR

Dans ce contexte, la dernière nuit n’a pas manqué de réserver une première surprise : SNEF-Cliptol Sport vient de voler la vedette à « l’échappé beau » de sentiers du Sud, Concarneau-Saint Barth. Moins d’un mille sépare désormais ces deux bateaux. Cercle Vert progresse toujours en embuscade, à 11 milles derrière. Les Nordistes, à l’image de Financo (4è à 60 milles) ne lâchent rien, mais semblent condamnés à perdre encore un peu plus de terrain. Quant à Solarinox, légèrement décalé au Sud, il affiche la meilleure vitesse. 5ème, à 75 milles, il menace sérieusement de chambouler le tiercé de tête. Sur fond de régate d’une rare apprêté, tous les coups tactiques sont plus que jamais permis. Il reste 823 milles à parcourir pour le leader du moment. Quatre bateaux se détachent pour se disputer les honneurs du podium final.
L’épilogue approche, il s’annonce à la hauteur de l’histoire offerte jusque-là par les 23 équipages encore en course.

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Un nouveau point de passage pour éviter les glaces

safran
DR

210 milles en sus : voilà la conséquence de la décision prise collectivement par Sylvie Viant, Directrice de Course, et les vingt-quatre solitaires ! Mais si le parcours atteint désormais près de 3 000 milles (2 955 milles exactement), le risque d’un incident, voir d’une avarie grave suite à la percussion d’un growler, est très sensiblement réduit. Il faut souligner que les observations effectuées quotidiennement par les Coast Guards et les images satellite indiquent que des icebergs ont été identifiés jusqu’à 41°30, soit pratiquement sous les bancs de Terre-Neuve, en limite du Gulf Stream et très près des routes maritimes entre l’Europe et la côte Est des Etats-Unis ! Une situation inhabituelle à cette période de l’année car la débâcle des glaces du Saint-Laurent et de la banquise n’a débuté que depuis quelques semaines.
L’indication aussi que les icebergs sont plus nombreux que les années précédentes et qui dit icebergs, dit growlers, masses de quelques tonnes seulement qui flottent en groupe dispersé et n’émergent que de quelques mètres au-dessus de la mer. Car si un iceberg est visible au radar, ces morceaux de glace sont difficilement aperçus par un navigateur solitaire et ignorés par les radars, et seule une différence de température de l’eau de mer peut laisser entendre que cette présence fantomatique rôde !
La porte définie par les Instructions de Course est ainsi une ligne située à la latitude de 40° Nord entre un point par 47° Ouest et un point par 50° Ouest : les concurrents doivent laisser au moins un point de cette ligne sur leur tribord, avant de remonter vers le Nord si leur route stratégique les y incite. L’objet de cette décision est d’incurver la route des solitaires au Sud des bancs de Terre-Neuve, sans pour autant bloquer les initiatives tactiques sur la fin du parcours. La ligne d’arrivée devant Boston étant situé par 42°20 et 70°57, les concurrents auront encore plus de 900 milles à parcourir sur un terrain de jeu ouvert.

Détecteur de glace
Rappelons l’aventure de Sébastien Josse (présent à Plymouth pour The Artemis Transat sur BT) lors du dernier Vendée Globe 2004 : dans le Sud-Est de la Nouvelle-Zélande, son monocoque avait percuté de plein fouet un growler de plusieurs tonnes, arrêtant net son voilier et brisant son bout dehors qui heureusement, avait fait office d’amortisseur. La coque n’avait pas été endommagée mais le solitaire n’avait pu retrouver tout le potentiel de son bateau au portant jusqu’à l’arrivée aux Sables d’Olonne. C’est dans cette optique que la société Sagem développe un détecteur d’objet flottant non identifié (OFNI). Safran va à l’occasion de The Artemis Transat, tester ce prototype qui doit permettre surtout d’alarmer le solitaire lors du Vendée Globe dans les mers du Sud. Marc Guillemot précise que ce système est encore en phase de mise au point sur son 60 pieds : « Le principe s’appuie sur une caméra miniature thermique en tête de mât qui détecte tous les objets qui présentent une différence de température significative par rapport à l’environnement. La Sagem développe cette technologie pour l’industrie et le bateau sert de banc test essentiellement pour identifier les growlers, les morceaux de glace dérivante issus de la fonte des icebergs. Pour l’instant, le système enregistre les images thermiques et le logiciel va stabiliser l’image pour la définir sur un champ de vision d’un mille devant l’étrave. ». Ce matériel sera installé dans sa version définitive sur Safran pour le prochain Vendée Globe, le système permettant alors de circonscrire l’objet, de l’identifier comme un danger possible, puis d’alarmer le skipper. Ce projet pourrait intéresser autant les coureurs autour du monde, en solitaire ou pour un Trophée Jules Verne, que les cargos et les bateaux de pêche qui naviguent dans des zones froides à risque.

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A 900 milles de l’arrivée, les sudistes prennent le pouvoir

Concarneau Saint-Barth
DR

Ironie du sort, hasard du calendrier ? En tout cas, il a bien fallu attendre ce 8 mai, jour férié en commémoration d’une victoire, pour vivre la fin d’une suprématie et les premiers pas du nouvelle ère.  Le pays du Nord – s’il n’aura vraiment capitulé qu’une fois la ligne franchie – a vécu ses dernières heures en tête du classement. Le Sud remporte une bataille capitale : celle qui donne le coup d’envoi pour un dernier sprint jusqu’à Gustavia…

Sur l’échiquier de l’Atlantique, la 9ème Transat AG2R, qui se déroule sur le mode d’une course à l’élimination, a basculé. Parfois à  mots pudiques et couverts, parfois avec une franchise qui ne manque pas de sportivité, ils se reconnaissent ou ils s’avouent vaincus. Les observateurs avisés, eux, estiment que les jeux sont faits. Kito de Pavant, vainqueur en titre aux côtés de Pietro D’Ali, l’analyse ainsi : « On a la confirmation aujourd’hui de ce qui devait inévitablement arriver. Les bateaux du Sud ont pris le commandement, et du poil de la bête. On peut désormais considérer que la victoire va  se jouer entre les bateaux – et ils sont une bonne dizaine – qui progressent dans ce paquet. Ils se positionnent et anticipent sur ce qui va se passer au dernier moment de la course… »

Dans la Résistance
La cartographie montre bien la répartition des forces sur le terrain. En haut du plan d’eau, ils  ne sont plus qu’une petite poignée. Financo, Défi Mousquetaires, Degremont Suez Sources de Talents, Athema ou encore Atlantik FT sont les purs et durs de la route Nord, ceux qui ont écrit les pages d’une résistance sans faille qui restera dans les annales de la course.  Aujourd’hui, ils dégringolent dans le classement, mais la course n’en est pas pour autant terminée. Loin s’en faut. Chacun aura à cœur de défendre la moindre place jusqu’à l’arrivée : de l’emporter face aux déserteurs, ou les indécis de la route directe. Ils profiteront aussi, peut-être, des mouvements de scissions qui bousculent le camp des alliés sur la route des alizés.

Du côté de l’alliance pas question en effet de baisser les armes, bien au contraire. Pas d’entente cordiale qui tienne non plus entre sudistes et ex-centristes. La victoire connaît beaucoup trop de sérieux prétendants pour se prononcer. Le suspense reste entier, et  c’est tant pieux. Tendus vers le même objectifs, les avis et les options divergent déjà. Quant aux leaders du jour, ils se refusent d’y croire avant de l’avoir attrapée dans leurs voiles. Eric Péron à bord de Concarneau-Saint Barth le mesure du haut de sa place de premier  pourchassé : « Ce n’est qu’un classement. La route est longue. Il va falloir batailler jusqu’à la fin. On se dit qu’il y a quand même 900 milles. Il peut encore se passer plein de choses. On est vigilant. On reste concentré… » Même consigne à bord de SNEF-Cliptol Sport. Figariste rompu à l’art de la dernière cavalcade, son expérience lui dicte la sagesse et la prudence. Jean-Paul Mouren prône la modération des sentiments face aux accélérations de son monotype et des événements : « Le vent va un peu faiblir. Il y a encore 1000 Km. Rien n’est acquis définitivement. Il suffit d’une drisse qui casse, une bûche dans la quille… Le jeu de cartes va être un peu redistribué dans le petit temps. L’extrême sud va sortir du chapeau et l’extrême nord fera son apparition… » La prudence domine.

À l’ombre de la table à carte
Si la guerre de sécession est terminée et réécrite à la sauce Figaro, la lutte continue de plus belle sur l’eau. Sur le mode d’une course de vitesse d’une folle intensité pour les premiers qui se tiennent  en 23 milles. Ou, à l’ombre de la table à carte, où certains équipages, en embuscade, fourbissent leurs armes. C’est le cas du duo de Solarinox qui se démarque encore. Il trace son sillage au Sud du Sud et suscite une certaine méfiance… « Il y a trois ou quatre jours, on était 5 milles devant SNEF-Cliptol Sport, puis on a réfléchi un peu en termes de météo. On est resté sur notre philosophie de routage. On est venu ici car il y doit y avoir toujours un peu plus d’air. S’il y a une rotation du vent, on pourrait rattraper nos milles de retard », confie Ronan Guérin. Et d’ajouter : « On suit notre inspiration jusqu’au bout, et on verra bien à l’arrivée. Je ne suis pas sûr que les premiers seront réellement les premiers à l’arrivée… »
On devine ce soir que la flotte a peut-être mis plusieurs cabanes sur le chien…

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