Jusqu’au départ de la neuvième et dernière manche, l’ordre sur le podium était incertain. Lorsque Nicolas Charbonnier s’est élancé en tête, les nombreux spectateurs présents sur le quai ont bien cru que le jeune médaillé de bronze sur 470 allait réaliser l’exploit de remporter le Trophée Clairefontaine de Valencia, alors que c’est la toute première fois de sa carrière qu’il effectue une compétition en catamaran. Loïck Peyron perdait le Trophée Clairefontaine de Valencia en se faisant enfermer sur la dernière ligne de départ. Malgré tout son talent, il ne réussissait pas à revenir sur la tête de la course, animée par une bataille navale sans merci entre Jean-Pierre Dick, Luc Dubois et Ed Baird (Alinghi Black).
Classement général définitif (neuf manches) : 1- Luc Dubois (Alinghi Red – Sui.), 60 pts (6,6,1,1,4,1,3,6,1) 2- Nicolas Charbonnier (Fra.), 55 pts (3,3,3,8,2,3,1,2,5) 3- Loïck Peyron (Fra.), 55 pts (1,2,2,5,1,5,6,3,7) 4- Jean-Pierre Dick (Fra.), 46 pts (5,8,7,4,6,2,4,1,2) 5- Ed Baird (Alinghi Black – E-U), 40 pts (2,5,8,3,5,6,5,5,3) 6- Michel Desjoyeaux (Fra.), 39 pts (4,4,4,7,7,4,2,7,4) 7- Fernando León (Esp.), 36 pts (7,1,5,6,3,8,7,4,6) 8- Claire Leroy (Fra.), 17 pts (8,7,6,2,8,7,Dnf,Dns,Dns)
Avec cette fameuse victoire sur le Tour de France à la voile, deux troisièmes places à Deauville et à Pornichet et une quatrième au Grand Prix de l’Ecole navale, Daniel Souben et ses équipiers ont été les plus réguliers de la saison. Il remporte le titre de champion de France grâce à cette constante mais aussi grâce à leur première position au TFV car au terme de la route des îles « Ville de Marseille », « Nouvelle Calédonie » et « Courrier Dunkerque » étaient à égalité de points (10) et ont été départagés par la grande boucle nautique hexagonale.
« La route des îles a vraiment tenu ses promesses. Elle était la grande finale de la saison. Le combat a été acharné avec Dimitri Déruelle et Ronan Dréano. Pour finir, « Nouvelle Calédonie » n’a pas réussi à intercaler un voilier entre nous et eux » déclare Daniel Souben, skipper. « Cela n’a pas tenu à grand-chose. Nous avons réalisé une saison pleine. Notre point fort a été la régularité. Nous ne gagnons pas beaucoup de manches cette année mais par contre nous sommes toujours bien placés. L’ambiance à bord est aussi pour beaucoup. Chaque équipiers est très compétents mais nous avons réussi à ne pas nous marcher les uns sur les autres et puis nos partenaires nous donnent les moyens de nous entraîner tôt dans la saison ce qui n’est pas négligeable. Nous avons pris un grand plaisir à naviguer contre les équipages de Dimitri et Ronan. J’ai rarement vu dans ma carrière autant de correction sur l’eau. Nous allons désormais aborder la saison 2009 avec l’étiquette de favoris. On va avoir un hiver studieux car le niveau va encore augmenter et nos adversaires vont nous attendre au tournant ».
Le classement du Championnat de France 2008 1 Courrier Dunkerque 10 points 2 Nouvelle Calédonie 10 points 3 Ville de Marseille 10 points…..
Le classement de la route des îles 1 Marseille 31 points 2 Nouvelle Calédonie 40 points 3 Courrier Dunkerque 42 points…..
"Chez moi à Sanary, ma famille m’annonçait 50 nœuds de Mistral ce matin. Or souvent quand on est dans cette configuration, il y a en baie de Nice ce qu’on appelle le retour d’est. Un peu comme une boucle. J’ai pensé à ça et je suis parti en bout de ligne…» Belle inspiration puisque le skipper d Kone Elevators se retrouvait dans le bon wagon à l’approche de la première marque au vent juste derrière Fred Duthil, toujours aussi affuté à bord de son Distinxion Automobile… Avec un soupçon de roublardise, Nicolas allait chercher une risée qui lui permettait de se porter au vent de son compagnon d’échappée et de le dépasser lors de l’envoi du spinnaker. Suite à cette dernière diablerie, le navigateur varois devait s’échapper ensuite inexorablement au gré des risées qui balayaient un plan d’eau particulièrement capricieux. Derrière Nicolas, la bouée devant le Vieux Port de Nice voyait se pointer en deuxième position un Romain Attanasio (DCNS 62), lui aussi diablement motivé, qui chipait la deuxième place à Fred Duthil à la faveur de l’empannage à la marque.
Paul Meilhat, surprise du chef
Parmi toutes ces bandes de joyeux drilles, il en était un qui était tout heureux d’être invité au banquet, c’est Paul Meilhat, le skipper de TS Régate Créteil Val de Marne. Arrivé à Nice fort de l’insouciance des nouveaux-venus, nanti d’un budget de peau de chagrin, il se débattait depuis le début de semaine avec les affres d’une jauge exigeante, monotypie et circuit professionnel obligent. Après avoir pu préparer son bateau sur le fil du rasoir, il arrivait sur la ligne, déjà satisfait de pouvoir être présent lors du top départ. Moins de deux heures plus tard il terminait à la quatrième place devant les Drouglazet, Chabagny, Morvan, et autres Troussel. Autant dire une divine surprise pour le navigateur du Val de Marne qui, à force de système D et d’huile de coude a trouvé là une première occasion de démontrer ses capacités. A noter par ailleurs le très bon comportement des Méditerranéens puisqu’outre Nicolas Bérenger, on retrouve Marc Emig, revenu d’un an d’abstinence du large, faute de partenaire, en cinquième position. Deux autres navigateurs du sud, à savoir François Gabart, originaire de Nice et le Marseillais Jean-Paul Mouren intègrent le top ten de ce prologue. La « Capitale Européenne de la Culture – Cap Istanbul » deviendrait-elle une nouvelle chasse gardée comme la Solitaire du Figaro fut, des années durant, celles de Bretons qui surveillaient jalousement leur bien. Nicolas Bérenger l’avait dit : « Je ne viens pas pour faire du tourisme, mais bien pour gagner.» La Baie des Anges n’est pas encore la porte du Paradis, mais il semble bien que certains aient déjà quelques idées pour s’en approprier les clés…
Stratégie, la grande divergence Dès le prologue achevé, il était temps pour les marins de la Cap Istanbul de se pencher sur les fichiers météo et les logiciels de routage de cette première étape. Et le moins que l’on puisse dire est que la situation n’est pas des plus simples. Un flux d’ouest fort généré par un reste de Mistral balaie la zone à l’ouest de la longitude de la Presqu’île de Giens, quand les vents restent faibles le long des côtes de Corse. Faut-il accepter de rallonger sa route pour aller chercher ce flux ou bien accepter de naviguer dans les petits airs sur la route directe. Eric Péron (l‘Esprit d’équipe), pourtant habitué des chemins buissonniers, comme en témoigne sa trajectoire radicale sur la dernière Transat AG2R, n’en était pas moins perplexe. Fallait-il accepter de rallonger sa route de près de 100 milles sur une étape de 300 ? Comme le résumait laconiquement Erwan Tabarly, le skipper d’Athema : « c’est ça la Méditerranée ».
Loïck Peyron a ouvert le bal en remportant la première, devant l’Américain Ed Baird (Alinghi Black). Mais, ce soir, le Suisse Luc Dubois (Alinghi Red) est le plus dangereux dans son sillage, seulement trois points derrière lui, alors que trente points seront distribués demain en trois manches. Nicolas Charbonnier occupe la troisième place du classement général provisoire devant l’Américain Ed Baird (Alinghi Black) et l’Espagnol Fernando León.
Classement provisoire après six manches : 1- Loïck Peyron (Fra.), 44 pts (1,2,2,5,1,5) ; 2- Luc Dubois (Alinghi Red – Sui.), 41 pts (6,6,1,1,4,1) ; 3- Nicolas Charbonnier (Fra.), 33 pts (3,3,3,8,2,3) ; 4- Ed Baird (Alinghi Black – E-U), 26 pts (2,5,8,3,5,6) ; 5- Fernando León (Esp.), 26 pts (7,1,5,6,3,8) ; 6- Michel Desjoyeaux (Fra.), 24 pts (4,4,4,7,7,4) ; 7- Jean-Pierre Dick (Fra.), 23 pts (5,8,7,4,6,2) ; 8- Claire Leroy (Fra.), 17 pts (8,7,6,2,8,7)
Nouvelle donne aussi au niveau sportif donc, puisque cette journée réussit au Team Elcimaï- Ville de Marseille, qui remporte deux des trois courses lancées. Après la journée d’hier aux résultats plutôt mitigés, le team mené par Dimitri Deruelle semble avoir retrouvé ses marques dans ses eaux et être parfois plus opportuniste que Nouvelle Calédonie… Certes le team néo-calédonien, auteur d’un sans faute hier, a toujours talonné les Marseillais, ne voulant rien lâcher, toujours en quête de la première place du classement général provisoire dans l’espoir de rafler le titre de Champion de France des Equipages à Courrier Dunkerque….. Mais les rares petites erreurs qu’ils commettront lors des manœuvres leur coûteront cher et à aucun moment ils ne parviendront à reprendre le dessus sur Elcimaï-Ville de Marseille. Sur le papier Dimitri Deruelle et son équipage réalisent aujourd’hui une belle opération. Son objectif est de gagner la Route des Iles (pour la 6ème année consécutive) et il semble que plus rien ne puisse l’arrêter. Même conclusion pour Courrier Dunkerque ; sur la Route des Iles, le team mené par Daniel Souben, affiche des résultats mitigés, mais son objectif de la saison, c’est le titre de Champion de France des Equipages … et là encore sur le papier tout semble joué. Mais la voile reste un sport de matériel, le vent devrait forcir demain samedi et les skippers et organisateurs souhaitent rester prudents sur les pronostics… Deux ou trois courses devraient être lancées demain….. A 17h00, la saison 2008 du Championnat de France des Equipage sera bouclée
« C’est bizarre. On est tous très content de venir là, de se dire qu’on va découvrir des paysages nouveaux, qu’on va vivre une aventure commune. Mais dans le même temps, c’est la course en solitaire la plus longue de l’année et dans une mer dont on connaît le niveau d’exigence qu’elle demande… » Comme nombre de concurrents de cette grande transhumance méditerranéenne, Armel Tripon, skipper de Gedimat est dubitatif. Faut-il se réjouir de l’esprit de convivialité de la Cap Istanbul ou bien se focaliser sur la course en elle-même. Jeanne Grégoire elle-même ne dit pas autre chose. La navigatrice de Banque Populaire avoue redouter cette Méditerranée « où il faut savoir anticiper, mais aussi être particulièrement réactif», tout en se félicitant du schéma d’organisation qui va impliquer préparateurs et équipe d’organisation sur l’eau. « Le soleil, la découverte de nouveaux paysages, ça donne un côté vacances, mais il ne faut pas oublier qu’il y a des enjeux. » Pour Jeanne, actuellement huitième du Championnat de France Solitaire de Course au Large, c’est l’opportunité de finir pour la deuxième fois de sa carrière dans le top ten et peut-être de grappiller une ou deux places. Si tel était le cas, Jeanne accèderait au meilleur classement de sa carrière en Figaro Bénéteau.
La crème des figaristes en lice
Pour le trio de tête du classement provisoire du Championnat de France Solitaire, Gildas Morvan, Fred Duthil et Erwan Tabarly, les enjeux sont marqués du sceau de l’évidence. Gildas dispose de 15 points d’avance sur son dauphin ; lui-même est à portée de harpon du troisième qui pointe à 5 points tout juste. La « Capitale Européenne de la Culture – Cap Istanbul » étant affectée du coefficient 4, tout reste possible. Pour d’autres, il s’agit aussi de confirmer son statut : Nicolas Bérenger (Kone Elevators) et Thierry Chabagny (SUZUKI Automobiles) auront à cœur de prouver que la victoire obtenue en commun en 2007 ne devait rien au hasard. Nicolas Troussel auteur d’un doublé remarquable dans la Solitaire du Figaro, même s’il ne se fait guère d’illusion sur un nouveau titre de Champion de France, voudra montrer qu’il n’a rien perdu de sa vista et de son sens de l’anticipation. Il n’y a pas que les leaders qui joueront gros sur les cinq étapes qui relient Nice à Istanbul. D’autres y jouent peut-être une part de leur avenir professionnel, comme Christopher Pratt et Romain Attanasio, les skippers des deux bateaux DCNS. C’est à l’issue de la saison que la DCNS rendra son verdict pour décider qui succèdera à Marc Thiercelin à bord de son soixante pieds à l’issue du Vendée Globe 2008-2009. Un verdict que Christopher Pratt attend avec une relative sérénité : « Les critères sportifs sont importants, mais ils ne sont pas les seuls. Autant naviguer proprement et ne pas commencer à se poser de questions sur les modes de sélection et le résultat final. Je veux juste me dire que j’aurai fait mon job. » A bien y réfléchir, chacun a de bonnes raisons pour trouver de nouvelles sources de motivation. Il y a ceux qui ont envie de redresser le tir après une Solitaire du Figaro en deçà de leurs attentes. Thomas Rouxel (Défi Mousquetaire) ou Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier) comptent bien montrer que leurs places de l’an dernier aux deuxièmes et troisièmes places du Championnat de France n’étaient pas usurpées. Et pourtant, tous du professionnel confirmé à l’amateur éclairé, le disent : « Il faudra savoir rester lucide, ne pas se prendre la tête. Et puis ne pas oublier d’en profiter… » On le sait, la Méditerranée est une mer capricieuse. Un seul remède pour ne pas se laisser prendre aux pièges de ses facéties : savoir conserver une bonne part de relativisme et un zeste de sens de l’humour.
Samedi 13 septembre : Départ du Trophée Alpes Maritimes : 10h45. Distance du parcours 11 milles nautiques environ ( soit 20 km). Arrivée estimée vers 12h45.
Deux équipages de Alinghi, détenteur de l’America’s Cup, accueilleront ainsi les six autres champions sur leur plan d’eau, dont le Français Michel Desjoyeaux qui a remporté son quatrième Trophée Clairefontaine en septembre dernier.
Les équipages :
L’équipage Alinghi Black est composé de l’Américain Ed Baird, barreur du Class America Alinghi lors de la victoire du team dans l’America’s Cup 2007. Ed Baird a également remporté l’America’s Cup 95 dans le team néo-zélandais et il a récolté huit titres de champion du monde dans différentes catégories. Ed Baird a reçu la distinction suprême de "ISAF Rolex World Sailor of the Year 2007".
L’équipage suisse de Alinghi Red, est le team classé deuxième du Trophée Clairefontaine 2007 à La Trinité-sur-Mer (Morbihan) : Luc Dubois à la barre, Pierre-Yves Jorand à la tactique et Yves Detrey à la manœuvre.
Le Français Loïck Peyron, septuple vainqueur du Trophée Clairefontaine et troisième de l’édition 2007 à deux points des Suisses de Alinghi, participera lui aussi à ce voyage en Espagne qui célébrera le cent cinquantième anniversaire des Papeteries de Clairefontaine.
Le Français Michel Desjoyeaux, vainqueur du Trophée Clairefontaine en 2001, 2003, 2004 et 2007 signera sa onzième participation avec pour équipiers Jean-Christophe Mourniac (France) et Franck Citeau (France).
Fernando León, médaillé d’or en Tornado aux JO d’Atlanta, représentera l’Espagne. Fernando León a déjà participé au Trophée Clairefontaine à trois reprises, dont deux fois comme tacticien de la double médaillée olympique Theresa Zabell, Marraine de ce Trophée Clairefontaine de Valencia, puis une fois comme champion à part entière (1998 – 3e).
Le Français Jean-Pierre Dick a déjà participé au Trophée Clairefontaine 2006 pour sa double victoire dans la Transat Jacques Vabre. Il est invité ici en raison de sa récente victoire dans la Barcelona World Race 2007-2008, le tour du monde en double sans escale de Barcelone à Barcelone par les trois caps.
La Française Claire Leroy est invitée pour la première fois à ce rendez-vous des stars de la voile internationale grâce à ses titres de championne du monde et d’Europe de Match Racing, à sa position de première de la Ranking List mondiale de Match Racing féminin (depuis plus de deux ans maintenant) et pour son titre de "ISAF Rolex World Sailor of the Year 2007".
Le Français Nicolas Charbonnier, qui vient de remporter la médaille de bronze en 470 aux JO de Pékin avec son équipier Olivier Bausset, est donc le huitième invité de ce rendez-vous espagnol. C’est la première fois qu’il rejoint le club très fermé des champions invités au Trophée Clairefontaine des Champions de Voile.
Jeudi après-midi les huit champions ont pris possession de leurs catamarans et ont tiré leurs premiers bords sur le stade nautique de Valencia. Demain, huit manches sont au programme du Warm-up Rhodia entre 15h00 et 17h00. Les résultats de cet échauffement ne compteront pas pour le classement final, mais ils donneront une tendance des forces en présence. La compétition officielle débutera à 12h00 samedi par le Challenge Quo Vadis et la Copa Valencia Yacht Base. Elle se terminera par un podium en public dimanche à 15h00 devant le bâtiment Veles & Vents, véritable emblème de l’America’s Cup 2007.
Trois manches ont été données en rade de Marseille hier jeudi. Vers 11h00 alors que la première manche est lancée, un vent de 9 nœuds flotte au dessus des Mumm 30. Il ne cessera pas de forcir au cours de la journée pour atteindre près de 25 nœuds sur la dernière course. Très déçu par sa contre performance de mercredi sur la grande course (arrivé hors temps), l’équipage d’Outre Mer mené par Ronan Dreano a pris le départ avec la ferme intention de naviguer à son niveau et reprendre son rythme sportif du début de semaine…. Et leur niaque a payé : ils ont remporté les trois courses du jour ! Le tout en menant une lutte acharnée avec le vent mais aussi contre les équipages de Elcimaï–Ville de Marseille et Courrier Dunkerque qui, de leurs côté, ne souhaitaient rien lâcher et garder leur légère avance sur les Calédoniens au classement de l’épreuve. Mais les sudistes ainsi que les nordistes ont manqué de réussite… les rares erreurs qu’ils ont commises sur l’eau ont toujours été difficiles à rattraper compte tenu des conditions musclées dans la rade… Rien d’alarmant cependant pour eux, puisque Elcimaï – Ville de Marseille reste en tête du classement général provisoire. Courrier Dunkerque perd sa seconde place, mais rien n’est joué ….les deux derniers jours de compétition vont être décisifs, le vainqueur de la Route des Iles et le titre du Champion de France des Equipages 2008, ne seront sûrement pas connus avant les dernières courses de samedi. De beaux duels et de belles batailles sont attendus sur l’eau, d’autant que le mistral s’invite.
L’Atlantique Nord se montrera t-il coopérant avec les marins du Gitana Team ? Rien n’est moins sûr. Avant toute chose, il convient d’expliquer une nouvelle fois, ce qu’est le flux de Mousson africaine : dans une situation standard, le Pot-au-Noir – zone de vents faibles et instables provoquée par l’opposition des alizés de l’hémisphère Nord (secteur Nord-Est) et ceux de l’hémisphère Sud (secteur Sud-Est) – est plus étendu à l’Est. Par conséquent, les marins ne tentent guère de le franchir près des côtes africaines. Mais certaines années, un flux de mousson, qui génère des vents de Sud-Ouest le long des cotes africaines entre le golfe de Guinée et le Sénégal, peut se former et venir troubler le scénario originel. On observe ce phénomène lorsque le continent africain chauffe suffisamment (en période estivale) pour créer une dépression thermique qui dévie les alizés de Sud Est de l’hémisphère Sud. Gitana 13 profite aujourd’hui de cette situation pour raccourcir sa distance au but.
Quatrième passage de l’équateur en un an !
« Nous avons franchi l’équateur en catimini au beau milieu de la nuit, le quatrième de Gitana 13 depuis le début de l’année ! Nous attaquons désormais la partie compliquée de cette remontée, avec beaucoup d’incertitude. D’un fichier à l’autre, ça bouge pas mal ! » expliquait Dominic Vittet. Un propos développé par Lionel Lemonchois : « Nous avons peur qu’une dépression, qui était sur le continent africain mais qui s’est décalée dans l’Atlantique, ne vienne affaiblir l’effet de Mousson. Alors aujourd’hui, nous croisons les doigts pour que ce vent de Sud-Ouest soit malgré tout suffisamment soutenu pour nous permettre de grimper jusqu’au 8° Nord, où se situe actuellement l’équateur météorologique (Pot-au-Noir, ndlr).» « Nous tentons une option … Il y a quelques jours nous avons choisi d’aborder le Pot-au-Noir en empruntant la route Est. Le pari est risqué, mais en vaut la chandelle, car si ça marche nous aurons gagné un temps considérable. » En effet, si le flux de Mousson n’avait pas été installé, le maxi-catamaran aurait du se décaler de plus de 500 milles dans l’Ouest pour espérer un passage efficace de la Zone de Convergence Inter-Tropicale. Désormais contraints de gagner dans le Nord coûte que coûte, Lionel Lemonchois et ses neuf hommes d’équipage se montrent opportunistes. Car après le passage du Pot-au-Noir, prévu ce week-end, ils devront négocier la transition avec l’alizé de Nord-Est, qui souffle à la sortie et qui leur promet d’ores et déjà une navigation au près. Pour Lionel Lemonchois et quatre de ses fidèles – Zolive, Léo, Ludo et David – l’aventure dure depuis plus de dix mois et le retour dans l’hémisphère Nord leur rappelle que bientôt elle touchera à sa fin. Mais à bord de Gitana 13, l’heure est bien plus à savourer ces derniers jours de mer qu’à se laisser gagner par un semblant de nostalgie. D’autant que l’Atlantique Nord semble encore réserver de nombreuses surprises à nos dix marins. Il ne leur faudra pas manquer d’énergie et de lucidité pour rejoindre l’entrée de la Tamise.
L’analyse météo de Sylvain Mondon (Météo France) :
« Gitana 13 navigue depuis hier soir dans le flux de mousson africaine. En effet, en début de nuit de mercredi à jeudi le vent a commencé à mollir lentement (passant de 17/19 nœuds à 12/14 nœuds), tout en partant à droite graduellement (de l’est-sud-est au sud-sud-est), et ce avant même le passage de l’équateur. Cette évolution va se prolonger en cours de journée et s’accentuer avec la progression vers le nord du maxi-catamaran sous l’influence grandissante de la force de Coriolis. Ainsi, les alizés initialement au sud-est seront déviés au sud en fin de journée et permettront à Lionel Lemonchois et son équipage (après un empannage) de faire une route quasiment parallèle à la côte africaine en bâbord amure dans des vents assez faibles (5 à 10 nœuds) mais plutôt bien orientés. Vendredi, les vents continueront leur rotation à droite jusqu’au Sud-Ouest pour accompagner Gitana 13 vers la Zone de Convergence Inter-Tropicale vers 8°Nord, qu’il franchira ce week-end. Une tout autre navigation commencera alors en bordure sud de l’anticyclone des Açores au près dans les alizés de Nord-Est établis. C’est le franchissement de ce nouvel obstacle qui mobilisera l’équipage une grande partie de la semaine prochaine.»
Les chiffres du jour Départ de Hong-Kong : jeudi 14 août à 9h55’32’’ (heure française) Jeudi 11 septembre à 15h30 (heure française) Latitude : 2°53.08 N – Longitude : 14°23.04 W Distance restant à parcourir : 3 200 milles
Un peu d’histoire Deux clippers ont marqué l’histoire de la Route du Thé : le Thermopylae et le Cutty Sark. Le 17 juin 1872, les deux voiliers quittèrent Shanghai à destination de Londres par le Cap de Bonne Espérance (Afrique du Sud). Durant près de deux mois, les deux clippers se livrèrent une course sans merci tournant légèrement à l’avantage du Cutty Sark. Mais le 14 août, alors que l’équipage du Capitaine George Moodie possédait une avance de plus de 400 milles sur son rival, le gouvernail du navire s’arracha. Les réparations de fortune ne suffirent malheureusement pas. Le Thermopylae rallia Londres en 115 jours tandis que le Cutty Sark passa Gravesend le 18 octobre, après 122 jours de mer. Ce fut le seul voyage où les deux clippers se mesurèrent sur la Route du Thé.
C’est dans des conditions de vent peu établi que le comité décide de lancer la course mardi vers 12h30. Un vent d’est était prévu, mais c’est une légère brise de sud-est qui berce la rade nord de Marseille. Courrier Dunkerque donne tout de suite le ton : lors des premiers bords, il prend près de 10 longueurs d’avance sur Elcimaï–Ville de Marseille, Val Thorens, Bred et Nouvelle Calédonie. En se positionnant stratégiquement sur la ligne de départ, il est le premier à prendre les premières risées du vent d’est qui rentre au large de la rade….A cet instant la navigation va consister à tirer de longs bords le long de la côte : des falaises de Cassis jusqu’à Porquerolles. Dunkerque mène la course, mais au Cap Cissié, Elcimaï – Ville de Marseille opte pour une trajectoire au ras du Cap : il revient au contact des nordistes et passe le premier la porte placée à Porquerolles. A partir de là, un perpétuel chassé croisé va se jouer sur l’eau entre les deux bateaux…. autour des îles, puis sous spi en fin de soirée sur le chemin du retour…. L’orage a ensuite sévit au large, perturbant considérablement les conditions de navigation pour l’ensemble de la flotte. Certes, cet orage a apporté des bouffées de vent du sud inattendues, mais ensuite toutes les météos se sont invitées sur le parcours : pluie, grains, vent variant sur 360 degrés…. la nuit passe vite pour les équipages qui subissent les caprices du temps et doivent changer régulièrement leurs voiles et leur stratégie.
Belle perf’ de Val Thorens
Au pointage de mercredi matin à la Tourelle du Canoubier, vers 8h00, Elcimaï-Ville de Marseille est en tête, talonné de près par Courrier Dunkerque, Val Thorens, Bred Ile Verte, Nouvelle Caledonie, et Ville du Port La Réunion. Le vent thermique du matin, habitué de la rade de Marseille, flotte alors au dessus des M30. Le comité décide donc de poursuivre la course vers Carro…. Et c’est sous spi que les premiers bateaux s’engagent sur la dernière ligne droite de la course. Mais le vent mollit considérablement, puis plus aucune brise au large de Carro. Comme le prévoient les instructions de course, et compte tenu des conditions de vent annoncées, le Comité s’autorise à stopper la course et place la ligne d’arrivée à Carro plutôt qu’à Marseille : heure limite d’arrivée : 16H00. Seuls 3 bateaux franchissent cette ligne, les 7 autres restent scotchés sur l’eau à la sortie nord de Marseille…. Une très belle opération pour Elcimaï-Ville de Marseille qui reprend la main sur l’épreuve et pour Courrier Dunkerque qui vise le titre de Champion de France des Equipages. La contre performance de Nouvelle Calédonie, qui arrive hors temps, ouvre une belle porte au vainqueur du Tour de France 2008. Belle performance aussi pour Val Thorens, équipage jeune, qui sauve la mise et parvient à se classer sur cette course.
Ils ont dit
Dimitri Deruelle, Elcimaï-Ville de Marseille : « C’est une belle opération pour nous. Je suis très satisfait de notre performance mais aussi de mon équipage. Sur cette épreuve, j’avais rassemblé autour des moi des gens d’expérience et de qualité… tout le monde a bien occupé son poste, a su intervenir toujours au bon moment en étant vraiment efficace. Nous avons également bien géré notre fatigue en effectuant des rondes de sommeil… Nous étions donc très opérationnels au petit matin, moment décisif de la course ».
Daniel Souben, Courrier Dunkerque : « Nous avons régaté sur un très beau parcours, le chassé croisé permanent entre Elcimaï- Ville de Marseille et notre équipage a été sportivement très intéressant,.les deux équipages ne voulaient rien lâcher, c’était très intense. Mais nous avons mal négocié certains passages… au final, notre objectif est atteint : nous souhaitions terminer devant Nouvelle Calédonie… le titre de Champion de France des Equipage commence à nous tendre la main. »
Lucas Millieret, Val Thorens : « Nous sommes très contents de franchir la ligne d’arrivée dans les temps ! Nous sortons d’une difficile étape, nous avons navigué plus de 20h seuls, avec les deux premiers en ligne de mire, et le restant de la flotte loin derrière nous… nous sommes épuisés mais ravis ! »
Ronan Dreano, Nouvelle Calédonie : « C’est une mauvaise opération pour nous ! Nous n’avons pas pris un très bon départ et ensuite nous avons manqué de réussite… nous avons couru sans cesse après le vent, nous avions en permanence un temps de retard sur les premiers …. c’est très décevant…. notre victoire sur cette épreuve va être très difficile et le titre de Champion de France des Equipage va sûrement nous passer sous le nez…. Nous souhaitons tout de même revenir sur le devant de la scène cette fin de semaine sur les parcours bananes. »