Après une enquête approfondie, et plusieurs semaines éprouvantes, le jury international du Vendée Globe 2020/21 a statué hier que les échanges privés entre Clarisse et son mari étaient conformes aux règles du Vendée Globe 2020/21 ainsi qu’aux Règles de Course à la Voile. Clarisse Crémer, actuelle skipper de L’Occitane en Provence, et son équipe peuvent ainsi reprendre sereinement la préparation des prochaines courses qualificatives pour le Vendée Globe 2024.
Cette décision a été reçue hier midi comme un soulagement pour Clarisse et son mari. La skipper et jeune maman expliquait : «Bien sûr que je suis soulagée par cette décision, et je remercie le jury d’avoir examiné notre affaire avec impartialité et professionnalisme. Maintenant que ces moments difficiles sont derrière nous, l’équipe et moi pouvons-nous remettre au travail, afin de préparer au mieux le Vendée Globe 2024. »
Un sentiment partagé par l’ex-skipper du Vendée Globe et actuel mentor de l’équipe, Alex Thomson : « Nous avons traversé cette tempête tous ensemble, en équipe. Nous avons toujours soutenu Clarisse, nous étions derrière elle chaque jours. Clarisse est une personne très intègre, nous en étions tous convaincus et la décision prise par le jury en est la preuve. »
Maintenant, tous souhaitent aller de l’avant : la skipper, l’équipe et ses sponsors. Ensemble ils reprennent sereinement la préparation des prochaines courses, afin de permettre à Clarisse de se qualifier sportivement pour le Vendée Globe 2024.
Le Class40 Sogestran Seafrigo vainqueur de la RORC Caribeean 600 était en transit de la Guadeloupe vers la France après avoir remporté la RORC Caribbean 600 en Class40 skippé par Guillaume Pirouelle avec à son bord Alexis Loison, Valentin Sipan et Pierrick Letouzé issus du Normandy Offshore Program, dispositif de détection des coureurs au large mis en place par la ligue de voile de Normandie depuis 2022. Le bateau a été frappé par la foudre et son équipage a du être secouru. Les responsables de la Garde côtière ont répondu à une radiobalise d’indication de position d’urgence (EPIRB) vers 18h00 le 3 mars. La Garde côtière a alerté d’autres navires à proximité en utilisant le système de sauvetage automatisé des navires d’assistance mutuelle (AMVER) et a envoyé un équipage d’avion HC-130 Hercules pour aider le bateau, arrivant aujourd’hui à leur emplacement à 1 726 milles à l’est des Bermudes vers 4 h 45. La Garde côtière a pu diriger un navire frigorifique de 505 pieds, le Frio Ionian, qui est arrivé à 10h00 et a pu secourir deux hommes, âgés de 20 et 24 ans, du Class40 qui avait commencé à prendre l’eau. Un coup de foudre aurait provoqué un trou dans la coque.
La tempête médiatique déclenchée suite à l’envoi d’une lettre anonyme à la FFV et au Télégramme qui en a fait ses choux gras sur une suspicion de triche de routage de Clarisse Crémer avec son mari Tanguy Le Turquais sont infondées en a décidé le Jury entièrement convaincu qu’il n’y a eu aucune mauvaise conduite de la part des deux skippers.
“Le 12 février dernier, le Président de la Fédération Française de Voile m’a tenu informé de l’e-mail anonyme qu’il venait de recevoir, mettant en cause Clarisse Crémer qui aurait bénéficié d’informations de routage de son mari Tanguy Le Turquais lors du Vendée Globe 2020-2021.Depuis, la Fédération Française de Voile m’a demandé ainsi qu’au Comité de Course de désigner un Jury qui s’est chargé d’analyser la véracité des éléments et leur contenu. Le Jury International est entièrement convaincu qu’il n’y a eu aucune mauvaise conduite de la part de Clarisse Crémer ou de Tanguy Le Turquais et vous comprendrez qu’il ne me revient aucunement de faire quelconque commentaire sur une décision prise par l’autorité sportive fédérale. Je prends donc acte de ces conclusions rendues en toute indépendance.” Alain Leboeuf – Président du Vendée Globe
DÉCISION DU JURY – VENDEE GLOBE 2020 cas n°10
Instruction selon la règle 69.2 des Règles de Course à la Voile le samedi 2 mars, à partir de 11h00
PARTIES :
Clarisse Crémer, skipper de Banque Populaire pendant le Vendée Globe 2020-21.
Tanguy Le Turquais, Accompagnateur de Banque Populaire dans cette épreuve.
QUESTIONS DE PROCÉDURE
Les parties ont choisi également comme représentant et conseiller
Alan Roberts
Pauline Daraux
Témoins présentés par les parties :
Christian Dumard expert en routage conseiller météo pour la direction de course du Vendée Globe 2020-2021.
Jacques Caraes Directeur de course du Vendée Globe 2020-2021.
Traducteur FRA/GBR : Tom Grainger (demande de Tanguy Le Turquais)
Les allégations de mauvaise conduite sont sérieuses et concernent le principe de la course, à savoir une course en solitaire sans assistance.
L’autorité organisatrice qui a désigné ce jury international conformément à la règle 69.2(k) pour décider s’il y avait lieu de convoquer une instruction avait activement demandé que cette instruction ait lieu.
La règle 69 ne prévoit pas de délai pour la tenue d’une instruction. La règle 69.2(e) exige qu’une instruction en vertu de la règle 69 soit conforme à plusieurs règles de la partie 5 des règles de course relatives aux réclamations et aux demandes de réparation. Aucune règle relative aux délais n’est mentionnée comme règles applicables dans ce cas
Dans le cas présent, les photos des messages WhatsApp sont tout aussi valables aujourd’hui qu’elles l’auraient été lors de la course de 2020-2021 si elles étaient apparues à ce moment-là. Le passage du temps n’en a pas diminué l’importance.
L’identité de la personne qui a publié les photos n’est pas connue. Les métadonnées des images ont été supprimées. Il n’y a pas d’autres preuves. Cela n’empêche pas la tenue d’une instruction en vertu de la règle 69, sur la base de ce qu’elles contiennent, et les informations “de quelque source que ce soit “peuvent être prises en considération. La même chose pourrait se produire dans le cas d’un contenu de presse ou de télévision non attribué. Le jury international a donc estimé qu’il convenait de procéder à cette instruction.
Le jury international doit ensuite décider s’il est “confortablement satisfait” que (a) les preuves sont authentiques et, dans l’affirmative, (b) qu’il y a eu mauvaise conduite. Dans la négative, les allégations sont rejetées. Dans cette affaire, il n’a pas été nécessaire d’enquêter plus avant sur le statut des photos, car les parties elles-mêmes ont confirmé par la suite dans un communiqué de presse qu’il s’agissait de photos de conversations WhatsApp entre elles. La question de l’instruction était donc de savoir si l’une ou l’autre des parties avait commis un acte de mauvaise conduite.
FAITS ETABLIS
Les principaux éléments de preuve examinés, discutés et interrogés étaient 14 captures d’écran de messages WhatsApp entre Clarisse et Tanguy, provenant d’une source inconnue, constituant, vraisemblablement, quelques-uns des nombreux messages de ce type dans le cadre de la communication autorisée entre Clarisse et Tanguy pendant la course, à l’aide du téléphone du bateau et du propre téléphone de Tanguy.
Cinq photos comprenaient des exemples d’images de trajectoires générées par Tanguy. Cela concernait des parties de la course très différentes (Passage de la dépression Théta, approche du Cap Horm, passage retour de l’équateur et arrivée). Le Jury International accepte le fait que Tanguy cherchait à comprendre les intentions de Clarisse, pour se rassurer sur sa sécurité (en tant que mari) et afin de répondre aux questions des médias et de la famille. Les trajectoires ne comportaient pas d’informations détaillées sur le vent, l’état des vagues, les heures et les options de parcours que Clarisse aurait pu adapter à son propre usage.
Deux photos concernaient le fait que Clarisse avait un problème avec son AIS et souhaitait vérifier si elle était visible sur le site web Marine Traffic.
Les dernières images concernent l’arrivée prévue de Clarisse, en relation avec des conditions météorologiques extrêmes. Il s’agissait d’un problème soulevé par la direction de course, qui fournissait aux concurrents des conseils et des informations météorologiques et les encourageait à coordonner leurs plans avec leurs équipes. Pour cette raison, un groupe WhatsApp avait été créé avec la direction de course, le bateau, l’équipe à terre et le consultant météo. L’heure d’arrivée de la navigatrice était également une question importante pour les médias et pour leurs familles. Son bateau avait plusieurs heures de retard sur le précédent et plusieurs heures d’avance sur le suivant.
Les modèles météorologiques utilisés par Clarisse avec le programme de routage étaient plus sophistiqués que ceux de Tanguy, et elle les utilisait pendant de nombreuses heures chaque jour.
REGLES ET CONCLUSIONS
Avis de course (AC) 4.3.2: Définition de routage
Les captures d’écran ne démontrent pas qu’il y a eu « routage » comme défini dans l’article 4.3.2 de l’avis de course.
Clarisse n’a pas demandé de conseils d’itinéraire à Tanguy. Elle n’a jamais suivi aucune des captures d’écran de Tanguy. Ce n’étaient pas des informations utiles pour elle. Elle était toujours en possession de meilleures informations et avait le temps de travailler sur ses plans.
AC 4.3.3 Aide à la performance
Les captures d’écran ne démontrent pas que Clarisse a reçu une aide à la performance tel que décrit dans l’article 4.3.3 de l’avis de course..
AC 6.4.5 Suivi de course / Circonstances exceptionnelles
L’équipe de la Direction de Course a appliqué l’article de l’AC « Circonstances Exceptionnelles » en fin de course pour Banque Populaire, en raison de problèmes de sécurité dus à des vents violents et à des conditions météorologiques exceptionnelles, pour assurer la sécurité de la concurrente et de son bateau. Cela incluait l’autorisation des conversations et des options pour l’arrivée de Banque Populaire.
Clarisse a bien demandé l’avis de Tanguy sur ses intentions d’arrivée, mais c’était par sécurité et incluait la possibilité de ralentir volontairement, pour éviter les marées basses ou une arrivée de nuit compte tenu du mauvais temps. Il s’agissait de problèmes sur lesquels la direction de course avait alerté tous les concurrents et équipes à terre des bateaux susceptibles d’être concernés. Elle n’a donc pas reçu d’aide extérieure.
Tanguy avait envoyé plusieurs options de routes à Clarisse, de sa propre initiative. Le jury international estime que ce n’était pas une chose sage ou nécessaire, mais admet que son intention était d’obtenir des éclaircissements sur les projets de Clarisse plutôt que de lui conseiller quoi faire.
DECISIONS
Règle 69, mauvaise conduite – Le Jury International est entièrement convaincu qu’il n’y a eu aucune mauvaise conduite de la part de Clarisse Crémer ou de Tanguy Le Turquais.
L’allégation de mauvaise conduite de Clarisse Crémer est rejetée.
L’allégation de mauvaise conduite de Tanguy Le Turquais est rejetée.
3rd March 2024. Brest. France. The Arkéa Ultim Challenge Brest.
Maxi Banque Populaire XI / skippered by Armel Le Cleac’h (FRA) crossing the line and pictured finishing 3rd
Photo Vincent Curutchet / BPCE / Aléa
Le skipper du Maxi Banque Populaire XI est arrivé enfin à Brest à 21 h 31 ce dimanche. Troisième de ce tour du monde inédit, il termine après 56 jours, 08 heures, 01 minute et 31 secondes de course. Le skipper, qui est celui qui a parcouru le plus de distance depuis le départ (32 290 milles), a fait preuve de résistance et d’abnégation jusqu’au bout. Joint par son équipe avant de franchir la ligne, Armel est revenu sur huit semaines aussi intenses qu’enrichissantes pour lui comme pour toute l’équipe.
Il a dû faire appel à des ressources insoupçonnées et à un mental d’acier pour tenir bon, se surpasser et résister coûte que coûte. Solide, vaillant, résistant, Armel Le Cléac’h fait partie de ceux qui ne lâchent rien et il l’a démontré jusqu’à la fin de cette course, lui qui progressait encore à plus de trente nœuds de moyenne à la veille de l’arrivée. Difficile depuis la terre de se rendre compte de la ténacité et de l’opiniâtreté dont il a dû faire preuve tout au long de ce tour du monde, son premier à bord d’un multicoque. Contacté par son équipe quelques milles avant l’arrivée, Armel l’a dit avec ses mots à lui : « à chaque tour du monde, il y a toujours une façon de surmonter les problèmes qu’on ne soupçonne pas. Il s’agissait de mon 4e en solitaire et ce sera le 4e que je termine sur le podium. J’aurais aimé terminer à une meilleure place mais vu ce qu’on a traversé, c’est comme une petite victoire. »
Compétiteur dans l’âme, le marin de 46 ans aurait rêvé d’un scénario différent afin de se battre pour la victoire finale. Depuis la mise à l’eau du Maxi Banque Populaire XI au printemps 2021, il s’était affairé avec tout le Team à le fiabiliser et à s’attacher à ce qu’il soit de plus en plus performant. C’est d’ailleurs ce qu’a démontré la Transat Jacques Vabre qu’Armel a remporté brillamment avec Sébastien Josse en automne dernier. Deux mois plus tard, au départ de l’Arkéa Ultim Challenge, il n’avait pas de doute sur ses capacités à jouer les premiers rôles. Mais il y a des aléas en course au large et encore plus dans un tour du monde. « Ça reste une aventure », répétait Armel avec sagesse avant de s’élancer.
Le skipper du Maxi Banque Populaire XI s’est en effet employé pour repartir avec le même entrain après une escale technique à Recife, pour contourner l’ anticyclone de Sainte-Hélène par le Sud, pour dépasser la Nouvelle-Zélande par le Nord, pour s’arrêter à nouveau au Brésil après la casse de deux de ses safrans et aussi pour faire face à une importante voie d’eau il y a quelques jours… Même s’il reconnaît « être allé chercher loin toute son énergie », Armel n’a donc jamais rien lâché.
Ses concurrents l’ont bien vu au point que Charles Caudrelier se méfiait de sa progression dans l’Atlantique Sud. « Armel était un candidat sérieux, a expliqué le vainqueur. S’il n’avait pas eu ses avaries dans l’Atlantique Sud, il aurait pu revenir sur moi ». Le skipper Banque Populaire avait alors réduit l’écart, de 3000 à 1000 milles. « Il y avait en effet une possibilité de mettre la pression et un mince espoir de revenir sur lui », reconnaît le marin. Parmi les bons souvenirs, il y a ces moments de grande vitesse comme cette journée où le Maxi a parcouru 841 milles en l’espace de 24 heures, le record de vitesse et de distance parcourue lors de cette course. Il y a aussi la traversée du Pacifique, la découverte des îles des États au petit matin, « de belles images qui restent gravées » dixit Armel.
Le « tour du monde de la résilience »
Si Armel a pu boucler ce tour du monde, c’est aussi grâce à l’engagement total du Team Banque Populaire. La capacité de réaliser deux arrêts et de réparer en un peu plus de 24 heures à chaque fois est un exploit en soi. Des défis logistiques rendus possibles grâce à aussi à une chaîne de solidarité. « On a pu bénéficier d’une aide précieuse à chaque fois, abonde Armel. L’équipe a également été super en matière d’efficacité, de réactivité… J’ai été à bord pendant 56 jours en première ligne mais à chaque galère, ils étaient toujours là. Ils font partie de cette belle histoire. Je tiens également à remercier toutes les personnes qui m’ont soutenu tout au long de cette aventure ».
À titre personnel, le skipper a fait preuve d’une grande capacité de résistance. C’était son « tour du monde de la résilience » comme il l’a lui-même appelé. « J’ai navigué à plus de 50 nœuds, manœuvré dans toutes les conditions… J’ai l’impression de maîtriser mon bateau parfaitement. Même en mode dégradé, il reste incroyable et il l’a démontré jusqu’au bout. C’était le premier tour du monde du Maxi Banque Populaire XI et on l’a réussi ». Désormais, le skipper va pouvoir profiter de journées de repos bien méritées. « J’ai l’impression d’être au bout de ce que je peux donner, confie-t-il. J’ai hâte de retrouver mes proches, de souffler et de pouvoir me reposer au calme ».
L’expérience accumulée tout au long de son tour du monde sera un acquis précieux pour améliorer encore un peu plus le bateau. À l’horizon, il y a un autre tour du monde en perspective, le Trophée Jules Verne en équipage l’hiver prochain. Mais avant, Armel et le Team Banque Populaire s’apprêtent à vivre une autre aventure à part : le Relais des océans, la transatlantique qu’effectuera la Flamme Olympique de l’Hexagone jusqu’aux Antilles françaises avec un équipage de personnalités. Comme un clin d’œil de l’histoire, c’est à Brest qu’il débutera cette nouvelle histoire, à partir du 7 juin prochain.
Sa course en chiffres
Date et heure d’arrivée : dimanche 3 mars à 21 heures, 31 minutes et 31 secondes Temps de course : 56 jours, 08 heures, 01 minute et 31 secondes Écart avec le premier : 5 jours, 12 heures, 53 minutes et 49 secondes Milles parcourus : 32 290 milles Vitesse moyenne réelle : 23,88 nœuds Vitesse moyenne sur l’ orthodromie : 17,97 nœuds
3rd March 2024. Brest. France. The Arkéa Ultim Challenge Brest.
Maxi Banque Populaire XI / skippered by Armel Le Cleac’h (FRA) crossing the line and pictured finishing 3rd
Photo Vincent Curutchet / BPCE / AléaArrivée de Armel Le cléac’h, skipper Maxi Banque Populaire XI, 3ème de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest en 56 jours 8 heures 1 min et 31 secondes, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 03/03/24Arrivée de Armel Le cléac’h, skipper Maxi Banque Populaire XI, 3ème de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest en 56 jours 8 heures 1 min et 31 secondes, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 03/03/243rd March 2024. Brest. France. The Arkéa Ultim Challenge Brest.
Maxi Banque Populaire XI / skippered by Armel Le Cleac’h (FRA) crossing the line and pictured finishing 3rd
Photo Vincent Curutchet / BPCE / Aléa3rd March 2024. Brest. France. The Arkéa Ultim Challenge Brest.
Maxi Banque Populaire XI / skippered by Armel Le Cleac’h (FRA) crossing the line and pictured finishing 3rd
Photo Vincent Curutchet / BPCE / Aléa
Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l'Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE - Brest, le 29/02/24
Un peu plus d’une heure après avoir coupé la ligne au large de Brest, le marin s’est confié sur ses émotions, son duel avec Armel Le Cléac’h, les difficultés endurées… Morceaux choisis.
Thomas, peux-tu nous décrire l’émotion que tu as ressentie au moment de couper la ligne puis d’arriver ici, à Brest ? Quelques minutes avant de voir les Pierres Noires, le phare qui ouvre Ouessant, tu ne te rends pas compte de ce qui va t’arriver, tu es dans une telle concentration, dans une telle intensité, que tu es pris par l’émotion en voyant les premiers visages, ceux qui te sont très familiers, ta famille, ton équipe, les gens de Sodebo. Ça monte, c’est extrêmement puissant, c’est une émotion très rare. Ce n’est pas le classement qui te vient à l’esprit, mais l’émotion de partager ça alors que tu te dis qu’il n’y aura personne pour t’accueillir, c’est un moment d’excellence, de partage fou, c’est immense. Quand vous arrivez d’un tour du monde comme je viens de faire et que vous vous êtes laissé prendre par l’histoire, vous êtes comme ce petit morceau de bois flotté (qu’il sort d’une poche de sa veste de quart) : vous avez devant vous un mec qui est lavé par la mer, épuré, et se livre à vous, comme ça. Il faut imaginer 53 jours pendant lesquels vous n’avez parlé à personne, complètement absorbé et immergé dans votre univers, dans cet engin qui est votre habitat, vous n’avez pas de visages, et là, ça vous submerge, c’est indescriptible !
Dans quel état termine le bateau ? Ce bateau, je l’ai ramené presque en entier, il ne manque que quelques bouts, ça ne se voit pas beaucoup, c’est plutôt sous l’eau, mais j’ai fait corps avec cet engin car derrière, il y a plein de gens qui ont participé à sa conception et à sa construction. C’est un projet que nous avons voulu très humain et qui est réussi pour ça. Cette course, nous l’avons imaginée avec Patricia Brochard (co-présidente de Sodebo) ici il y a dix ans, c’est pour elle qu’on a construit ce bateau il y a cinq ans avec toute cette équipe qui est derrière moi. (Il se tourne alors vers son équipe). Je vous le ramène, il est à vous, c’est notre bateau. Ce qu’on a fait ensemble, c’est prodigieux, on se souviendra toute notre vie de cette course dont on a rêvé. La trace que nous avons faite ensemble est belle, on peut être fiers. Cette histoire, vous la raconterez encore longtemps, elle nous appartient !
Et le marin, comment se sent-il ? Physiquement, je suis en super état, je n’ai mal nulle part, je m’étais bien préparé athlétiquement. Maintenant, je vais vous avouer un truc : j’avais demandé à mon épouse de m’amener mon vélo pour être capable de rentrer (à Locmariaquer) et voir où j’en étais. Elle a refusé !
Tu viens de boucler ton neuvième tour du monde… Mon premier, c’était avec ce monsieur (il montre Olivier de Kersauson au pied du bateau), c’est lui qui a mis la graine, qui m’a montré l’endroit, qui m’a dit que pour gagner, il fallait finir. Aujourd’hui, on n’a pas gagné, mais on a fini, merci monsieur !
As-tu appris des choses sur toi-même pendant ces 53 jours de mer ? La compétition m’a beaucoup aidé à m’accepter comme je suis, ce qui avait été douloureux pour moi dans les records. Parce que quand je me battais contre les temps de Francis Joyon, il n’était pas là, je suis parfois rentré dans des états d’émotion pas très heureux, voire nauséabonds, parce que je n’avais personne pour me jauger et m’évaluer. Alors que là, – et j’ai longtemps été en compétition avec Armel (Le Cléac’h), j’ai d’ailleurs une pensée pour lui en ce moment car il galère, c’est dur -, le fait d’être en compétition et de jouer avec un mec de ce niveau, qui vit comme vous des choses pas faciles, ça m’a aidé à davantage m’accepter dans mes fragilités. J’étais bien plus en paix avec moi pendant cette compétition que je ne l’ai été sur les records. J’attendais ça, c’était une super compétition, Armel me l’a offert, merci !
Que t’a-t-il manqué pour prétendre à la victoire ? Quand Charles et Tom Laperche étaient en train de se bagarrer – je voudrais d’ailleurs dire deux mots sur Tom, on a affaire à un très grand champion en herbe qui a une maturité incroyable –, ils attaquaient tous les deux très fort. J’étais assez content qu’ils attaquent comme ça car pour moi, c’était un peu trop tôt pour le faire comme ça. Nous, on revenait petit à petit, en grignotant mille après mille, et là, on a eu ces problèmes de foil (système de descente des foils) qui nous éliminent dès l’Atlantique Sud. C’était beaucoup trop tôt et la compétition a alors pris un autre relief. La course était encore longue, il y avait encore moyen de jouer et on a d’ailleurs joué notre carte jusqu’au bout, on n’a jamais lâché. Quand je suis reparti de Tasmanie (où il s’était arrêté deux jours pour notamment réparer son balcon et son filet avant), c’était très engagé, avec une grosse mer de 6-7 mètres, 35-40 nœuds de vent, mais pour rester dans la compétition, il fallait partir à ce moment. Cette deuxième place, on a été la chercher là, même si j’avais encore envie de la victoire en repartant, je me sentais vraiment capable d’engager tout ce que j’avais. Il n’y a pas beaucoup de moments dans votre vie où vous êtes capable de vous engager et de vous livrer autant. J’ai aussi une équipe incroyable qui m’a aidé à tenir et à ne pas être du tout aigri, je n’avais pas envie de lâcher, parce que je savais que la durée, c’était ma chance.
Tu disais il y a quelques jours avoir « morflé », comme Armel le Cléac’h, sur ce tour du monde, peux-tu nous expliquer pourquoi ? On a morflé parce que tu ne vas pas dans ces endroits-là sans t’exposer. A partir du moment où tu descends dans l’Atlantique Sud et que tu tournes autour de l’Antarctique, tu t’exposes. Quand j’ai eu mes problèmes de foil et que j’essayais de réparer, si je tombais à l’eau, c’était fini… Les temps qu’on a faits ne sont d’ailleurs pas bons du tout, c’est vous dire les états de mer qu’on a eus. Les enchaînements ont été difficiles, ceux de l’Indien étaient horribles, il n’y a eu que Charles qui, un moment, a eu un enchaînement digne d’un record. J’aurais d’ailleurs voulu lui poser la question de savoir si, quand il est parti d’ici, il savait que ça s’enchaînerait comme ça et que c’était pour ça qu’il avait pris autant de risques dans les trois premiers jours, je ne crois pas. (A ce moment, Charles Caudrelier monte à bord de Sodebo Ultim 3, Thomas Coville s’adresse à lui) : Ça me plaît d’être fier d’avoir fait deuxième derrière toi, ça me plaît aussi d’être devant Armel !
Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l'Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE - Brest, le 29/02/24
Le skipper de Sodebo Ultim 3 a franchi la ligne ce jeudi, à 14 heures 42min et 40 secondes. À 55 ans, Thomas Coville aura mis 53 jours 1 heure 12 minutes et 40 secondes pour boucler ce tour du monde. Il s’agit de sa 9e circumnavigation, sa 7e en multicoque, sa 5e en solitaire.
Le marin, sans nul doute le plus expérimenté en multicoque, n’a pas été ménagé par les conditions météorologiques et a dû faire face à nombre de pépins techniques. Pourtant, il a su résister, tenir bon et aller au bout. C’est lui qui fait partie des premiers à y avoir cru et comme toujours il y a mis les bons mots. Avant de s’élancer sur l’ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, Thomas Coville parlait d’une course qui « marquera l’histoire » et avait la sensation de « faire partie des pionniers ». Sur un tour du monde, il sait que le dépassement de soi « ne suffit pas » : « on va chercher une part de douleur, d’abnégation, de découverte… D’une certaine façon, il s’agit d’une expédition ». Celle-ci débute par un regard ému sur les quais de Brest, une accolade chaleureuse avec Tom Laperche (« protège-toi de ton courage » lui dit Thomas), un clin d’œil à Olivier de Kersauson, un clapping avec la foule… Puis le grand saut. « Ça ressemble un peu à Apollo 13 » Légèrement en retrait d’un point de vue des résultats lors des dernières courses, avec un bateau optimisé en 2023, Thomas démontre au contraire sa solidité et la performance de sa machine lors des premiers jours de course. Il est dans le match lors de la première dépression, de la bascule à Madère et de la descente vers l’équateur. En s’approchant des côtes du Brésil, il espère basculer dans le même système météo que la tête de course mais peu avant l’entrée dans l’océan Indien il est victime de la casse de son système de descente de foil tribord. Il faut la laisser s’échapper et réparer surtout, ce qui lui prendra plusieurs jours. « Ça ressemble un peu à Apollo 13 : tu es tout seul avec quelques outils, ta main, ta tête, ton énergie et tu œuvres en petite fourmi ».
Alors qu’il progresse dans l’océan Indien, que Tom Laperche a abandonné et que Charles Caudrelier est déjà loin, Thomas lutte pour se frayer un chemin. « Je dois trouver un couloir entre des masses d’air qui se rejoignent, s’entrechoquent et génèrent des phénomènes violents et erratiques », confie-t-il alors. Les systèmes météos ne sont jamais vraiment favorables, ce qui l’oblige à redoubler d’effort et de vigilance. Le corps souffre, le bateau aussi. Le skipper de Sodebo Ultim 3 décide de s’arrêter en Tasmanie pour réparer le balcon avant et le filet de protection bâbord qui n’a pas résisté aux chocs. Il retrouve le large deux jours plus tard et a l’une des plus belles formules de cette aventure : « repartir, c’est comme un cœur qui recommence à battre »
« S’adapter, c’est une part intégrante de notre sport » La suite est tout aussi exigeante, prenante, virulente. Mais Thomas s’accroche, il revient même sur Armel Le Cléac’h dans le Pacifique – « c’est un privilège de disputer un match avec lui » – et offre à tous ceux qui le suivent depuis la terre ses bons mots et ses réflexions. Ému aux larmes après son passage du cap Horn, il assure : « pendant longtemps, on se dit qu’il ne faut pas craquer parce qu’il n’y a personne. C’est hostile, sauvage, impressionnant et on nous a laissé passer ». Quelques jours plus tard, Thomas s’extasie pour un coucher de soleil : « c’est pur, photogénique, facile ». Le skipper se résout parfois à la fatalité – « on ne peut pas faire grand-chose contre le temps qui passe » – mais ne renonce à rien : « j’ai toujours eu l’impression d’avoir donné tout ce que j’avais dans mes tripes ». Dans ses vidéos, son regard pensif réhausse des cernes un peu plus creusés, une barbe poivre et sel est apparue, les cheveux sont toujours un peu en bataille : il a les mêmes attributs que les aventuriers qui l’ont fait rêver. Et puis il doit avec composer une météo capricieuse, la mer jamais clémente ces temps-ci dans l’Atlantique Nord et un bateau qui grince après sept semaines d’effort. En somme, Thomas s’adapte, comme il l’a toujours fait, comme une façon bien à lui de s’inscrire dans le sillage des plus grands. « S’adapter, c’est une part intégrante de notre sport, confiait-il il y a quelques jours.
Les bricoles de Bernard Moitessier, l’inventivité d’Yves Parlier, l’abnégation de Loïck Peyron… » Deux jours avant de franchir la ligne, il a trouvé une autre formule qui fait sourire, à l’adresse du vainqueur : « désolé Charles, je ne vais pas pouvoir être présent à ton arrivée (…). Sincèrement, humblement, un grand bravo ». Thomas Coville n’est pas seulement régatier, aventurier, conteur et bricoleur à ses heures, c’est aussi un gentleman en mer comme à terre.
La course de Thomas Coville en chiffres : Date et heure d’arrivée : jeudi 29/02 à 14 heures 42 minutes et 40 secondes Temps de course : 53 jours 1 heure 12 minutes et 40 secondes Milles parcourus : 31 217,12 milles Vitesse moyenne réelle : 24,52 nœuds Vitesse moyenne sur l’orthodromie : 19,09 nœuds Ecart au premier : 2 jours 6 heures 4 minutes et 58 secondes
Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/02/24Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/02/24Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/02/24Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/02/24Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/02/24Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/02/24Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/02/24Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/02/24Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/02/24Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/02/24Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/02/24Arrivée de Thomas Coville, Sodébo Ultim 3, 2ème avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/02/24
Arrivée du 1er avant jury de l'Arkéa Ultim Challenge-Brest, Charles Caudrelier, Maxi Edmond de Rothschild, aux pontons, ARKEA ULTIM CHALLENGE - Brest, le 27/02/24
Charles Caudrelier, vainqueur de ce premier tour du monde en solitaire en multicoque a été célébré à son arrivée à Brest comme il se doit. Toute son équipe était là pour l’accueillir et célébrer cette victoire.Ses premiers mots avant de recevoir son trophée
” Notre début de course avec Tom nous a permis de nous échapper. J’ai trouvé la course extrême au début puis l’aventure est venue ensuite. J’étais soulagé quand Tom a arrêté. On avait un bon rythme. Je me suis un peu ennuyé après. Il y a eu des longueurs sur ce tour du monde mais quand j’ai bricolé j’aimais bien. J’ai été en forme durant ces 50 jours. Cette victoire, c’est beaucoup d’émotion. Une victoire collective pour l’équipe. La durée et l’engagement, depuis 10 ans c’est ce qui a fait la différence. On revient avec un bateau qui a eu des avaries mais qui a tenu. Il ne m’a jamais lâché. 15 jours avant le départ j’ai failli ne pas partir. Les moments forts ont été nombreux. Mon duel avec Tom, quand j’ai déchiré ma Grand voile après le Cap Horn. J’ai pensé que c’était fini. J’ai bricolé 10h. J’ai perdu un plan porteur de safran. J’ai eu la chance de ne pas casser quelque chose de rédhibitoire. Il fallait trouver le bon rythme sur ce tour du monde. Je me suis fait peur deux fois. J’avais cassé le plancher de mon cockpit. J’avais un grand trou. Et comme j’avais l’habitude de passer là un moment j’e l’ai oublié et je suis tombé, les jambes dans le vide au-dessus de l’eau et heureusement j’ai réussi à me tenir à un bout et à remonter à bord. Dans le pot au noir il y a eu un gros grain et le temps que je sorte le bateau était couché sur l’eau, à 41° à la limite du chavirage. “
Arrivée du 1er avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, Charles Caudrelier, Maxi Edmond de Rothschild, aux pontons, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 27/02/24Arrivée du 1er avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, Charles Caudrelier, Maxi Edmond de Rothschild, aux pontons, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/12/23Arrivée du 1er avant jury de l’Arkéa Ultim Challenge-Brest, Charles Caudrelier, Maxi Edmond de Rothschild, ARKEA ULTIM CHALLENGE – Brest, le 29/12/23
Arrivée du 1er avant jury, Charles Caudrelier, skipper du Maxi Edmond de Rothschild, ARKEA ULTIM CHALLENGE - Brest, le 27/02/24
Ce mardi 27 février à 8h37, Charles Caudrelier a coupé la ligne de ce premier tour du monde en multicoque et en solitaire. Une victoire méritée à bord du Maxi Edmond de Rothschild qui n’aura connu qu’une seule escale. Il boucle ce tour en 50 jours, 19 heures, 7 minutes et 42 secondes.
Charles Caudrelier marque l’histoire de la course au large en remportant la première édition du premier tour du monde en multicoque en solitaire. Le bateau mis à l’eau en 2017 a prouvé qu’il était encore le bateau référence en Ultim. Fiable, rapide, il n’aura connu qu’une escale technique forcée aux Açores le temps de laisser passer une tempête.
Ce succès récompense à la fois le métier d’un marin qui a pris le temps de progresser, étape par étape, jusqu’à se constituer un des plus beaux palmarès de la course au large internationale, et l’ambition d’un armateur, qui, depuis près de 150 ans, n’a cessé de chercher à armer des bateaux capables de gagner tout en contribuant à la progression de l’état de la science.
Intégré en 2019 dans le team Gitana en même temps que Franck Cammas, Charles Caudrelier a apporté sa connaissance des exigences tours du monde. Double vainqueur de la Volvo Ocean Race notamment, il a su accompagner la progression technologique de ce bateau né pour voler. En quatre saisons, il s’est constitué le palmarès le plus fourni de la classe Ultim avec de sacrées victoires : Brest Atlantiques (2019), Rolex Fastnet Race (2019 et 2021), Transat Jacques Vabre (2021), Finistère Atlantique (2022) et Route du Rhum Destination Guadeloupe (2022).
Faire naître le premier bateau à voler au large, c’était l’ambition du baron Benjamin de Rothschild et de son épouse Ariane de Rothschild, créateurs de l’écurie de course Gitana Team en 2000. En 2011, l’équipe quitte les circuits monocoques pour renouer avec l’aventure des multicoques, acquérant un MOD70, un vivace trimaran de 70 pieds. Deux ans après la naissance du maxi-trimaran Edmond de Rothschild, en 2017, les incertitudes sont chassées et, avec à la barre Franck Cammas et Charles Caudrelier, le vol hauturier fait la démonstration de sa pertinence.
La victoire de la maîtrise et de la fiabilité
Ces derniers mois encore, la fiabilité du Maxi était encore le sujet des préoccupations, tandis qu’approchait l’échéance du tour du monde. Après une Transat Jacques Vabre frustrante à l’automne dernier, marquée par de nombreuses avaries (système de barre, foil) et terminée à la 3e place, l’équipe s’était employée pour réparer et repartir de l’avant. Dès les premiers jours, malgré un départ dans le bon tempo, il a dû composer avec une brèche dans son carénage avant. Il n’empêche, Charles a tenu bon, a résisté au rythme de Tom Laperche jusqu’à l’avarie de ce dernier, avant de s’envoler en tête de course. S’il s’est offert le record de l’océan Indien en solitaire et en multicoque (8 jours et 8 heures) et s’est attaché à gérer son avance, le skipper n’a pas été épargné.
Il y a eu l’attente avant de franchir le cap Horn, veiller à ne pas croiser des icebergs, résister aux conditions toujours changeantes de l’Amérique du Sud avant de se résoudre à s’arrêter aux Açores la semaine dernière pour laisser passer une nouvelle dépression. De son retour en course samedi à son arrivée ce mardi, les plus de 1 200 milles n’ont pas été faciles non plus, tant les conditions étaient exigeantes. Désormais, Charles peut enfin exulter. Il boucle en vainqueur son premier tour du monde en solitaire, remporte sa troisième circonvolution (avec ses deux victoires à la Volvo Ocean Race) et s’affirme un peu plus comme un des meilleurs skippers de l’époque.
Pendant ces 50 et quelques jours de mer, Charles Caudrelier a fait preuve d’une maîtrise et d’un engagement exceptionnels à bord de son Ultim de 32 mètres, premier bateau volant à réussir le tour du monde par les trois caps. Cet exploit sportif personnel récompense aussi l’audace d’une équipe visionnaire, qui, il y a 10 ans, imaginait avec l’architecte Guillaume Verdier, la conception d’un grand trimaran capable de « foiler » en haute mer.
Ariane de Rothschild, fondatrice et armatrice du Gitana Team : « Je voulais tout d’abord féliciter et remercier Charles Caudrelier pour avoir accompli et remporter ce tour du monde de façon aussi exceptionnelle. Je pense aussi aux équipes du Gitana qui l’ont accompagné et vécu cette aventure à ses côtés avec autant d’intensité et de détermination. Cette course a été très éprouvante pour les marins comme pour les bateaux, ce qui rend ce premier tour du monde Ultim en solitaire d’autant plus impressionnant. Je voulais également exprimer combien je suis émue pour ce bateau, Gitana 17. Nous l’avons imaginé et conçu avec l’ambition qu’il soit le premier maxi-trimaran à voler autour de la planète. C’est chose faite et c’est une consécration totale. Je pense à Guillaume Verdier, ses équipes, le bureau d’études de Gitana et Cyril Dardashti sans qui ce magnifique bateau n’existerait pas. Avec cette éclatante victoire, le Maxi Edmond de Rothschild entre dans la grande tradition familiale et dans la légende. Cela me touche beaucoup, c’est une grande émotion. »
Cyril Dardashti, directeur général du Gitana Team : « C’est un grand moment pour nous tous, pour l’équipe, pour Charles, pour notre armateur. C’est la récompense de 10 ans de travail. C’est notre premier tour du monde réussi au sein de l’écurie. Le faire en multicoque, qui est dans l’ADN du Gitana Team, et le gagner en mode volant, c’est la plus belle étoile qu’on puisse accrocher à notre tableau. Charles il a été monstrueux depuis le début de cette course. On n’en doutait pas. Il a fait quelque chose d’incroyable. Il montre à ses pairs qu’il est un grand marin. »
La victoire de Charles Caudrelier en chiffres Heure d’arrivée : 08 h 37 min 42 sec Temps de course : 50 jours 19 min 37 min 42 sec Milles parcourus : 28 939.03 milles Vitesse moyenne réelle : 23,74 nœuds Vitesse moyenne sur l’orthodromie : 19,93 nœuds
La course de Charles : ce qu’il faut retenir
L’Atlantique au contact Le départ, donné le 7 janvier 2024 est suivi d’une descente de l’Atlantique groupée. Dans les alizés, au grand large du Cap-Vert, la régate entre quatre des six concurrents se mue bientôt en duel avec SVR Lazartigue. Ce corps à corps au contact avec Tom Laperche atteint son paroxysme aux portes des quarantièmes rugissants. Charles Caudrelier aligne trois journées à près de 35 nœuds de moyenne (838 milles pour ses meilleures 24h). Il prend la tête le 17 janvier, tandis que son rival, victime d’une avarie majeure, se déroute vers le Cap et doit abandonner.
Passage du cap de Bonne-Espérance : Le 19 janvier à 14 h 32 min 22 sec, en 12j 1h 2min et 22s – en 1ère position
Un Indien record Le Maxi Edmond de Rothschild cavale à l’avant d’une dépression australe attrapée au large du Brésil, qui va le propulser jusqu’aux Kerguelen. Il est le seul dans cette position. Avec un système météo d’avance sur ses poursuivants, l’écart se creuse inexorablement. Le géant aux cinq flèches transperce l’Indien en 8 jours, 8 heures 20 minutes et 36 secondes.
Passage du cap Leeuwin Le 25 janvier à 19 h 14 min et 05 secondes, en 18 jours 5 heures 44 minutes et 5 secondes de course – en 1ère position – Nouveau temps de référence en solitaire.
Record de l’océan Indien en solitaire Le 28 janvier, Charles Caudrelier franchit la longitude du cap du Sud-Est à 1h03min et 10 secondes (heure française) après 20 jours 11 heures 33 minutes et 10 secondes de course. Il a parcouru 6 113 milles entre le Cap des Aiguilles (Afrique du Sud) et le Cap du Sud-Est en 8 jours 8 heures 20 minutes et 36 secondes, à la vitesse moyenne de 30,7 nœuds.
Pacifique : ralentir pour en sortir Tout commence à la perfection dans la longue houle du Pacifique qui permet au trimaran bleu de progresser pendant quatre jours à plus de 30 nœuds de moyenne. A l’arrière, la météo et les avaries contrarient Thomas Coville (escale technique en Tasmanie) et Armel Le Cléac’h (contraint de passer par le nord de la Nouvelle-Zélande). Mais le 1er février, à mi-chemin, Charles est obligé de mettre les deux pieds sur le frein pour éviter un système virulent qui lui barre le passage du cap Horn. Il va passer 48 heures au ralenti. Son avance de 3500 milles sur Sodebo le met à l’abri d’un éventuel come-back.
Passage du cap Horn Le 6 février à 18 h 08 min 40 secondes, après 30 jours 4 heures 38 minutes et 40 secondes de course – en 1ère position
Les dernières piques de l’Atlantique Probablement la portion de course la plus difficile pour Charles Caudrelier. La présence des glaces puis l’arrivée d’une dernière dépression australe, l’obligent à passer dans l’ouest des Malouines et à temporiser une fois de plus. Victime d’un souci technique handicapant (qu’il va réussir à réparer), il manque aussi de chavirer, bateau gité à 40 degrés pendant quelques longues secondes. La remontée au près le long des côtes sud-américaines est laborieuse. Enfin, l’Atlantique Nord lui réserve une dernière épreuve. Le 21 février, Charles doit se résoudre à s’arrêter à Horta (Açores), une escale stratégique qui durera plus de 72 heures, le temps de laisser passer le très mauvais temps qui sévit au large des côtes françaises.
Passage équateur-équateur Charles Caudrelier a franchi l’équateur pour la 2ème fois de son tour du monde, le 16 février 2024 à 8 h 44 min 48 secondes, au terme de 39 jours, 19 heures, 14 min et 48 secondes de course. Temps équateur aller / équateur retour : 33 jours, 11 h, 33 min
Cellule de Routage Gitana : Erwan Israël Julien Villion Benjamin Schwartz Chris Bedford
USA SailGP Team helmed by Taylor Canfield lead the SailGP fleet in fleet race one, with the Sydney Opera House and Sydney Harbour Bridge in the distance on Race Day 1 of the KPMG Australia Sail Grand Prix in Sydney, Australia. Saturday 24th February 2024. Photo: Simon Bruty for SailGP. Handout image supplied by SailGP
Tom Slingsby s’impose chez lui en Australie au GP de Sydney où les conditions météos auront été presque parfaites. Les Danois ont été une nouvelle fois en finale alors que les Français échouent à nouveau en montrant un visage plus combatif.
Tom Slingsby et son équipage australien ont été sacrés champions du Grand Prix de Sydney devant le Danemark et la Nouvelle-Zélande dans la finale à trois bateaux. L’équipe australienne est en tête du classement de la saison 4 avec 8 points d’avance sur son plus proche rival, la Nouvelle-Zélande. Slingsby a déclaré : « Gagner après avoir été si près tant de fois et devant notre public de Sydney, avec notre famille et nos amis qui nous regardent, il n’y a vraiment pas beaucoup mieux que cela. Après la pénalité de départ anticipé, j’étais convaincu qu’il serait difficile de revenir dans la course, mais l’équipe s’est si bien préparée pour que nous puissions dépasser les Danois, prendre la tête et remporter notre première victoire de la saison. C’était extrêmement important pour nous. Personnellement, on commence à douter de soi quand on ne remporte pas de victoires en finale, surtout quand la Nouvelle-Zélande s’en sort si bien ces derniers temps, on commence à se demander : sont-ils meilleurs que nous ? Gagner en Australie, vous n’auriez pas pu écrire un meilleur scénario pour nous, c’était une marque dans le sol où la Nouvelle-Zélande a remporté deux victoires d’affilée, et nous étions confrontés aux cordes sur notre terrain, alors pour livrer comme c’est étonnant.”
Les deux dernières courses de qualification en flotte ont vu l’Allemagne d’Erik Heil remporter sa toute première victoire en course SailGP – un grand retour après le quasi-chavirage de l’équipe la veille. La course 5 a été serrée mais c’est la France de Quentin Delapierre qui s’est imposée avec une avance convaincante mais malheureusement une victoire pas suffisante pour se qualifier pour la finale à trois bateaux où ils ont terminé l’événement quatrième.
KPMG AUSTRALIA SAIL GRAND PRIX I SYDNEY STANDINGS // 1 // Australia 10 points 2 // ROCKWOOL Denmark 9 points 3 // New Zealand 8 points 4 // France 7 points 5 // Spain 6 points 6 // Germany 5 points 7 // Emirates Great Britain 4 points 8 // Switzerland 3 points 9 // USA 2 points 10 // Canada 1 point
Après trois jours d’attente à Horta, dans la marina principale de l’île de Faial, le Maxi Edmond de Rothschild a repris la mer ce samedi 24 février à 11h45 (heure française), soit une escale d’environ soixante-dix-huit heures. Charles Caudrelier avait dû trouver refuge aux Açores mercredi 21 février au lever du jour pour laisser passer du très mauvais temps dans l’Atlantique Nord en approche de Brest.
Bien que les conditions des 1 200 milles qui séparent encore le leader de l’Arkea Ultim Challenge de l’arrivée s’annoncent agitées, elles sont désormais acceptables aux yeux du marin du Gitana Team et de sa cellule de routage pour larguer les amarres et reprendre le chemin du large. Une navigation prudente dans la traîne d’une dépression pour une arrivée brestoise désormais estimée entre lundi soir et mardi matin.
Être en course tout en étant à terre, l’exercice est bien plus difficile qu’il n’y paraît surtout à 1 200 milles de l’arrivée d’un tour du monde. Cette pause de plusieurs jours, imposée par la météo, après 44 jours de mer et plus de 27 000 milles parcourus, est singulière mais pour autant pas inédite. Les marins, et Charles Caudrelier en premier lieu, savent qu’à cette époque de l’année le golfe de Gascogne peut se montrer bien peu coopératif.
Depuis le milieu de semaine, accompagné de membres de son équipe technique, indispensable soutien pour amarrer le géant de 32 mètres au légendaire quai de la marina de Horta, Charles Caudrelier a dû s’adapter et faire preuve de patience. Il fallait, en effet, laisser passer le très mauvais temps qui sévit depuis plusieurs jours en approche des côtes françaises du fait du passage de la tempête Louis. D’autant qu’à l’arrière de cette première vaste dépression, d’autres s’enchaînent.
Les conditions de vent mais surtout de mer au nord des Açores et plus loin dans le golfe de Gascogne, réclament beaucoup de travail pour trouver une trajectoire et des conditions de navigation acceptables pour le marin et son géant de 32 mètres, comme nous le détaillait Erwan Israël : « Nous avons dû laisser passer un très vaste système dépressionnaire, qui a été appelé Louis, mais que dans la cellule de routage ici nous avions nommé L1. Mais ce qui nous concerne aujourd’hui plus directement est une nouvelle dépression (L2, ndlr) C’est un système beaucoup moins vaste que le précédent mais ça reste une dépression très nerveuse avec des 50 nœuds mesurés dans son Ouest dimanche au large de la Bretagne. L2 est en fait une vieille dépression tropicale, née dans le golfe du Mexique il y a plusieurs jours, qui a longé les côtes américaines puis est remontée au sud de Terre-Neuve. Elle a pris le train des dépressions de l’Atlantique Nord dans le sud du Groenland et fait désormais route vers l’Europe. L’objectif des prochains jours est de naviguer entre les hautes pressions de l’Anticyclone des Açores qui s’installent à nouveau et cette dépression qui sera devant nous. Cela demandera une navigation assez conservatrice et lente pour Charles car en navigant dans la traîne nous devrons conserver suffisamment de distance avec elle pour ne pas retomber dans des conditions trop musclées. »
Lors de ces trois jours d’arrêt, le Maxi Edmond de Rothschild a naturellement concédé beaucoup de terrain à ses adversaires. Mercredi matin, à son arrivée aux Açores, le leader du tour du monde enregistrait 2 137 milles d’avance sur Sodebo Ultim 3 et 3 130 milles sur le Maxi Banque Populaire XI. Ce samedi midi, Charles Caudrelier repart de Horta avec un crédit de près de 1 500 milles sur son plus proche concurrent, Thomas Coville et plus de 2 000 milles sur Armel Le Cléac’h, qui complète ce podium provisoire. Ce qui constitue un matelas confortable au regard du chemin qu’il lui reste à parcourir. ¬