Sam Goodchild continue d’imprimer son rythmer sur cette 1000 race où les concurrents sont là pour s’entraîner sur cette première course de la saison. Si la hiérarchie est respectée avec Corentin Horeau 2e, Violette Dorange réalise une remarquable course face à Elodie Bonafous et Francesca Clapcich.
Le ralentissement annoncé a bien rattrapé la flotte de la 1000 Milles sur la route du waypoint Gallimard, mais tous les marins n’ont pas négocié cette zone de petits airs de la même manière. Quelques milles de décalage ont suffi à créer de vraies différences de vitesse. Plus au sud, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance), qui a franchi la marque virtuelle à 5h08 ce jeudi matin, est parvenu à conserver un flux plus régulier et garde les commandes de la course devant Corentin Horeau (MACSF). Derrière, la bataille reste extrêmement compacte : Francesca Clapcich (11th Hour Racing), Violette Dorange (Initiatives Cœur) et Elodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner) ne forment quasiment qu’un seul point sur la cartographie tant les écarts entre elles sont infimes. Reste que si les premiers écarts commencent à se creuser, la flotte demeure suspendue aux pièges d’un golfe de Gascogne aussi exigeant qu’imprévisible.
Goodchild garde le rythme
Le scénario était annoncé depuis plusieurs jours. Toute la question était de savoir comment cette fameuse molle allait redistribuer les cartes. Verdict ce jeudi matin : les marins les plus au sud ont clairement mieux négocié leur passage que le reste de la flotte. Toujours leader après près de quatre jours de course, Sam Goodchild continue d’imprimer le rythme. Derrière lui, Corentin Horeau s’accroche solidement. Les deux hommes n’étaient séparés que de 25 milles mercredi soir et l’écart atteint à peine 29 milles ce jeudi matin. Une quasi-stabilité qui en dit long sur la manière dont les deux skippers ont réussi à préserver leur vitesse dans cette transition délicate. Aux abords de la marque Gallimard, située au nord du cap Finisterre, à la latitude de Bordeaux, le Franco-britannique est surtout parvenu à conserver un mince filet d’air quand d’autres avaient soudain l’impression d’avancer dans du béton frais. « Le vent est léger. Il souffle entre 3 et 4 nœuds, mais pour l’instant il reste stable », expliquait-il peu avant de franchir le waypoint. « J’ai eu quinze minutes avec les voiles qui flappaient complètement, mais c’est tout. Franchement, ça se passe correctement. » Cette poignée de nœuds a suffi à faire la différence. Assez même pour permettre au skipper de MACIF Santé Prévoyance de récupérer un peu. « J’ai passé du temps à dormir », a-t-il confié. « Le bateau avançait suffisamment tout seul pour que je puisse enchaîner les siestes avec des alarmes. » Pendant ce temps, quelques milles plus haut, les écarts se sont creusés davantage. Les trois navigatrices pointent désormais à une cinquantaine de milles du leader tandis que Nico d’Estais (Café Joyeux) et Arnaud Boissières (APRIL Marine – Recherche co-partenaires), plus au nord encore, accusent près du double.
Le match dans le match
Malgré la frustration du petit temps, personne ne lâche rien. Certainement pas Francesca Clapcich, Elodie Bonafous et Violette Dorange, engagées dans une lutte permanente depuis des heures. « On évolue bord à bord », a raconté l’Italo-américaine dans un message vocal. « C’est fun, mais aussi vraiment délicat parce que c’est extrêmement serré et qu’aucune de nous ne veut céder quoi que ce soit. » Dans ces airs faibles et instables, où les nuages deviennent des pièges mouvants, une bascule mal anticipée peut rapidement coûter très cher. Dans ces conditions, les marins passent parfois plus de temps à chercher le vent qu’un Parisien sa place de parking un samedi soir. « L’approche du waypoint est longue », a avoué la skipper de 11th Hour Racing. « La nuit, c’est encore plus difficile parce qu’on ne peut plus vraiment lire le ciel à l’œil nu. » Et pourtant, au milieu de cette tension permanente, les marins trouvent encore de quoi savourer quelques parenthèses plus douces : des dauphins aperçus dans la lumière du soir, un magnifique coucher de soleil, des températures enfin un peu plus clémentes. « Cette 1000 Race est une course courte, mais vraiment intense », a résumé Francesca. Même combat plus au nord pour Arnaud Boissières, embarqué dans une lutte permanente contre les caprices du vent faible. « Ça ferraille dans les petits airs ! », a-t-il lâché avec son enthousiasme habituel, comme si ces heures à tricoter au ralenti étaient finalement exactement ce qu’il était venu chercher. « Je viens de prendre un énorme refus pas du tout prévu, mais c’est le jeu dans ces conditions-là. » Lui aussi alterne manœuvres et micro-siestes : « J’ai réussi à dormir trois fois vingt minutes, c’est déjà pas mal. »
Cap sur Concarneau, sans droit à l’erreur
L’effet accordéon tant redouté n’aura finalement pas vraiment eu lieu. Mais la molle continue de tendre les nerfs de toute la flotte ce jeudi matin. Car désormais, l’objectif est clair : aller chercher le flux de nord-est qui commence à s’établir le long des côtes espagnoles afin de remonter vers Concarneau au près, en tirant des bords dans un golfe de Gascogne encore piégeux. « Le premier objectif, c’est d’aller chercher ce vent », a détaillé Sam Goodchild. « Ensuite, il faudra trouver le bon bord parce que le centre dépressionnaire n’est vraiment pas loin. Il va falloir jouer avec sans trop jouer avec le feu. » Tout l’enjeu sera là : se rapprocher suffisamment du système pour profiter des bascules favorables… sans tomber dans son cœur mou et se faire de nouveau engluer dans la pétole. Une navigation de dentellier, où la trajectoire parfaite n’existe pas et où chaque décision peut rebattre les cartes. Le skipper de MACIF Santé Prévoyance, lui, refuse de considérer son avance comme acquise. « Je vais devoir surveiller un peu les autres derrière pour protéger ma place », a-t-il glissé avec lucidité, avant de sourire : « Mais j’ai l’impression qu’ils sont surtout occupés à se bagarrer entre eux pour vraiment me regarder… » Et il n’a sans doute pas tort. Car derrière le leader, la bataille fait rage. Fébrile, tactique, acharnée. Exactement comme on aime.


















