Difficile de se passionner pour la course d’IMOCA la 1000 race avec 7 bateaux et pas de vent ! Cela devrait être un peu plus intéressant ces prochaines heures avec le retour du vent. Sam Goodshild domine son sujet mais on suivra les performances de Violette Dorange, d’Elodie Bonafous et de Corentin Horeau qui prennent leurs premières marques en solitaire.
Après plus de 24 heures à composer avec une pétole éprouvante, les concurrents de la 1000 Race ont enfin touché, ce lundi soir vers 22 heures, le flux de nord-est tant attendu. Un basculement brutal qui a transformé la course : des vitesses faméliques aux surfs à plus de 20 nœuds, les IMOCA ont changé de dimension en l’espace de quelques instants. Dans le même temps, la direction de course a décidé de décaler légèrement vers le nord-est le waypoint Guy Cotten, apportant un nouvel enjeu à la suite du parcours. Une double inflexion, à la fois météo et sportive, qui redistribue les cartes à l’approche du mythique rocher du Fastnet, que les premiers devraient franchir ce mardi en milieu de journée.
De la pétole à la glisse : un changement de tempo radical
Il y a encore quelques heures, les IMOCA étaient englués dans une course au ralenti, presque irréelle au regard de leur potentiel. Avaler péniblement 80 à 90 milles en 24 heures à bord de machines conçues pour voler sur l’eau : le contraste avait de quoi désarçonner. « Les longues heures sans vent n’étaient pas très amusantes », a reconnu Francesca Clapcich (11th Hour Racing). « Mais c’était un vrai exercice : gérer le bateau, être constamment dans les réglages, rester concentrée… au final, un excellent entraînement. » Même analyse, teintée de pragmatisme, chez Corentin Horeau (MACSF) : « Ce n’était pas facile, mais j’ai essayé de faire avancer au mieux, de peaufiner les réglages et de grappiller quelques siestes. On apprend toujours dans ces phases-là. » Puis, en fin de journée, tout s’est accéléré. Le vent est rentré, les étraves se sont libérées, les compteurs se sont affolés. « Une vraie délivrance », a soufflé le Morbihannais, après plus de 24 heures dans la molle, avant de voir le bateau « passer la seconde » dans un flux de nord-est enfin établi. Désormais, les IMOCA cavalent au reaching dans 10 à 15 nœuds de vent, renouant avec leur ADN : vitesses à deux chiffres, pointes au-delà des 20 nœuds et sensations retrouvées. Dans ce contexte plus dynamique, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) conserve pour l’heure l’ascendant, avec une avance d’une grosse vingtaine de milles sur un groupe de poursuivants toujours très resserré.
Fastnet en ligne de mire : entre symbole et soulagement
Ce regain de vitesse propulse la flotte vers l’un des passages les plus emblématiques de la course au large : le Fastnet. Pour beaucoup, l’émotion reste intacte malgré les passages répétés. « C’est toujours spécial », a confié Francesca. « J’y suis déjà passée plusieurs fois, mais je n’ai pu le voir que deux fois, les autres fois c’était de nuit. Alors y arriver de jour, c’est vraiment quelque chose. C’est un repère historique de notre sport. » Cette fois, la lumière devrait être au rendez-vous. Une petite victoire en soi pour des marins plus habitués aux silhouettes fantomatiques dans la brume ou l’obscurité. « Ça va être sympa de pouvoir le voir, prendre quelques images… et surtout repartir vers le sud », a souri Corentin Horeau, glissant au passage une réalité moins romantique : « Il fait quand même bien froid en approchant de l’Irlande. » Le marin de MACSF n’a d’ailleurs pas été épargné dans cette phase de relance, contraint d’éviter au dernier moment un bateau de pêche en remorquage : « Je me suis mis en cacahuète… Je l’ai vu très tard. Bon, j’ai perdu du terrain, mais au moins je ne me suis pas pris la remorque dans la quille ! » Humour intact, malgré tout.
Parcours ajusté, jeu relancé
Comme pour accompagner ce changement de rythme, la direction de course a décidé lundi soir de modifier légèrement le waypoint Guy Cotten, décalé vers le nord-est et rapproché, réduisant le parcours d’environ 80 milles. Une décision jugée cohérente par les skippers. « Le tracé devenait long et on voyait qu’on prenait du retard sur les routages », a noté le vainqueur de la Solitaire du Figaro 2023. « Là, ça relance bien le jeu. » Même sentiment chez la navigatrice italo-américaine : « Le bord sera un peu plus court mais aussi plus intense. Les manœuvres vont s’enchaîner plus vite. C’est une bonne chose, ça dynamise la course. » La suite devrait donc rester rapide, au moins dans un premier temps, au reaching / portant. Mais la météo reste piégeuse : après cette séquence plus active, mercredi et surtout jeudi pourraient replonger la flotte dans des conditions bien plus molles. En attendant, les IMOCA savourent. Après avoir rongé leur frein pendant des heures, ils retrouvent enfin ce pour quoi ils sont faits : aller vite, très vite. Et les skippers, eux, redécouvrent le plaisir simple, presque oublié, de voir l’anémomètre s’emballer.


















