38ème édition : Une triple couronne et des talents qui se confirment

Desjoyeaux Fred Duthil
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Il n’était pas venu pour cela dit-il. Peu lui importait d’entrer dans les annales de l’épreuve en réalisant le même exploit que seuls deux marins avaient réussi avant lui (Poupon et Le Cam) : remporter par trois fois la grande classique en solitaire à armes égales. 1992, 1998, 2007… entre temps, ce marin aussi discret que teigneux a tout gagné ou presque : Transat AG2R, Vendée Globe, Transat Jacques Vabre, Route du Rhum, Transat anglaise…

Michel Desjoyeaux fait tout pour attirer les superlatifs, ne lui en déplaise. On le rebaptise ‘Professeur’ ou ‘Roi du Solo’, des sacres de circonstance qui plaisent davantage aux medias qu’à l’intéressé, plutôt gêné aux entournures lorsqu’il faut répondre à la flatterie. A son arrivée dans le port vendéen, il y avait même chez lui un brin de déception : celle de ne pas avoir claqué la dernière étape. Pour finir en beauté. Quatre podiums sur quatre étapes (3,1,3,3) ne lui suffisaient pas. Mais son contrat est rempli.

En mal de confrontation, il était venu pour chercher la bagarre. Il voulait se tirer la bourre avec ces petits ‘branleurs’, un mot lâché à son arrivée victorieuse à Brest, « un mot affectueux et non pas agressif » comme il l’expliquait ce matin entre deux coupes de champagne. Il voulait retrouver l’atmosphère de la compétition qui lui faisait défaut depuis le lancement de son projet de 60 pieds Foncia pour le prochain Vendée Globe, voir s’il tenait toujours la route dans cette course exigeante, pleine de talents en éclosion, goûter à nouveau aux décharges d’adrénaline. Il a été servi.

Duthil et Douguet, talentueux dauphins
26 minutes derrière lui au classement général provisoire, Frédéric Duthil, sans complexe, a fait très fort lui aussi. En catégorie amateur (expert en assurance à la ville, la voile n’est plus son gagne pain) le skipper de Distinxion a été brillant. Vainqueur du prologue Afflelou à Caen puis de la première étape à Crosshaven, deuxième à Brest, et à nouveau sacré sur la quatrième étape, il a bien failli voir le podium lui échapper à La Corogne, relégué à plus d’une heure du vainqueur Corentin Douguet. Mais pour sa quatrième participation, le Morbihannais de 33 ans a prouvé qu’il avait de beaux restes, ceux de ses jeunes années à côtoyer le haut niveau en équipe de France de planche à voile olympique. Il a d’ailleurs attaqué l’ultime manche à fond, en vrai planchiste. A la surprise générale, alors que la plupart des concurrents serraient les fesses dans la brise, Fred explique qu’il a disputé toute la 4e étape sous grand-voile haute, le hâle-bas pris à fond, et roule ma poule au milieu de l’écume, dans des surfs interminables à plus de 18 nœuds. Cette série de bonheurs et de réussites, il n’en demandait pas tant, d’où son émotion non dissimulée à son arrivée aux Sables d’Olonne mardi sur les coups de 2h20.

Ce faisant, il chipe la deuxième place du général à Corentin Douguet, le troisième héros de cette édition. Le vainqueur de la dernière Transat 6.50, toujours dans les 10-12 premiers aux arrivées d’étape, fait le jack pot sur le chemin de La Corogne. Grâce à un bord de près sur le cadre, digne des cas d’école, le skipper de E.Leclerc/Bouygues Telecom s’impose dans la nuit espagnole, après plus de 36 heures de baston et inflige à la majorité de la flotte une belle déculottée. L’écart qu’il réussit à créer avec ses poursuivants lui permet au final de compléter le podium, dès sa deuxième participation.

Derrière, les autres, cités en exemple par Michel Desjoyeaux lui-même, font contre mauvaise fortune bon cœur : « Il y a ceux qui vont vite comme Scutum (Gérald Veniard) et Distinxion, ceux qui prennent généralement des bonnes options mais qui se sont ratés dans la troisième étape, Gérald Veniard toujours, mais aussi Thierry Chabagny (Brossard) et Nicolas Berenger (Koné Ascenseurs) qui manque encore un peu de régularité. Nicolas Troussel (Financo) fait des choix stratégiques originaux mais souffre de son manque de vitesse et puis il y a Gildas Mahé (Le Comptoir Immobilier), à la fois rapide et hargneux. Tout ceux-là et quelques autres que j’oublie sûrement, sont des concurrents très intéressants à regarder. »

Nicolas Troussel (Financo), magnifique vainqueur en 2006, échoue à 40 minutes du podium et prend une quatrième place lui permettant tout de même de conserver la tête du Championnat de France de Course au Large en Solitaire. Il devance l’excellent brestois Gildas Mahé, concurrent plus que prometteur, qui termine finalement 5e. Plus loin, les Drouglazet, Veniard, Morvan, Berenger et Chabagny espéraient mieux. A l’inverse, Thomas Rouxel (Défi Mousquetaire), pour sa deuxième participation, réalise une belle performance en 9e position, devant quelques autres bonnes surprises de cette édition, Marc Lepesqueux (Rapid’Flore Caen-La-Mer), 10e, ou encore Franck Legal (Lenze) 12e.

Enfin, Jeanne Grégoire (Banque Populaire) se souviendra de cette 38e Solitaire comme celle des galères et des coups du sort. Après deux premières étapes en demi-teinte, elle réussit à redresser la barre à La Corogne et entre dans les 10 au général provisoire, avant de connaître une belle frayeur sur la route des Sables. Elle a démâté cette nuit à quelques dizaines de milles de la ligne d’arrivée après avoir été sonnée lors d’une violente embardée de son bateau.