Un nouveau point de passage pour éviter les glaces

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210 milles en sus : voilà la conséquence de la décision prise collectivement par Sylvie Viant, Directrice de Course, et les vingt-quatre solitaires ! Mais si le parcours atteint désormais près de 3 000 milles (2 955 milles exactement), le risque d’un incident, voir d’une avarie grave suite à la percussion d’un growler, est très sensiblement réduit. Il faut souligner que les observations effectuées quotidiennement par les Coast Guards et les images satellite indiquent que des icebergs ont été identifiés jusqu’à 41°30, soit pratiquement sous les bancs de Terre-Neuve, en limite du Gulf Stream et très près des routes maritimes entre l’Europe et la côte Est des Etats-Unis ! Une situation inhabituelle à cette période de l’année car la débâcle des glaces du Saint-Laurent et de la banquise n’a débuté que depuis quelques semaines.
L’indication aussi que les icebergs sont plus nombreux que les années précédentes et qui dit icebergs, dit growlers, masses de quelques tonnes seulement qui flottent en groupe dispersé et n’émergent que de quelques mètres au-dessus de la mer. Car si un iceberg est visible au radar, ces morceaux de glace sont difficilement aperçus par un navigateur solitaire et ignorés par les radars, et seule une différence de température de l’eau de mer peut laisser entendre que cette présence fantomatique rôde !
La porte définie par les Instructions de Course est ainsi une ligne située à la latitude de 40° Nord entre un point par 47° Ouest et un point par 50° Ouest : les concurrents doivent laisser au moins un point de cette ligne sur leur tribord, avant de remonter vers le Nord si leur route stratégique les y incite. L’objet de cette décision est d’incurver la route des solitaires au Sud des bancs de Terre-Neuve, sans pour autant bloquer les initiatives tactiques sur la fin du parcours. La ligne d’arrivée devant Boston étant situé par 42°20 et 70°57, les concurrents auront encore plus de 900 milles à parcourir sur un terrain de jeu ouvert.

Détecteur de glace
Rappelons l’aventure de Sébastien Josse (présent à Plymouth pour The Artemis Transat sur BT) lors du dernier Vendée Globe 2004 : dans le Sud-Est de la Nouvelle-Zélande, son monocoque avait percuté de plein fouet un growler de plusieurs tonnes, arrêtant net son voilier et brisant son bout dehors qui heureusement, avait fait office d’amortisseur. La coque n’avait pas été endommagée mais le solitaire n’avait pu retrouver tout le potentiel de son bateau au portant jusqu’à l’arrivée aux Sables d’Olonne. C’est dans cette optique que la société Sagem développe un détecteur d’objet flottant non identifié (OFNI). Safran va à l’occasion de The Artemis Transat, tester ce prototype qui doit permettre surtout d’alarmer le solitaire lors du Vendée Globe dans les mers du Sud. Marc Guillemot précise que ce système est encore en phase de mise au point sur son 60 pieds : « Le principe s’appuie sur une caméra miniature thermique en tête de mât qui détecte tous les objets qui présentent une différence de température significative par rapport à l’environnement. La Sagem développe cette technologie pour l’industrie et le bateau sert de banc test essentiellement pour identifier les growlers, les morceaux de glace dérivante issus de la fonte des icebergs. Pour l’instant, le système enregistre les images thermiques et le logiciel va stabiliser l’image pour la définir sur un champ de vision d’un mille devant l’étrave. ». Ce matériel sera installé dans sa version définitive sur Safran pour le prochain Vendée Globe, le système permettant alors de circonscrire l’objet, de l’identifier comme un danger possible, puis d’alarmer le skipper. Ce projet pourrait intéresser autant les coureurs autour du monde, en solitaire ou pour un Trophée Jules Verne, que les cargos et les bateaux de pêche qui naviguent dans des zones froides à risque.