© photo SEAir / Éric Quesnel, DR

Ces dernières semaines, le Mini 747 mis au point par SEAir a fait ses premiers vols. Pour cette start-up lorientaise, c’est une première mondiale : un monocoque de course au large a réussi à voler de façon stable et équilibrée grâce au concept du foil. Explications du projet avec Bertrand Castelnérac de SEAir (28 Février 2017)

 

Le Mini 747 est donc le premier bateau de course au large qui vole ? 

Oui, ça peut surprendre, mais selon nous il n’y a pas eu de précédents. Le Mini d’Arkéma fait aujourd’hui comme les 60 pieds Open: il fait du planning au-dessus de l’eau pendant plusieurs secondes, mais ce n’est pas un bateau initialement conçu pour sortir complètement en allure normale de navigation. Le foil Arkéma est sur une forme de type Imoca dont l’effet principal ressenti est du redressement. Même si la portance est verticale, celle-ci est trop juste pour lever tout le bateau. À haute vitesse, ne pouvant plus l’utiliser pleinement, il faut donc le relever comme avec des dérives classiques. Lors de ses premières navigations, il n’a donc pas volé. Cela n’en reste pas moins un bateau très innovant avec ses foils, sa voile rigide et ses nouveaux matériaux par exemple.

 

Parlons du 747…

 

Nous sommes partis de la plateforme dessinée par David Raison. Nous avons alors fait toutes les études jusqu’à la réalisation, avec des prestataires-clés comme le chantier AMCO. SEAir a acquis le Mini 747 dans la seule intention de le faire voler – son nom était déjà un bon signe !

 

Mais dans les premiers temps, la question s’est posée de savoir si le vol était-il finalement un objectif raisonnable ?! Nous n’étions pas sûrs que ce soit possible d’aller réellement plus vite sur la longueur, mais nous avons aujourd’hui notre réponse : le Mini 747 vole et va plus vite ! Ça ne dégrade pas la performance, bien au contraire. La question est désormais maintenant : est-ce que c’est maniable au large par un skipper en solitaire ? Nous n’avons aucun doute que c’est l’avenir vers lequel tous les bateaux de course au large vont tendre.

 

Le Mini 747 est pour l’instant asymétrique parce que nous n’étions pas certains d’avoir mis le bon design de foil au bon endroit dans la coque. Afin de ne pas faire d’erreurs à deux reprises, seul le côté bâbord a été aménagé. Le principe est que le bateau repose sur le foil, puis sur la quille et les safrans. Une dérive centrale complète le plan antidérive. Il y a des moments où les deux safrans sont utiles, mais rapidement, un seul suffit. Le second ralentit généralement le Mini. Avec la pratique, je pense qu’il sera le plus souvent relevé. Nous basculons moins la quille au vent. Nos conditions de décollage sont autour de 8/10 nœuds de vent réel, mais rapidement, le bateau commence à partir à la contre-gîte avec le foil, quille dans l’axe. C’est impressionnant dès qu’il y a des risées. Nous nous sommes amusés à mettre le foil dans l’eau à des moments où il n’est pas censé travailler pour décoller, et il était clair qu’il travaillait déjà beaucoup. Quand le bateau part à la contre-gîte, la vitesse est même correcte ! … surprenant si on y réfléchit car, en descendant le foil, le Mini aurait dû s’arrêter.

 

Certains affirment que la quille a été allégée, mais nous n’y avons pas touché. Cela aurait pu être fait, mais nous en avons besoin pour le près et le redressement. Concernant la forme du foil, nous voulions un foil horizontal, et ne pas s’inspirer des 60 pieds Open parce que cela ne nous semblait pas le meilleur compromis pour voler. Nous avons donc travaillé sur une forme, il nous fallait de l’horizontal et du vertical, afin que ce foil rentre relevé dans le bateau. Du coup, la forme s’est imposée d’elle-même : cela ressemblait sensiblement à ce que produisait DSS. Nous avons pris contact avec eux et présenté nos travaux pour valider notre démarche. C’était important d’avoir le retour d’expérience de Hugh Welbourn, qui a plus de dix ans d’expérience dans le domaine. Hugh a confirmé nos calculs hydro. En ce qui concerne les performances, nous avons de la marge. J’ai déjà vu cela dans ma pratique du Moth. Au départ, c’est toujours un peu grossier, sans penser détails ou performance, mais cela permet de vérifier le concept et d’apprendre. Dès aujourd’hui, les sujets à approfondir sur ce Mini ne manquent pas !

 

Comme pour les GC32, la gestion des foils est manuelle, avec des roues crantées et des vis sans fin. Les safrans fonctionnent de la même manière ; il est ainsi possible d’enlever ou d’ajouter de l’incidence en navigation. Il faut cependant se limiter parce que nous avons tendance à toujours vouloir y toucher ! Au début, je ne vous cache pas que ça tâtonne un peu dans les réglages. Il y a d’abord une tendance à marsouiner, mais par contre ça lève assez vite par l’avant, puis le tableau arrière monte. Et même si le vol ne se fait pas très haut, le ressenti est immédiat, avec la ligne de flottaison qui descend, le bateau accélère. Du coup, le problème, c’est l’envie de donner des coups de barre parce qu’il se passe plein de choses avec le vent apparent.

 

En vol pur dans de la mer formée, si le foil n’a pas le bon angle avec les vagues, le bateau peut faire des bonds, monter et descendre. À ce jour, nous n’avons fait que quatre navigations dans 15 nœuds de vent maximum. La première, il y avait peu de vent ; la deuxième, nous avons volé tout de suite ; la troisième, nous avons commercé à ajuster des réglages ; lors de la dernière, les 20 nœuds de vitesse bateau ont été dépassés. C’est vraiment tôt, mais avec la vitesse à laquelle nous avançons et apprenons, j’espère pouvoir aller très bientôt au large faire des vols stables sur la longueur.

 

Il est souvent dit qu’il faut être léger pour voler, mais ce n’est finalement pas une obligation. La plupart des bateaux qui volent en témoigne : il faut être lourd. Garder le bulbe au vent nous donne cette lourdeur qui va amener, je l’espère, la stabilité de notre Mini 747.

 

Nous ne sommes pas faits pour naviguer avec de la contre-gîte comme en Moth. Même à 10 nœuds de vent, il ne faut pas anguler la quille, sinon le bateau part complètement à la contre-gîte. Les effets du vol ne sont pas violents, ce sont les accélérations qui le sont. Ça s’emballe, et quand ça retombe cela se fait gracieusement ; ce n’est pas un crash contre un mur, avec l’étrave ronde, le bateau semble ricocher comme un galet sur la surface, ou ça pousse l’eau, mais c’est plutôt en douceur. Les chocs sont les plus violents en fonds plats de coque à plus de 20 nœuds, avec les vagues qui tapent par-dessous.

 

Le programme

 

Ce bateau continue à être en développement, entre les foils, les systèmes de commande et de pilotage. Il nous est régulièrement demandé d’aller faire nos preuves en course, mais nos objectifs et nos budgets sont d’abord tournés vers la recherche et le développement. Pas la course. Aujourd’hui, le bateau n’est pas loin de pouvoir y aller, avec cependant une question de jauge qui nous obligerait à réduire un peu la surface de voile. Mais pour l’instant, le Mini 747 est bien une plateforme de recherche et développement qui sert de base pour d’autres futurs bateaux. Nous avançons au jour le jour vers cet objectif. Trouver un sponsor plutôt technologique ne serait pas pour nous déplaire afin de nous attaquer à des records et pousser le foil dans ses retranchements.

 

Le boîtier breveté

 

En GC32, je m’étais rendu compte que c’était le minimum de pouvoir régler l’incidence du foil, mouvement appelé rake. Pour avoir un bateau plus polyvalent, il faut pouvoir également régler dans d’autres sens : le penduler comme une quille (cant), et l’orienter comme un safran (towin). N’ayant pas de telle mécanique existante sur le marché, nous avons donc travaillé… pour en créer une. Ces travaux ont fait l’objet de dépôts de brevets. C’est l’utilité de ce démonstrateur que de développer ce type de systèmes qui sont complètement transférables à n’importe quel autre bateau. Le Mini est et reste le support le plus petit et le moins cher pour tester du foil et du système de commande en offshore. Nous avons d’ores et déjà commencé à présenter ces développements à des teams qui ont des bateaux plus gros.

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