@ Jean-Marie Liot

Francis Joyon prépare sa route du Rhum. Le skipper d’IDEC SPORT a, selon ses dires, noirci « des pages entières de cahiers d’observations en tous genres » sur les mille et une améliorations à apporter au voilier détenteur du Trophée Jules Verne afin d’épouser au plus près une idéale configuration de solitaire.

Francis va multiplier tout l’été des sorties en mer à la journée, destinées à peaufiner ses réglages et sa connaissance de ses nouveaux plans porteurs, notamment dans des conditions de vent soutenues peu rencontrées en Méditerranée. Viendra ensuite l’heure de navigations plus poussées en solitaire. Depuis sa tentative aussi fructueuse qu’éphémère contre le record de la traversée de l’Atlantique en juillet 2017, Francis Joyon se sent parfaitement en confiance à bord de son impressionnante machine, qui a reçu à Nice l’aval des autorités de la Fédération Française de Voile quant à l’utilisation du fameux vélo de pont, destiné à actionner les winches par la force des jambes.

Si le gros chantier de la préparation à la Route du Rhum s’articule principalement autour de la bonne connaissance de l’utilisation des nouveaux plans porteurs ajoutés cet hiver à la plate forme si performante et si sécurisante d’IDEC SPORT, longue est cependant la liste des petites améliorations voulues par Francis Joyon pour donner toujours et encore à sa machine confort et facilité d’utilisation en solo. « Nous avons déjà, ces dernières semaines, beaucoup progressé dans la compréhension de l’utilisation de nos foils » explique Francis Joyon, « et bien identifié les angles d’utilisation au vent. Il nous reste cependant à valider tout ce travail dans la brise. C’est un travail minutieux que nous allons mener tout l’été en équipage, avant de me lancer en solitaire. » Satisfait des performances en hausse du bateau grâce à l’apport de ses nouveaux profils de foils et à ses safrans en « T », Francis se projette à présent dans une configuration propre à la Route du Rhum, le solitaire dans des conditions de vent soutenues. « Il me faut naviguer dans 20 noeuds de vent et plus, afin de bien identifier les angles d’utilisation et les réglages propres à ces conditions. Le travail complémentaire sur les pilotes va de pair avec ces recherches.»

Simplicité et fluidité
Joyon et son équipe s’attachent par ailleurs à simplifier, toujours et encore les manoeuvres. « Tous les bouts reviennent au cockpit et il me faut fluidifier les manoeuvres » poursuit-il. « Je cherche à diminuer les frottements et les risques d’usure, en utilisant des petites poulies et des cordages plus fins. Tout ce qui va dans le sens de la simplification est un plus en solitaire. Lors de ma tentative de record en solo l’an passé, le bateau me semblait terriblement complexe à gérer seul. Mais après cette première transat seul à bord, j’ai commencé à prendre la mesure de la machine et l’enchainement des manoeuvres me semble aujourd’hui beaucoup plus fluide. Nous avons beaucoup travaillé sur les systèmes d’enroulement des voiles d’avant, et là encore, le gain en temps et en performance est conséquent. »

Le vélo validé !
Au registre des modifications visibles, en dehors des plans porteurs déjà mentionnés, IDEC SPORT va être doté d’un nouveau gennaker. « Notre jeu de voile accuse plus de 60 000 milles au compteur, si l’on cumule les deux Trophée Jules Verne, et les deux transats. Un nouveau gennaker s’impose. » souligne Francis. Le fameux vélo mis en place par Franck Cammas en 2007 lorsque le plan VPLP portait les couleurs de Groupama fait son retour. A l’instar avant lui de Cammas mais aussi de Loïck Peyron, lors de leurs Route du Rhum victorieuses, Joyon, adepte du déplacement à bicyclette, va lui aussi pouvoir s’aider de la force des jambes pour border voiles d’avant et grand voile lors des prises de ris. « Le vélo ne permet pas d’aller plus vite dans le réglage d’un gennaker, qui prend environ 15 minutes. Il apporte en revanche plus de confort et plus de facilité. J’aime bien faire du vélo, et cet apport validé par la FFV est le bienvenu. »
Francis Joyon se prépare donc dans la quiétude Morbihanaise à sa septième Route du Rhum. Une grande classique qui s’est toujours refusée à lui, malgré une belle 2ème place en 2010. Face à une adversité toujours plus conséquente et sophistiquée, le détenteur du Trophée Jules Verne affiche une fraicheur et un enthousiasme désarmants. « Je vais faire tout mon possible pour réaliser une belle course entre Saint Malo et Pointe à Pitre. Pour ma 7ème tentative, ce serait bien d’en gagner une… »