Vendée Globe. Yannick Bestaven : « J’ai cherché le Père Noël en haut du mât ! »

Photo envoyée depuis le bateau Maitre Coq pendant le Vendee Globe, course autour du monde à la voile, le 24 Décembre 2020. (Photo prise par le skipper Yannick Bestaven) Noël

Si Yannick Bestaven a cédé sa place de leader ce matin au classement général à Charlie Dalin, cela pourrait être provisoire. Il entend bien tiré profit de son option le jour de son anniversaire. A la veille de Noël, le skipper de Maître CoQ IV a eu le droit à un double atelier, entre montée dans le mât et réparation de sa colonne de winches.

Comment vas-tu en cette veille de Noël dans le Pacifique ?
Ça va mieux ! J’avais des travaux à faire sur le bateau qui me pesaient et j’ai réussi à les réaliser aujourd’hui, donc je suis content. Je me suis arrêté au bord de la route, tant pis pour les milles de perdus car il fallait le faire. Je suis monté en tête de mât car j’avais cassé ma drisse de tête de gennaker, il fallait que j’en repasse une par l’extérieur. J’ai profité des conditions un peu tranquilles pour me mettre vent arrière en travers de la route, monter en haut et repasser cette drisse, ça m’a pris une grosse heure, c’est la deuxième fois que je monte dans le mât, j’avoue que ce n’est pas ce que je préfère faire en solo dans les mers du Sud. Et je n’ai pas vu le Père Noël ! J’ai cherché, il n’était pas là ! J’ai aussi réparé ma colonne de winches qui me causait pas mal de soucis depuis une semaine, j’ai tout démonté et remis à plat. C’était compliqué de le faire quand le bateau gîtait, donc, c’est pareil : je me suis mis vent arrière pour remettre les vis comme il fallait. Ce que j’ai réussi à faire, donc ça va beaucoup mieux dans ma tête, c’était un beau chantier de Noël qui s’est soldé par une belle réussite. Je suis content, parce que pour les deux dossiers, ce n’était pas gagné. C’était important d’avoir un bateau en bon état de fonctionnement car la route est encore longue.

Comment se présente la situation météo, qui a l’air assez complexe en ce moment avec des choix stratégiques différents en tête de la flotte ?
C’est clair que la météo est assez particulière. On a une belle dépression annoncée pour les jours à venir avec des vents assez forts, j’ai pris le parti d’aller chercher cette dépression pour récupérer du vent portant derrière, parce que je pense qu’en bas, le long de la zone des glaces, il n’y aura pas beaucoup de vent. Et quand il y en aura, il pourra être assez fort et pas bien orienté, donc j’ai choisi de monter, d’aller chercher le col de la dépression pour ensuite redescendre.

Penses-tu que ton option va payer ?
C’est difficile à dire aujourd’hui. Soit mon option paie bien, soit elle ne rapportera pas grand-chose, à part d’avoir fait plus de route et d’avoir rencontré des conditions musclées. Je fais tourner pas mal de routages, j’ai du mal à comprendre la route Sud, c’est sûr qu’elle est plus agréable, mais pour moi, elle n’est pas avantageuse. Après, les fichiers sont compliqués ici, les conditions ne sont pas tout à fait classiques, donc c’est difficile de savoir qui va le mieux s’en sortir. Charlie (Dalin, Apivia) va continuer à bien avancer dans les heures à venir parce qu’il est aussi passé de l’autre côté de l’anticyclone, il ne s’est pas fait prendre au piège comme Thomas (Ruyant, LinkedOut), mais sur sa route, je vois du vent faible de 4-5 nœuds et en plus de face. A un moment donné, il va être obligé de monter vers le nord et de s’aligner avec moi, je ne vois pas comment il peut passer au sud. C’est une route pour préserver le bateau, peut-être plus conservatrice, mais j’ai peur que ça bloque pour lui.

Quand connaîtra-t-on le verdict de cette bataille d’options ?
Le jour de mon anniversaire, le 28 décembre ! Ce serait un beau cadeau que mon option paie !

A propos de cadeaux, quand as-tu prévu d’ouvrir ceux de Noël ?
Je ne suis pas sûr d’être très en forme pour les ouvrir ce soir, parce que j’ai pas mal donné ces dernières heures, donc je vais attendre demain, le 25.

Tu sors d’une semaine assez physique avec beaucoup d’empannages le long de la zone d’exclusion des glaces, as-tu compté combien tu en as faits ces derniers jours ?
Non, mais c’est vrai que, comme je le disais à la vacation, j’ai fait la chaîne des Aravis (située dans les Alpes, au Grand-Bornand). Tu regardes ma route, il y a un nombre de pics assez impressionnant. Mais c’était le jeu, parce que je voulais rester dans un couloir de vent le plus fort possible pour glisser sous l’anticyclone, le seul salut était de multiplier les empannages. Et c’est pour ça que j’étais un peu dépité avec mon histoire de colonne de winches, je n’avais que la moitié des winches qui fonctionnaient. Déjà qu’un empannage normal, ce n’est pas simple, là, avec cette colonne sur trois vitesses au lieu de six, c’était d’autant plus compliqué. Mais ça valait le coup de se battre, je suis content de l’avoir fait, même si j’avais un peu mal aux bras à la fin.

Tu vis des heures assez cruciales d’un point de vue stratégique, arrives-tu malgré tout à te reposer ?
J’ai l’impression de ne pas beaucoup dormir, mais en même temps, j’ai aussi l’impression de ne pas être fatigué, j’ai la forme. Et moralement, le fait d’avoir réussi à régler mes dossiers techniques me fait beaucoup de bien. Hier soir, ça n’allait pas super, parce que je savais que j’allais devoir monter au mât, mais je savais aussi que si je ne le faisais pas là, je n’aurai sans doute plus l’occasion avant le Cap Horn. Donc là, je suis zen, je vais avoir du vent, mais ça ne m’inquiète pas plus que ça, on en a déjà eu pas mal depuis le départ !

Quand penses-tu franchir ce Cap Horn ? Et es-tu impatient ou te sens-tu bien dans les mers du Sud ?
Le 2 janvier si tout va bien. Pour ce qui est du Sud, il y a de belles images, de belles couleurs, plein de choses que je ne reverrai pas de sitôt. Là, il fait presque chaud, je suis toutes portes ouvertes, je n’ai pas besoin de grosse doudoune, mais j’ai quand même eu bien froid par moments, l’Indien a été plutôt rugueux, les jours qui viennent vont être compliqués, donc j’ai quand même hâte de voir le Cap Horn pour mettre le cap au nord, voir les latitudes diminuer et la chaleur monter.

Tu es à ce jour le mieux placé pour le passer en tête, t’habitues-tu à cette place de leader ?
Franchement, je n’y prête pas du tout attention, car je sais que la route est encore super longue, on n’a pas encore fait la moitié du Pacifique, il y aura encore plein d’embûches. Ce qui est sûr, c’est que je fais toujours très attention au bateau, je suis super prévoyant. Après, je suis forcément content de ma position, je ne vais pas dire le contraire, mais je n’y pense pas du matin au soir, mon but est de faire une belle route, de préserver le bateau et le bonhomme jusqu’au Cap Horn. Si je le passe en tête, tant mieux, mais ça n’influence pas ma façon de naviguer.

source : Maitre CoQ