Vendée Globe. Yannick Bestaven : « Il faut être dessus « 

Yannick Bestaven s'entrainant à bord de Maitre Coq, pour le Vendee Globe. (Photo Jean-Marie LIOT / Maître Coq)

Yannick Bestaven mange son pain noir obligé de lofer pour passer la pointe du Brésil. Il y a peu d’option jusqu’au pot au noir. Il faut être dessus en permanence.

« Les alizés sont faiblards, et ils sont parsemés de grains qui accélèrent ou cassent notre vitesse. En général, il y a 12 ou 13 nœuds, par là. Cela donne pas mal de réglages à faire pour avancer et tenir une moyenne. Il faut être dessus, choquer l’écoute de grand-voile quand ça monte à 18 nœuds, gérer les variations de 10 à 18 nœuds en force, et de 50 degrés en direction. Tu as intérêt à ne pas être loin du pont pour gérer tout ça. Du coup, je dors par petites tranches, j’essaie de récupérer pour être au taquet pour quand il faudra mettre la poignée dans le coin. Je n’ai pas installé de quoi dormir dans le cockpit : ce n’est pas assez confortable. Alors je dors dans la bannette et, dès qu’une alarme sonne, je me réveille. Maître CoQ IV est en pleine forme, tout va bien.

Je regarde les routages, qui m’emmènent aux Sables d’Olonne en 13-14 jours. Voilà pour la réflexion de long terme. La stratégie, c’est de voir comment négocier Recife, avec ses zones complexes à négocier : il faudra ne pas rester collé à la côte, avec les contre-courants, les zones de vent et les lignes de grains. Là, on peut beaucoup y perdre.

Moralement, c’est dur, j’ai l’impression de ne pas avoir été verni : j’ai été arrêté en premier, et forcément le plus longtemps. Puis je n’ai pas pu gagner suffisamment dans l’Est pour contrôler mes poursuivants, et ça a été bien plus facile pour eux de se décaler avec du vent soutenu. Je me suis retrouvé sous leur vent, sans avoir la possibilité de me mettre dans le même vent qu’eux, et ça fait chier.

On n’a pas eu les mêmes conditions météo ni le même timing dans le front froid. Mieux valait venir de l’arrière ! Il va y avoir un autre passage à niveau, plus tard. Le pot au noir sera passé assez vite, mais il y a une autre petite barrière qui nous attend dans l’Atlantique Nord.

J’ai les Sables-d’Olonne au bout de l’étrave, on verra ce qu’il y aura au bout ! La dernière partie de course va être intéressante : on est plusieurs à pouvoir gagner, et c’est du jamais-vu sur le Vendée Globe ».