Vendée Globe. Thomas Ruyant : « Se couper un foil ou pas ? »

Le skipper français Thomas Ruyant, LinkedOut, s'entraine pour le Vendee Globe en Atlantique, France, le 20 Juin 2020. (Photo Pierre Bouras / TR Racing)

Thomas Ruyant continue sa route pour l’instant. Actuellement deuxième coincé dans une bulle anticyclonique, il va devoir prendre une décision rapidement. La grande question pour Thomas Ruyant et l’équipe de LinkedOut est de savoir comment procéder désormais avec le foil bâbord cassé. L’équipe a par ailleurs confirmé que les dégâts étaient structurels et ne sont pas la conséquence d’un impact avec un OFNI ou un animal marin.

Le dilemme est entier, car même retiré, le foil endommagé offre de la vitesse et de la portance, notamment en mode VMG au près et au portant. Il faut donc essayer de le conserver à tout prix.

Cependant, garder le foil implique un risque, car il pourrait se détacher quand le bateau marche à pleine vitesse. Et avec une telle casse, la partie horizontale du foil pourrait endommager l’outrigger bâbord, ce qui pourrait toucher la stabilité du gréement. Encore plus probable, la casse de cette partie du foil pourrait endommager le puits du foil à l’intérieur du bateau, compromettant son étanchéité.

Ce matin, Laurent Bourguès, le Directeur Technique de LinkedOut, a organisé une réunion sur Skype avec les architectes et les ingénieurs, afin d’évaluer les options pour Thomas Ruyant. Si la décision est prise de garder le foil – qui est fêlé dans sa partie horizontale – il faudrait attacher des plaques pour le renforcer à l’intérieur du puits du foil, ou attacher des sangles d’arrimage à cliquet, pour essayer de garder le tout intact.

Si la décision est prise de libérer le foil, il va falloir que Thomas découpe le foil à l’extérieur de la coque, avant de retirer le moignon.

« Nous estimons qu’en mode VMG, nous tirerons encore un avantage significatif de la présence du foil, »déclare Marcus Hutchinson, chef du projet de LinkedOut, “Du coup, on voudrait bien essayer de le garder. Mais les charges augmentent au carré de la vitesse. Quand on avance rapidement au reaching, il va falloir ou bien lever le pied ou le retirer complètement, à cause des risques inhérents à une casse. »

En attendant la décision de l’équipe, Thomas fait de son mieux pour rester collé à Charlie Dalin à bord d’APIVIA – qui a désormais pris une avance de 120 milles. Le duo de tête essaie de se frayer un passage pour sortir des vents faibles et variables qui ralentissent leur progression vers la première dépression des mers du Sud.

Derrière eux, Jean Le Cam sur Yes We Cam! en troisième position, est également ralenti, tandis que le groupe plus à l’ouest continue de bénéficier de leur grand contournement par l’ouest de l’anticyclone. Ce groupe est mené par Boris Herrmann sur Seaexplorer-Yacht Club de Monaco et Kevin Escoffier sur PRB, qui naviguent à environ 530 milles de Dalin.

Hutchinson estime que la position des poursuivants à l’ouest préoccupe Ruyant en ce moment. « Le risque pour le duo de tête d’être englué et de voir les autres les passer par l’extérieur est le plus important danger en ce moment, » déclare-t-il. « Je crois que Thomas et Charlie devront faire face à des conditions légères et imprévisibles pour encore 24 heures. »

Hutchinson prévient qu’il est très facile de tirer des conclusions basées sur les modèles météorologiques lorsque l’on est confortablement assis dans son fauteuil devant l’écran – le grand défi pour les marins est de gérer les conditions météorologiques réelles sur le plan d’eau, car elles peuvent diverger énormément des prévisions.

« Nous regardons la météo sur la cartographie et sur d’autres sites, mais les conditions sont complètement différentes sur l’eau, » dit-il. « Les prévisions n’annonçaient pas ceci – ils ne seraient pas allés dans cette direction s’ils avaient connu la réalité à laquelle ils font face.« 

Inquiétude donc en ce qui concerne la progression des leaders, cette phase de la course pourrait être critique, car elle pourrait déterminer le nom de celui qui va dominer dans les mers du Sud. L’objectif de Dalin et Ruyant est de descendre aussi rapidement que possible vers le Sud, en espérant que la séparation latérale par rapport aux leaders du groupe à l’ouest tourne à leur avantage.

Hutchinson confirme que le niveau de stress est élevé pour Thomas Ruyant. Il surveille ses adversaires à l’ouest, mais doit également digérer la perte de sa première place au profit de Charlie Dalin. « Il y a la pression psychologique d’être dans une zone sans vent où on ne sait pas comment en sortir, après avoir été en tête. Thomas a perdu cette avance et à chaque classement, il constate qu’il a perdu encore cinq ou dix milles supplémentaires. Il a désormais un retard de 120 milles sur Charlie alors qu’il y a quelques jours il disposait d’une avance de 65 milles.« 

Pendant ce temps-là, dans l’Hémisphère Nord et à environ 3000 milles de Ruyant, Jérémie Beyou continue sa route vers le sud sur Charal. Parmi ses principaux objectifs, il dit vouloir rattraper le skipper à l’arrière de la flotte principale. Il s’agit actuellement de Kojiro Shiraishi sur le sistership de Charal, DMG Mori Global One. A 14 heures aujourd’hui, Beyou se trouvait à seulement 450 milles du tableau arrière du Japonais et progressait à une vitesse supérieure de quatre nœuds.

Source : Ed Gorman / IMOCA