Vendée Globe. Eric Bellion et Jean Le Cam co-conçoivent un nouvel IMOCA à dérives avec David Raison

Eric Bellion et Jean Le Cam annoncent la co-conception d’un nouvel IMOCA avec David Raison pour leur deux projets respectifs. Un IMOCA mutualisé où Jean Le Cam apportera son expertise technique sur un IMOCA neuf dessiné par David Raison et construit chez Persico en Italie.

Les deux navigateurs expliquent leur démarche dans une interview audio, dont un extrait est retranscrit ci-dessous.

- Publicité -

Retrouvez également une interview dans le prochain numéro de Course Au Large à paraitre la semaine prochaine.

Éric, Jean, vous êtes co-concepteurs d’un nouvel IMOCA. Comment vous est venue l’idée de travailler ensemble ?

Éric : Après le Vendée Globe 2020/21 de Jean, nous avons échangé sur son tour du monde qui était absolument incroyable. Il avait cette réflexion de se dire si on fait un bateau super simple, super léger, il y a vraiment des chances de faire quelque chose de fabuleux sur le Vendée Globe. Nous à l’époque avec mon épouse, Marie, on souhaitait monter la première écurie du Vendée Globe. On avait plutôt en tête de racheter des bateaux d’occasion mais en en parlant avec Jean je me suis dit qu’on pourrait faire des bateaux simples et efficaces. Ça s’est construit comme ça. Ou L’histoire a démarré comme ça !

Jean : On était incroyablement surpris par les performances d’Hubert, un bateau qui a été conçu en 2006. Le constat à l’arrivée c’est que je suis quatrième, très peu de temps derrière le premier par rapport à 80 jours de mer. Les performances d’un bateau de 2006 qui a certes subi quelques évolutions ont fait qu’on s’est posé la question : qu’est-ce qu’on veut faire ? On ne veut pas faire un bateau qui va marcher à 35 nœuds, on veut un bateau qui aille 1 nœud, 1 nœud et demi plus vite qu’Hubert.
Forts de tous ces constats nous avons choisi l’architecte, David Raison, qui était l’initiateur de ces nouvelles carènes en Class40, qui est un architecte assez pointu et perfectionniste. On s’est lancés dans cette aventure avec Eric et toute son équipe.

Vous avez fait appel à David Raison, pourquoi lui ? Et comment David est entré dans cette réflexion à deux têtes ?

Jean : Le choix de David Raison s’est fait assez naturellement, car il est le précurseur de ces nouvelles carènes, il n’avait pas de projet concurrent, donc il était entièrement disponible pour le nôtre. David est convaincu du projet dans ses fondamentaux, ce qui était essentiel. C’est un artiste, c’est une personne de talent, et ça nous a séduits. Il est hyper pointilleux dans la façon dont il mène l’architecture et l’ensemble du projet et cela nous va bien car on souhaite obtenir un résultat performant.

Éric : Pour compléter Jean, il fallait un architecte talentueux. Ce qu’on a trouvé super intéressant c’est que David n’avait jamais fait d’IMOCA, donc il avait faim. Ce manque d’expérience est complètement pallié par l’archi connaissance de Jean. David apporte un œil neuf aux connaissances de Jean. Je pense que David est le petit génie du moment, il est d’une telle exigence que c’est un régal de travailler avec lui !

Jean : Il y a un autre acteur majeur ! Le chantier naval italien PERSICO a des moyens techniques qui nous ont séduits. En France tous les chantiers étaient saturés de travail et PERSICO avait envie de ce projet. Ce sont les éléments essentiels de la réussite.

On a bien compris que cet IMOCA sera sans foils, ce qui ne va pas du tout dans le sens du développement des projets IMOCA aujourd’hui. Quelles seront les principales caractéristiques du bateau ?

Jean : Toute l’optimisation de la performance va être dans les formes de carène et tout ce qui s’en suit. On va optimiser chaque point du bateau avec l’expérience qu’on a et la réalité des bateaux que l’on connaît actuellement. On veut un bateau simple, léger mais avec une concession qui est d’avoir un bateau qui dure dans le temps et qui soit solide. On aura un compromis entre résistance et légèreté.

Éric : Le bateau est un scow à dérives droites. Très vite avec Jean on s’est dit que c’était la meilleure piste, tout en restant ouverts à ce qu’allaient nous dire les architectes. On voulait aller à fond dans une direction tout en allant chercher un bateau sobre, simple, durable. Il était très intéressant d’aller dans une voie que personne n’utilise.

Jean : Avoir des bateaux qui sont identiques va nous faire gagner un temps précieux car le Vendée Globe est dans moins de 3 ans. Pouvoir s’entraîner sur l’eau, comparer, créer une dynamique avec des coureurs est très important. Et puis tout simplement, on est en train de créer une belle histoire.

Éric : J’ajouterais qu’il n’y a pas du tout dans ce projet de volonté de donner des leçons. Il y a plein de façons d’atteindre la performance. Nous ce qu’on a voulu c’est créer notre propre voie. On est intimement convaincus, Jean, David, PERSICO et moi que la sobriété est super intéressante et qu’il y a moyen de faire un résultat hyper intéressant sur le prochain Vendée Globe.

Qui finance tout ça ?

Éric : Début 2021 j’ai contacté un de mes anciens mécènes, Raphaël Palti qui est le fondateur et Président de la société Altavia. Il a tout de suite eu très envie de nous aider dans le projet du collectif, il nous a donc permis de lancer le design du bateau et la construction du premier. On arrive avec un projet radicalement différent et il faut avoir la foi dans la performance de la sobriété pour nous accompagner.

Maintenant il y a un bateau. Pouvez-vous préciser si les projets COMMEUNSEULHOMME powered by Altavia et YESWECAM! sont deux projets identiques ou différents ?

Jean : Les bateaux sont identiques mais les projets sont différents. L’identité d’Éric c’est COMMEUNSEULHOMME et moi mon identité c’est YESWECAM!. On est sur un projet technique commun, le projet d’Éric c’est de faire plusieurs bateaux et nous sur le projet YESWECAM! on a un projet différent car nous ne ferons qu’un seul bateau. Nous gardons cependant la même philosophie de projet !

Éric : Chez COMMEUNSEULHOMME, notre ambition c’est de mettre en place ce collectif de plusieurs bateaux, une véritable équipe qui partage tout. Bien sûr, Jean aura sa marque YESWECAM! qui est très forte. Mais ensuite nous partagerons énormément de choses, on s’entraînera ensemble, on partagera les développements. Et puis Jean, avec sa compétence va être un peu le « grand frère » de cette histoire. Personne ne pourra remplacer cette compétence-là. Donc chacun sa marque mais on est dans le même village.

Éric, le projet COMMEUNSEULHOMME powered by Altavia annonce vouloir accueillir plusieurs projets, peux-tu nous expliquer comment ? Ça sera un team ?

Éric : L’idée c’est vraiment de faire la première équipe du Vendée Globe. Notre objectif c’est d’avoir plusieurs bateaux. Aujourd’hui je ne sais pas combien de bateaux il y aura !
L’idée c’est vraiment de faire comme une écurie de F1, qui a plusieurs voitures. Nous c’est d’avoir une flotte de bateaux qui a les mêmes couleurs avec des skippers qui à terre sont coéquipiers et en mer sont des compétiteurs.

Pour se qualifier pour le Vendée Globe, il faut parcourir des milles, donc naviguer. Eric et Jean recherchent donc des financements pour construire de nouveaux IMOCA « mutualisés » et les aligner sur la ligne de départ du tour du monde en solitaire !

*Hubert : nom de baptême de YESWECAM!

Programme :

– Mars 2022 : mise à l’eau de ‘Hubert’ aux couleurs de COMMEUNSEULHOMME powered by ALTAVIA
– 8 mai 2022 : départ de la Guyader Bermudes 1000 Race
– 12 juin 2022 : Vendée Arctique
– 13 septembre 2022 : Défi Azimut
– 6 novembre 2022 : Route du Rhum — Destination Guadeloupe
– Printemps 2023 : Mise à l’eau du bateau