Vendée Globe. Charlie Dalin, deuxième au cap Horn

Photo envoyée depuis le bateau Apivia pendant le Vendee Globe, course autour du monde à la voile, le 3 Janvier 2021. (Photo prise par le skipper Charlie Dalin) Cap Horn

Charlie Dalin a franchi le mythique cap Horn ce dimanche à 5h39 (HF) en deuxième position derrière Yannick Bestaven qui lui est passé samedi à 14h42 (HF). L’écart se resserre entre les deux alors que Thomas Ruyant et Damien Séguin se battent pour la troisième place.

Yannick Bestaven a mis 55 jours et 22 minutes pour rallier le cap Horn. Un temps de course qui s’inscrit entre ceux de 2004-2005 (Jean Le Cam en 56j 17h 13’) et de 2008-2009 (Michel Desjoyeaux en 56j 15h 08’) et ceux de 2012-13 (François Gabart en 52j 06h 10’) et de 2016-2017 (Armel Le Cléac’h en 47j 00h 32’). Et si tout le monde (ou presque) pensait aux Sables d’Olonne que les temps de course allaient être pulvérisés pour cause de foils à rallonge, force est de constater que les appendices de la précédente édition se sont avérés (pour l’instant) suffisants et que les conditions météorologiques dans l’Atlantique Sud, dans l’Indien et dans le Pacifique, n’ont pas été tout à fait ce que les statistiques prévoyaient… Bref, la performance de Yannick Bestaven (Maître CoQ IV) n’en est pas moins sublime puisqu’il relègue son ‘dauphin’, Charlie Dalin à 14h56’ derrière son tableau arrière, Apivia ayant passé la longitude du cap mythique ce dimanche après 55j 15h 19’ de mer.

Dix-huitième jour de leadership

C’est en effet depuis le 16 décembre 2020 dans l’après-midi que l’Arcachonnais prenait le commandement, au bord de la Zone d’Exclusion Antarctique (ZEA), juste avant d’entrer dans le Pacifique : Yannick Bestaven s’adjugeait d’ailleurs le leadership à la sortie de l’océan Indien en 38j 11h 12’… Mais c’est réellement la veille de Noël, en allant chercher une dépression dans le Nord, que le skipper de Maître CoQ IV a fait le break vis-à-vis de son plus acharné poursuivant, Charlie Dalin. Et c’est encore dans une perturbation musclée qu’il a augmenté sensiblement son avance en restant plus longtemps devant un front tonique qui le portait vers le détroit de Drake.

Avec près de 150 milles de marge après l’île des États (auxquels il faut ajouter les 10h15 de bonification accordée par le Jury International pour la participation au sauvetage de Kevin Escoffier !), Yannick Bestaven frappe un grand coup psychologique sur ses concurrents relégués (à l’exception du ‘dauphin’) à près de 500 milles ! Soit au minimum deux jours de marge… Alors qu’il lui reste 6 800 milles orthodromiques à parcourir, l’écart permet de gérer différemment la fin de partie… Toutefois, les conditions météorologiques annoncées pour la semaine à venir ne sont pas très simples à analyser !

Des bulles et des trous le long de l’Argentine

Car si tout semble clair jusqu’à déborder l’archipel des Malouines par le Sud ce week-end, cela devient plus flou pour la suite avec un anticyclone argentin qui se décale lentement vers les hautes pressions de Sainte-Hélène pour finalement fusionner en fin de semaine en laissant place à un nouvel anticyclone le long des côtes argentines le week-end prochain ! Bref, il faudrait partir à l’Est pour revenir à l’Ouest, pour repartir à l’Est pour revenir à l’Ouest, pour repartir à l’Est… Ça sent l’incertain. Et surtout vu le nombre de bulles qui se gonflent et se rétractent au large de l’Uruguay, il y a de quoi s’enferrer dans un trou de vent à rallonge.

Bien sûr, les conditions de navigation vont être nettement moins stressantes que dans le Pacifique et surtout que lors de l’approche du cap Horn, mais c’est aussi dans ce tronçon jusqu’à l’équateur que va se jouer la partition finale du Vendée Globe ! Or, si les poursuivants reviennent au contact dans cette phase d’incertitudes météorologiques, à l’occasion par exemple, d’une dépression australe qui viendrait escalader la cordillère des Andes pour se glisser au large de la péninsule de Valdès (refuge de baleines franches, d’orques et de dauphins), le retour de la flotte pourrait être gagnant ! Car il y aura forcément du près, des bords tactiques à choisir, des calmes à éviter et des traces brisées par les vents contraires, avant d’atteindre les alizés de Salvador de Bahia… En 3 000 milles, il peut s’en passer des choses !

Un pack compact pour le Horn

Or derrière les deux leaders et leurs deux poursuivants (Ruyant et Seguin, déjà relégués à 500 milles), un peloton compact va se faire secouer à l’approche du détroit de Drake dès lundi soir ! Une nouvelle dépression annonce encore plus de trente nœuds de vent de Nord-Ouest sur une mer grosse (plus de six mètres) qui va pousser ce groupe comme un suppositoire vers les Falkland tandis que le trio qui le suit (Crémer-Tripon-Attanasio) pourrait se retrouver au cœur d’une belle tempête australe à quelques encablures de la Terre de feu…

Quant aux poursuivants qui suivent les ondulations de la ZEA au milieu du Pacifique, ils vont aussi avoir une semaine animée pour rallier le cap Horn : les dépressions australes se succèdent le long de ce « mur des glaces » et il y aura forcément des passages musclés lorsqu’il faudra descendre jusqu’au 58° Sud ! Et si la ‘lanterne rouge’ actuelle confirme qu’elle jette l’éponge, il n’y aura plus la semaine à venir, de solitaire encore dans l’océan Indien : Ari Huusela (STARK) devrait franchir la longitude du Sud de la Tasmanie ce dimanche soir…