Solitaire. Pierre Quiroga : « Mon plus beau souvenir ? Ça restera ma première victoire d’étape »

A. courcoux

Le Skipper Macif 2019 âgé de 29 ans aura maîtrisé cette édition de bout en bout avec la réussite qu’il faut quand son dauphin Xavier Macaire perdait finalement ses chances en attrapant un casier sur la deuxième étape.

De l’avis de tous il avait cette année le truc en plus, ce flow presque magique qui a toujours sacré les légendes de La Solitaire. Déjà la semaine passée, Yoann Richomme (triple vainqueur de La Solitaire du Figaro) le trouvait “rayonnant, performant, se comportant en patron” ; Dominique Vittet, qui l’a longtemps accompagné comme routeur, saluait son talent naturel et voyait chez le skipper méditerranéen, une sérénité, une tranquillité d’esprit et une maturité comme autant d’atouts pour construire cette victoire.

Christophe Pratt, navigateur, skipper professionnel et coach, a, lui aussi, suivi le parcours du marin depuis ses débuts en course au large au centre d’entrainement Méditerranée. Il nous livre son regard sur la personnalité et les qualités du grand vainqueur de la Solitaire 2021 :

Quand Pierre est arrivé sur le circuit je l’ai coaché au centre d’entraînement méditerranéen. Nous avons tout de suite vu chez lui beaucoup de potentiel, détecté les lacunes, classiques d’un jeune qui arrive du dériveur accompagnées, aussi, d’une certaine nonchalance. Petit à petit, avec le travail, telle une éponge, il a assimilé les conseils des entraîneurs et champions qui ont jalonné son parcours : Franck Citeau et moi-même au CEM, toute l’équipe de Finistère Course au large, puis la structure Macif avec, par exemple, Sébastien Col ou encore Tanguy Legaltin.

Le déclic, je le poserai en fin d’année dernière ; il a compris qu’il fallait structurer encore plus sa démarche. Il a aussi pris confiance en son fonctionnement et en ses qualités. Il a, en particulier, réussi à faire son propre programme, indépendamment de Macif et du Pôle Finistère Course au large. Pierre n’a pas hésité à prendre du temps pour lui, à s’octroyer de longues périodes de vacances pour récupérer, se ressourcer et arriver frais sur les courses. Il a privilégié la qualité de travail et la récupération et ça paye aujourd’hui.
Enfin, il a trouvé des réglages qui lui permettent d’aller vite, voire très vite tout le temps, et on le sait : la vitesse rend intelligent.

Ce qui est impressionnant sur cette édition, c’est qu’il était en état de grâce, presque toujours dans les bons coups. Il n’hésitait pas à se décaler, à suivre son instinct, et ça a marché à chaque fois ou presque !!

Chaque année sur la Solitaire, un skipper se démarque parce qu’il est en état de flow sans qu’on sache exactement pourquoi. Aujourd’hui, Pierre vit et réalise ce rêve de gosse qu’on a tous fait ! Un grand bravo à lui !!

Heureux et forcément ému, Pierre Quiroga revient sur sa course et sa victoire :

« J’avais énormément de pression sur cette étape. Dès le départ, quand j’ai vu le comportement de Xavier (Macaire), au passage de l’île Batz, j’ai su que la régate serait difficile. Quand tu as un mec comme ça, talentueux, qui a confiance en lui et qui donne tout, ça devient l’adversaire le plus redoutable qu’il y ait.
C’était chaud. J’ai pourtant bien navigué jusqu’au 3/4 du parcours. A ce moment-là, j’ai eu quelques gouttes de sueur, j’ai même craint de tout perdre, mais voilà je n’ai rien lâché. A l’arrivée, j’ai même coupé la VHF au passage de la bouée S-N1 pour ne pas savoir exactement quand Xavier coupait la ligne et rester à fond. J’étais à côté de Tom (Laperche), on allait vite, ça nous a tirés vers le haut pour aller le plus vite possible vers la ligne d’arrivée, ça m’a aidé à rester focus jusqu’à la fin.

Sur cette Solitaire, je voulais être moi-même, faire ma trace, jusqu’au bout. C’est comme ça que j’ai gagné deux étapes et obtenu un podium sur la première. Et c’est aussi comme ça que je fais une trace que je trouve correcte sur cette dernière manche, même si elle est derrière pas mal de concurrents.

Jusqu’à l’arrivée, je suis resté concentré sur l’étape. C’est sur la ligne, en voyant toutes les lumières et les zodiacs qui viennent vers moi, que j’ai compris que j’avais sûrement gagné.

Là, j’ai ressenti une fierté immense ; un soulagement, aussi, parce que cette Solitaire a été d’une dureté rare. J’en ai fait 6 mais celle-ci est incomparable : parce que je gagne mais aussi parce qu’elle a été longue, rude… Je pense aux 12 bizuths qui participent à cette édition : Bravo à eux parce que débuter sur La Solitaire avec une épreuve aussi dure : Chapeau !

Je suis fatigué mais, oui, j’ai aussi les larmes aux yeux, je l’avoue : des larmes de victoire, au général ; de fin de projet aussi, avec une équipe extraordinaire qu’est l’équipe Skipper Macif ; la fin, aussi, avec mon bateau, le n°37 que je vais le rendre à un prochain skipper.

6 ans d’intenses projets, d’investissement personnel qui se terminent, c’est toujours émouvant.

Mon plus beau souvenir ? Ça restera ma première victoire d’étape [sur la deuxième étape Lorient-Fécamp]. J’étais venu pour ça, c’était mon objectif numéro 1 et quand j’y suis arrivé, c’était beaucoup d’émotions. »