C’est la dernière ligne droite pour Guirec sur son Ultim MACSF mais elle ne sera pas de tout repos…et pas très droite. Le bateau montre des signes de fatigue et, même si Guirec est mû d’une énergie extraterrestre, les 86 jours à bord d’un trimaran géant à surveiller comme l’huile sur le feu ont parfois raison de sa lucidité. Il a hâte d’arriver. La Bretagne n’a jamais été aussi proche et si lointaine, les conditions météo pour l’atteindre ne vont pas faciliter la manœuvre. Courage Guirec, ne lâche rien, force et vigilance jusqu’au bout ! Nous avons pu nous entretenir avec lui et revenons sur les moments forts de son formidable parcours dans le numéro de Course Au Large.
Nous sommes à ton 83 jours, tu n’es plus qu’à 2400 nm de Brest et à la latitude du Cap-Vert, comment vas-tu ?
Ça va mais ça tape pas mal à bord. J’essaie de gagner un petit peu dans l’est, un peu plus que mon routage, mais je sens aussi que le bateau fatigue quand même. Il faut faire gaffe. Ce n’est pas le moment de faire des conneries. Depuis plusieurs jours, je croise un nombre important de pêcheurs, plus d’une trentaine autour de moi à l’AIS, et un nombre de bouées considérable mais qui ne sont signalées nulle part. C’est ce qu’on appelle des DCP. Il y en a des centaines. J’ai un copain pêcheur qui a un de ses amis qui se trouve là où je suis et qui m’a partagé des cartes de pêcheurs avec plein de positions. Heureusement parce que ces données sont inaccessibles par nos propres moyens. C’est vraiment au petit bonheur la chance. Je suis obligé de réduire ma vitesse de crainte d’abîmer quelque chose si je vais trop vite. C’est un champ de mines.
Dans les petites avaries récentes, tu as eu la bosse de ris qui a craqué ?
Oui la bosse de ris a pété. Jean-Baptiste Vaillant qui m’a coaché en peu de temps de façon vraiment incroyable l’avait anticipé et m’avait dit: « Ça, c’est le genre de truc qui peut péter et qui risque de péter ». Donc il avait déjà réfléchi à la technique pour faire quelque chose et pouvoir le remplacer. Ce que j’ai fait hier, j’ai grimpé dans la bôme. C’est toujours un peu délicat d’aller en mer dans le bout de la bôme comme ça, mais j’ai pu réparer. Tout ça pour dire que le bateau commence à bien fatiguer. Je vais sûrement faire tomber ma grand-voile aussi parce que je vois qu’au niveau de certains chariots, j’ai des sandows qui commencent à fatiguer. Cela commence à faire longtemps que le bateau est dans l’eau.
Dans le pot au noir tu as eu quelques averses qui ont rincé le bateau…
Oui c’était pas mal. Cela m’a permis de bien pouvoir nettoyer et rincer quelques trucs. J’ai mon chariot de grand-voile devant les yeux. J’ai pu bien le frotter parce qu’il avait beaucoup de sel. Tu profites de ce que tu as pour essayer de faire avancer les choses dans le bon sens.
Tu disais quelques jours après être parti être l’aventurier le plus heureux du monde, après 83 jours c’est toujours le cas ?
Oui et c’est incroyable surtout d’être aussi proche du but. C’est génial parce que franchement, je savais que le pari était quand même assez osé. Je ne suis pas le premier à l’avoir tenté et plusieurs fois je me suis dit : Pourquoi ça serait pour moi ? Cela n’a pas été facile pour les autres alors pourquoi cela le serait pour moi qui a très peu d’expérience sur ce type de bateau. J’ai de la chance que jusqu’à aujourd’hui, les planètes se soient vraiment bien alignées. Il faut le dire, il y a une vraie part de hasard, de chance aussi dans ce type de parcours. Et, pour l’instant, ça se passe plutôt bien. Je vais arriver la semaine prochaine après un bon détour dans l’Atlantique. Je fais une bonne petite boucle, en partant bien au nord. Mon routage me fait passer à mi-chemin entre Terre-Neuve et les Açores. Potentiellement, je vais devoir aller jusqu’au nord de l’Irlande, vers 53 nord avant de redescendre à 48 N. On va voir. De toute façon, je risque d’avoir du mauvais temps. Ce n’est pas grave en soi, cela ne me dérange pas. Jusque-là, j’ai pas mal de tribord amure donc c’est pas mal par rapport à mon safran bâbord endommagé qui m’handicape quand même beaucoup surtout dans du vent fort. J’essaye de ne pas aller trop vite mais c’est hyper dur dès que ça souffle.
Je préférerais accélérer mais les conditions ne vont pas forcément s’améliorer après donc c’est le moment d’être intelligent. Je sais que je vais être sous la barre des 100 jours, que le record, ça va le faire. Donc ce n’est pas le moment d’avoir un excès de confiance maintenant alors que nous sommes sur la fin…. L’interview complet à lire dans le magazine Course Au Large. Magazine diffusé en kiosque et par abonnement.


















