Détenteur du premier temps de référence du tour du monde en multicoque à l’envers, l’aventurier Guirec Soudée raconte son exploit dans le dernier numéro de Course Au Large une semaine avant son arrivée à Brest. Un record loin d’être simple, vécu avec une tension permanente durant 94 jours. Extraits.
C’est hyper dur. Je suis en permanence sous pression parce que le bateau demande énormément de temps et de discipline. Je ne suis pas hyper serein quand je vais m’allonger, parce que quand ce n’est pas le vent qui est fort, c’est le trafic qui est dense. Quand ce n’est pas le trafic, ce sont les grains. En fait, il y a toujours un truc. Le bateau demande une grande vigilance et beaucoup de présence. Cela fait plus de 85 jours en mer. Cela commence à tirer dessus. Quand tu compares avec le Vendée Globe évidemment que c’est hyper physique mais au moins si tu vas te reposer et que le vent rentre et que tu n’es pas là au bon moment, le bateau va se coucher. Tu vas peut-être abîmer des trucs, mais tu ne vas pas te mettre à l’envers. Là, tu sais que si t’es pas là quand il faut, bah c’est terminé, tout s’arrête. J’ai fait plusieurs cauchemars où le bateau était à l’envers. Cela m’est arrivé plusieurs fois. Et puis là, je vois que je commence à être un peu en dette de sommeil. Il y a quelques jours, j’avais une protection en néoprène sur mon éolienne qui était en train de se barrer. Je me suis approché de l’éolienne pour arrêter les pales avec la main alors qu’elle était à pleine vitesse. J’aurais pu vraiment me faire mal. Là je me suis dit « je vais peut-être me reposer un peu, là, je perd un peu en lucidité. » Sur ce tour du monde, je n’avais pas de routine. C’était très aléatoire. Je devais dormir 2-3 heures par vingt-quatre heures. C’est dur parce que même quand tu es fatigué, je n’arrivais pas à trouver le sommeil, trop occupé à cogiter.
« Il y a le vent qui va monter, il va falloir réduire. Il y a les bouées. Et là, je viens de croiser une bouée. » Tu n’es pas serein. Du coup, tu te dis : « Il faut que je sois dehors tout le temps pour regarder ce qui se passe. »
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Tu t’es déjà retrouvé sur une coque à la limite de chavirer ?
Cela m’est arrivé. Je me suis fait surprendre plusieurs fois quand même. C’est nouveau pour moi de naviguer sur des multicoques. Je ne connaissais pas trop ça. Jean-Bat en plus, il est hyper prudent. Il est hyper respecté dans le milieu parce que c’est quelqu’un qui a une grosse expérience là-dessus. Il ne s’est jamais retourné sur un multicoque. Il y a des raisons. Quand je me suis retrouvé à plus de vingt degrés de gîte sur le bateau le long de la côte du Chili, c’était chaud. Je me demandais : « C’est normal, pas normal ? » en me disant : « Ouah, ça fait quand même beaucoup de gîte. » Tu n’es pas rassuré. Autant dire que tu ne dors pas. Tu es à l’extérieur. Et puis en permanence, il faut que tu bordes ou que tu choques vite. Ensuite il faut reborder. C’était le jeu en permanence.
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Tu as fait rêver beaucoup de monde avec tes images des Îles Marquises qui étaient magnifiques aussi…
C’était génial. J’ai tellement adoré de pouvoir passer à côté d’endroits qui font autant rêver. C’était vraiment sur la route de mon routage, en fait. Quand tu passes à côté de l’Île de Pâques, évidemment que je vais la longer et que je vais envoyer mon drone, faire des images parce que peut-être que j’irai qu’une fois dans ma vie. Ça fait partie de mes plus beaux souvenirs. Quand tu vois les grandes statues, les pêcheurs arriver à côté de moi c’était top. Cela te reboost. Les îles Marquises c’était aussi incroyable. C’est dur aussi de devoir passer à côté d’endroits comme ça et de ne pas pouvoir descendre du bateau. Tu peux envoyer ton drone et te rapprocher. Cela te donne un peu la petite sensation de sortir un peu de ton bateau et d’aller te promener. J’ai d’autres images aussi d’un atoll de Polynésie que j’ai faites. Elles sont incroyables…
Récit complet à lire dans le numéro 115 de Course Au Large – Avril-Mai 2026
https://www.courseaularge.com/produit/numero-115


















