Cette qualification était pour vous à la fois un retour en mer et aux affaires en solitaire ?
Alain Gautier : « Il y a un peu de ça en effet ! En quelque sorte, j’ai redécouvert la course au large, puisque depuis la Québec-Saint Malo 2004 je n’avais pas passé une nuit en mer. Le long de ce parcours en triangle, j’ai rencontré pas mal de pétole (peu ou pas de vent, ndlr). Mais j’ai aussi débuté dans du vent de nord-est plutôt soutenu et j’ai démarré assez fort pendant quelques heures à 28-30 nœuds. J’ai connu aussi quelques petits soucis de recharge de batteries de pilote et du coup j’ai barré pendant 30 heures avant de pouvoir réparer dans une accalmie. Je suis très content de m’être qualifié ainsi pour la Route du Rhum. C’est très positif d’autant que j’ai surtout aussi redécouvert FONCIA qui s’est révélé particulièrement agréable. J’ai vraiment eu du plaisir sur un joli bateau qui me correspond mieux. J’ai même essayé de faire durer un peu les choses en attendant la flotte de la Solitaire du Figaro. Mais quand j’ai aperçu les premiers, le brouillard est tombé d’un coup. Finalement, je ne les ai pas vus ! »
Qu’est-ce qui a changé à bord de Foncia ?
A.G : « Fonci a a profondément été modifié depuis 2004. Il est d’abord plus léger, il peut rester sous-toilé sans perdre de vitesse. C’est une évolution majeure pour un trimaran de 60 pieds préparé et optimisé pour le solitaire. Sur ces bateaux, la moindre risée change vite la donne. Il est donc plus souple à manier et à manœuvrer. Au-delà, il est aussi plus haut sur l’eau, il passe mieux dans la mer : il est plus aérien. »
Quelle est la suite de votre programme ?
A.G. : « C’est vrai que cette année, je me focalise sur un événement, la Route du Rhum. Je n’avais plus envie de poursuivre la course au large dans le cadre de grosses écuries. Nous continuons donc en mode équipe réduite. Il n’empêche que le programme de l’été est aussi chargé que varié entre les régates en Décision 35 sur le lac Léman et les navigations prévues à bord du trimaran. J’alterne la compétition dans une série très disputée et au niveau très relevé, avec les entraînements de fond en trimaran. Je pars aujourd’hui pour la 7ème manche du Championnat Julius Baer en Suisse où nous espérons continuer sur notre lancée. Nous avons terminé second la dernière fois. Dans les semaines qui suivent, Damian Foxall rejoint le team Foncia à Lorient. Il connaît très bien le trimaran, nous allons naviguer en double en vue de l’optimiser encore pour le solitaire… »
Alain Gautier qualifié pour la Route du Rhum
Gérald Veniard remporte la première étape à Santander
Gérald Veniard figurait bien dans la liste des prétendants mais plutôt du côté des outsiders. Ce matheux de formation, élevé au sel de la régate en monotype, participe en effet à sa troisième Solitaire et signe ici sa première victoire d’étape. A l’issue d’un parcours superbe. Pointé 18e après 24 heures de course, Gérald opte pour une stratégie originale le long des côtes anglaises en se décalant au nord de la plupart de ses concurrents. Un choix qui finit par payer après de nombreuses heures de patience et de doute. Le 7 août dans la journée, le Rochelais fait un bon dans le classement et s’empare de la troisième place derrière Gildas Morvan (Cercle Vert) et Charles Caudrelier (Bostik) au moment de contourner Wolf Rock. Ce trio sera bientôt rejoint par un quatrième larron, Yann Eliès (Groupe Generali assurances) pour une descente sous spi au contact jusqu’à Santander. Le 9 août à 01h00 du matin, Scutum, particulièrement rapide au vent arrière, prend les commandes de la flotte pour ne plus jamais les quitter.
Classement des 12 premiers arrivés :
1 – Gérald Véniard (Scutum)
2 – Gildas Morvan (Cercle Vert)
3 – Charles Caudrelier (Bostik)
4 – Armel Le Cléac’h (Brit’air)
5 – Yann Eliès (Groupe Generali Assurance)
6 – Jeanne Grégoire (Banque Populaire)
7 – Thierry Chabagny (LITTORAL)
8 – Fredéric Duthil (Brossard)
9 – Nicolas Bérenger (Koné)
10 – Gildas Mahé (Comptoir Immobilier)
11 – Kito de Pavant (Groupe Bel)
12 – Erwan Tabarly (Iceberg)
Le Gascogne au portant
Le portant reste l’allure de prédilection des marins et dans ces conditions maniables, ils n’y trouvent que du plaisir. Pour certains, c’est l’occasion de mettre le pilote automatique en route et d’aller se reposer, malgré la présence menaçante des cargos du côté du rail d’Ouessant. Pietro D’Ali (Nanni Diesel) en a fait la douloureuse expérience, comme le raconte ce matin Corentin Douguet (E. Leclerc – Bouygues Telecom). « Pietro a du se faire peur cette nuit. Un cargo est passé juste entre nous deux alors que nous étions séparés d’une centaine de mètres. J’ai lofé pour passer derrière, mais lui a du passer 5 longueurs devant le bulbe de l’étrave du cargo. Je n’aurais pas aimé être à sa place. »
S’ils se régalent de ces conditions de navigation exceptionnelles, les marins restent focalisés sur cette régate au contact. Le skipper d’E. Leclerc – Bouygues Telecom a ainsi repris 5 places dans la nuit : « J’ai rectifié le tir après une première nuit désastreuse le long des côtes anglaises. Kito (de Pavant NDLR) et Pietro sont derrière moi et je suis à la poursuite des quelques feux que j’aperçois devant, en espérant que ce sont bien des Figaro Bénéteau et pas des pêcheurs ! »
Même ‘niaque’ à bord de Groupe Generali assurances : « Je suis au taquet depuis Wolf Rock. Je ne lâche rien et ça va être comme ça jusqu’au bout. Je n’ai pas envie de me laisser bouffer comme l’autre soir, je suis à l’attaque ! » explique Yann Eliès 4e, qui a lui aussi progressé de quatre places au pointage du matin. Juste devant lui, en troisième position, on imagine Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs) dans le même état d’esprit…
La flotte a empanné en début de nuit. Elle profite désormais d’un vent de nord-est pour descendre à fond sur un seul bord au grand largue. Les décalages latéraux (plus ou moins à l’ouest) des uns et des autres vont redistribuer les cartes entre les pointages mais pour l’heure, c’est une grande course de vitesse qui attend nos 44 marins aux abords du golfe de Gascogne. La gageure pour eux sera de gérer leur état de fatigue : où placer le curseur entre les heures de barre pour faire avancer le bateau et les temps de repos nécessaires.
Il reste encore 320 milles avant l’arrivée…
Yvan Bourgnon s´empare du Record des 24h en solitaire
« C’est un truc de fou, je réalise à peine ! Je partais tranquillement pour ma qualification avec tous le matos d’assistance, les vieilles voiles de convoyage… quand un créneau météo extra s’est offert à moi. Je n’ai pas hésité longtemps ! Je sentais que c’était le moment, j’avais une pêche d’enfer. Sur les 12 premières heures, j’ai attaqué comme un fou toujours à plus de 30 nœuds avec une pointe à 36. J’avoue que je n’avais encore jamais fait ça en solitaire, cela demande un effort permanent : choquer, border, barrer… ça n’arrête pas. C’est extrêmement dur physiquement car on est sur le même bord pendant 24h »
Avec un flux de Nord/Nord-Ouest entre 17 et 25 nœuds, Yvan a opté pour une route dans un premier temps plus au Sud des Açores avant de remonté au Nord « je suis sûr que le Record est améliorable car je pense avoir été un peu trop au portant. Mais l’essentiel est là, je n’ai jamais été aussi heureux de manier un tel engin à une telle vitesse. Sur certains bords ça te prend au cœur tellement c’est fort, j’ai eu des poussées d’adrénaline comme jamais ! »
C’était la première fois qu’Yvan naviguait seul sur ce Trimaran après l’avoir récupéré en 2005 et avoir fait toutes les navigations en duo (avec Charles Caudrelier pour la Transat Jacques Vabre) ou en équipage (pour les Record SNSM et Brittany Ferries).
Des sensations et une prise en main très rassurantes pour le skipper et son Trimaran qui dans moins de 3 mois prendront le départ de la Route du Rhum. « J’ai poussé le bateau à fond… On ne pouvait pas rêver de meilleurs entraînements pour le Rhum, 3 records en 9 jours, c’est totalement incroyable ! »
Actuellement au large du Portugal, Yvan Bourgnon termine sa qualif’ et devrait rejoindre Lisbonne mercredi matin avant de repartir en convoyage vers Lorient.
Caudrelier et Morvan, filent devant !
A moins de 200 milles de l’arrivée à Santander, la flotte de la 37e Solitaire Afflelou Le Figaro est toujours bénie d’Eole et Neptune réunis : beau temps belle mer au-dessus des canyons bleutés, où dauphins et navigateurs rivalisent de vitesse en se moquant des 3000 mètres de fond qu’ils survolent. Après le premier sprint vers l’Angleterre, puis cette descente complexe du Channel sous Albion, les 44 ont eu droit depuis Wolf Rock à un de ces runs de portant sous spi qui réconcilient avec tout. Même avec la fatigue, puisque le flux de nord-est qui est monté jusqu’à plus de 20 nœuds a déroulé le tapis rouge aux Figaristes. Le bateau est parfaitement stable sous pilote à cette allure et par cette mer. Sur la route directe, ils ont pu enfin se reposer… et prendre ce fameux plaisir sur l’eau qui justifie à lui seul une carrière dans la marine à voile.
« J’ai fait de jolis surfs ce matin et j’ai eu la visite des dauphins. On s’est bien amusé ensemble », confirme la Britannique Samantha Davies (Roxy), qui s’est fait mal au dos en tombant dans son bateau. « Rien de grave, juste un gros bleu », rassure-t-elle. « Je suis en terrasse en train de déjeuner, j’ai mis le short et le chapeau de soleil, j’ai bien réussi à prendre des périodes de sommeil », complète un Franck Legal (Lenze) qui prédit que cette étape « pourrait se jouer à pas grand chose » aux abords des côtes espagnoles.
Alors, en vacances les Solitaires ? Pas vraiment. Comme il n’est jamais interdit de joindre l’utile à l’agréable, tous ont cravaché sévère, engrangeant dans la nuit et encore ce matin des moyennes supérieures à 11 nœuds, ce qui indique des surfs à… bien davantage, sur la longue houle. C’est le cas de Charles Caudrelier (Bostik), qui au pointage de 16h s’invite sur un fauteuil de leader pour deux aux côtés de son ami Gildas Morvan (Cercle Vert). Mais les deux sentent sur leurs nuques les souffles envieux de Yann Elies (Groupe Generali Assurances 3e à 0,2 mille) et Gérald Véniard (Scutum, 4e à 0,3 mille), seul outsider parmi les grands favoris de ces quatre garçons dans le vent.
Les 15 premiers en 7 milles
Mais attention. La victoire finale ne se jouera pas forcément dans ce carré là. D’abord le vent mollit sur la zone. Cet après-midi il plafonne à 12 nœuds, faisant rechuter les moyennes des bateaux aux environs de 8 nœuds. Surtout, personne n’est réellement hors course, au moins jusqu’au 15e, Armel Tripon (Gedimat) dont l’écart aux leaders est encore inférieur à 7 milles. « On est aux deux tiers de la course et je suis plutôt content de moi. Je suis dans un petit groupe, celui des bons, ce qui n’était pas le cas les années passées », se félicite le skipper nantais.
Les quinze leaders en moins de sept milles, voilà qui promet pour cette probable dernière nuit de mer. Laquelle décidera peut-être du sort d’autres solitaires en confiance et qui ont parfaitement géré pour l’instant cette étape, à l’instar de Fred Duthil (Brossard, 6e à 3,1 milles) et ses suivants immédiats : Nicolas Bérenger (Koné Ascenseurs, à 3,2 milles), Laurent Pellecuer (Cliptol Sport) et Erwan Tabarly (Iceberg Finance) tous deux à 4 milles, Jeanne Grégoire (Banque Populaire, 11e à 5,8 milles).
Sous la menace du chacal
Il en manque un. Pas le moindre. C’est « le chacal ». Armel Le Cléac’h. Peut-être le plus dangereux. Décalé à 5 milles dans l’ouest du quatuor de tête, il s’est comme souvent ménagé une position d’attaque, quand d’autres ne peuvent guère espérer mieux que suivre dans l’axe des leaders. Au pointage de 16h, le skipper de Brit Air avait repris trois places en l’espace de cinq heures pour pointer son museau en 5e position, à 2,8 milles des leaders. Il était aussi celui qui avait la meilleure vitesse de la flotte (8,7 nœuds).
La dernière fois qu’Armel Le Cléac’h s’est décalé au large comme ça, c’était avant la marque de Porto Santo, pendant la dernière Transat AG2R. Et il avait raflé la prime au passage dans un de ces déboulés au nez et à la barbe de tout le monde, dont il est un des rares à maîtriser la recette…
On en est là. Le vent mollit et devrait passer au nord, déclenchant peut-être une bataille d’empannages qui pour l’instant n’a pas lieu. Demain soir, demain dans la nuit, peut-être avant ça « tamponnerait » sous de capricieux orages – les météorologues y croient – et tout pourrait alors être remis en cause pour récompenser pourquoi pas un Etienne Svilarich (Sogeti, 16e à 7 milles) qui mène parfaitement sa barque depuis le départ. Voire un Eric Peron (Cigo, 21e à 8,8 milles) qui a visiblement oublié son opération au genou de lundi dernier. A l’extrême, cela pourrait même remettre en jeu un favori comme Eric Drouglazet (Pixmania.com, 29e à 12 milles), mal parti mais qui ne lâche rien depuis en espérant un coup d’accordéon.
Tous ont encore quelque chose à espérer. A l’arrière, le Capverdien Antonio Pedro Da Cruz ferme la marche, à 58 milles des leaders. Pour ses 40 ans fêtés hier en mer, le skipper de Baïko aux tatouages de baleines sur les bras avait demandé : « un peu de vent et un cargo de pensées positives ». On s’est exécuté et cela n’a pas suffi. Mais on sait bien aussi qu’Antonio prend sûrement du plaisir, en dépit du classement. Car ce gars-là, dernier de La Solitaire en ce moment, connaît la mer comme personne. Ce gars-là a traversé l’Atlantique à 33 reprises. On a bien lu. Trente-trois fois en quarante ans d’existence. Alors premier ou dernier, respect pour Tonio m’sieurs dames. Merci
Yann Eliès mène le bal des Figaristes…
La meute est toujours compacte et s’est laissée glisser sous la route directe… La légère rotation du vent attendue dans les heures qui viennent –si elle a lieu- devrait leur permettre de s’en rapprocher davantage. Les positions actuelles des bateaux, plus ou moins proches de cette route directe vers Wolf Rock, pourraient donc être déterminantes pour les futurs classements de la journée.
Eliès, Le Cléac’h, Krauss…
De fait, les leaders du petit matin ne sont pas forcément ceux d’hier. Pour l’heure, le groupe gagnant, composé dans l’ordre de Yann Eliès (Groupe Generali assurances), Armel Le Cleac’h (Brit Air) et Oliver Krauss (AXA Plaisance) est celui qui est le plus éloigné des côtes et de la route. Le héros du départ, Corentin Douguet (E.Leclerc-Bouygues Telecom) est quant à lui bien décalé à leur vent, une stratégie également adoptée par Kito de Pavant (Groupe Bel) et Fred Duthil (Brossard). Les écarts sont faibles –les 23 premiers se tiennent en 3 milles- et il s’en faudra de peu pour que les positions soient encore bouleversées au prochain pointage. Qui de ces deux groupes aura raison ? Le passage à Wolf Rock en fin d’après midi sera davantage significatif.
Quoi qu’il en soit, les solitaires apprécient cette entrée en matière sans douleur, même s’il a fallu se battre avec les algues, que les doutes persistent toujours quant à la prochaine évolution du vent et que le clapot les oblige désormais à ajuster leurs réglages pour conserver leur vitesse. Armel Le Cléac’h et Charles Caudrelier avouaient tout de même avoir pu se reposer. « J’ai dormi un peu tout à l’heure. J’ai eu un coup de barre à la tombée de la nuit après le sprint au contact d’hier. J’ai fait une sieste de 20 minutes et j’espère pouvoir y retourner » précisait à la vacation du matin le skipper de Brit Air.
Jean Paul Mouren (M@rseillentreprises) était quant à lui sur le point de prendre son petit déjeuner (chocolat et céréales) et analysait la situation à venir avec son flegme habituel : « Je vois la rosée matinale puis une cavalcade vers Wolf Rock que l’on atteindra à 18h00 ».
Adrien Hardy en tête des Mini
A moins de 120 milles de l’arrivée dimanche après-midi, Adrien Hardy (Brossard) est très bien placé pour contrôler son concurrent le plus direct, le Slovène Andraz Mihelin (Adria Mobil Too), car il a empanné à la faveur d’une petite bascule pour conserver l’avantage d’être un peu plus Sud pour atterrir sur l’archipel. Il apparaît de plus en plus évident que les solitaires vont arriver sur Graciosa avant de piquer au Sud pour rallier Horta sur l’île de Faïal. Etre entre la flotte et l’arrivée est donc tactiquement une excellente idée surtout que le vent d’une quinzaine de nœuds, va rester orienté à l’Est-Nord Est en mollissant un peu (une dizaine de nœuds). Il faut souligner toutefois que la brise a tendance à tomber sérieusement la nuit dans l’archipel et que les reliefs créent de vastes zones de calmes entre les îles.
Il n’y a donc rien d’acquis si ce n’est que les deux premiers sont toujours attendus lundi en milieu de journée. Derrière ces deux leaders qui possèdent un petit matelas d’avance (15 à 25 milles), un pack de trois bateaux est encore en lice pour la troisième marche du podium. Isabelle Joschke (Degrémont) a effectué un retour spectaculaire aux avant-postes tout comme Fabien Despres (Soitec) : ils ont réussi à recoller au tableau arrière de David Sineau (Bretagne Lapins). Les trois Minis sont dans un mouchoir de poche et suivent la même route, ce qui laisse présager une arrivée tendue, surtout que ce trio risque d’arriver à la tombée du jour, donc au moment où la brise s’essouffle : ça s’annonce serré et incertain…
L’impolitesse de Galantz
Chez les voiliers de série, Hervé Piveteau (Jules) rétrograde depuis deux jours au classement parce qu’il n’a pas cherché à descendre, à se glisser doucement vers le Sud. Car la trajectoire idéale pour cette première étape de la course Les Sables-Les Açores-Les Sables ressemble fort à un exemple stratégique : suivre une sinusoïdale en parant l’Espagne au large, en profitant des vents portant pour prendre du Sud et en atterrissant par le Nord sur l’archipel. A contrario du retour qui en théorie, doit se rapprocher d’une courbe exponentielle en prenant du Nord à la sortie des Açores pour piquer sur la Vendée vers le 47° Nord…
Mais les Minis n’en sont pas encore là ! Pour l’instant, il faut grappiller des milles vers le Sud pour diminuer le nombre d’empannages dans un vent de Nord Est qui prend un peu d’Est sur les cent dernières milles. Et le retour gagnant, c’est le Brestois Jean-François Quélen (Galantz) qui l’effectue grâce à sa position déjà sur la latitude de Graciosa. Et légèrement plus dans son Nord, Antoine Debled (ADD Modules) est aussi en passe… de passer le Portugais Francisco Lobato (BPI), actuel leader ! Là encore le final s’annonce très ouvert avec cinq Minis en moins de quinze milles puisque l’Espagnol Gerard Marin (Escar l’escala-CN Llanca) est aussi en embuscade.
Il est quasiment acquis qu’un voilier de série sera classé dans les dix premiers au scratch… Ce qui démontre l’excellence de ces solitaires parce qu’au portant dans des vents medium, tenir le rythme d’un prototype est déjà un exploit ! Le seul inconvénient, c’est qu’ils vont arriver en pleine nuit au milieu des îles, et là, le temps peut paraître très long pour avaler les derniers milles dans des vents erratiques et évanescents. En général, la ligne d’arrivée traîne à apparaître devant l’étrave jusqu’au lever du jour…
La journée de lundi va donc être chaude à Horta qui croule sous une belle température estivale et un soleil de plomb. Mer plate, petite brise de secteur Nord Est moins de dix nœuds, Fête de la Mer avec concerts jusqu’à pas d’heure, voiliers en masse venus aussi régater dans l’archipel, Café Peter plein à craquer : l’accueil des Açoriens vaut le détour ! Surtout après 1 270 milles de navigation… Pour les soixante solitaires encore en course, les flonflons de la fanfare de Faïal s’approchent ! Du côté des abandons, Laurent Bourgues (Adrénaline) est arrivé dimanche matin à Nazaré (Portugal), Anthony Marchand (Hinano) à Peniche, Mathieu Viu (Godevin) à Bayona. Reste François Duguet (Crédit Agricole Skipper Challenge) qui est toujours en route à petite vitesse vers le Portugal.
Sébastien Col remporte les Internationaux de Match Racing 2006
Des finales de très haute voltige
Les deux duels d’aujourd’hui opposaient en petite finale en deux points gagnants le français Damien Iehl (33ème mondial) contre le suédois Bjorn Hansen (8ème mondial). La finale, jouée en même temps voyait se rencontrer l’anglais Ian Williams (5ème mondial) contre le français Sébastien Col (3ème mondial).
Petite finale : Iehl vs Hansen
Le français Damien Iehl confirme ses résultats d’avant-saison en prenant la troisième place au général. Très content d’avoir atteint le podium, il nous confie ses impressions : « Nous avions à cœur de battre Hansen car il nous avait déjà battu cette année en Italie. Notre objectif de rentrer dans le Top 10 est désormais possible à atteindre dès l’année prochaine. Notre prochain Match-Racing aura lieu en Sicile lors de la Cento Cup (grade 1) fin septembre. » Bjorn Hansen n’a pas eu l’occasion de s’imposer face au français lors de cette petite finale. Lors du premier match, le suédois menait la course mais l’enchaînement de fausses manœuvres a permis au français de passer devant. Sur le second match, Iehl a pris la tête au passage de la première bouée au vent et a filé droit vers la victoire.
Finale : Col vs Williams
Les deux teams se sont bagarrés âprement durant ces finales… Les spectateurs, venus nombreux se masser dans les tribunes ont assisté a la victoire incontestable du français Sébastien Col. Avec un très bon départ dans le premier match, il parvient à neutraliser sans mal l’anglais jusqu’au bout du parcours. Il perd son deuxième match en passant derrière l’anglais avec une pénalité. Le troisième match est fatal à l’anglais, qui se classe deuxième au général. Sébastien Col a su reprendre le dessus en réalisant un excellent départ et en distançant l’anglais lors des remontées sous spi.
Résultats des matchs validés par le jury :
1 Sébastien COL
2 Ian WILLIAMS
3 Damien IEHL
4 Bjorn HANSEN
5 Mathieu RICHARD
6 Paolo CIAN
7 Evgeny NEUGODNIKOV
8 Pierre Antoine MORVAN
9 Philippe PRESTI
10 Martin ANGSELL
11Takumi NAKAMURA
12 Seve JARVIN
Oracle remporte le premier Grand Prix d’Allemagne
Pour cette ultime journée du Grand Prix, trois duels et deux régates en flotte étaient annoncés au programme. Après un bon début de course, BMW ORACLE Racing (Etats Unis) a remporté la première régate en flotte. Mais c’était le premier duel de la journée qui allait déterminer le résultat final de la série. United Internet Team Germany aurait pu regagner la première place au classement, qu’elle avait prise vendredi soir si elle avait remporté ce dernier duel contre BMW ORACLE (le nombre de points comptant double pour cette dernière journée).
Après un début de course bien équilibré, Jesper Bank semblait être en pleine forme, mais lors d’un changement d’amure l’étai s’est cassé et leur derniers espoirs de victoire ont été anéantis. Le bateau n’a pas démâté, mais le foc était sérieusement endommagé et l’équipe allemande a dû se retirer des autres épreuves.
Lors du deuxième duel de la journée, Shosholoza n’a pas réussi à empêcher BMW ORACLE de s’affirmer de nouveau. Malgré un bon début de course au vent du bateau américain, Shosholoza n’a pas réussi à garder sa place. Peu à peu, BMW ORACLE s’est glissé devant et a empoché une nouvelle victoire.
Le public a pu revoir le même scénario lors du deuxième régate en flotte (sans la participation de United Internet Team Germany) : Un excellent début pour Shosholoza, mais une nouvelle victoire pour BMW ORACLE Racing. La vitesse de BMW ORACLE Racing était déterminante et si on rajoute à cela les bonnes tactiques de l’équipe américaine, la victoire lui est tout naturellement revenue dans ce premier Grand Prix d’Allemagne.
Résultats final après 15 régates :
1. BMW ORACLE Racing (Etats-Unis), 65 points
2. United Internet Team Germany (Allemagne), 28 points
3. Team Shosholoza (Afrique du Sud), 25 points
Hardy premier aux Açores !
Adrien Hardy (Brossard) a franchi la ligne devant la digue d’entrée de la marina de Horta (Faïal-Açores) en vainqueur : il aura effectué une moyenne de 6,76 nœuds sur les 1 270 milles de cette première étape. Après Adrien Hardy, Andraz Mihelin (Adria Mobil Too) a terminé à 10h 15’ 15’’ TU soit avec une heure 21 minutes de retard. Le Slovène avait animé la première étape de la course Mini Les Sables-Les Açores-Les Sables depuis le passage du cap Finisterre et n’a cédé du terrain sur Adrien Hardy (Brossard), vainqueur à Horta, que lors des deux derniers jours, lorsque la brise de Nord Est s’est un peu calmée et que la mer est devenue plus maniable. C’est la première fois qu’un Slovène monte sur le podium d’une épreuve océanique en solitaire. Andraz Mihelin s’est investi dans le circuit Mini depuis la saison passée en participant à la Transat 6.50 qu’il avait terminée à la treizième place.
Le troisième dans le port açorien est le jeune Fabien Despres (Soitec), formé à la voile sur le langoustier Notre-Dame des Flots, et qui réalise une très belle course en finissant très fort sur cette première étape des Sables-Les Açores-Les Sables : il a mis sept jours 21 heures 50 minutes 35 secondes, en arrivant à Horta à 10h 52’35’’ lundi, à deux heures du vainqueur. Les concurrents vont se suivre toute la journée de lundi, le premier voilier de série, mené par Jean-François Quélen (Galanz) étant attendu en milieu d’après-midi.
Communiqué de presse à suivre ce lundi soir.
Premières impressions d’Adrien Hardy (Brossard) :
« J’ai failli rentrer dans la digue ! Le vent est rentré en arrivant sur Faïal et sur la ligne d’arrivée, sous spinnaker, il a fallu faire un dernier empannage… Je suis parti en vrac ! Je suis assez fatigué : on n’a pas arrêté depuis le cap Finisterre et le rythme était hyper soutenu. Tout le temps au-dessus de dix nœuds… Douze et quatorze souvent : on a dû battre des records sur 24 heures ! C’était vraiment pas mal, surtout que je n’avais pas de radio BLU depuis l’Espagne et je n’ai appris ma position qu’en arrivant sur les Açores par Andraz Mihelin. Je suis super content, évidemment : j’étais neuvième au passage du Finisterre et là, finir devant !
J’apprends qu’Yvan Bourgnon vient ici demain mardi avec son trimaran puisqu’il tente de battre le record des 24 heures : c’est génial ! J’ai pensé à lui pendant ces derniers jours avec les conditions météo que nous avons eues. Cela m’a aussi motivé pour pousser le bateau et tenter moi aussi de faire des scores… Je faisais de chronos toutes les heures, je comptais le nombre de milles, pour avoir un objectif à court terme, pour gagner mille par mille. Cela a bien fonctionné de faire des temps tout seul. Parce que je n’avais aucune information sur la course, sur les autres concurrents, sur leurs positions… Il fallait que je me batte avec moi-même. C’est fou ce qu’on peut cogiter dans ces conditions là ! Tout le temps en train de réfléchir, de penser au classement, d’imaginer si on a gagné des places ou perdu.
J’ai eu de petits soucis techniques, comme tout le monde parce qu’il y a eu du vent fort mais rien de grave, juste lorsque ma ferrure de safran a commencé à se déboulonner alors que je marchais à 14-15 nœuds : j’ai vu que le boulon était sectionné. J’ai arrêté le bateau, j’ai pris une des quatre vis qui tient mon vérin de pilote et j’ai changé le boulon. Et je suis reparti…
Le rythme était vraiment dur : je pense que je suis plus fatigué que lors des courses que j’ai faites avant. Je n’ai pas dormi la nuit dernière et en moyenne depuis l’Espagne, j’ai pris trois heures de sommeil par nuit. Je dormais plutôt en fin de nuit pour privilégier la barre de jour quand je pouvais attaquer en voyant les vagues. Au départ des Sables d’Olonne, on savait à quoi s’attendre dans le golfe de Gascogne : du près avec pas mal de vent. Mais après, on pensait avoir du portant mou et on a fait du largue serré musclé… ça a été sport ! C’est impressionnant, ces bateaux : la vitesse qu’on peut atteindre ! Je ne pensais pas qu’on pouvait aller aussi vite aussi longtemps, à 13-14 nœuds en permanence… ce sont des sensations de glisse super, le bonheur d’avaler les milles. Parfois en limite de contrôle du bateau. Il faut trouver la ligne médiane entre vitesse et maniement. Génial ! »
Classement de la première étape à Horta (prototypes) :
1-Adrien Hardy (Brossard) en 7 jours 21 heures 41 minutes 40 secondes, à 6,69 nœuds de moyenne
2-Andraz Mihelin (Adria Mobil Too) en 7j 23h 05’ 15’’, soit à 01h 23’ 35’’ du vainqueur
3-Fabien Despres (Soitec) en 7j 23h 42’ 35’’, soit à 02h 00’ 55’’ du vainqueur
4-David Sineau (Bretagne Lapins) en 8j 00h 17’ 42’’, soit à 2h 36’ 02’’ du vainqueur
5-Isabelle Joschke (Degrémont) en 8j 01h 04’ 45’’, soit à 3h 23’ 05’’ du vainqueur
6-François Salabert (Aréas Assurances) en 8j 01h 31’ 16’’, soit à 3h 49’ 36’’ du vainqueur
7-Kristian Hajnsek (Adria Mobil) en 8j 02h 39’ 25’’, soit à 4h 57’ 45’’ du vainqueur
8-Nicholas Brennan (Rafiki) en 8j 03h 22’ 02’’, soit à 5h 40’ 22’’ du vainqueur
Classement de la première étape à Horta (voiliers de série) :
1-Francisco Lobato (BPI) en 8j 03h 34’ 25’’, premier voilier de série à 6,49 nœuds de moyenne
2-Jean François Quélen (Galanz) en 8j 03h 43’ 46’’, à 9’ 21’’ du vainqueur
3-Antoine Debled (ADD Modules) en 8j 03h 50’ 05’’, à 15’ 40’’ du vainqueur


















