- Publicité -
Accueil Blog Page 16

Transat Café l’Or. Bataille en Atlantique en Class40

Les 36 binômes encore en lice en Class40 ont encore plus de 1 500 milles à parcourir. La flotte des Class40 aura connu une course très différente de celle des trois autres classes engagées (ULTIM, Ocean Fifty et IMOCA). Elle a d’abord dû faire escale à La Corogne pour éviter le cœur de la dépression, avant de reprendre la mer et d’entrer dans une phase de choix stratégiques déterminants. Il s’agit d’ailleurs de la seule catégorie où une option tactique majeure a scindé la flotte en deux : l’une au nord, l’autre au sud, de part et d’autre d’une dorsale anticyclonique.

Edgard Vincens (Phare 40 – Ha Plus PME) rappelle les enjeux de cette séparation stratégique, désormais en place depuis quatre jours : « La route nord est plus courte, mais plus risquée car elle impose de traverser une dorsale anticyclonique. La route sud permet d’aller chercher les alizés, sauf qu’ils ne sont pas bien établis. Cela rallonge la distance, mais c’est moins casse-bateau, on navigue au portant, et c’est plus rapide. »
Au nord, Corentin Douguet et Axel Tréhin (SNSM – Faites un don) mènent la flotte et tentent de se frayer un passage de plus en plus sinueux à travers la dorsale, avançant à une dizaine de nœuds pour franchir 200 milles. Ils entraînent dans leur sillage six autres bateaux, dont celui de Michel Desjoyeaux à bord de TrimControl.
Au sud, Guillaume Pirouelle et Cédric Château (Seafrigo-Sogestran), accompagnés d’une dizaine d’équipages, n’ont plus de questions à se poser : cap droit devant, tout schuss dans les alizés vers la Martinique. Ils accusent 290 milles de retard sur les nordistes, mais cet écart devrait rapidement se résorber dans les prochains jours. Reste à savoir qui aura fait le bon choix.

Lomano Takasi et Jean Marre (Réauté Chocolat) ont eux aussi opté pour le sud. « Nous avons lancé le projet tardivement, on n’a eu que deux mois de préparation et là, c’est la première journée où je ne sors pas la caisse à outils », confie Lomano. Dans de telles circonstances, hors de question de prendre des risques et de filer au nord. « On savait bien un moment qu’on allait payer notre manque de préparation mais l’essentiel, c’est de continuer la course et de ne pas prendre trop de risques ».

Tous poursuivent donc leur route avec les petites joies qui vont avec. Les sudistes peuvent ainsi profiter d’un mercure de plus en plus élevé et ça fait du bien. « On peut enlever nos bottes, nos pantalons de ciré et sortir les tee-shirts et la crème solaire, sourit Edgard Vincent. C’est comme si c’était une nouvelle course qui débute ». Désormais, place au portant avec la volonté de toujours « préserver le matériel » et « prendre le maximum de plaisir ».

« On sent qu’on se déconnecte vraiment de la terre »
Chez les amateurs comme les professionnels revient en effet l’idée que cette aventure se doit d’être vécu à fond et qu’il est important de l’accepter comme telle, avec ses péripéties et ses incertitudes. « Même si la route sud est technique, la vie à bord est plus agréable, ça cogne moins et il fait moins froid, sourit Jean-Yves Aglae. On ne va pas se plaindre de là où on est, on a signé pour ça ! »

Au large, malgré la rudesse des conditions et la répétition des efforts, le plaisir est partout. Il est dans les messages de soutiens reçus quotidiennement à bord de Martinique Horizon, le banc de thons aperçu depuis le pont de Réauté Chocolat, les « conditions magiques » ressenties sur #Empower. Les marins de Phare 4 – Ha Plus PME, eux, s’offrent des « petites célébrations » (chocolat, saucisson) à chaque petite victoire. « Ce qui est génial, c’est qu’on sent qu’on se déconnecte vraiment de la terre » complète Pierre Brasseur (Inland Roots Ocean Soul)

Lomano Takasi va dans son sens. « Il faut relativiser, ne pas être focalisé sur le calendrier et nos jours d’arrivée, assure-t-il. Nous sommes au milieu de l’Atlantique, au soleil, on fait du sport, du bateau à voile. Il est important de réussir à s’émerveiller, d’apprécier que les couleurs sont différentes de la terre, d’apprécier qu’ici le bleu de la mer paraît encore plus bleu ». Ils ont encore neuf jours pour profiter pleinement de ce qui est bien plus qu’une course mais une aventure, une expérience qui restera gravée à jamais dans leurs mémoires.

- Publicité -

Virtual Regatta. Arrivées des IMOCA, victoire de Sem la Guédone – BFC

54 371 e-skippers ont choisi de participer à la Transat Café L’Or en IMOCA. On y retrouvait les meilleurs du classement VSR. La course fut longue, semée d’embûches météo, où de bons petits décalages permettaient de faire la différence. Il fallait être dessus en permanence, mais surtout devant une fois les Canaries passées, afin de profiter d’alizés légèrement forcissant.

C’est le bateau Sem la Guédone – BFC (11e au classement VSR) qui est parvenu à s’imposer après 13 jours, 20 heures et 36 minutes, soit presque aussi vite que l’IMOCA 4CAD – La Mie Câline. Le changement des polaires virtuelles devra encore être affiné pour jouer à armes égales avec les meilleurs bateaux réels. Sem la Guédone – BFC termine également premier du classement Course Au Large. Busso-BHT/TRRacing termine 2e à seulement 6 minutes au classement général. La 3e place s’est jouée à quelques secondes entre Essor50EZ – The SeaCleaners (3e) et Bro-Naoned-BSP (4e), qui portait nos couleurs. Cerise-BSP (5e) termine à la 3e place sur le podium du classement Course Au Large. Bravo.



Classement Course Au Large *avant jury 😉
1. Sem la Guédone – BFC – 13j 20h 36m 01s – remporte un chronographe édition limitée du Vendée Globe 2016-2017 + 2 ans d’abonnement Premium au magazine
2. Bro-Naoned-BSP (+12m 19s), remporte 2 ans d’abonnement Premium au magazine Course Au Large + le livre Les Champions de la Vallée des fous
3. Cerise-BSP remporte (+13m 34s) 1 an d’abonnement au magazine Course Au Large + le livre Les Champions de la Vallée des fous
4. NumeroDixTv (+13m 34s) 6 mois d’abonnement au magazine Course Au Large
5. Tipapacherie BSP (+14m) 3 mois d’abonnement numérique au magazine Course Au Large
*avant jury 😉

À noter que pour cette transat virtuelle, on comptait 32 675 joueurs en Ultim, 21 013 en Ocean Fifty et 20 325 en Class40.

Interviewé dans notre dernier numéro de Course au Large, dans lequel nous avons également publié un guide de Virtual Regatta, Thomas Gauthier, directeur de Virtual Regatta, annonçait une refonte du jeu. Extrait

Les polaires des bateaux ont été mises à jour depuis le Vendée Globe ?
On a travaillé dessus suite au dernier Vendée Globe. Notre problème est que nous avons toujours un temps de retard, où l’on doit prendre en compte les courses précédentes. Nous avons revu les polaires des IMOCA et avons pu constater sur The Ocean Race que c’était plus ou moins cohérent. Cependant, lorsqu’il y a du courant, notamment en Manche, on observe quelques écarts, car le courant n’est pas pris en compte. Nous ne sommes toujours pas parfaits, mais plus proches de la réalité, et nous allons effectuer un travail de fond avec la Classe IMOCA dans les prochains mois. Pour les Class40, nous avons ajusté un petit coefficient.
Pour les Ocean Fifty et les Ultim, nous sommes dans les clous. Pour l’Ultim, nous utilisons un réglage récent issu de notre partenariat avec BPCE, où nous avons intégré un set de données du Maxi Banque Populaire XI fourni par le team.

L’avenir de Virtual Regatta
Nous réfléchissons au Virtual Regatta du futur, avec une refonte complète qui pourrait être prête entre la Route du Rhum et la Route du Café. Il s’agira de quelque chose de vraiment nouveau, nécessitant beaucoup de développement. Nous sommes sur une plateforme de 10 ans, dont la maintenance est compliquée en raison des évolutions successives et des corrections de bugs apportées, ce qui rend son évolution difficile. Nous nous trouvons à un carrefour : décider de tout refondre ou d’effectuer des améliorations en profondeur. À suivre.

- Publicité -

Mini Transat. Alexandre Demange (1048) DMG Mori 3eme en proto, bloqué 24h dans un banc de sargasses!

Arrivée de la deuxième étape de La Boulangère Mini Transat 2025, à Saint-Frrançois (Guadeloupe)

Partie de Las Palmas le 25 octobre pour la deuxième étape, dans un vent très faible, la flotte est rapidement menée par Alexandre Demange grâce à une stratégie de placement très pointue, qui lui permet d’afficher de très belles vitesses dans un vent très léger. Lors du passage à la marque « Las Palmas » il affiche même 12 heures d’avance sur Nicomatic. Durant plusieurs jours, Alexandre est leader de la flotte. Seul Nicomatic parvient à reprendre le leadership lorsque le vent se renforce au-delà de 12 nœuds. Alexandre jouera de sa stratégie jusqu’au bout et marquera cette deuxième étape en restant sur le podium.

A la mi-parcours il cherche à se démarquer de son adversaire le plus menaçant et joue son jocker en se décalant très au sud pour aller chercher un alizé plus stable. Mais, dans le sud des îles du Cap Vert, il se retrouve piégé dans un banc de Sargasses dont il ne pourra s’extraire que quatre jours plus tard. L’option est audacieuse mais ce fait de course le prive de ses bénéfices.
Il est alors difficile de maintenir sa vitesse et de maitriser les deux « nordistes », Benoit Marie et Mathis Bourgnon. 72 heures avant l’arrivée, Alexandre parvient à réduire légèrement son retard sur les deux leaders. Alors que Benoit fait face à des avaries importantes, Mathis poursuit sa route vers la victoire. Alexandre complète le podium neuf heures, 56 minutes et 2 secondes après le vainqueur.

Le regard tiré, les yeux mouillés, Alexandre Demange est allé au bout de la fatigue. À son arrivée au ponton, après un final marqué par le passage de copieux grains, le skipper sablais de 26 ans ne cherche pas à cacher son émotion au terme d’une toute première transat jalonnée de galères.

L’épreuve de se retrouver impuissant, bloqué pendant plus de 24 heures dans une nappe de sargasses, et l’intensité de l’expérience humaine, vécue seul en huis clos dans son petit bateau au beau milieu de l’océan, sont autant de souvenirs qui émaillent sa traversée, et dont il témoigne avec sincérité. Mais le résultat est là d’être parvenu au bout de ce périple à la découverte de lui-même ; et de mériter figurer sur le podium de la catégorie des prototypes au terme d’une course sur laquelle il a fait preuve d’une belle combativité.
« Cela fait trois jours que je n’ai pas dormi, c’était très actif avec plein d’orages et quelques sargasses. Pour être totalement franc, j’ai du mal à réaliser ce qu’il m’arrive. Je ne sais pas si cela se voit dans mes yeux, mais il n’y a plus grand monde derrière. Mais je suis là, et le bateau aussi ! »

La poisse des sargasses
« Je partais pour prendre énormément de plaisir, et pour découvrir le grand large. Je ne veux pas mentir, je n’ai pas pris de plaisir, j’ai rencontré trop de pépins. Je me suis fait bloquer dans les algues trop longtemps pour que ce soit une belle course pour moi. Je me suis éclaté pendant deux ans comme jamais sur ce petit bateau avec ce projet, mais la transat, j’ai l’impression d’être passé un peu à côté. Ce n’était pas la transat de mes rêves. Mais je suis super content d’être là, plus c’est dur, plus on apprend. J’ai énormément appris ; et si on veut que l’expérience soit belle, il faut qu’il y ait quelques coups au moral. Si tout se passe toujours bien, on n’a rien à raconter au bistrot ! Mais peut-être que quand j’aurai pris un peu de recul, je pourrai dire que c’était la plus belle course de ma vie. Là, c’était plus un chemin de croix, un parcours du combattant plus qu’une traversée de l’Atlantique. »

Podium Proto de la 2e étape et du général de La Boulangère Mini Transat 2025 (avant jury) à Saint-François (Guadeloupe / FR)

« J’ai pas mal pleuré »
« Il y a quand même une troisième place, et j’en suis super fier. 15 jours en mer tout seul, cela fait travailler un peu le cerveau quand même. Mais dans tout ça, je suis un peu fataliste, il y a quand même des bons souvenirs ; et je pense que les meilleurs souvenirs que j’aurai, ce sera dans 15 ans quand je me rappellerai de toutes les galères que j’ai eues, dont celle de passer une journée complète dans une nappe de sargasses dans le sud du Cap Vert. Il y avait 20 nœuds, le bateau était bloqué à 6 nœuds. Il ne pouvait pas accélérer, et partait au tas. Cela a duré toute la journée ; et le lendemain, c’était pareil, je plongeais toutes les demi-heures. Pendant quatre jours, je m’endormais avec la barre dans les mains. C’était vraiment dur. J’ai arrêté d’écouter les classements, j’étais dans ma galère. Je pense que ma caméra aura quelques petites histoires à raconter. J’ai pas mal pleuré. »

Pour Hajime
« J’ai eu Mathis (Bourgnon) deux jours après le départ ; et après plus personne. C’est ce que je venais chercher, de ne parler à personne, être seul avec moi-même ; et je suis un sacré dossier à gérer !
Cette course, je l’ai aussi faite pour Hajime (Kokumai). Je l’avais dit au départ de la deuxième étape, on est deux dans ce projet. Il a dû abandonner parce que son bateau a coulé. Une grande partie de la réussite de ce podium, c’est grâce à Hajime. J’y retournerai avec grand plaisir. Mais je dois me laisser le temps d’arriver, ce n’est pas anodin de traverser l’Atlantique à bord d’un si petit bateau. »

Les mots de Jacques CARAES, Team Manager :
“Nous l’avons suivi et sommes tous très fiers de lui ! Tou t particulièrement les membres de la DMG MORI Sailing team qui ont construit son Mini.”


3è Proto (1048) DMG Mori Sailing Academy 2
Arrivée : 08/11/2025 18:20:47 UTC
Temps de course : 14j 03h 20min 47s
Écart au premier : 09h 56min 02s
Écart au précédent : 05h 58min 50s
Sur l’ortho : 2606.38 nm / 7.7 nds
Sur le fond : 3364.50 nm / 9.9 nds
Nom de baptême : DMGMORIGLOBALONE1048
Type de bateau : proto
Plan : RAISON
Construction : DMG MORI Sailing Team
Année de première mise à l’eau : 2022
Pavillon : FRA

- Publicité -

Mini-Transat. Benoît Marie deuxième en proto : “Le record c’est mon lot de consolation !”

Arrivée de Benoît Marie (FR), second de la 2e étape et du général de La Boulangère Mini Transat 2025 (avant jury) à Saint-François (Guadeloupe / FR) V OLivaud

Benoît Marie a franchi la ligne d’arrivée de La Boulangère Mini Transat 2025 en deuxième position. Grand favori de l’épreuve après avoir remporté toutes les courses d’avant-saison, il manque le doublé à quelques milles de l’arrivée en raison d’avaries sur son bateau, lequel aura toutefois battu le record de vitesse en Mini.

Si la déception est là, elle est néanmoins vite ravalée. Souriant et disert à l’heure de rejoindre le ponton où l’attend un chaleureux comité d’accueil, Benoît partage son plaisir sincère d’avoir vécu une aventure océanique exceptionnelle, qui l’a vu battre le record de vitesse avec 352,59 milles parcourus en 24 heures, à 14,69 nœuds de moyenne. “ C’est mon lot de consolation”, convient-il à l’arrivée.
Ces chiffres vertigineux apportent la preuve irréfutable qu’il est possible de voler au large bord d’un Mini 6.50. Ils témoignent du formidable bond en avant qu’incarne le prototype Nicomatic-Petit Bateau, concentré d’innovations, développé depuis plusieurs années déjà par Benoît et sa femme Caroline Boule, en collaboration étroite avec l’architecte naval Sam Manuard.

Et si Benoît, qui a remporté toutes les courses d’avant-saison, cumulant avec panache les réussites à la barre de ce foiler au potentiel spectaculaire, seule cette Mini-Transat 2025 qu’il avait pourtant si bien entamée, lui aura finalement résisté. La faute à une première avarie sérieuse – la casse de son foil tribord cinq jours après le départ -, qui le freinait net dans son élan après avoir construit une solide avance sur le reste de la flotte. Cette fortune de mer permettait alors à Mathis Bourgnon, auteur d’une course quasi-parfaite avec son bateau archimédien, d’en tirer avantage pour réduire irrémédiablement son retard sur ce premier de cordée fragilisé.

Un doublé manqué

On connaît désormais la suite avec la casse, hier, de son bout-dehors générant un trou dans la coque au niveau de l’étrave, et privant le 1067 de son spi dans l’ultime bataille d’empannages pour rallier Saint-François. Alourdi par 400 litres d’eau à l’avant, Benoît ne pouvait plus rivaliser face à son poursuivant immédiat, toujours plus incisif, qui finissait par le doubler en approche de l’île papillon.
Le skipper-ingénieur de 38 ans perd alors tout espoir de signer un doublé sur cette course qu’il a remportée en 2013, à laquelle il est profondément attaché. Beau joueur, en dépit de son immense déception, celui qui concède au final un retard de près de quatre heures à l’arrivée, ne manque pas de féliciter Mathis Bourgnon, dont il salue la course.
Benoît Marie fait aussi part du flot d’émotions qui l’a envahi à l’entame du parcours pour rallier la Guadeloupe, alors qu’il avait tout juste fait la connaissance de son fils, né quelques jours avant le coup d’envoi à La Palma. Autant de bonnes raisons de garder un souvenir impérissable de cette Mini 2025 qu’il a animée de bout en bout.

Les chiffres de la course de Benoît Marie (avant jury)

Le skipper du 1067 Nicomatic – Petit Bateau a coupé la ligne à 8h 21’57’’ , heure locale (13h 21’ 27’’, heure Paris) ce samedi 8 novembre après 13 jours 21 heures 21 minutes et 57 secondes de course à 7,82 nœuds . Il concède 3h57’12’’sur le premier Mathis Bourgnon sur le parcours théorique de 2 613 milles entre Santa Cruz de La Palma (Canaries) et Saint-François (Guadeloupe).

INTERVIEW 

Quel est ton sentiment aujourd’hui ?

« Je me sens bien parce qu’on est en Guadeloupe, il fait beau et il n’y a pas beaucoup de monde devant moi. Il y a un sacré champion, bravo Mathis ! Tu as fait une course incroyable, et merci de m’avoir poussé comme ça. C’est incroyable ce que tu as fait ! »

Tu as été longtemps en tête, …

« Il y a forcément un peu de frustration, je dois l’avouer quand même. Les dernières 24 heures ont été dures à vivre, parce que j’ai tout cassé : le bout-dehors, le bateau, la crash-box… Ce n’est pas agréable. J’ai l’impression d’avoir fait souffrir mon compagnon, et je n’aime pas ça. Je n’étais pas au niveau de performance que j’aurais voulu, et Mathis a trouvé la brèche et s’y est engouffré. C’est le sport, c’est la compétition, c’est ce qui est chouette. Arriver ici, dans ce lagon de Saint-François que je connais bien, ça fait réaliser qu’on a traversé l’Atlantique sur un tout petit bateau, et ça, ce n’est pas rien. »

Tu as eu conscience de battre le record de distance sur 24h00 ?

« Je crois que j’ai explosé le record, avec près de 353 milles : c’est pas mal ! Ça fait 14,9 nœuds de moyenne, c’est bien. Désolé Caro (Caroline, son épouse, détenait le précédent record), mais nous sommes mariés, et ce qui est dans le couple reste dans le couple. »

Quelle image gardes-tu de cette transat ?

« C’était un kiff absolu, cette transat. Voler au large comme ça, de jour comme de nuit, sous pilote, c’était exceptionnel. J’ai vécu 13 jours formidables, je me suis éclaté, j’ai pris un plaisir complètement fou. Battre le record, c’est chouette, c’est une étape en soi. C’est mon lot de consolation ! Je suis content d’être là, et je pense que Mathis a été meilleur que moi sur la course, au final. Il mérite amplement sa première place, et je suis très fier d’être derrière lui. »

Peux-tu revenir sur tes avaries ?

« Ça a commencé avec le foil tribord qui s’est désolidarisé du bateau (…). Le foil est sorti et a déchiré une partie de la coque. J’ai eu une voie d’eau énorme : j’ai tout affalé en catastrophe pour réparer, sécuriser le bateau, vider l’eau, colmater. C’était un peu chaud, car je n’étais pas très loin du Cap-Vert. J’ai hésité à repartir vers le Cap-Vert ou à tenter ma chance. Il était hors de question d’abandonner, et je n’ai pas hésité très longtemps. Ça, c’est la première avarie. La deuxième, c’est hier midi : j’ai fait un gros planté. Tout l’avant du bateau est passée sous l’eau et, au bout d’un moment, le spi a pété. Le bout-dehors est passé sous le bateau (…). Ça a fait quelques dégâts, et j’ai fini avec la crash-box pleine d’eau. En quelques mots : le bateau a bien souffert, mais j’ai pris beaucoup de plaisir. »

Tu es devenu papa juste avant le départ de la deuxième étape ?

« C’était très dur à vivre, Le lundi précédant le départ, mon fils est né. J’ai pu le rencontrer et j’ai débordé d’émotions. Je ne m’attendais pas à ça et j’ai du partir le lendemain matin pour Palma. C’était un déchirement. J’ai eu du mal à m’en remettre, je ne m’attendais pas à ce que ce que soit une telle décharge d’émotions et que ça dure aussi longtemps. »

- Publicité -

Mini-Transat. Mathis Bourgnon : “On a préparé cette course à l’ancienne !”

Le Suisse Mathis Bourgnon réalise un bel exploit en s’imposant sur la Mini Transat avec un bateau de 2017, sans réelle préparation. Ses premiers mots à terre :

« J’ai un bateau de 2017, le 934. Ce n’est pas le bateau le plus récent, mais il fonctionne super bien. Il est d’ailleurs à vendre ! On a très bien préparé le bateau. Mon père m’a aidé, c’était assez cool comme histoire. Je ne suis pas passé par les centres d’entraînement : on l’a préparé dans le jardin familial, à l’ancienne, comme il y a 30 ans. Petit budget, petite équipe. Mon père me donne du temps quand il peut, pour me conseiller. Il m’a aussi formé un peu à la météo. C’est magique que ce projet soit gagnant.

J’avais dit : Objectif 1, gagner. Objectif 2, faire podium avec Benoît et Alex. Ça a l’air de se profiler, donc c’est génial.

J’ai croisé Benoît qui m’a fait signe, en me disant que c’était fini pour lui, qu’il arrêtait, qu’il ne pouvait plus. Il m’a vu passer à 10-12 nœuds quand lui était à 5 nœuds, ça a été dur pour lui. Il m’a dit qu’il avait déjà vécu une arrivée victorieuse et qu’il était content. S’il y avait une personne autre que lui qui pouvait gagner, il aurait aimé que ce soit moi. C’est sympa. »

« Gagner, c’est magique »

« Depuis la moitié de la course, j’ai eu peur de perdre un safran. Heureusement, j’étais bien équipé, j’avais tout ce qu’il fallait à bord pour réparer et faire en sorte que cela tienne. Mais jusqu’à la fin, je ne pouvais pas tirer sur le bateau. Pour moi, la première place et Nicomatic, c’était loin, et je savais qu’il y avait Alexandre (Demange) qui marchait fort derrière.
Gagner, c’est magique. Je suis encore un peu tremblotant. Il y a plein de trucs… Je n’ai pas dormi depuis longtemps, je n’ai fait que barrer, barrer… Je me suis mis minable. J’ai eu quelques soucis de GPS, et je n’avais pas de spi médium. Je suis vraiment allé dans mes retranchements, avec beaucoup de stress : le stress de naviguer tout le temps sous spi max, les craquements du safran que je craignais de casser. Le manque de sommeil, c’était le plus dur : j’ai vraiment tiré. »

Rencontre avec une baleine

« J’ai même croisé une baleine ! J’ai pris un coup de queue sur tribord. J’étais en train de manger tranquillement à l’arrière quand j’ai entendu un énorme bruit, et j’ai vu surgir un dos immense, large comme le bateau. J’ai tremblé pendant deux minutes… »

« Vive la Suisse, et vive l’Atlantique ! »

« J’ai beaucoup pensé à la victoire de mon père, qui a gagné quand je n’étais pas encore né. J’avais conscience de faire une très belle course, même en terminant deuxième. Quand j’ai entendu à la vacation que j’étais devant Alex et Julien (Letissier), qui naviguent tous les deux sur des super bateaux, c’était incroyable. Et cette nuit, quand j’ai croisé Benoît, on a parlé à la VHF : on a eu des mots forts. On était à 55 milles de l’arrivée. Il m’a dit que c’était fini pour lui, qu’il avait beaucoup de dégâts à bord. Il y a beaucoup de respect entre nous. On a beaucoup travaillé la météo ensemble.

Quand je pars, je me dis toujours que je veux gagner, et je fais tout pour y arriver. J’avoue que c’est un peu insolent (rires). J’ai un bateau de 2017, ce n’est pas le plus récent, mais il fonctionne super bien. Papa m’a beaucoup aidé à bien le préparer. C’est aussi ce qui est beau dans cette histoire : on a préparé le bateau ensemble, dans le jardin familial, à l’ancienne. Petite équipe, petit budget… Il m’a donné beaucoup de conseils et m’a formé sur la météo. C’est magique que ce projet soit gagnant ! Vive la Suisse, et vive l’Atlantique ! »

- Publicité -

Yacht Racing Forum à Amsterdam les 20 et 21 novembre

Le Yacht Racing Forum, qui se tiendra à Amsterdam, mettra l’accent sur la jeunesse, le développement économique du sport, l’inclusivité et l’ergonomie des voiliers de course. L’événement s’appuiera sur des exemples concrets et donnera la parole aux meilleurs spécialistes, aux représentants des classes, des régates les plus en vue et, d’une façon plus générale, aux acteurs les plus engagés de l’industrie de la régate.

La 15ᵉ édition du Yacht Racing Forum, qui se tiendra à Amsterdam les 20 et 21 novembre, s’annonce riche en échanges fructueux; elle devrait déboucher sur des résultats concrets dont bénéficieront tant les particuliers que les clubs de voile, les organisateurs de régates et, d’une façon plus générale, les acteurs de l’industrie de la voile de compétition.
Les personnalités les plus influentes du sport, les marques leaders et les organisateurs de régates, tant locales qu’internationales, se réuniront pendant deux jours pour aborder les enjeux majeurs qui façonnent la voile de compétition, tout en réseautant et en développant de nouvelles opportunités d’affaires.
Le Forum proposera des présentations et des débats sur des thèmes qui concernent tous les acteurs du secteur : intelligence artificielle, dernières innovations en matériaux composites, stratégies de sponsoring et de marketing, ainsi que des retours d’expérience sur des événements récents tels que l’Admiral’s Cup, la Barcolana Regatta, The Ocean Race Europe et le circuit SailGP, invité spécial de cette édition du Forum, représenté par son CEO Russell Coutts.
Plus de 200 participants issus de 21 pays ont déjà confirmé leur présence, et plus de 100 entreprises actives dans le monde de la régate seront représentées, par leurs cadres dirigeants dans la plupart des cas.

Programme Social

Au-delà des opportunités commerciales qu’il génère, l’un des objectifs du Yacht Racing Forum est d’offrir à ses participants des moments conviviaux pour échanger, créer des liens et développer leur réseau.
Jeudi 21 novembre – 12h20
Déjeuner des délégués & networking
Jeudi 21 novembre – 18h45
Sailors’ Night – soirée conviviale et informelle de réseautage
Vendredi 22 novembre – 11h20
Le Brunch du Yacht Racing Forum
Par ailleurs, les délégués disposeront de nombreuses autres occasions de réseauter tout au long de l’événement, notamment autour du café d’accueil & croissants et lors des pauses café régulières.

- Publicité -

Mini-Transat. Mathis Bourgnon vainqueur à Saint François après un finish incroyable !

A 28 ans, le skipper suisse Mathis Bourgnon (934 – Assomast) remporte cette édition de La Boulangère Mini Transat, 30 ans, jour pour jour après son père Yvan, vainqueur en 1995. Une victoire marquée par un duel qui avec Benoît Marie (1067 – Nicomatic – Petit Bateau) qui devrait franchir la ligne à son tour peu après le lever du jour, vers 6h30 heure locale (11h30 heure de Paris).

Coup de théâtre et ultime rebondissement sur La Boulangère Mini Transat. Après une dernière journée de course au suspense se corsant au fil des milles en approche de la Guadeloupe, Mathis Bourgnon est parvenu à doubler Benoît Marie, et à s’offrir dans la nuit tropicale, au terme d’une époustouflante course poursuite, la victoire (avant jury). Il l’emporte sur le fil aux dépens de celui qui semblait pourtant suffisamment bien positionné, bien que pénalisé par des avaries techniques, pour mériter la primeur de la ligne.

Le skipper suisse de 28 ans s’impose 30 ans jour pour jour après son père Yvan, vainqueur de la course en 1995. Une jolie manière de marquer les esprits sur cette épreuve XXLarge réputée pour forger les talents les plus prometteurs de la voile océanique ; et de perpétuer l’aura de son célèbre patronyme.

À bord du 994 Assomast (plan Etienne Bertrand de 2017), Mathis Bourgnon signe une trajectoire exemplaire, qui lui a permis de s’accrocher, et de saisir toutes les opportunités pour irrémédiablement revenir le skipper du foiler Nicomatic-Petit Bateau, franchement ralenti dans une dernière bataille d’empannages au suspense haletant. Yvan Bourgnon relatait à quelques heures de l’arrivée que « Mathis est parti des Canaries en mode dégradé, sans pilote principal, sans AIS, sans spi médium. Il est parti pour se faire plaisir avec l’idée de faire sa course sans objectif de résultat. Le scénario est incroyable. »

Reprenant des milles au fil des heures tout au long du sprint final, il est finalement parvenu à prendre l’ascendant avant le passage de la marque de Petite Terre dans le sud de la Désirade, qui n’a jamais aussi bien porté son nom alors que les alizés soutenus tout au long de la journée avaient fini par s’écrouler.

À 4h24’45’’ (à 9h24’45’’, heure Paris) Mathis Bourgnon, qui affichait 18 milles d’avance sur Benoît Marie, a coupé en tête la ligne d’arrivée en baie de Saint-François. Avant les contrôles du jury, il s’impose après 13 jours 18 heures et 24 minutes de course d’une intensité de tous les instants à la vitesse moyenne de 7,89 sur la route théorique de 2 613 milles entre Santa Cruz de la Palma (Canaries) et Saint-François (Guadeloupe).

- Publicité -

F18. L’élite du F18 a rendez-vous du 19 au 23 novembre

Pierrick Contin

Ils viennent d’Australie, d’Europe et des Amériques avec un seul objectif : décrocher le titre sur l’une des régates les plus emblématiques du circuit international F18. Du 19 au 23 novembre, 48 équipages se livreront des batailles d’anthologie sur le plan d’eau aussi exigeant que spectaculaire de la Saint Barth Cata Cup. Entre duels tactiques, performances physiques et alchimie unique de Saint-Barth, tous les ingrédients sont réunis pour un spectacle inoubliable.

La Saint Barth Cata Cup confirme, année après année, son statut de rendez-vous incontournable pour les meilleurs spécialistes du circuit F18. Pour cette 17ᵉ édition, la flotte alignera des équipages venus des quatre coins du globe, tous déterminés à s’imposer sur ce terrain de jeu aussi spectaculaire que redoutable.

Parmi eux, les Australiens Brett Burvill et Max Putman (Le Barthélemy Hotel), troisièmes des derniers Championnats du monde F18, font le déplacement depuis Perth pour se mesurer aux meilleurs.

« La Cata Cup est un événement iconique du circuit. On rêve d’y participer depuis de nombreuses années », confie Brett Burvill. « Avec autant d’équipes de haut niveau, ce sera une excellente occasion de voir où nous en sommes. La Cata Cup représente une étape importante dans notre préparation pour les prochains Mondiaux F18 en Australie occidentale. »

Même enthousiasme du côté de Gavin Colby (associé à Kaï Colman – Super U) :
« Oui, depuis Perth, le trajet est long, mais la Saint Barth Cata Cup est l’un de ces événements emblématiques qui valent le détour. Elle combine des courses de haut niveau et une atmosphère vraiment unique. Nous savons que la flotte regorge de talents : ce sera un défi fantastique à relever. »

Ils étaient sept anciens participants de la Saint Barth Cata Cup au départ de la Transat Café L’Or ; une belle illustration du lien entre la régate saint-barth et le plus haut niveau de la course au large.
Toute l’équipe d’organisation adresse ses plus chaleureuses félicitations à Franck Cammas et Morgan Lagravière, respectivement vainqueurs de la Cata Cup en 2013 et 2014, pour leur victoire magistrale sur la Transat Café L’Or, en ULTIM et IMOCA.
Le tableau aurait pu être parfait avec Antoine Joubert, lauréat 2016 de la Cata Cup, engagé en Ocean Fifty : il décroche finalement une superbe troisième place après une bataille intense — bravo “Joubi” !
On n’oublie pas non plus Manu Le Roch, Anne-Claire Le Berre, Arnaud Vasseur (tous trois en Ocean Fifty) ainsi que Sam Goodchild (IMOCA), que nous avons suivis avec une attention toute particulière.
Mention spéciale à Arnaud, qu’on retrouvera dès la semaine prochaine sur le plan d’eau de Saint-Barth : un petit repos bien mérité avant d’enchaîner avec les régates !
Une belle preuve, une fois encore, que le F18 reste un formidable tremplin vers les plus grandes aventures océaniques.

Au moins six équipages pour le titre
Le défi s’annonce effectivement de taille. Comme chaque année, la Cata Cup rassemble le gratin mondial du F18 : Australiens, Argentins, Français, Suédois, Américains, Belges, Néerlandais…
Au total, dix nations seront représentées pour cette édition courue à guichets fermés, avec 48 équipages attendus.

Côté européen, la résistance s’organise autour de paires expérimentées, comme le prometteur tandem Jean-Christophe Mourniac / Benjamin Amiot (Gypsea), à bord du tout nouveau Cirrus 3 signé Emmanuel Boulogne, ou le duo magique Tim Mourniac / Pierre-Yves Durand (Segeco). Vainqueurs de l’édition 2022, les deux compères n’ont rien perdu de leur complémentarité, forgée au fil de quinze années de compétition.

« Ça ne nous rajeunit pas ! » sourit Pierre-Yves Durand. « Mais oui, on est un vieux couple : les automatismes sont là et j’ai la chance d’avoir l’un des meilleurs barreurs au monde, 5ᵉ des derniers JO (Nacra 17). Tim est sur l’eau plus de 250 jours par an, c’est vraiment une chance de naviguer avec lui. Je n’ai qu’à appliquer ses consignes ! On est là pour se faire plaisir, naviguer relâchés et finir la saison en beauté. Une chose est sûre : il va encore y avoir du très haut niveau sur l’eau. »
Associé au Suédois Rasmus Rosengren, sacré champion du monde de la discipline en 2023, le Belge Henri Demesmaeker (St Barth Assurances), qui croise et défie régulièrement Tim Mourniac sur le circuit ETF26, compte bien, lui aussi, défendre ses chances :
« Au moins cinq à six équipages peuvent prétendre au titre cette année. Ça promet de super matchs sur l’eau et on va tout faire pour produire de belles manches. À St-Barth, j’ai vécu deux années consécutives avec un vent assez léger et “tricky” (instable). Rasmus est hyper agile, c’est clairement un gros atout dans ce genre de conditions. Pour moi, les clés de la victoire sont la régularité et la gestion des risques », explique-t-il.

Un équilibre pas toujours simple à trouver quand les adversaires mettent la pression : « Gurvan Bontemps et Frédéric Moreau (Stickerman) vont aussi venir chercher le podium, ils sont dangereux. Sans oublier mon père Patrick (Demesmaeker), associé à Olivier Gagliani, alias “3 Pommes” (Les Perles de St Barth / Bati VRD). Dix-sept participations, deux victoires, une place de second l’an passé… Ils reviennent super motivés, d’autant qu’ils connaissent le plan d’eau par cœur. »

Une régate à part dans le cœur des marins
Au-delà de la compétition, la Saint Barth Cata Cup reste avant tout une aventure humaine et une fête de la voile. Entre l’exigence sportive, la convivialité des soirées à terre et la beauté du plan d’eau, l’événement incarne à merveille l’esprit de Saint-Barthélemy : passion, partage et dépassement de soi. Du 19 au 23 novembre, les meilleurs équipages du monde s’élanceront une fois encore dans une régate où se mêlent performance, adrénaline et plaisir de naviguer — une alchimie unique qui fait, depuis seize ans, la légende de la Saint Barth Cata Cup.

- Publicité -

Transat Café l’Or. 11th Hour et Macif complètent le podium en IMOCA

Jean-Marie Liot Alea

Francesca Clapcich et Will Harris ont franchi en deuxième position la ligne d’arrivée des IMOCA en baie de Fort-de-France pour la 17ème édition de la TRANSAT CAFÉ L’OR Le Havre Normandie après 12 jours, 1 heures, 32 minutes et 46 secondes. Ils sont l’une des révélations de cette TRANSAT CAFÉ L’OR. Certes, personne sur les pontons ne sous-estimait le talent de Francesca Clapcich, passée par l’olympisme, The Ocean Race qu’elle a remportée en 2023, la Coupe de l’America et l’Ocean Fifty. Tous connaissaient aussi les talents de Will Harris, révélé à la Solitaire du Figaro (premier bizuth en 2016), qui a fait ses gammes en Class40 avant de disputer The Ocean Race au sein du Team Malizia. C’est d’ailleurs à bord du même bateau, un plan VPLP, qu’ils se sont élancés sous les couleurs de la fondation 11th Hour Racing. Et en course, ça décoiffe ! Leur audace leur a permis de prendre les commandes au cap Finisterre puis à l’approche des Canaries devant les cadors.

Ce n’est qu’au moment de filer vers l’Ouest et de bénéficier des alizés que le duo a été rattrapé puis dépassé par Charal et Macif Santé Prévoyance. Mais Francesca et Will n’ont rien lâché et a été récompensé par sa persévérance : dans les dernières heures de course, ils sont parvenus à prendre le meilleur sur Sam Goodchild et Loïs Berrehar et à prendre la 2e place. Le résultat et la manière seront à coup sûr de grandes sources de motivation pour Francesca et l’ensemble du team afin de faire le plein de confiance et de grandir encore. Elle rejoint le club très fermé des femmes étant montées sur le podium de la TRANSAT CAFÉ L’OR, aux côtés notamment d’Ellen MacArthur, Catherine Chabaud, Karine Fauconnier et Servane Escoffier. Surtout, Francesca peut être convaincue qu’elle a tout pour viser, à son tour, la victoire dans des courses prestigieuses.

JM Liot / alea

Sam Goodchild et Loïs Berrehar ont franchi en troisième position la ligne d’arrivée des IMOCA 1h30 plus tard. Le temps de course de Macif Santé Prévoyance est de 12 jours, 3 heures, 25 minutes et 47 secondes. Il a effectué les 4 285 milles du parcours entre Le Havre et Fort-de-France à la vitesse de 14,7 nœuds sur l’orthodromie (route directe).

Sam Goodchild et Loïs Berrehar ont des points communs : réservés et peu enclins à se mettre en pleine lumière à terre, ce sont des durs au mal et des régatiers géniaux en mer. À bord du bateau avec lequel Charlie Dalin a remporté le Vendée Globe, ils ont remporté la Course des Caps avant d’évoluer dans deux équipes différentes à The Ocean Race (Biotherm pour Sam, Malizia pour Loïs). Au départ de la Transat Café L’Or, ils devaient composer avec les révélations sur l’état de santé de Charlie Dalin et avec leur statut de favoris. Mais cela ne les a pas empêchés de faire un départ canon et de traverser le golfe de Gascogne en tête. Dans le peloton de tête de bout en bout, ils ont été légèrement distancés au moment de bifurquer vers les Antilles par Charal. Alors que la deuxième place leur semblait acquise, ils ont été dépassés dans les dernières heures de course par l’étonnant duo d’11th Hour Racing. Il n’empêche : Sam et Loïs réalisent une sacrée prestation à bord d’un bateau qu’ils ont pris en main cette année, et ils confirment encore un peu plus leur statut de grands de la classe IMOCA.

Sam Goodchild :

« On est partis en voulant faire notre meilleure performance. En mer, on a énormément échangé. Charal a très bien navigué, Morgan et Jérémie avaient cet objectif en tête, ils y ont mis de l’énergie et du cœur. Bravo à eux, c’est sûrement ce qui a fait la différence. Les vitesses étaient impressionnantes dans les alizés. On découvrait notre nouveau jeu de voiles ; on a peut-être perdu un peu de temps, mais c’était un apprentissage indispensable. Une semaine entière de portant, c’est un exercice incroyable. J’ai énormément appris. C’est une façon de naviguer très différente du Vendée Globe. »

Loïs Berrehar

« Je suis très heureux d’arriver et d’être sur le podium. Merci à Sam : j’ai énormément appris à ses côtés, c’était incroyable ! J’ai eu beaucoup de chance de faire cette transat sur ce bateau, avec cette belle équipe et ce skipper exceptionnel. On s’est vraiment bien trouvés. Ce que je retiens ? Le rythme à bord de ces bateaux, l’exigence permanente, la navigation sur des machines ultra performantes. Les moyennes sont folles. Pour les hommes, ce n’est pas toujours simple… mais c’est terriblement grisant. »

- Publicité -

Mini-Transat. A 150 mn de l’arrivée, duel entre Benoit Marie et Mathis Bourgnon

Un coup à l’ouest, un coup au sud dans un alizé instable en force et direction : tous les ingrédients sont réunis pour attiser le suspense en approche de la ligne d’arrivée, bientôt mouillée sous haute tension en baie de Saint-François. Dans ce final, tout porte à croire en effet que le chef de file garde un net avantage quand il progresse sur tribord (quand le vent vient de la droite). Il semble en revanche plus en difficulté sur bâbord. A-t-il un problème au niveau de son foil bâbord ? Les supputations vont bon train. D’autant plus que pour ne rien gâcher, Mathis Bourgnon persiste dans l’art de mettre la pression sur ce premier de cordée qui garde la tête froide et les nerfs solides, multipliant les empannages pour garder la main et l’avantage. ETA 8 novembre entre 4 et 6h TU.

Au dernier pointage, le skipper français ne compte plus qu’une dizaine de milles d’avance sur son poursuivant suisse, lancé à toute allure vers la Guadeloupe. Mathis progresse actuellement à 14 nœuds, soit près de 4 nœuds de plus que son rival.

Sauf pépin de dernière minute, ce duel final promet de rester dans les annales de la course, avec des protagonistes bataillant pour mériter une victoire qui ne manquera pas d’éclat. Tous deux ont l’opportunité d’écrire quelques lignes de plus dans la longue saga de la Mini Transat. D’un côté, Benoît Marie s’accroche pour devenir, après Sébastien Magnen en 1997 et 1999, le deuxième double vainqueur dans la catégorie des prototypes. Avec ce dernier, il partage également la particularité de naviguer à bord d’un bateau qu’il a conçu pour incarner un point de rupture. De l’autre, Mathis Bourgnon ; qui pourrait, 30 ans après son père Yvan, inscrire une deuxième fois son célèbre patronyme au palmarès de cette transat pas comme les autres, au terme d’une trajectoire toute en maîtrise. D’après les derniers routages, seules quatre heures devraient les séparer sur la ligne, après plus de 2 600 milles parcourus.

Yvan Bourgnon ne cache pas son excitation devant ce scénario palpitant qui pourrait voir son fils Mathis remporter la course, 30 ans après sa propre victoire. Interview à Saint-François.

Qu’est-ce que vous ressentez à quelques heures du dénouement ?

« Mathis est parti des Canaries en mode dégradé, sans pilote principal, sans AIS, sans spi médium. Il est parti pour se faire plaisir avec l’idée de faire sa course sans objectif de résultat. Le voir là, c’est la grande surprise ! Et c’est assez excitant, avec un bateau plus rapide en bâbord amure et l’autre qui va plus vite en tribord. Cette histoire va se terminer sur des arrivées ttès proches, à quelques minutes l’une de l’autre. Le scénario est incroyable. Tant mieux qu’il y ait autant de suspense. »

Vous avez gagné la course en 1995, qu’est-ce que cela vous inspire ?

« J’ai remporté cette course il ya 30 ans jour pour jour. À l’époque, je n’aurai jamais pu imaginer que plus tard mon fils (Mathis a 28 ans) serait en passe de la gagner à son tour. Que rêver de mieux quand on est papa de voir son fils suivre ses traces !»

Comment s’est préparé Mathis ?

« Mathis a eu une préparation un peu originale. Il n’est pas rentré dans un centre d’entraînement ou un circuit académique. Il a préparé ça dans son coin, un peu à l’ancienne école. Évidemment, j’étais un peu là. Cela fait deux ans et demi que le soutiens, que je fais ce que je peux à terre. Mais c’est quand même lui qui fait le boulot sur l’eau. »

Quel regard portez-vos sur la course ?

« C’est une course fantastique. J’ai gagné cette Mini à Fort-de-France. C’était le début de ma carrière dans la voile. Tous les grands skippers sont passés par là, il ya une ambiance de dingue et c’est très chaleureux. C’est un tremplin merveilleux. Les prototypes sont des engins très sophistiqués, c’est un peu le karting de la voile. Et quand on veut ensuite basculer sur des bateaux complexes comme les IMOCA, c’est vraiment la meilleure école qu’on puisse trouver. »

Deux podiums ultra convoités

Dans ce contexte, les poursuivants du duo de tête ne sont pas en reste pour attiser le suspense, et ne rien céder dans la dernière cavalcade en direction de la Guadeloupe. Le match se corse au fil des milles entre Alexandre Demange (1048 – DMG Mori Sailing Academy II) et Julien Letissier (1069-Frérots Branchet). Une certitude l’emporte : la 3è place du podium, particulièrement disputée, promet d’avoir une saveur particulière. Ce n’est pas Robin Pozzoli (1010-UOUM), qui dira le contraire. En embuscade en 4è position, on peut compter sur celui qui a grandi en Guadeloupe pour tout donner dans le dernier sprint pour rallier les eaux qu’il connaît bien à bord d’un bateau qu’il a lui-même construit.

En série, Paul Cousin (981 – AFP Groupe Biocombustibles) progresse toujours en pointe et solidement cramponné aux commandes de la flotte. Mais dans son sillage, la bataille fait rage. Joshua Schopfer (1028-Mingulay) et Quentin Mocudet (986-Saveurs & Délices) tiennent leur rang de solides prétendants au podium, avec pour l’heure moins de deux heures d’écart estimées entre ces deux bateaux.

Ces deux-là doivent évidemment surveiller leurs arrières, où progresse une meute de concurrents très proches les uns des autres en distance au but. À commencer par Amaury Guérin (996 – Groupe Satov), qui invite à la vigilance. En 4è position, le Vendéen progresse sur une route au sud, et affiche, ce jeudi midi, un écart en latéral de 135 milles par rapport à son prédécesseur au pointage, positionné plus au nord. C’est dire si le jeu des empannages -rythmé par les grains qui risquent de s’intensifier en approche de la Guadeloupe -, s’annonce ouvert aux rebondissements. À Saint-François, après un récent incendie, la marina du Levant panse ses plaies et met les bouchées doubles pour accueillir la flotte des 87 skippers qui converge vers elle. Pendant une dizaine de jours, du beau monde est attendu de pied ferme pour faire vibrer les pontons de cette ferveur si singulière garantie par cette armada de Ministes sur le retour…

La direction de course a été contactée jeudi 6 novembre à 12h TU (13h heure française) par Victor David (1017 – In Bin en Solitaire). Le skipper a signalé avoir démâté. Il a depuis été rejoint par le bateau accompagnateur des Glénans. Victor va bien et progresse sous gréement de fortune à environ 4,5 nœuds. Il se trouve actuellement à quelque 840 milles de la Guadeloupe.

- Publicité -
- Publicité -