La phase d’approche touche à sa fin : le groupe de tête de ce Vendée Globe 2008-2009 aborde enfin ce que les navigateurs sont venus chercher, les latitudes désolées du grand sud. Les montagnards quand ils sont au pied de la montagne prennent le temps d’affuter leur piolet, d’enfiler passe-montagne et doudoune, de vérifier cordes et pitons. Les gens de mer ne font pas autre chose quand, depuis deux jours, tous racontent avoir pris le temps de nettoyer le bateau, d’inspecter l’état de la tête de mat, d’avoir fait le tour des mille et une bricoles susceptibles de vous empoisonner la vie quand le vent soufflera à quarante nœuds et qu’il ne fera pas bon mettre le nez dehors…
Tous derrière En bon chef de groupe, Sébastien Josse garde une distance respectable avec ses poursuivants sans toutefois imposer un rythme trop élevé. On le sait bien, dans ces latitudes l’isolement est un risque majeur et mieux vaut conserver un avantage décent que de faire cavalier seul au risque de se perdre. Derrière lui, la flotte se disperse au gré des empannages pour aller chercher le souffle puissant du sud. Loïck Peyron (Gitana Eighty) et Yann Elies (Generali) semblent bien s’être installés sur le podium contrôlant derrière un petit groupe de six bateaux avec Jean-Pierre Dick (Paprec Virbac 2) en chef de meute et Jean Le Cam (VM Matériaux) en serre-file. Pour l’heure le trio de tête résiste même si les derniers pointages semblent donner un léger avantage de vitesse à leurs poursuivants. Ce qui est souvent dans la logique des choses dans le grand sud : les phénomènes météorologiques arrivant par l’ouest, ce sont bien souvent les hommes de l’arrière qui en profitent les premiers. Logiquement, après une légère compression des classements on devrait assister ensuite à nouvel étirement…
A l’arrière, Jean-Baptiste Dejeanty (Maisonneuve) est en passe de céder la dernière place du classement à Derek Hatfield (Algimouss Spirit of Canada). Le benjamin de la flotte ne craignait qu’une chose en repartant aux Sables d’Olonne, c’est d’arriver isolé aux portes de l’Océan Indien. Ila déjà rempli la première partie de son contrat. Bernard Stamm sur Cheminées Poujoulat était, quant à lui, crédité à nouveau d’une des meilleures moyennes de la flotte. On en viendrait presque à l’oublier tellement c’est devenu l’usage.
Classement du lundi 1er décembre à 5 heures : 1- Sébastien Josse (BT) à 19052,6 milles de l’arrivée 2- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 25,5 milles du premier 3- Yann Elies (Generali) à 44,3 milles du premier 4- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 72,9 milles du premier 5- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 76,3 milles du premier
Sélection internationale : 8- Mike Golding (Ecover) à 98,4 milles du premier 12- Dominique Wavre (Temenos II) à 227,9 milles du premier 13- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 306,2 milles du premier
Après 12 jours de mer et une descente de l’Atlantique Sud aussi
physique que stressante, le maxi trimaran Sodeb’O a prouvé une fois de
plus sa puissance et sa vélocité. A première vue, le skipper ne déplore
après tous ces jours de rodéo qu’une latte cassée. Depuis dimanche
matin, Thomas Coville a pu mettre de l’Est dans sa route. Il va
profiter de conditions de plus en plus maniables pour effectuer un
check approfondi du bateau et changer cette fameuse tige en carbone de
neuf mètres de long. Puis ce sera l’entrée dans les quarantièmes. Et ça
c’est une autre histoire.
Il faut savoir que ce genre de navigation représente des heures et des heures de stress à se demander ce qui va exploser en premier du bonhomme ou du bateau. Lancé à plus de 20 nœuds, Thomas racontait hier en fin de journée qu’il ne pouvait même pas écrire : « Levée par un alizé frais et perturbé, la mer est tellement courte et forte que le bateau décolle en permanence… j’arrive pas à cliquer sur la souris… je m’interdis de ralentir même travers au vent face à la mer… à chaque minute, tu penses à la casse… tu y penses tout le temps… tu n’as pas le droit d’avoir des états d’âmes… ça durera ce que ça durera ».
Ericsson 4 a bouclé le parcours de 4 450 milles qui séparait la ville du Cap en Afrique du Sud de celle de Cochin dans l’état du Kérala en Inde en 14 jours, 11 heures, 32 minutes et 30 secondes. L’équipage en passant en premier la porte du 58° méridien et en franchissant la ligne en vainqueur cette nuit s’est adjugé 12 points (4 pour la porte et 8 pour la victoire d’étape) et caracole désormais en tête du classement général provisoire avec 26 points dans son escarcelle.
“Nous sommes tous très heureux. Cela a été une étape difficile avec des schémas météo très différents qui se sont succédés, déclarait le skipper Torben Grael à son arrivée au ponton. Nous n’en sommes qu’au début de cette course autour du monde et nous avons devant nous quelques étapes très difficiles. Il y a beaucoup de choses inattendues qui peuvent encore arriver. Mais c’est une très bonne chose pour nous d’être en cette position à ce moment de la course. »
L’étape d’Ericsson 4 a en effet été mouvementée, comme celle des autres concurrents. Une étape que le navigateur d’Ericsson 4, Jules Salter, décrit comme celle qu’on aborde au début comme un lion et qu’on termine humble comme un agneau. La première semaine qui s’est déroulée dans des conditions musclées juste au-dessus des 40es Rugissants a éprouvé aussi bien les homes que le matériel. Cependant si des voiles ont été endommagées et si l’équipage a parfois manqué de sommeil, le plan Kouyoudjian n’a souffert d’aucun dommage sérieux dans sa structure.
L’équipage International du bateau suédois était en tête lors que passage de la marque sur le 58° méridien et a traversé rapidement les alizés indiens alternant le leadership de la flotte avec son alter ego Ericsson 3, second bateau du Ericsson Racing Team suédois.
C’est mardi dernier qu’Ericsson 4 a creusé l’écart en accrochant contre toute attente de forts vents d’ouest à la latitude de l’équateur, qui lui ont fait traverser le Pot au Noir indien sans encombre. Ce qui ne fut pas le cas de la plupart de ses poursuivants, moins heureux.
L’arrivée d’Ericsson 4 sur Cochin a eu moins de panache. Il aura fallu en effet près de 9 heures au concurrent suédois pour bouclé les derniers 65 milles le long des côtes indiennes parfaitement déventées. Une vitesse d’escargot quand on connait le potentiel de ce VO 70 qui détient le record de vitesse en 24heures avec 602 milles parcourus.
Ce déficit de vent qui a permis un tassement de la flotte des poursuivants, puisque le peloton intermédiaire formé de Puma, Green Dragon et Delta Lloyd avait repris ces dernières 24h une centaine de milles sur les trois leaders et ne sont plus qu’à 100 milles de l’arrivée.
Ce matin, l’incertitude est totale en ce qui concerne la composition du podium de cette étape puisque Ericsson 3 a choisi de se mettre en mode furtif, un droit de cacher sa position pendant 12 heures. Telefónica Blue doit en avoir des sueurs froides, lui qui pointe actuellement à 60 milles de la ligne d’arrivée et qui progresse à 7 noeuds le long des côtes indiennes. La bonne nouvelle pour le concurrent espagnol, c’est que ce droit au mode furtif ne peut être exercé lorsque le concurrent est à moins de 50 milles de la ligne d’arrivée. Alea jacta est…
Position à 10H00 – 1- Ericsson 4 arrivé à Cochin – 2- Telefonica Blue à 60 milles de l’arrivée – 3- Puma à 103 milles – 4- Green Dragon à 105 milles – 5- Delta Lloyd à 110 milles – 6- Telefonica Black à 141 milles – 7- Team Russia à 548milles – Ericsson 3 en mode furtif
Classement général provisoire après 3 manches sur 17 – 1 Ericsson 4 26 points après victoire à Cochin – 2 PUMA 14 pts – 3 Green Dragon 14 points – 4 Telefonica Blue 12 points – 5 Telefonica Black 8,5 pts – 6 Ericsson 3 8,5 points – 7 Team Russia 6,5pts – 8 Delta Lloyd 4,5 pts
Huit jours que les alizés de Sud-Est ont bloqué toute initiative stratégique pour rallier la première porte des glaces au large de l’Afrique du Sud ! Alors cette vingtième nuit de mer a eut des saveurs particulières pour bien des raisons : d’abord parce que la vie penchée à 20°, ça use ; ensuite parce que entendre son monocoque taper des dizaines de milliers de fois dans les vagues cultive le stress ; mais aussi parce que glisser sous spinnaker est bien plus agréable que percuter de plein fouet la mer ; enfin parce que c’est l’occasion de faire un premier bilan à l’entrée des Quarantièmes sur la hiérarchie… Et finalement, il n’y a pas tant que cela de surprises puisqu’on retrouve, avec des écarts assez similaires, les mêmes solitaires aux avant-postes que ceux qui faisaient le match au large de Madère !
Pas encore le Sud… Après quasiment 5 000 milles parcourus, ils sont donc toujours neuf concurrents en moins de soixante milles avec encore trois autres prétendants entre 120 et 200 milles et un ancien vainqueur du Vendée Globe qui pointe à 260 milles : ça fait du monde ! Bref, il faudra vraiment attendre le passage de Bonne Espérance pour se faire une idée plus juste de la hiérarchie. Parce que si l’anticyclone est dorénavant dans le Nord du groupe de tête, ce n’est pas encore les brises dépressionnaires qui soufflent sur la zone : il faut gagner des milles dans le Sud-Ouest pour attraper le flux perturbé d’Ouest qui balaie les Quarantièmes, soit 150 milles plus bas. Mais les leaders préfèrent pour l’instant piquer vers l’Est pour enfin se rapprocher de l’Afrique en faisant le point sur le positionnement de chacun à l’issue de ce virage assez franc ce week-end. Et si les quatorze premiers ont tous mis le clignotant à gauche, sauf Samantha Davies (Roxy) encore en bordure d’anticyclone, il y a aussi des alertes qui clignotent : il ne faut pas entrer de nouveau dans les hautes pressions et donc il faut arriver à s’extraire par le Sud de ces brises encore très modérées : Sébastien Josse (BT) et Loïck Peyron (Gitana Eighty) ne progressent qu’à onze nœuds… Et pour leurs poursuivants ce n’est guère brillant non plus à moins de dix nœuds de moyenne ! Jean Le Cam (VM Matériaux) a ainsi choisi d’empanner pour replonger au 170°, ce qui devrait lui coûter très cher au prochain classement, et il ne peut faire autre chose que de croiser derrière le pack Le Cléac’h, Jourdain, Riou, Dick. Marc Guillemot (Safran) aussi à opter pour un recadrage au Sud, et il faut s’attendre à ce que le duo de tête réagisse à cette attaque en surveillant Mike Golding (Ecover 3) très bien positionné dans leur sillage…
Un pit-stop technique Quant à Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital), il fait route vers l’île de Trinidade, pratiquement sur sa route à une centaine de milles : un problème de drisse de grand voile lui impose de réparer en eaux calmes et le solitaire devrait pouvoir mouiller sous le vent de cette île brésilienne quelques heures, avant de repartir en course. Et du côté de la queue de la flotte, à noter que Jean-Baptiste Dejeanty (Maisonneuve) a quasiment rattrapé le Canadien Derek Hatfield (Algimouss-Spirit of Canada). Et le plus rapide des vingt-cinq solitaires en course est encore et toujours Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) qui dépasse les quinze nœuds de moyenne et voit les portes de l’anticyclone de Sainte-Hélène s’ouvrir devant lui : bonne pioche !
Classement à 5h00 : 1- Sébastien Josse (BT) à 19 430 milles de l’arrivée 2- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 9,7 milles du leader 3- Yann Eliès (Generali) à 12,1 milles 4- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 15,2 milles 5- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 38,5 milles
Ils sont là, de plus en plus proches, de plus en plus palpables, de plus en plus présents : les Quarantièmes ! Ça n’a l’air de rien, ce n’est qu’un chiffre, qu’une latitude qui correspond dans notre hémisphère Nord à celle de Barcelone au printemps… Et pourtant c’est un autre monde, un monde qui va perdurer pendant au moins un mois et demi jusqu’au cap Horn ! Un monde de froid, de vent, de vagues, de glaces, de nuits sans fin, de lumières d’apocalypse, de stress, de fatigue, de surfs, de doutes… Ce n’est pas encore pour aujourd’hui samedi, mais c’est bien pour ce début de semaine qui pointe déjà à l’horizon, dès que cet anticyclone de Sainte-Hélène qui prend son temps pour revenir à sa place, aura été contourné par l’Ouest. Car il n’est pas encore possible de mettre le " clignotant " à gauche : les vents sont toujours de secteur Sud-Est d’une douzaine de nœuds sur une mer plus apaisée et sous un ciel plutôt généreux…
Petits décalages Alors après cette compression de la flotte en tête due à une zone tampon qui a ralenti les leaders jeudi, tout le monde pique au Sud et les tentatives de se démarquer n’ont plus court. Jean Le Cam (VM Matériaux) a beau être plus à l’Est, il ne pourra pas obliquer franchement avant les autres et Michel Desjoyeaux (Foncia) le plus à l’Ouest, a bien enregistré qu’il faut d’abord aller vite vers les Quarantièmes : il n’a plus que 180 milles d’écart en longitude par rapport au leader Sébastien Josse (BT) qui se voit cerné de toutes parts ! Loïck Peyron (Gitana Eighty) préfère ainsi perdre une place au classement mais se situer à la même latitude que le premier plutôt que de grappiller des milles peu productifs pour l’instant dans l’Est. Et Armel Le Cléac’h (Brit Air), le novice du Grand Sud, le bordure sur sa gauche, entraînant dans son sillage Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), Vincent Riou (PRB), Roland Jourdain (Veolia Environnement) et Mike Golding (Ecover 3). Seul Yann Eliès (Generali) se démarque en allant chercher le plus extrême oriental, Jean Le Cam, pour " prendre la corde " dans le virage annoncé…
Et en regardant la cartographie, le positionnement des premiers fait penser à un match de rugby ! Au centre gauche, le pack en mêlée ouverte qui conserve le ballon (Josse-Peyron-Le Cléac’h…), sur la gauche deux ailiers (Le Cam, Eliès) qui attendent une ouverture, et sur la droite les trois quarts aile (Guillemot, Wavre, Thompson, Desjoyeaux), qui veulent planter l’essai… Mais tout ce beau monde va bientôt (lundi matin ou après-midi) va se retrouver en ligne, cette fois en route directe vers le cap de Bonne Espérance, à plus de 2 000 milles des étraves, cap au 115° ! Les écarts entre les neuf premiers devraient encore être insignifiants (moins de 50 milles) et les quatorze premiers vont se suivre à la queue-leu-leu, poussés par les vents rugissants des Quarantièmes… Vivement lundi !
Classement à 5h00 : 1- Sébastien Josse (BT) à 19 529,9 milles de l’arrivée 2- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 13 milles du leader 3- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 14,6 milles 4- Yann Eliès (Generali) à 14,6 milles 5- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 15,3 milles
” On a l’impression de régater en baie de Quiberon ” ont déclaré en chœur plusieurs navigateurs aujourd’hui. Et pour cause ! Après 19 jours de mer et pas loin de 5000 milles parcourus, ils se retrouvent bord à bord, à portée de canon. A l’échelle d’un tour du monde (environ 24000 milles marins, près de 45000 km), naviguer à vue entre concurrents est tout simplement insolite. Hier, Sébastien Josse a aperçu Loïck Peyron s’engluer sous un nuage noir et en a fait le tour pour prendre la tête de la course. Ce matin, il a opéré un contre-bord d’école pour se recaler dans l’axe de son adversaire direct. Tout le groupe de tête progresse dans un mouchoir de poche et se surveille du coin de l’œil. Tous sauf Jean Le Cam, irréductible breton qui se décale régulièrement de ses rivaux. Son option orientale laisse dubitatifs ses adversaires. Tel Icare trop proche du soleil, Le Cam se rapproche dangereusement du centre anticyclonique où règnent des calmes piégeurs. Mais s’il a vu juste, cette tactique osée lui rendra les rênes de la course qu’il a lâchées depuis le Cap-Vert.
Nouveau départ
Ils arrivent à l’entrée des mers du sud et des fameux 40es Rugissants qu’ils atteindront dimanche. Cette descente de l’Atlantique n’a pas défini de hiérarchie précise dans ce 6e Vendée Globe. Malgré sa longue domination, Loïck Peyron (Gitana Eighty) sait que rien n’est établi. Que la route est encore très longue. Ses passes d’armes régulières depuis hier avec Sébastien Josse (BT) prouvent à quel point cette régate est serrée. N’importe quel solitaire du peloton de tête peut pointer en haut de chaque classement. Et la situation météorologique actuelle et à venir s’avère plutôt compliquée à négocier.
Retour par derrière
Le ralentissement du groupe de tête à l’approche de cet anticyclone offre la plus belle opportunité aux retardataires de fondre sur le peloton de devant. Même si les écarts se réduisent plus ou moins rapidement, c’est un cadeau du ciel qui se présente à eux. 22e de la course, le Suisse Bernard Stamm (Cheminée Poujoulat) a établi la plus forte progression sur les dernières 24h. Même à 900 milles des premiers, tous les espoirs sont bons…
Voix du large…
Sébastien Josse (BT), leader à 16h00 : « J’ai croisé Loïck (Peyron) tout à l’heure : c’est sympa de trouver un bateau par 32° Sud… Gérer l’anticyclone n’est pas facile : c’est une zone de transition où on peut perdre ou gagner beaucoup. Je navigue sur une mer plate avec de gros nuages noirs, comme un Pot au Noir. »
Loïck Peyron (Gitana Eighty), 2e à 6,4 milles : « Je vois Sébastien (Josse) et Armel (Le Cléac’h)… Hier, juste derrière un gros nuage, je me suis fait planté dans un calme. Mais ce n’est pas fini… En monocoque, c’est rare de se séparer. Il y a eu deux ou trois passages à niveau qui ont été favorables à nos poursuivants. Et demain, il y a une zone très molle, dans l’œil de l’anticyclone. Le premier qui s’en sort va bénéficier d’un bon coup de pied… »
Yann Eliès (Generali), 7e à 23,2 milles : « Ça ressemble à une nouvelle ligne de départ ! Certains ont peut-être trop donné physiquement pour ne pas être récompensé de leurs efforts : ça sent la Solitaire du Figaro… Je n’ai presque rien cassé : un taquet et un cordage. »
Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), 8e à 26 milles : « Pas facile en ce moment : le vent change, mollit, forcit… J’ai essayé de me recentrer la nuit dernière : pas génial pour le classement mais on est tous groupés. Cela tient à rien, il ne faut pas se focaliser sur la hiérarchie. Cette nuit, j’ai cru ” péter les plombs ” à tirer des bords : impossible de dormir ! En ce moment, je vois Vincent (Riou) et Roland (Jourdain), deux concurrents de longue date : on se croirait dans une régate de deux jours, à se tirer la bourre… »
Marc Guillemot (Safran), 10e à 131 milles : « Ça fait plaisir de revenir sur le groupe de tête, mais j’ai beaucoup donné pour ça ! Je me suis arraché plus “cérébralement” que physiquement : j’ai bien géré ma trajectoire en essayant de ne pas trop m’user à manœuvrer. J’ai la tête dans la météo… C’est dur de juger la position des autres car l’anticyclone n’est pas évident à appréhender. »
Dominique Wavre (Temenos II), 12e à 206 milles : « Le spectacle est magnifique : une mer bleu profond, un ciel bleu pâle, quelques petits nuages blancs. On dirait un tableau de Magritte ! Certes, il fait plus froid… Et je gratte des milles sur les leaders : l’Ouest paye mais il faut voir à l’avenir. »
Samantha Davies (Roxy), 13e à 240 milles : « Je suis au soleil dans l’Atlantique Sud ! Il ne fait pas trop chaud, avec 18 nœuds de vent, au près sur une mer plus plate. Et le vent est stable depuis minuit. Je ne me sens pas du tout seule grâce aux communications avec vous, aux mails de mes amis et des autres concurrents, et je parle avec mon équipe à terre. »
Michel Desjoyeaux (Foncia ), 14e 290 milles : « PLe compteur des milles de retard diminue tous les jours… Ça me va, mais ça ne va durer que quelques heures encore, car ça devrait s’arrêter. Je suis dans des grains qui rendent la route moins bonne avec une mer croisée et courte. Il y a du chemin encore ! »
Le mot du tour…
Quille et bulbe : La quille est un voile en acier ou carbone qui soutient quatre mètres plus bas un bulbe en plomb. Ce bulbe d’environ 3 tonnes (pour des bateaux de 8 tonnes environ) sert de contrepoids à la force exercée par le vent dans les voiles afin que le bateau ne chavire pas comme un simple dériveur de plage. Pour augmenter ce couple de rappel, les quilles modernes sont basculantes de 40° d’un bord sur l’autre. Le mécanisme de basculement de la quille est hydraulique. Deux concurrents n’ont pas d’hydraulique et manœuvrent leur quille à la main avec des palans – Rich Wilson (Great American III) et Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital). Un vrai exercice physique. Deux anciens bateaux – Akena Vérandas d’Arnaud Boissières et Nauticsport-Kapsch de Norbert Sedlacek – ont des quilles fixes.
Les 5 premiers au pointage de 16h00
1- Sébastien Josse (BT) à 19626 milles de l’arrivée
2- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 6,4 milles du premier
3- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 14 milles
4- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 14,6 milles
5- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 22,7 milles
Premiers étrangers
9- Mike Golding (Ecover) à 46 milles
11- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 190 milles
Naviguant au près depuis cinq jours dans un alizé du Sud-Est de 15 à 20 nœuds, le maxi trimaran réalise de belles vitesses moyennes autour de 20 noeuds et parcourt entre 450 et 490 milles par jour. A la différence des solitaires du Vendée Globle qui régatent en flotte, Thomas se bat contre le temps et la trajectoire de Francis Joyon qui, l´an dernier, avait bifurqué dans l´Est très tôt, au niveau du 20ème degré Sud.
Lors de sa première tentative de l´hiver 2007-2008, le skipper de Sodeb´O avait été contraint de descendre au-delà du 45ème, ce qui l´avait pénalisé au passage de Bonne Espérance. Le Trinitain entrevoit cette fois-ci la porte de sortie dans à peu près deux jours, grâce à une perturbation salvatrice autour du 35ème Sud. D´ici là, il faut solliciter le bateau au maximum et Thomas passe tout son temps sur le pont, à régler les voiles et à surveiller les grains, toujours nombreux autour de Sodeb´O.
Vacation avec Thomas Coville en ce 10ème jour de mer :
Quelles sont tes conditions de navigation ? : « Cela fait cinq jours depuis le Cap-Vert que je suis entouré de grains, tout ce que l´on déteste en solitaire, en multicoque. Sous pilote, lorsque ton bateau pointe à un cap constant et que vent change brutalement, tu peux chavirer. Mais on se blinde à force, on s´adapte et on sent mieux si ce grain va être vraiment méchant ou non. »
Ton avis sur tes performances ? : « Il faut que je fasse au mieux avec la situation que j´ai et je trouve que nous suivons un tableau de marche acceptable, avec une route plutôt bonne. »
Quelle est la configuration météo ? : « A deux jours près, on avait l´enchaînement météo parfait avec cette dépression sur l´Uruguay qui, au final, se déplace trop lentement. Je vais donc faire le tour de la paroisse (c.à.d de l´anticyclone de Sainte-Hélène) comme les concurrents du Vendée Globe. Au même endroit, Francis Joyon avait eu la chance infernale de couper l´anticyclone au milieu, grâce à un système météo qui s´était inséré dans sa route. Il avait parcouru 600 milles de moins. »
Quelle stratégie suis-tu ? : « Plus le bateau va vite, plus tu as intérêt à utiliser sa vitesse pour contourner ce qui t´embête, comme ici Sainte-Hélène. J´ai donc encore deux jours un peu pénibles à travailler contre le vent et la mer puis je ferai enfin de l´Est. »
Que penses-tu de ton bateau ? : « Sodeb´O va plus vite que l´an dernier. Il est très agréable à doser. Le travail fait sur les voiles porte ses fruits. Je l´exploite mieux aussi. Je le pousse beaucoup plus et on le voit sur les vitesses qui sont supérieures à celles de l´an dernier. »
Et toi, comment vas-tu ? : « J´ai réussi à dormir trois fois une heure cette nuit et j´arrive à bien manger. Même s´il n´y a pas vraiment de rythme. Chaque grain, c´est comme une personne qui monte à bord et a raison. Il faut être prêt. »
Ton avis sur ce que vit la flotte du Vendée Globe ? : « Je me rapproche de la tête de la flotte qui s´est en partie engluée avec ceux qui ont décidé de traverser l´anticyclone. Il y a un phénomène de groupe puis certains, comme Mich (Desjoyeaux) ou Marc (Guillemot), ont choisi de suivre leur propre route. Jojo (Josse) a d´abord suivi puis s´est ravisé. Entre ceux qui tentent de passer au milieu et qui repartiront au pire avec cette dépression venue d´Uruguay et ceux qui font le tour, il n´y aura peut-être pas tant d´écart au final. C´est toute la différence entre ma route que je choisis et assume seul, et la course en flotte où ils se rassurent ou s´inquiètent, les uns les autres. »
Le 20 janvier 2008, Francis Joyon rentrait à Brest sous les vivats mérités de la foule, après un des plus grands exploits maritimes depuis que la voile est voile : un tour du monde solitaire en 57 jours, 13 heures, 34 minutes et 6 secondes. Le « menhir de Locmariaquer » battait alors de… deux semaines ( !) le record précédent d´Ellen MacArthur, chrono qui avait au passage valu à la jeune anglaise d´être anoblie par la Reine et d´hériter du titre de « Dame ».
Francis Joyon, jeudi soir, a été « anobli » d´une autre manière par le conseil régional de Bretagne qui lui a accordé le trophée du Sportif breton de l´année. Une distinction peut-être toute aussi précieuse pour le skipper du maxi trimaran IDEC : « pour un gars comme moi né en Eure-et-Loir, être élu sportif Breton est une belle satisfaction » a souri Francis, pas fâché de voir son adoption bretonne ainsi largement confirmée ! Car Francis Joyon vit en Bretagne depuis qu´il y a découvert les bateaux, à 18 ans aux Centres des Glénans, où il a débuté par être « matérialiste » – c´est ainsi qu´on nommait alors ceux qui s´occupaient de l´entretien des bateaux – avant de devenir, en parfait autodidacte, le monument de la course au large que l´on connaît aujourd´hui. Francis Joyon a eu également le bon goût de conforter le jury dans son choix en empochant en guise de cerise sur le gâteau, voilà trois semaines, le record de la Route de la Découverte entre Cadix et San Salvador (Bahamas), ramené pour la première fois sous 10 jours en 9 jours et 20 heures.
Francis Joyon a été élu sportif breton de l´année 2008, en compagnie de Laëtitia Le Corguillé, la Briochine médaille d´argent en BMX aux JO de Pékin.
On l’avait imaginé, anticipé, prédis, attendu : le sixième Vendée Globe allait être une régate au contact ! Mais à ce point, personne n’aurait parié un kopek sur un scénario aussi incroyable… Après dix-huit jours et demi de course, huit bateaux sont à moins de vingt milles les uns des autres, groupés dans la même situation météorologique par 31° Sud ! Avec un Marc Guillemot (Safran) à portée de lance-pierre, avec le duo Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) et Dominique Wavre (Temenos II) à moins de 200 milles, et avec le couple Samantha Davies (Roxy) et Michel Desjoyeaux (Foncia) qui effectue un retour spectaculaire !
Changement de bord
Le changement est radical à bord des monocoques du groupe de tête : d’un seul coup hier jeudi, les leaders sont entrés dans une zone totalement aléatoire, avec des grains, des molles, une mer calmée, un ciel plombé, des températures en baisse, et des brises erratiques de secteur Sud-Est d’une petite dizaine de noeuds… Les hautes pressions passent sur les voiliers qui doivent composer avec des bascules de vent très importantes (plus de 40°), au point de mettre le doute dans les esprits : faut-il virer de bord ou prolonger vers le Sud-Ouest ? Les réponses dépendent en grande partie de la situation locale et du positionnement du solitaire par rapport à ses concurrents. Ainsi de nouveau premier, Loïck Peyron (Gitana Eighty) a préféré persévérer plein Sud tout comme Armel Le Cléac’h (Brit Air), Vincent Riou (PRB), Roland Jourdain (Veolia Environnement) et Yann Eliès (Generali) : ils naviguent quasiment à vue !
Autre choix pour Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) et Mike Golding (Ecover 3), qui étant positionnés plus à l’Ouest en entrant dans ce magma météo, ont opté pour un recadrage à l’Est : ils ont viré de bord dans la nuit en perdant pas mal de terrain par rapport à leurs concurrents, mais au moins ils bénéficient normalement des mêmes conditions. Enfin, deux des leaders se démarquent sensiblement : Jean Le Cam (VM Matériaux) était déjà déporté plus à l’Est du groupe et cette position semble favorable car il a été peu ralenti et s’adjuge la quatrième place. Quant à Sébastien Josse (BT), son option est beaucoup plus radicale et semble extrêmement judicieuse : au lieu de peiner dans des vents très instables, il a préféré s’écarter très nettement de la route optimale pour aligner des milles sans s’occuper des conséquences sur le classement. Résultat : il a avancé beaucoup plus vite dans la nuit et surtout, il est trente milles plus Sud que le groupe. En sus, il pourrait être le premier à s’extraire de ce marécage météo car les hautes pressions se décalent d’abord par son côté… Cette journée de vendredi s’annonce extrêmement intéressante en termes de stratégie !
Classement à 5h00 :
1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 19 699,1 milles de l’arrivée
2- Sébastien Josse (BT) à 1,2 milles du leader
3- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 1,8 milles
4- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 9,9 milles
5- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 15,2 milles
La météorologie est une science passionnante pour les marins. Mais plus ils l’étudient, plus ils réalisent combien elle est complexe. Et combien leurs connaissances sont infimes. Il faut être philosophe pour savoir qu’on ne sait rien, et surtout pour encaisser les coups du sort comme vient de le vivre Loïck Peyron (Gitana Eighty), grand leader de ce début de Vendée Globe, et détrôné à la faveur d’un grain. Pendant plusieurs heures, Peyron s’est battu sous des nuages sans vent. Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) aussi a subi les foudres d’Eole et perdu deux places au passage d’un front. Plus fort que Madame Soleil, Sylvain Mondon de Météo France l’avait prédit depuis plusieurs jours. Le groupe de tête devait buter dans l’anticyclone et entraîner un tassement de la flotte. Jeudi matin, il annonçait de grosses différences de caps et vitesses dans le groupe de tête au passage d’un front. Bingo ! Les neuf premiers se tiennent désormais en 57 milles. Quant à Marc Guillemot (Safran), leader du 2e groupe, il n’est plus qu’à 157 milles du premier, contre 300 milles une semaine plus tôt. Et ce grand chambardement météorologique ne fait que commencer. Les prochains jours s’annoncent terribles pour les nerfs des concurrents… mais passionnants pour le suspense de la course !
Josse à nouveau en tête
Premier du premier classement de la course le dimanche 9 novembre à 16h (à égalité avec Marc Guillemot), Sébastien Josse (BT) avait repris les commandes trois jours plus tard, le temps d’une journée. C’était le mercredi 12 novembre au large de Madère. Le lendemain matin, Loïck Peyron s’emparait de la première place pour ne plus la lâcher pendant deux semaines (à l’exception de trois classements éparses les 17 et 18 novembre menés par Jean Le Cam). Aujourd’hui, Sébastien Josse est passé entre les gouttes. Mais le dernier relevé de positions montre que sa vitesse aussi a ralenti. Seulement 8,2 nœuds en 1 heure contre 10 nœuds pour Roland Jourdain (Veolia Environnement), 6e, et 13,8 nœuds pour Marc Guillemot (Safran), en 9e position. L’anticyclone joue les passages à niveau et pour l’instant la barrière est baissée. Ça ralentit devant et ça revient par derrière. Pour preuve, la Britannique Dee Caffari (Aviva), 15e à 463 milles du nouveau leader, affiche la meilleure progression sur les dernières 24 heures. Une belle récompense pour celle qui, la veille, a dû affaler sa grand-voile pour changer une poulie cassée…
Voix du large…
Armel Le Cléac’h (Brit Air) : « L’anticyclone nous donne du fil à retordre : la stratégie sur les 48 heures à venir n’est pas évidente. Il faut récupérer au plus vite les vents portants des Quarantièmes pour passer la première porte des glaces qui est encore à 1 500 milles. J’ai réussi à garder le rythme et j’essaye de respecter mes objectifs : faire le moins d’erreurs possibles. »
Vincent Riou (PRB) : « La journée s’annonce plus paisible avec un vent moins soutenu et une mer moins dure… Avant-hier, c’était pénible de faire souffrir le bateau au début d’un tour du monde. C’étaient les conditions le plus destructrices à la voile. Il y a peu d’écarts : ça tasse par devant, et ça va revenir par derrière. »
Roland Jourdain (Veolia Environnement) : « C’est sympa d’arriver en paquet : c’est excitant ! Et la surprise est belle pour moi après un long bord de vitesse pure car je n’ai pas un bateau de la dernière génération. On va bientôt changer de mode en arrivant dans les Quarantièmes… »
Jean Le Cam (VM Matériaux) : « Ça mollit et ça fait du bien ! On commence à redevenir équilibré après ces journées penchées à 20°. C’est le changement de conditions qui fait l’intérêt d’une course à la voile. Ça commence à devenir intéressant ce bouleversement météo. Je me suis positionné un peu plus à l’Est parce que je suis en retard de 100 milles sur le premier : je vais peut-être pouvoir couper plus court même si je risque plus de rentrer dans des calmes. Mais comme ces situations anticycloniques ne sont jamais évidentes à cerner… Si ça passe, je serais bien placé pour la suite. »
Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) : « La mer est hachée en ce moment et ça tape : on se fait bien rincer… Tout va bien avec mes panneaux solaires qui ont bien tenu avec les grosses chaleurs équatoriales et l’éolienne fonctionne parfaitement. Le contrat est rempli pour l’instant ! »
Derek Hatfield (Algimous-Spirit of Canada) : « Mes objectifs sont maintenant de faire ce tour du monde et d’arriver sain et sauf avec un bateau qui va bien. Mais je ne perds pas pour autant mon âme de compétiteur, je me fixe maintenant des objectifs ponctuels. »
Le mot du tour…
Mille, nautique, nœud : Le mille – ou mille marin ou encore nautique – est l’unité de distance utilisée en navigation maritime et aérienne. Il mesure 1852 mètres et correspond à 1 minute d’arc sur un méridien terrestre (demi-cercle reliant les pôles nord et sud, exemple : le fameux méridien de Greenwich). Le nœud est l’unité de vitesse correspondant au nombre de milles marins parcourus en une heure.
Classement du mercredi 26 novembre à 16h00 :
1- Sébastien Josse (BT) à 19770 milles de l’arrivée
2- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 15,3 milles du premier
3- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 20,3 milles
4- Vincent Riou (PRB) à 26,7 milles
5- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 30,2 milles
Premiers étrangers :
9- Mike Golding (Ecover) à 57,4 milles
11- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 222,4 milles