J´ai percuté quelque chose, alors que j´étais à peu près à 20 nœuds de vitesse… le système de fusible du safran s´est mis en marche mais visiblement il ne s´est pas levé suffisamment vite. Avec la vitesse et la mer, cela a entraîné tout le système et endommagé durablement la partie haute du gouvernail. C´est vraiment embêtant : toute la géométrie de ma pièce à gouverner est endommagée. Je suis en route doucement, je ne peux pas utiliser le safran sous le vent alors je vais essayer de passer la porte et puis me dégager pour essayer de réparer sur l´autre bord, dès que je peux. Cela ne va pas être simple mais je ne vais pas lâcher le morceau comme ça, il faut rester en course et c´est important de terminer quoiqu´il arrive. C´est vraiment dommage cette histoire d´OFNI, ça doit être un objet que j´ai touché, la vitesse et les vagues ont fait le reste et cassé le bateau. Je suis déçu, c´est dur pour le moral… mais c´est la vie, il va falloir surmonter tout ça. Un safran fonctionne bien, mais le deuxième est handicapé puisqu´en gros toute l´attache est endommagée. Non seulement je ne peux pas le remettre dans l´état pour l´instant, mais « ça branle dans le manche » comme on dit. Pour l´instant, il est hors de question d’utiliser les deux safrans, il va donc falloir que je répare, que je trouve une solution pour remettre en place le safran.
La barre de liaison est endommagée aussi ?
Oui, effectivement. Lorsque le safran est remonté, la pression de la mer et des vagues a sollicité de façon énorme la barre de liaison qui a cédé sous la pression. Cela va me gêner pour remettre le safran droit dans son espace. Donc, il y a du boulot et je suis à vitesse réduite bien sûr : j´ai du affaler ma voile d´avant je suis sous trois ris, à 12/13 nœuds de moyenne guère plus, on ne peut pas aller vite avec un seul safran, surtout quand ce n´est pas celui sous le vent.
Est-ce réparable ?
Cela ne va pas être facile, mais je vais essayer. Là, il fait nuit, je vais essayer de dormir un peu, de me reposer et d´être frais demain pour attaquer ça. J´ai déjà en tête un mode opératoire pour tenter de réparer à base de collage et de vissage. Lors de la précédente édition, j´avais réparé des choses qui me semblaient irréparables, alors j´y crois, je pense encore que c´est possible. C´est clair que je vais me battre jusqu´au bout, on ne va pas jeter l´éponge comme ça, ce sont des projets de plusieurs années… Je vais essayer de coller le safran sur le tableau arrière, de le fixer durablement, pas sûr que ça réussisse mais au moins on aura essayé. Je ferai le point demain matin, il me reste 112 milles pour atteindre la porte, j´y serai dans environ 9 heures. Il faut réparer rapidement aussi car la pièce s´abîme avec les vagues. Il n´y a pas simplement à laisser passer la baston, il faut aussi réparer assez vite.
Après la descente vers le sud-est depuis samedi, les bateaux tournent à gauche ce matin pour passer au sud du Sri Lanka. A bord d’Ericsson 4, Torben Grael et ses hommes ont pris les rênes de la course et possèdent ce matin une avance de deux petits milles sur Telefonica Blue.
Puma reste également avec ce peloton de tête, qui progresse à une dizaine de nœuds avec un vent faible de NE de 10-11 nœuds. Telefonica Black et Green Dragon continuent de perdre du terrain avec chaque classement mais gardent une avance sur Team Russia et Ericsson 3. Delta Lloyd est à la traîne et fait face à un autre système météo et selon les analyses, sa situation risque d’empirer. Devant les étraves maintenant, une remontée face à la mousson de nord-est de 1000 milles vers Sumatra. C’est donc la vitesse au près qui sera décisive.
Bernard Stamm et son Cheminées Poujoulat sont entrés dans la baie du Morbihan dimanche soir par 40 à 45 nœuds de vent. Malgré l’aide apportée à son arrivée, Stamm n’est pas parvenu à prendre le mouillage qui lui avait été aménagé. En dépit de l’utilisation de son moteur, de l’assistance d’un zodiac et de la présence de Dominique Wavre à son bord, la manœuvre a échoué. Très rapidement, les événements se sont enchaînés et le 60 pieds Imoca a été drossé à la côte. Le skipper a été récupéré sain sauf. Le mauvais temps et la nuit empêchant la poursuite des opérations, les équipes sur place se sont ” repliées ” dans les bâtiments des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF) en attendant le levé du jour pour évaluer la situation. Décidément, le Vendée Globe se refuse à Bernard Stamm. En 2000, il abandonne après une semaine de course à cause de pilotes récalcitrants. En 2004, il perd sa quille dans la Transat anglaise cinq mois avant le départ et se résigne à déclarer forfait. Cette année, fort de ces deux victoires dans le tour du monde avec escale, Bernard Stamm faisait figure de favori. Mais dès la première nuit il percute un cargo et doit revenir aux Sables réparer son bout-dehors et son mât endommagé. Reparti 3 jours et demi après ses adversaires, il avait entamé une remontée spectaculaire de la flotte avant de s’apercevoir samedi d’un problème au niveau des articulations de ses safrans. Dimanche soir, l’escale technique prévue aux Kerguelen a tourné au cauchemar.
En tête, 80 milles d’avance pour Dick En tête de course, les écarts sont restés stables cette nuit. Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) maintient une avance d’environ 80 milles sur son premier poursuivant, le Britannique Mike Golding (Ecover). Les vitesses, comprises entre 12 et 15 nœuds, sont relativement faibles comparées aux 18 nœuds de moyenne de ces derniers jours. Le plus rapide de la nuit s’appelle Marc Guillemot (Safran), avec une moyenne de 16,6 nœuds depuis dimanche soir. Les premiers traverseront lundi après-midi la porte australienne de sécurité. A peine franchie, et voilà déjà le Cap Leeuwin qui se profile pour la nuit de mardi à mercredi.
Classement à 5h00 : 1- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 14330 milles de l’arrivée 2- Mike Golding (Ecover) à 78,6 milles du leader 3- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 109,3 milles 4- Roland Jourdain (Veolia Environnemnent) à 110,6 milles 5- Sébastien Josse (BT) à 165 milles
Depuis 05h35 TU ce matin et le passage de Norbert Sedlacek à la longitude du cap de Bonne Espérance, les 23 concurrents officiellement en course naviguent tous sans exception dans l’océan indien. Or, sur la piste de l’Indien, la route est cabossée et la cavalcade parfois sauvage. Samedi soir, l’arrière de la flotte a enduré un premier coup de tabac. Jean-Baptiste Dejeanty (19e au pointage de 16h00) relatait des vents de 60 nœuds, des surfs à 26 nœuds sous trois ris et trinquette et des vagues grosses comme des montagnes qui guérissent de l’envie de regarder derrière. Malheureusement, ces retardataires seront soumis aujourd’hui au régime de la double peine puisqu’une deuxième dépression encore plus violente (rafales à 65 nœuds, creux de 8 à 10 mètres) devait s’abattre sur eux dans la journée. Il faudra alors oublier la régate et courber l’échine en attendant l’accalmie.
Stamm en approche de Port-aux-Français La première dépression va remonter toute la flotte, selon le scénario traditionnel du grand sud. Cet après-midi, elle était attendue aux alentours des Kerguelen et devait balayer Bahrain Team Pindar et Roxy, qui ont choisi des routes divergentes (le premier au nord et la seconde au sud) pour passer l’archipel. Samantha Davies, la plus rapide sur l’eau depuis hier, s’est emparée de la 11e place au détriment de Brian. Derrière elle, au pointage de 16h00, Bernard Stamm n’était plus qu’à 3 milles de Port-aux-Français, dans la baie du Morbihan où est mouillé depuis hier son compatriote Dominique Wavre. Quelle que soit la décision de Stamm,l’archipel des Kerguelen pourrait bien être la triste escale de ce Vendée Globe. Raphaël Dinelli qui souffre d’une infection au genou et dont la drisse de grand-voile est toujours endommagée, a évoqué à la vacation la possibilité de s’y arrêter à son tour pour tenter de réparer.
" JP " prend ses distances Après 35 jours de régate océanique effrénée, bricolage et réparations sont devenus le lot quotidien des marins. Y compris chez les leaders. Michel Desjoyeaux a évoqué des problèmes techniques dont il souffre depuis plusieurs jours ; Marc Guillemot a raconté le remplacement sportif de sa dérive tribord, Yann Eliès frôlé l’onglée en réparant des renforts de pont et Jean-Pierre Dick s’est résolu à un bain de tête glacial pour vérifier la présence d’algues dans ses appendices. Cet épisode vivifiant précédé de plusieurs marches arrière n’a pas empêché le skipper de Paprec-Virbac 2 de larguer ses adversaires à 81 milles de son tableau arrière. Après une nuit à 19 nœuds de moyenne, " JP " attaque aujourd’hui son 7e jour en tête, devant un très solide Mike Golding qui semble avoir trouvé un modus vivendi avec son bateau. Le top 10 s’étire désormais sur 392 milles – contre 140 milles il y a une semaine- et chacun optionne aujourd’hui pour le franchissement de la porte ouest Australie, 310 milles devant. Manœuvres sous spi et changements de voiles sont au menu dans un vent d’ouest de 15 nœuds qui va progressivement fraîchir pour s’orienter au nord-ouest lundi. Mais qu’importe la peine. Ce dimanche, corps et organismes étaient revigorés par la présence d’un soleil éclatant… première apparition depuis l’entrée des premiers dans l’Océan Indien, il y a presque 10 jours.
Les 5 premiers au pointage de 16h00
1- Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 14 376 milles de l’arrivée
2- Mike Golding (Ecover) à 81 milles
3- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 114,4 milles
Le concurrent espagnol Telefonica Blue, qui tient les avants postes depuis le départ de cette 3ème étape, voit son leadership augmenter lentement mais sûrement d’heure en heure. Tous ses poursuivants ont en effet perdu du terrain, entre deux et treize milles, depuis le dernier pointage, il y a trois heures.
Pour aborder cette mâne vélique qui devrait durer jusqu’à ce que les concurrents laissent le Sri Lanka dans leur sillage, quelques petites options pourraient se dessiner dans la journée pour gérer au mieux la zone d’exclusion à la navigation que les organisateurs ont imposée aux concurrents. En effet, pour parer aux dangers potentiels d’une piraterie émergeant dans la zone, les VO 70 devront laisser les côtes du Sri Lanka à un minimum de 50 milles.
Les options radicales ne seront sans doute pas encore d’actualité sur cette partie du parcours. Il faudra attendre le passage du 82° méridien Est Greenwich, qui marquera l’entrée de la flotte dans le Golfe du Bengale, pour avoir comment les concurrents vont se positionner pour engranger le maximum de points à la porte de passage situé au nord de Sumatra.
Ce troisième segment d’étape, une longue ligne droite de 1 000 milles Ouest-Est, devrait donner du fil à retordre aux navigateurs car il ne faudra pas trop compter sur le vent pour animer les débats jusqu’à ce que la flotte arrive à l’entrée dans le détroit de Malacca.
Trente-quatre jours après le départ, jamais l’écart entre les deux premiers concurrents n’avait été aussi important. Dans la nuit de samedi à dimanche, Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) a navigué au moins 2 nœuds plus vite que l’ensemble de ses adversaires. Le résultat est sans appel. Son avance sur Roland Jourdain (Veolia Environnement), 3e, a doublé dans la nuit, passant de 45 à 92 milles entre samedi 20h et dimanche 5h du matin. Jean Le Cam (VM Matériaux), 6e, est relégué à près de 200 milles et le suivant – Vincent Riou (PRB) – à plus de 300 milles ! Avec 444 milles avalés sur les dernières 24h, l’ex-vétérinaire flirte une nouvelle fois avec les distances records. Les angles des premiers et de leurs poursuivants montrent qu’ils n’ont plus les mêmes conditions de vent. Là où Le Cam, Riou, Le Cléac’h, Guillemot et autres enchaînent les empannages avec des angles serrés, les premiers tracent une longue courbe plus proche de la route directe qui explique en partie l’augmentation des écarts de la nuit.
A l’assaut des Kerguelen Le Suisse Dominique Wavre (Temenos II), arrivé à Port-aux-Français samedi après-midi pour réparer sa quille, pourrait être rejoint par son compatriote Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), victime pour sa part de ses safrans, et qui n’était plus ce matin qu’à 100 milles de la Baie du Morbihan. S’il décide de s’y arrêter, il sera sur place en fin d’après-midi. De l’autre côté de l’île, le Britannique Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) joue à se faire peur et a failli attaquer la falaise. Il n’est passé qu’à un petit mille des îles Nuageuses, au nord-ouest de l’archipel, par des fonds de moins de 100 mètres ! Au passage, Thompson s’est fait doubler par sa compatriote Sam Davies (Roxy), remontée en 24h de la 14e à la 11e place. La jeune Britannique réalise un tour du monde exemplaire, et frappe désormais à la porte du top 10.
La longue route Pour les retardataires, les conditions météo ne sont pas favorables aux grandes vitesses. Les six derniers progressaient à moins de 10 nœuds ce matin, dont deux à moins de 5 nœuds – Jean-Baptiste Dejeanty (Groupe Maisonneuve) et Rich Wilson (Great American III). L’Américain suit une route nord-est très à l’écart des chemins suivis par ses prédécesseurs.
Premiers au classement de 5h00 1- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 14500 milles de l’arrivée 2- Mike Golding (Ecover) à 72,8 milles du leader 3- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 92,1 milles 4- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 99,8 milles 5- Sébastien Josse (BT) à 174,5 milles
Comme un métronome, Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) imprime le rythme de la course et ce depuis maintenant trois jours quand il a dépassé Sébastien Josse (BT) avant d’aborder le plateau continental des Kerguelen. Avec un placement un peu plus Sud, le Niçois semble bénéficier d’une mer plus régulière pour accélérer puisque son plan Farr s’est adjugé la meilleure distance parcourue en 24h vendredi soir, avec 448,5 milles au compteur ! Et pour enfoncer le clou, au rayon des jours de leadership (hiérarchie fondée sur le classement quotidien de 11h00) sur 32 jours de course, " Jipé " cumulait à ce moment son cinquième jour en tant que premier, derrière Loïck Peyron (16 jours cumulés) et Sébastien Josse (9 jours cumulés), devant Jean Le Cam (VM Matériaux) et Yann Eliès (Generali) qui s’étaient chacun octroyés un jour de leadership…
Bref, la tactique de Dick commence à se dessiner plus précisément, et a posteriori n’est pas si surprenante que cela. Après un Vendée Globe 2004 sur le premier plan Farr de la flotte Imoca et avec lequel il terminait sixième aux Sables d’Olonne, l’ex-vétérinaire s’est consacré corps et âme à ce nouveau défi avec un rigueur très scientifique. La méthodologie n’est pas sans rappeler sa formation universitaire à coup d’enchaînement : compréhension, recherches, tests, validations, confirmation. Pour exemple, son monocoque est parmi ceux de la nouvelle génération, celui qui a cumulé le plus de milles après sa mise à l’eau en Nouvelle-Zélande dès février 2007 : un convoyage par le cap Horn, puis un tour du monde en double victorieux (Barcelona World Race)… On comprend mieux que le Niçois ne soit pas aussi interrogatif sur la capacité de son bateau à tenir le choc sur 24 275 milles !
Toujours poussé par un bon flux de secteur Nord-Ouest, le groupe de tête maintient donc des moyennes supérieures à seize nœuds, voir plus et les écarts se stabilisent à quelques milles près. La " locomotive " Dick tire les dix premiers sur une trajectoire rectiligne vers la porte de sécurité australienne, à environ 1000 milles, soit à ce rythme, un franchissement dès lundi… A noter que depuis vendredi midi, la hiérarchie est figée avec un Mike Golding (Ecover 3) accroché aux basques du leader, et un Marc Guillemot (Safran) qui a dépassé Yann Eliès.
Des " revenants " remontés Tel un coucou suisse, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) est aussi à l’affût et devrait ce samedi soir, s’adjuger la onzième place au classement. En fait, trois des solitaires qui sont revenus aux Sables d’Olonne pour avarie, ont rattrapé approximativement le même nombre de milles sur la tête de la flotte ! Michel Desjoyeaux (Foncia) n’est plus qu’à 70 milles du premier, soit un gain de 300 milles sur son deuxième départ (370 milles) ; Bernard Stamm avait environ 950 milles de delta lorsqu’il est reparti quatre jours après le coup de canon officiel et n’en a plus que 740 milles (220 milles de gain) ; enfin, Jean-Baptiste Dejeanty (Maisonneuve) qui a réalisé le meilleur temps de cette sixième édition du Vendée Globe entre Les Sables d’Olonne et le cap de Bonne Espérance (24j 09h), concède encore 1800 milles alors qu’il était parti une semaine après avec approximativement 2000 milles d’écart (200 milles de gain)…
Quant à Loïck Peyron (Gitana Eighty), il fait toujours route vers le Nord-Est, en direction de l’Australie, comme le Baulois l’a confirmé vendredi soir, à une vitesse modérée pour cause de ralentissement de la brise sur le 45° Sud. Enfin, Dominique Wavre (Temenos II) qui connaît des problèmes de quille, n’était plus ce samedi matin qu’à quelques dizaines de milles du golfe du Morbihan, en approche des côtes Est des Kerguelen. Il devrait s’abriter devant la station scientifique de Port-aux-Français en milieu de journée.
Classement du 13 décembre à 5h00 : 1- Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 14938 milles de l’arrivée 2- Mike Golding (Ecover 3) à 45,3 milles du leader 3- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 48,2 milles 4- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 62,9 milles 5- Sébastien Josse (BT) à 111,7 milles
Le mât dans l’air et la quille dans l’eau sont les talons d’Achille des monocoques de course au large. Ces appendices subissent les efforts du vent et la violence des vagues. Dans les 50es Hurlants, au beau milieu d’un Océan Indien fidèle à sa mauvaise réputation, la mer croisée et les creux de 6 à 8 mètres malmènent les solitaires et leurs montures dans un véritable rodéo nautique. Les avaries successives de Loïck Peyron (Gitana Eighty) mercredi et de Dominique Wavre (Temenos II) ce vendredi surviennent après plus d’un mois de course où le matériel a été mis à rude épreuve par des conditions météorologiques difficiles. Peyron fait désormais route vers l’Australie, à environ 2700 milles au loin, ce qui représente entre 12 et 15 jours de navigation environ. Dominique Wavre pointait en 10e position lorsqu’il a constaté en début d’après-midi que sa tête de quille était cassée. Conséquence : la quille et le bulbe ne sont plus maintenus en position fixe et peuvent, au gré des vagues, osciller dangereusement d’un côté à l’autre. Le skipper suisse navigue actuellement sous voilure réduite (2 ris/trinquette), ballast plein, et espère atteindre la Baie du Morbihan aux Kerguelen samedi vers 10h du matin. L’hiver dernier, Dominique Wavre et sa compagne Michèle Paret avaient fait escale en Nouvelle-Zélande au cours de la Barcelona World Race à cause d’un problème de corrosion sur la quille en acier. Au retour, suite à ces problèmes, l’équipe de Temenos avait décidé d’opter pour une quille en carbone en vue du Vendée Globe.
Record de distance pour Dick
Les options sud de Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) et Mike Golding (Ecover) se révèlent toujours fructueuses. Le premier occupe les avant-postes depuis dimanche dernier, tandis que le Britannique vient de se hisser en 24h de la 4e à la 2e place. Jean-Pierre Dick a mené la flotte aujourd’hui entre les Kerguelen et l’île Heard, marque de passage obligatoire. Le rythme effréné en tête de course est plus élevé que jamais. Avec 448 milles sur les dernières 24h, à la moyenne de 18,6 nœuds, Jean-Pierre Dick, solide leader, a battu le précédent record de l’épreuve (439 milles pour Roland Jourdain en 2004) et s’approche même à 20 milles du record absolu de distance d’un solitaire sur 24h en monocoque. Un record que détient Alex Thomson depuis 2003 avec 468 milles.
Voix du large…
Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) : « Les conditions sont difficiles, mais j’avance à bonne vitesse. On devrait faire près de 20 nœuds de moyenne aujourd’hui. Il faut ménager sa monture, ne pas casser ce matin. La mer est bleu foncé, la houle présente depuis l’entrée des mers australes et les oiseaux nombreux. C’est un paysage superbe, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. »
Michel Desjoyeaux (Foncia), à la vacation de 11h : « Ç’a un petit peu molli, après un bon vent ce matin. Je suis dans les perturbations de Kerguelen. Je n’ai pas regardé ce que j’ai fait cette nuit, car j’ai trop dormi et je suis allé dans la mauvaise direction. J’ai fait sécher mon linge ce matin. Je pense qu’il ne va pas se passer grand chose avant l’Australie. J’ai failli partir à la chasse à la baleine. Tout à l’heure, il y avait deux bestioles devant moi qui ne voulaient pas se laisser rattraper. »
Sébastien Josse (BT) : « Tout va bien. Nous sommes poussés par des vents un peu plus réguliers à 28-30 nœuds. Faire des moyennes de 19 nœuds ne m’intéresse pas. Plonger vers le sud et voir des glaçons non plus. La route est encore longue, mon retard relatif et l’important est de préserver le matériel. Le problème est l’humidité plus que le froid. Je porte des gants à l’intérieur du bateau. »
Dominique Wavre (Temenos II) : « Ici, tout est froid. La mer est creusée, près de six mètres… On fait des aquaplanings sur les vagues, à plus de 20 nœuds, même à 30 nœuds une fois… Le ciel est gris avec des percées de soleil. Ça réchauffe un peu l’intérieur de la cabine. Pour pallier le bruit à l’intérieur, j’écoute des émissions de radio sur mon iPod. Je rigole tout seul dans ma cabine aux blagues de Laurent Ruquier. Je barre extrêmement peu, juste un quart d’heure le temps des manœuvres sur les voiles, puis je laisse le pilote. Comme l’eau est à 3°C, rapidement, si on barre, on n’a plus de sensations dans les mains. J’ai d’ailleurs toujours des petites chaufferettes dans les poches. »
Loïck Peyron (Gitana Eighty) : « J’avance assez rapidement sous gréement de fortune. La bôme est verticale, j’ai un petit foc devant et le dernier morceau de grand-voile intact derrière. Je vais le plus au nord possible et décidé aujourd’hui si je vais vers l’Afrique du Sud ou l’Australie. On a peut-être une solution de remorquage vers l’Afrique du Sud. Mais pour l’instant, je fais une route à 90° à cause du vent. La vie continue. C’est l’occasion de finir ma grande bibliothèque du bord. Ça aide à passer les heures un peu longues. C’est assez difficile de dormir. Le bateau est moins confortable qu’avec le mât. Ça secoue énormément. »
Sam Davies, (Roxy) : « Il fait beau. Le soleil brille et le ciel est bleu. J’ai eu pas mal de vent, 35-40 nœuds, pendant la nuit. Des surfs impressionnants. J’essaie de voir comment progresser plus rapidement. J’empanne pour anticiper le passage entre Heard et les Kerguelen. Parfois c’est assez musclé ici. »
Dee Caffari (Aviva) : « Le mauvais temps arrive toujours la nuit. C’est toujours plus terrifiant comme cela ! C’était surtout l’état de la mer qui était méchant. Le problème pendant les manoeuvres est que les rafales et les vagues agissent ensemble pour créer une mer désordonnée. »
Steve White (Toe in the Water) : « J’ai tout simplement oublié que la porte des glaces avait été déplacée. La première fois en remontant vers le nord, j’ai failli la franchir, car j’étais seulement douze milles plus au sud. Par la suite en me rendant compte de mon erreur j’ai pu remonter. Sinon, j’aurais été puni comme le mauvais garçon de la classe. »
Jean-Baptiste Dejeanty (Groupe Maisonneuve) : « ça caille ! Sinon, je me suis battu deux heures cette nuit avec mon gennaker. Ensuite, mon pilote s’est arrêté et le bateau a viré tout seul. Je me suis retrouvé à contre, le bateau couché à 90°, avec tout du mauvais côté. J’étais dans mon sac de couchage, pas habillé. Ça fait un peu bizarre… »
Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) : « Je suis en pleine dépression, dans une mer croisée très forte. J’ai trois ris dans la grand-voile et la trinquette. Je vais faire le gros dos. La situation est assez complexe pour nous. C’est très dur de tenir un cap avec des mers aussi croisées. »
Les premiers au pointage de 16h : 1- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 15164 milles de l’arrivée 2- Mike Golding (Ecover) à 46,2 milles du premier 3- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 51 milles 4- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 66,1 milles 5- Sébastien Josse (BT) à 106,4 milles
Séléction internationale de 16h00: 10- Dominique Wavre (Temenos II) à 279,9 milles 12- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 663 milles 13- Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 670 milles
La tête de quille est la partie haute du voile de quille située à l’intérieur du bateau. Reliée à deux vérins hydrauliques, c’est le bras de levier qui permet d’anguler la quille et le bulbe d’un côté ou de l’autre du bateau. Dès lors que la tête de quille est cassée, le voile et le bulbe d’environ 3 tonnes qui la prolonge ne sont plus maintenus en position fixe.
Risque de perdre la quille
Dans des creux de six mètres et une mer croisée, le skipper Suisse est conscient du danger de perdre sa quille ou que celle-ci, dans des mouvements désormais incontrôlables, puisse endommager la coque. C’est pourquoi Dominique Wavre et son équipe envisagent tous les scénarios possibles, dont celui d’abandonner le monocoque 60 pieds. Ce n’est pas le cas pour l’instant et Dominique Wavre, après avoir affalé ses voiles et rempli ses ballasts, tente de se diriger à vitesse réduite vers le nord-est, en direction des Kerguelen et de l’Australie.
Dans l’ordre, cette année Groupama 3 s’attaquera au record de la Méditerranée entre Marseille et Carthage, puis tentera d’améliorer son propre chrono sur l’Atlantique Nord et enfin se mettra en stand-by début novembre 2009 pour une nouvelle tentative sur le Trophée Jules Verne autour du monde. A noter que ces tentatives et ce calendrier risquent fort d’être strictement les mêmes que ceux du maxi-trimaran Banque Populaire V de Pascal Bidégorry, ce qui peut valoir de beaux duels.. pourquoi pas en temps réel, d’ailleurs ? Il est permis de rêver qu’on pourrait assister en équipage à ce qu’on n’a pu voir en solitaire jusqu’ici entre Francis Joyon et Thomas Coville.
Après une remise à l’eau programmée le 9 février prochain, Groupama 3 effectuera trois semaines de navigation au large de Lorient : « Suite à la rupture du flotteur bâbord, nous avons construit deux nouveaux flotteurs dont les flancs extérieurs sont en carbone pur. Ils sont plus lourds mais aussi plus solides. Afin de ne pas alourdir Groupama 3, le team a beaucoup travaillé dans les autres secteurs pour gagner du poids. Nous y sommes notamment parvenus sur le poste énergie qui sera moins gourmand en consommation et nous permettra d’embarquer moins de gasoil » précise Stéphane Guilbaud, team manager de Groupama.
Pour ce qui concerne la performance, on peut faire confiance à Franck Cammas : « Nous avons travaillé dans le détail, tant sur le pont avec la pose de bâches aérodynamiques déjà éprouvées sur Groupama 2 mais aussi sur l’hydrodynamique et enfin sur l’ergonomie afin de faciliter les manœuvres ».
Paré d’une nouvelle décoration, Groupama 3 va parcourir près de 30.000 milles en 2009. Pour exploiter le formidable potentiel de ce trimaran qui détient déjà quatre records dont les prestigieux records de l’Atlantique Nord en moins de 100 heures et la distance parcourue en 24 heures avec 794 milles, Franck Cammas va constituer un équipage de premier plan : « Nous allons profiter de nos navigations en Méditerranée et en Atlantique pour sélectionner l’équipage du trophée Jules Verne. Si la base est inchangée, certains sont partis sur d’autres projets. Nous embarquerons des marins qui ont déjà fait le tour du Monde et, de préférence, en multicoque » poursuit le skipper de Groupama 3 qui suit avec attention le Vendée Globe.
Pas avare de compétition, Franck Cammas forme également un équipage Groupama qui participera à l’iShares Cup organisée par Mark Turner et Ellen MacArthur : « J’ai déjà participé à deux épreuves en 2007 et 2008 à bord de ces catamarans de 40 pieds. Ce sont des bateaux vraiment vivants, très sensibles. Nous allons régater en France, en Allemagne, en Hollande, en Angleterre et en Suisse. Tanguy Cariou sera en charge de la constitution de l’équipage et de son entraînement quand je serai à bord de Groupama 3 » précise Franck qui conclut : « Je tiens à remercier Groupama qui nous donne les moyens de nos ambitions pour la douzième année. Mis à part Fleury Michon avec Philippe Poupon, aucun armateur n’a donné autant de sens au mot fidélité. J’en suis très fier et d’autant plus déterminé pour cette année 2009 ».