Sébastien Josse était l’un des grands animateurs de ce 6e Vendée Globe et a occupé la tête de la course pendant 8 jours. Il était en troisième position vendredi lorsqu’au plus fort de la tempête, sous un grain à plus de 60 nœuds, son bateau s’est fait coucher par une vague encore plus violente que les autres. Depuis, il avait mis le cap au nord, vers des eaux plus calmes, afin d’établir un diagnostic précis des dégâts à bord. Outre la perte des instruments de tête de mât, il déplorait trois fissures sur son roof, une cloison endommagée et surtout son safran bâbord en travers de la route. Cinquième du Vendée Globe 2004 avec un ancien monocoque, il disposait cette année de l’expérience et des moyens pour rivaliser aux avant-postes. Il devrait mettre environ une semaine pour rejoindre la Nouvelle-Zélande, probablement Auckland.
Coville : Le Cap Horn avec un peu moins de 5 jours de retard sur Joyon
Des surnoms pas forcément usurpés comme c’est le cas ce soir avec « une mer très forte dans des vents qui passent brutalement de 12 à 30 nœuds ». Des conditions au final relativement maniables après ce qu’il vient d’endurer. Le skipper de Sodeb’O a vécu ces derniers jours des heures particulièrement éprouvantes.
Tout a commencé par deux jours de veille à slalomer dans des zones de glace avec potentiellement des risques très importants où « on a trouvé un trou de souris entre deux amas ». Il faut imaginer la tension qui règne à bord : « Tu vas très vite et tu as des glaces tout autour de toi avec une visibilité très réduite. On avait prévu un renforcement du vent qui s’est manifesté sous la forme d’une dépression très creuse avec des rafales à 50 nœuds et une mer croisée et dure. Ce fut difficile pendant 24 à 36 heures à naviguer dans des creux de six à huit mètres.
Tu dévales en bas de la vague, tu es déventé, alors qu’en haut il y a 40 à 50 nœuds qui te font partir dans des surfs où tu ne gères plus. La vague suivante te catapulte ou te met de travers. C’est une situation très impressionnante, à tel point que le pilote s’est mis deux fois en vrille. Le bateau est parti à l’abattée dans une vague et là j’ai vraiment cru que j’allais chavirer. J’ai dérapé sur le côté de la vague, la bôme est passée de l’autre côté et à de nouveau tout arraché sur son passage.
Après le passage de cette dépression, j’ai voulu renvoyer de la toile dans le vent qui mollissait pour éviter que le flotteur au vent ne cogne trop et là, je me suis fait prendre dans une rafale à 50 nœuds. Le mouvement de la vague a fouetté la grand voile qui s’est dégonflée puis regonflée. Au final, quatre lattes de cassées ». Il faut savoir que changer les lattes tout seul sur un multicoque est une opération titanesque. La plus petite mesure cinq mètres et la plus grande neuf mètres. Ce qui pour Thomas a représenté sept heures de travail, le tout dans un froid à attraper des engelures au bout des doigts.
Passer le Cap Horn en multicoque et en solitaire ? Le skipper de Sodeb’ O reconnaît sa satisfaction : « Même si le retard que j’ai me ronge, je garde en moi cette détermination et la satisfaction d’être avec un bateau avec lequel je me sens très bien, un bateau qui réagit parfaitement, qui n’a subi que des avaries minimes malgré les conditions très dures. De passer le Horn avec Sodeb’O me fait un plaisir immense. Le Horn, c’est une sorte de délivrance. De Bonne Espérance au Horn, s’il t’arrive une tuile, tu es dans une situation très critique surtout dans un programme de solitaire et de record où tu n’as autour de toi que la solitude. En multicoque, tu es très exposé.
Après le Horn, tu as une côte, du trafic. La pression est différente et te permet d’être dans un autre état d’esprit. Quand on voit l’état de la flotte du Vendée Globe, on peut être fier du bateau que nous avons construit. Je comprends aussi mieux pourquoi Groupama 3 s’est détruit l’hiver dernier. On est dans une période météo difficile avec des enchaînements violents et très rapides. Quand tu es dans un seul système, il ne se crée pas une telle mer. Alors que quand tu vis avec une succession de dépressions, la mer devient très chaotique et très dure ». Et le skipper de Sodeb’O de conclure à quelques milles de la fin d’un Pacifique qui n’en porte que le nom : « On n’est vraiment pas fait pour vivre dans ces endroits là ».
IDEC avait mis 35 jours, 12 heures et 36 minutes pour franchir ce troisième grand cap. Même si Sodeb’O a mis environ 40 jours à rallier le Horn, son écart avec le détenteur est passé désormais de 1314 milles.
Derek Hatfield abandonne
C’est officiel, la distance totale – et définitive – de ce 6e Vendée Globe est de 24 840 milles, soit 1 160 milles de plus que l’édition précédente. L’explication vient de la remontée récente de toutes les portes Pacifique pour éviter les nombreuses zones d’icebergs du Pacifique Sud. Par conséquent, Michel Desjoyeaux (Foncia) repassera ce soir – mais pour la dernière fois ! – sous la barre symbolique des 10 000 milles restant à parcourir jusqu’à l’arrivée. Au passage de la porte Pacifique Ouest, Mich’ Desj’ a profité de meilleures conditions de vent et de mer, néanmoins toujours musclées, pour distancer de nouveau tous ses adversaires. Seul Roland Jourdain (Veolia Environnement) résiste à 85 milles du leader. Sur les dernières 24 heures, Jean Le Cam (VM Matériaux) a perdu 78 milles, Armel Le Cléac’h (Brit Air), 118 milles et Vincent Riou (PRB), 102 milles. Riou, qui ne souffre plus de son pied, déplore malheureusement une panne de moteur. Il fonctionne désormais avec son générateur auxiliaire pour recharger ses batteries. Si le trio de tête reste encore assez proche – 243 milles d’écart entre Desjoyeaux et Le Cam – les écarts de plus de 400 milles avec les suivants commencent à devenir conséquents. Et cela pourrait s’aggraver dans les prochains jours selon les prédictions de Jean Le Cam qui voit le leader continuer son échappée belle.
Réparation réussie pour Guillemot
C’est une incroyable aventure qu’a vécue Marc Guillemot (Safran) dans ce Vendée Globe. Après avoir secouru psychologiquement Yann Eliès, il s’est dérouté vers l’archipel d’Auckland Islands pour réparer son rail de mât arraché. L’aventure aurait pu tourner court lorsque le premier mouillage a cassé et que le bateau s’est mis à dériver. Mais Guillemot a récupéré l’affaire, grimpé dans son mât et réparé l’avarie. Le tout devant un public ébahi mais bruyant composé de morses, de phoques, de pétrels et de deux explorateurs campant sur la plage à 150 mètres du bateau ! Le skipper de Safran a repris la mer samedi soir en 9e position, juste devant le trio Davies/Thompson/Boissières.
Soulagement de Wavre, Josse dans l’attente
Après dix jours de mer depuis son escale aux Kerguelen, Dominique Wavre (Temenos II) a réussi à mener à bon port son voilier handicapé par une tête de quille cassée. A son amarrage à Fremantle, il a été accueilli par Mike Golding (Ecover) arrivé la veille. Quant à Sébastien Josse (BT), il poursuit sa route vers le nord depuis son chavirage vendredi pour trouver des eaux calmes, ausculter – probablement lundi – son safran et décider de poursuivre ou d’abandonner la course.
Les 5 premiers au pointage de 16h00
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 10009 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 85,5 milles du premier
3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 243 milles
4- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 456 milles
5- Vincent Riou (PRB) à 477 milles
Barres de flèche brisées sur Algimouss
Le message est bref ce dimanche matin : quarante nœuds de vent de Sud-Ouest, bateau couché, deux barres de flèche brisées, skipper OK… Derek Hatfield (Algimouss-Spirit of Canada) fait route à petite vitesse (7 nœuds) vers la pointe de la Tasmanie, distante d’environ 1 000 milles. Le solitaire devrait fournir plus d’explications lors de la vacation radio de midi sur les circonstances de son avarie et sur ses décisions à venir. Du côté d’Auckland Island, Marc Guillemot (Safran) en a fini avec sa réparation du rail de grand voile : après quelques péripéties et un peu plus de temps que prévu, le Trinitain a repris sa route avec un bateau désormais capable de naviguer à son potentiel maximum. Le monocoque n’avait plus que 150 milles d’avance sur le trio Dee Caffari (Aviva), Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) et Arnaud Boissières (Akéna Vérandas) qui navigue quasiment à vue, mais Marc Guillemot était l’un des plus rapides de la flotte après son départ de la baie de Port Ross.
L’avant dernière porte
Pour Sébasien Josse (BT), la situation évolue peu car le bateau est encore malmené par une mer dure et des vents soutenus : le solitaire persévère sur sa route Nord pour atteindre le plus tôt possible le 40° Sud où les hautes pressions pourraient enfin lui permettre de faire un check-up complet de son système de safran. De sa capacité à résoudre ce problème d’alignement en mer dépend sa décision de reprendre la course ou de retourner sur la Nouvelle-Zélande : il faudra encore patienter quelques heures voire jusqu’à demain lundi matin.
Si le vent et la mer sont encore musclés au milieu du Pacifique par 45° Sud, la situation se régule lentement avec la dépression au Sud qui se comble désormais lentement. Mais des fronts sont encore annoncés sur la route alors que Michel Desjoyeaux (Foncia) toujours en tête depuis treize jours, n’est plus qu’à quelques milles de la porte Ouest Pacifique. L’écart d’une cinquantaine de milles par rapport à Roland Jourdain (Veolia Environnement) est stable depuis plusieurs jours mais cette fois, le leader a réussi à se caler plus au Nord que son camarade, ce qui devrait lui permettre de faire cap direct plus tôt vers l’ultime porte du Pacifique qui a été remontée de plus de 300 milles à cause des glaces dérivantes. C’est la raison pour laquelle le parcours s’est allongé de près de 450 milles (à cause de la courbure de la Terre) : ce n’est que ce dimanche qu’il ne restera plus que 10 000 milles à parcourir pour rallier Les Sables d’Olonne…
Précisions sur la situation
Côté météo, Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) et Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) vont enfin pouvoir souffler un peu : la dépression qui les secoue encore ce dimanche matin continue sa route sous l’Australie en laissant derrière elle une zone de transition importante. Les deux solitaires vont ainsi passer la longitude du cap Leeuwin en début de semaine dans des conditions beaucoup plus maniables avec du vent de secteur Ouest d’une quinzaine de nœuds en bordure d’anticyclone. Pour le triumvirat anglo-saxon, les vents sont encore très soutenus à plus de quarante nœuds, comme l’indiquait Derek Hatfield ce matin : cette dépression va passer ce midi en offrant une brise de secteur Ouest 20-25 nœuds, puis une nouvelle perturbation leur passera dessus en début de semaine avant une pause bienvenue…
Sous la Nouvelle-Zélande, une succession de fronts chauds venus d’Australie perturbe le régime général d’Ouest et le quatuor Boissières-Thompson-Caffari-Guillemot doit parfois composer avec des vents de secteur Nord, voire Nord-Est… Mais en devant remonter pour aller chercher la porte néo-zélandaise, ces skippers devraient retrouver un flux plus régulier de Sud-Ouest pour quelques jours. Samantha Davies (Roxy) fait une bonne opération ce dimanche et continue de rattraper Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) empêtré dans des vents instables et modérés. Enfin, pour le « club des cinq » devant, c’est toujours le même régime musclé ! Du vent d’Ouest à Sud-Ouest 25-30 nœuds minimum, qui doit tourner progressivement en début de semaine au secteur Ouest-Nord Ouest 25-30 nœuds… Mais la mer va commençait à mieux s’organiser.
Classement du dimanche 28 décembre à 5h00 :
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 10 144 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 52,9 milles du leader
3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 192,4 milles
4- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 388 milles
5- Vincent Riou (PRB) à 402,7 milles
Le dos rond dans la tempête
Avec un centre dépressionnaire à 939 hPa, la tempête souffle toujours aussi fort au milieu du Pacifique Sud et doit accompagner les leaders encore quelques jours. Une tempête qui a mis à mal la tête de course avec le chavirage de Sébastien Josse (BT) vendredi. Depuis Josse se déroute vers le nord et des eaux plus calmes pour envisager les réparations nécessaires et la suite à donner à sa course. Le principal souci de Sébastien se situe au niveau de son safran tribord qui " dit bonjour à l’autre safran ". Une avarie qui engendre un double problème. Il ne peut plus aller où il veut et ne doit pas dépasser 10 nœuds au risque de tout casser. Si Josse ne peut pas réparer, il mettra alors le cap vers la Nouvelle-Zélande, à 1200 milles dans son est. Au classement, Josse a déjà reculé de deux places au profit de l’inséparable duo Vincent Riou (PRB) / Armel Le Cléac’h (Brit Air) qui ne se quitte pas d’une semelle depuis le départ des Sables. Ce matin encore, ils se sont aperçus en mer après 48 jours de course ! De son côté, Marc Guillemot (Safran) est arrivé à Auckland Island (250 milles dans le sud de la Nouvelle-Zélande) samedi à 10h du matin. A première vue, les réparations du rail de mât se sont révélées plus compliquées que prévues. Son escale pourrait par conséquent durer près de 24 heures au lieu des six heures espérées hier. Quant à Dominique Wavre (Temenos II), il est attendu ce soir au ponton de Fremantle.
Moins de 10 000 milles
Les deux premiers, Michel Desjoyeaux (Foncia) et Roland Jourdain (Veolia Environnement), sont passés aujourd’hui sous la barre symbolique des 10 000 milles encore à parcourir pour rejoindre Les Sables d’Olonne. En plein milieu du Pacifique Sud, la route est encore longue avant de connaître le vainqueur de cette sixième édition. D’autant que pour d’évidentes raisons de sécurité, la Direction de Course a une nouvelle fois remonté vers le nord la dernière porte des glaces (dite Pacifique Est) avant le cap Horn, ce qui rallonge par conséquent la distance de quelques centaines de milles. La tempête qui règne sur le Pacifique n’épargne aucun des dix premiers concurrents, sauf peut-être Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), piégé plusieurs heures dans une bulle anticyclonique. Occupé par la réparation de son safran, Dick passe moins de temps à la table à cartes pour analyser les cartes météo. Enfin, arrivé à Port Elizabeth (Afrique du Sud) lundi dernier, Jean-Baptiste Dejeanty (Groupe Maisonneuve) a atterri à Paris samedi et fait un crochet par le PC Course raconter ses aventures sud-africaines. Il compte retourner chercher son bateau dans une dizaine de jours et le convoyer par la mer jusqu’en Bretagne. Dans sa remontée de l’Atlantique Sud, il croisera probablement quelques skippers du Vendée Globe dans leur dernière ligne droite avant l’arrivée…
Les 5 premiers au pointage de 16h00
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 9899 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 68,9 milles du premier
3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 165 milles
4- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 338 milles
5- Vincent Riou (PRB) à 375 milles
Cet océan est tout sauf Pacifique !
A la vacation du jour, Jean Le Cam ne cachait pas sa crainte de naviguer dans une mer aussi chaotique. Une mer casse bateau. Des craintes malheureusement confirmées quelques heures plus tard lorsque le monocoque de Sébastien Josse (BT), en pleine nuit australe et dans des rafales à plus de 60 nœuds de vent, s’est fait couché sur la tranche par une vague plus violente que les autres. Tête de mât dans l’eau, le voilier est resté couché plusieurs minutes avant de se redresser. Actuellement quatrième, Séb Josse a mis le cap au nord à petite vitesse en attendant le lever du jour (ce soir en France) pour constater l’étendue des dégâts.
Neige et grains à plus de 65 nœuds ! Dans une mer fracassante, le décor des océans du sud ne déroge pas à sa mauvaise réputation. Au milieu du Pacifique, la tête de flotte n’échappe pas à la règle. ” C’est vraiment l’enfer ! ” déclare Jean Le Cam (VM Matériaux). ” Y a de quoi traumatiser un mec ! ” confirme à distance Vincent Riou (PRB). ” C’est vraiment impressionnant. Je n’ai même pas pu déballer mes cadeaux car j’ai peur qu’ils valsent n’importe où ” ajoute Roland Jourdain (Veolia Environnement). Pas de trêve de Noël pour les skippers du Vendée Globe. Les dépressions se succèdent et engendrent une mer terriblement violente. ” On a eu jusqu’à 6 mètres de creux avec des crêtes hautes de 2 mètres qui déferlent ” précise Riou. Et cette situation devrait durer encore au moins 24 heures pour les premiers. Malgré les conditions, la course continue et Roland Jourdain reste la principale menace pour le solide leader Michel Desjoyeaux, en tête depuis 10 jours.
Escale en vue Marc Guillemot (Safran) devrait arriver demain matin dans l’île d’Auckland (250 milles au sud de la Nouvelle-Zélande) pour réparer son rail de mât endommagé depuis plus d’une semaine. Il espère n’y rester que quelques heures, le temps de mouiller son bateau et de monter dans son mât. Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) envisage lui aussi de faire escale, mais plutôt vers Stewart Island, juste au sud de la Nouvelle-Zélande, où Parlier avait réparé son mât en 2000. Outre la drisse de grand-voile, Dinelli déplore également la défaillance d’un pilote automatique et des problèmes d’énergie. Il navigue actuellement sous trinquette seule, grand-voile affalée, à 4300 milles derrière le premier. Avec l’Autrichien Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch), ils n’ont pas encore franchi la longitude du cap Leeuwin.
Voix du large…
Sébastien Josse (BT), joint par son équipe : « Hier soir j’ai décidé de monter plus au nord pour éviter le plus gros de la tempête, mais les conditions étaient affreuses avec des déferlantes et des grains à plus de 65 nœuds, avec de la grêle et de la neige. Je faisais route prudemment avec 3 ris et la trinquette quand une vague m’a balayé. Le bateau s’est couché à 110º au moins, avec le mât dans l’eau. J’ai mis 5 minutes à me faire une idée claire de ce qui s’était passé, mais les éléments vitaux du bateau sont OK – le mât, la quille… et on flotte toujours ! Je vais avoir la lumière du jour d’ici deux heures et je pourrai alors estimer précisément les dégâts et la suite des opérations – pour le moment il faut que j’y aille doucement. »
Michel Desjoyeaux (Foncia), leader, à la vacation de 11 heures : « Ça va correctement, mais je ne suis pas content de ce que j’ai fait cette nuit. Je n’ai pas bien navigué. Il y a des grains qui tombent régulièrement. Et dans un grain qui tombe, c’est toujours délicat de naviguer. Il faut choisir ses voiles, celle-ci plutôt que celle-là. Et à cause des rafales qui passent de 25 à 50 nœuds, il faut les changer souvent. Ma vitesse ne me convient pas. Je trouve que je ne vais pas assez vite. Il m’arrive d’empanner quand la voile d’avant est plus importante que la grand-voile. Donc qu’elle tracte le bateau. Sinon, je préfère virer de bord pour ne pas casser des lattes. »
Roland Jourdain (Véolia Environnement), 2e, à la vacation de 11 heures : « Il y a de l’air par intermittence. Là j’ai réduit la toile… Il y a 5-6 mètres de creux et les vagues sont très rapprochées. C’est vraiment impressionnant. Je n’ai même pas pu déballer mes cadeaux car j’ai peur qu’ils valsent n’importe où. Je le ferai plus tard. Sinon, je me suis bien amusé à me déguiser en père noël pirate ! »
Jean le Cam (VM Matériaux), 3e, à la vacation de 11 heures : « Ca va comme ça peut aller avec le temps qu’on a. C’est surtout la mer qui n’est pas évidente. C’est infernal ! Il y a des grains à 50 nœuds. Les vagues sont croisées et énormes. C’est vraiment l’enfer ! Le problème, c’est de ne pas aller trop vite, car le bateau, tu ne sais pas comment il va terminer sa course dans la prochaine vague. Tu ne peux pas être serein dans cette mer. Ça va durer au moins 24 h. Là, je suis à l’intérieur, je ne veux même pas sortir. »
Marc Guillemot (Safran), 9e, à la vacation de 11 heures : « A cause de mon rail de grand-voile arraché, je suis obligé de faire une escale technique. Je vais aller au sud de la Nouvelle-Zélande vers l’île d’Auckland. J’ai cru comprendre qu’il n’y pas beaucoup de monde sur cette île mais beaucoup d’animaux : des oiseaux, des baleines. Malheureusement, je ne viens pas ici pour faire du tourisme. La réparation va me prendre au moins 6 heures, de mouillage à mouillage. Il faut descendre la grand-voile, couper un morceau de la même longueur, préparer la pièce… Ça va me prendre 2h et demie. Je risque d’avoir des fourmis dans les pattes. La seule contrainte, c’est le temps, il ne faut pas que j’arrive trop tard dans la journée, car la nuit n’est pas la meilleure option. Sinon le froid et le manque de lumière vont me faire perdre plus de temps. Mais je n’ai que 240 milles à parcourir donc ça me paraît jouable. »
Arnaud Boissières (Akéna Véranda), 12e, à la vacation de 11 heures : « J’ai vraiment passé un super Noël : j’ai bien mangé, j’ai eu plein de cadeaux et le temps est calme. J’avance à 12 noeuds mais les anglais vont à 14-15 noeuds. A part cette petite vitesse, ça va. C’est la première fois que je navigue dans le Pacifique. On a fait la moitié du chemin. Il reste donc encore 50% de bonheur. Dans mes paquets, j’ai trouvé un livre sur les périples en montagnes et en mer, une bande dessinée, un petit pot de Nutella… que j’ai mangé immédiatement dans la nuit. »
Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital), 17e, à la vacation de 11h : « Ce matin, je suis monté dans le mât mais je n’ai pas pu tout réparer. La mer est croisée et creusée, avec des vents de 30 à 35 noeuds. Je navigue avec la trinquette seule et je cherche le bon angle pour éviter les embardées. C’est vraiment une question de survie et de sécurité du bateau. J’ai déjà un pilote tribord qui a lâché, et là je n’avance plus qu’à 10 nœuds. En plus de mon problème de voile, j’ai le pilote tribord qui m’a lâché et je manque d’énergie. J’ai eu beaucoup de pertes au niveau de mes panneaux. Je n’ai déjà plus de courant continu. Il n’y a pas beaucoup de soleil et les panneaux solaires fonctionnent mal. Il ne me reste que l’énergie de secours. Je vis donc avec le minimum vital. L’escale technique va dépendre des prochaines 24-48 heures. Il faut que je remette le bateau en état de naviguer ; après, je referais le point sur la carte. La priorité reste de remettre la grand-voile à l’avant et de réparer le vérin au cas où celui de bâbord lâcherait. Je suis assez fatigué, je ne souffle pas beaucoup et je n’ai pas le temps de beaucoup réfléchir. Alors je fais gaffe… »
Les 5 premiers au pointage de 16h00 1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 10240 milles de l’arrivée 2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 32,8 milles du premier 3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 105,2 milles 4- Sébastien Josse (BT) à 139,4 milles 5- Vincent Riou (PRB) à 296 milles
Classement des premiers étrangers 8- Samantha Davies (Roxy) à 1432 milles 10- Dee Caffari (Aviva) à 1898 milles 11- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 1924 milles
Desjoyeaux creuse l’écart
Comme les avions qui font juste une touchette sur le tarmac, Michel Desjoyeaux s’est contenté de franchir la porte de Nouvelle-Zélande en un seul point avant de reprendre une route vers l’Est. Le skipper de Foncia a finalement pu remonter contre le vent vers cette marque de parcours virtuelle malgré des vents de Nord qui ont tardé à basculé au Nord-Ouest, et dans l’affaire, il a sensiblement augmenté son avance sur son dauphin. Roland Jourdain (Veolia Environnement) n’a en effet pas du tout choisi la même option : il a préféré continuer son bord vers le Nord-Est pour se caler sur la même latitude que la prochaine porte (Pacifique Ouest), afin de ne pas se retrouver dans la même situation que lorsque qu’il a dû faire du près pour franchir la porte de Nouvelle-Zélande. Plus au Nord, il est donc considéré comme plus éloigné, mais avec les vents de Sud-Ouest annoncés derrière le front de la dépression qui vient de passer, il se retrouve en position favorable, sous le vent du leader.
Pour Sébastien Josse (BT) et Jean Le Cam (VM Matériaux), ce passage de porte n’a pas été très positif : les deux solitaires ont perdu non seulement du terrain sur le premier, mais se sont fait sérieusement rattraper par le duo suivant ! Vincent Riou (PRB) et Armel Le Cléac’h (Brit Air) n’ont pas connu les affres de la navigation au près dans les Quarantièmes Rugissants comme leurs quatre prédécesseurs, et ont pu aligner de bonnes journées pour ces fêtes de Noël. Mais celle qui a le plus profité de cette « trêve des confiseurs » est la Britannique Dee Caffari (Aviva) ! Elle a été non seulement la plus rapide sur l’eau ces dernières heures avec plus de quinze nœuds de moyenne, mais elle reste encore la plus véloce ce vendredi matin en ayant dépassé son compatriote Brian Thompson (Bahrain Team Pindar)… Avec Arnaud Boissières (Akéna Vérandas), ces deux Anglais ont aussi franchi la ligne virtuelle qui sépare l’océan Indien du Pacifique.
Un pit-stop pour Safran ?
Au Sud de la Nouvelle-Zélande, Marc Guillemot (Safran) a semble-t-il tenté de réparer son rail de grand voile en mer, car il a sensiblement ralenti ces dernières heures. Mais il est reparti ce vendredi matin vers l’île d’Auckland à 300 milles dans son Nord-Nord Est : un mouillage dans une baie semble la seule réelle solution pour pouvoir renvoyer la toile quand il reste encore plus de 11 000 milles à parcourir ! Samantha Davies (Roxy) en a profité pour s’échapper… Tout comme Steve White (Toe in the water) qui, malgré son vit de mulet cassé la veille de Noël, réussit à larguer progressivement le triumvirat anglo-saxon : Jonny Malbon, Rich Wilson et Derek Hatfield. Enfin, bonne nouvelle pour les deux « retardataires » : Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) et Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) ont droit à une petite pause météorologique en s’approchant de la porte Ouest Australienne qu’ils devraient franchir ce week-end. Un week-end qui s’annonce assez rapide pour presque toute la flotte qui va aligner les milles dans un flux portant fort, mais maniable (20-30 nœuds de secteur Ouest).
Classement du vendredi 26 décembre 5h00 :
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 10 315,1 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 119,8 milles
3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 169 milles
4- Sébastien Josse (BT) à 169,3 milles
5- Vincent Riou (PRB) à 367,7 milles
Sélection internationale :
8- Samantha Davies (Roxy) à 1516,9 milles
10- Dee Caffari (Aviva) à 1979,2 milles
11- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 2015,8 milles
Jourdain convoite la couronne Desjoyeaux
Noël est une fête que l’on passe en famille. Pour les vingt solitaires en mer (18 en course et 2 abandons), loin des leurs à l’autre bout du monde, c’est une journée un peu particulière, chargée en émotion. Comme partout sur terre, les cadeaux sont déballés et révèlent parfois leur lot de surprises. Pour égayer la vie du marin solitaire, la plupart ont reçu des livres et des DVD, ou plus décalés, des charentaises pour Vincent Riou (PRB), des scoubidous pour Armel Le Cléac’h (Brit Air) ou encore une petite poupée d’homme nu pour Samantha Davies (Roxy) ! Le repas aussi se doit d’être différent des autres. Foie gras de canard pour la plupart ou un plus original foie de lotte pour Roland Jourdain (Veolia Environnement). Mais aucun risque d’excès gastronomique à bord. L’actualité de la course – et surtout la météo – se rappelle à eux à chaque seconde qui passe.
Resserrement en tête Les portes des glaces font l’unanimité au sein de la flotte puisqu’elles leur évitent de jouer à la roulette russe avec les icebergs. L’égalité des chances est respectée dès lors que le parcours reste le même pour tout le monde. Mais cette nouvelle porte (dite néo-zélandaise) risque de faire grincer des dents Michel Desjoyeaux (Foncia). En tête depuis 9 jours, Mich’ Desj’ paye son décalage au sud par rapport à son adversaire direct, Roland Jourdain. Le leader remonte actuellement vers le nord-est au près serré pour franchir cette marque virtuelle de parcours. Sa vitesse s’en ressent. Au dernier pointage (16h), il n’avançait plus qu’à 6,5 nœuds contre 16,5 nœuds pour Roland Jourdain, revenu à 27 milles du leader. A ce rythme, Jourdain pourrait retrouver ce soir la première place qu’il avait occupé le temps d’un classement deux jours après le départ. Dans le Pacifique ouest, le suspense est relancé entre les deux leaders. Derrière, les poursuivants en profitent aussi. Vincent Riou, désormais 5e à 363 milles, a repris plus de 170 milles en trois jours sur le premier.
Réparations en tout genre Pas la peine d’offrir pour Noël une boîte à outils aux marins du Vendée Globe. Ils en ont déjà tous une, bien fournie, et plus souvent ouverte qu’ils ne le souhaiteraient. Marc Guillemot (Safran), désormais 9e suite à son assistance morale auprès de Yann Eliès, a confirmé aujourd’hui qu’il mettait le cap vers l’île d’Auckland, au sud de la Nouvelle-Zélande pour réparer son rail de mât. Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital), actuellement 17e, a passé ses quinze premiers jours de course à bricoler pour finir la préparation de son bateau. Mais la caisse à outils est restée ouverte. Couché la nuit dernière dans des vents de plus de 60 nœuds (force 11), son bateau a encore subi quelques dégâts, dont les lazy jacks qui retiennent la grand-voile lorsqu’elle est affalée. Même dégât pour le 10e Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) qui, après avoir réparé son ballast avant, a dû monter dans son mât. Steve White (Toe in the Water), 13e, déplore pour sa part la casse du vît-de-mulet (pièce reliant la bôme et le mât). Quant à Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), rétrogradé de la 1ère à la 7e place en se détournant dans des eaux moins agitées pour réparer son safran endommagé par un OFNI, il entreprend désormais son deuxième niveau de réparation dudit safran tribord.
Fremantle, escale d’infortune Après Yann Eliès (Generali) arrivé lundi matin à Fremantle pour être opéré du fémur, Mike Golding (Ecover, démâtage le 16 décembre) a rejoint le port australien ce matin sous gréement de fortune. Deux autres navigateurs sont attendus au même endroit. Dominique Wavre (Temenos, tête de quille cassée) espère toucher terre dans la soirée du 27 décembre. Il n’était plus ce matin qu’à 500 milles des côtes. 350 milles plus loin, Loïck Peyron (Gitana Eighty, démâtage le 10 décembre) devra patienter quelques jours de plus avant de retrouver à son tour la civilisation. Quant au Basque Unaï Basurko (Pakea Bizkaia), qui avait fait demi-tour au large de l’Afrique du Sud le 7 décembre pour une avarie de safran, il poursuit sa remontée de l’Atlantique et se trouve actuellement au large de la Mauritanie.
Voix du large…
Sébastien Josse (BT), 4e, à la vacation du jour : « On va avoir un peu plus de vent dans quelques heures, une dépression qu’on attendait et ce n’est pas plus mal. Il n’y a pas encore trop de vent, mais une mer très croisée. Ce n’est pas évident d’avancer là-dedans, mais elle va s’organiser. Pour la porte, je n’ai pas encore exactement regardé comment la passer. Hier j’ai ouvert mes petits cadeaux, mais c’était plutôt de la curiosité et j’ai refermé tout ça. Je les apprécierai sans doute mieux une fois arrivé dans l’Atlantique. C’est possible que la dépression resserre un peu la flotte, mais la situation n’est pas inhabituelle, et les derniers ne seront pas les premiers. Quand on sait qu’on va se faire cueillir, on anticipe vachement : quand on réduit la voile, on le fait plus tôt que d’habitude. Cette dépression ne va pas être plus dure à vivre que dans l’océan Indien, au contraire, il n’y pas de remontées de hauts fonds, c’est juste du vent. »
Vincent Riou (PRB), 5e, à la vacation du jour : « C’est un peu casque lourd là. C’est rentré très vite hier après-midi et en ce moment, il y a 40 noeuds de vent. On a besoin d’abattre beaucoup et c’est pas facile avec de la petite voile. Mais je ne pense pas qu’on soit les plus mal lotis de la flotte. Je n’ai pas changé de ligne de conduite, j’essaye de faire ça tranquillement, mais dès que les conditions sont correctes, je ne vois pas d’inconvénient à aller vite. Tant que le bateau est en état au Cap Horn. Je pense que si on arrive à avoir 400 milles de retard maximum, ça peut être encore jouable dans l’Atlantique. Va falloir éviter de se faire décrocher, surtout d’ici demain, quand que les leaders commenceront à avoir des vents sympas. Sinon pour Noël, j’ai eu des charentaises! »
Armel Le Cléac’h (Brit Air), 6e, à la vacation du jour : « C’est Noël, même si à bord c’est un peu ambiance rock ‘n’ roll. Hier j’ai profité d’une journée un peu plus calme pour fêter Noël à bord de Brit Air. J’ai ouvert mes cadeaux : quelques petits livres, des bonbons, un DVD, et des scoubidous à faire. C’est pas trop l’ambiance pour profiter des cadeaux, mais c’est sympa. J’ai fait un bon repas hier soir, un peu de canard avec un peu de vin rouge, ça change de l’eau dessalinisée. »
Samantha Davies (Roxy), 8e, à la vacation du jour : « Je n’ai pas assez de vent, je suis collée à la piste ! Pour Noël, j’ai eu plein de super cadeaux, ça m’a donné un grand sourire de voir tout ça. J’ai eu un Ken et un autre garçon tout petit, qui n’a pas du tout de vêtements. Je vais le mettre dans un verre d’eau et le faire grandir. C’est sûr que ma famille me manque, mais j’anticipe depuis deux ans et ça fait partie de la course. Avec tous les concurrents autour de moi, on fête un peu Noël ensemble. »
Les 5 premiers au pointage de 16h00 1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 10497 milles de l’arrivée 2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 27,8 milles du premier 3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 171,1 milles 4- Sébastien Josse (BT) à 175,6 milles 5- Vincent Riou (PRB) à 363 milles
Classement des premiers étrangers 8- Samantha Davies (Roxy) à 1493 milles 10- Dee Caffari (Aviva) à 2017 milles 11- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 2032 milles


















