A 13h14 très exactement, après un premier rappel général, les 52 marins ont dit au revoir à Dingle où ils n’auront vécu qu’une courte escale de deux jours. Pour l’occasion, l’Irlande avait déballé tous les clichés dont on ne se lasse pas : une température au parfum d’automne, un joli vent de sud-ouest, la gamme des gris déclinée dans le ciel, celle des verts enrobant les collines, sans oublier la touche finale : l’indispensable éclaircie magique au moment où les leaders croisaient le fer sous les falaises.
Auteurs du plus joli départ au bateau comité, Gildas Mahé (Banque Populaire) et Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles) imposaient leur cadence dans les premières longueurs et enroulaient à une minute d’intervalle la bouée de dégagement Radio France, après trois milles de louvoyage dans un vent de sud-ouest de 15 à 18 nœuds. Au pointage de 16h00, après être sortie de la baie au près, avec quelques virements spectaculaires au ras des falaises, l’escadre s’apprêtait à parer toutes les pointes de la côte sud-ouest de l’Irlande : Bray Head, les îles Skellig, The Bull puis Mizen Head. A 7 nœuds de moyenne, secoués par un ressac désordonné, Mahé et Chabagny étaient toujours aux commandes, suivis de Gildas Morvan (Cercle Vert), Nicolas Troussel (Crédit Mutuel de Bretagne), Jean-Paul Mouren (M@rseillentreprises), Aymeric Belloir (Cap 56), Frédéric Duthil (Bbox Bouygues Telecom), Eric Drouglazet (Luisina), Ronan Treussart (Black Hawk) et Thomas Rouxel (Défi Mousquetaires)… fragile top 10 aux avant-postes d’une flotte très compacte.
Bientôt, il sera temps de laisser filer les écoutes. Les spinnakers, si peu utilisés depuis le début de cette 40e Solitaire, devraient enfin sortir des sacs et propulser les bateaux à vive allure pendant une cinquantaine de milles, jusqu’au Fastnet, prochaine marque de parcours sur la route de Dieppe. Les premiers devraient doubler le fameux rocher autour de 20 heures ce soir. La bataille navale ne fait que commencer.
« Une étape de saigneurs »
Ce dimanche matin, en effet, sur les pontons frisquets et ventés de Dingle, les bouilles étaient rieuses, mais l’humeur belliqueuse. Pour cette der des ders, les marins partent bien en guerre, la fleur au fusil, l’envie décuplée par la physionomie d’un classement général où une vingtaine de coureurs ont encore leur chance. « C’est le jour du seigneur mais ce sera une étape de saigneurs » lance Michel Desjoyeaux, pas mécontent de ce jeu de mot éloquent. Yann Eliès en rajoute dans la métaphore chasseresse, lui qui se sent une âme de « prédateur » à l’affût de ses « proies ». Quant aux autres, ils reprennent en chœur l’antienne selon laquelle « il faudra être à l’attaque, jouer sa carte à fond, ne pas se ménager ». Sus donc à cette ultime étape, celle de tous les dangers et de tous les espoirs. La méthode sera radicale et l’offensive sans pitié. Mais attention, car ce marathon vers la Normandie s’apparentera aussi à une guerre d’usure. Et l’action débridée ne devra pas l’emporter sur la réflexion. Si la première partie du parcours va se résumer, à une course de vitesse au portant, le vent sera mollissant sous les côtes anglaises, les courants bien présents et l’anticyclone pourrait bien piéger les marins dans la traversée de la Manche, pour les 100 derniers milles de course. Dans leur euphorie, les skippers avertis savent qu’ils devront économiser leurs forces pour la grande scène finale et jouer en finesse à l’intérieur d’un curieux paradoxe : se donner à fond tout en se ménageant.
L´âme des guerriers
Premiers bords en eau salée pour Alinghi 5
"Aujourd’hui Alinghi 5 a tiré ses premiers bords en eau salée et même si le vent n’était pas très fort, tout s’est très bien passé. Nous sommes heureux d’être en Italie pour cette phase de notre programme d’entraînement. C’est un endroit où tout le monde aimerait vivre ! La ville de Gênes nous a réservé un accueil formidable depuis notre arrivée, tout comme le chantier Amico et le Yacht Club Italiano qui nous apportent leur soutien. Nous avons hâte de naviguer de nouveau lundi prochain avec un peu plus de vent", a déclaré le skipper de l’équipe Brad Butterworth.
Le Defender de la 33e America’s Cup avait transporté son catamaran géant par hélicoptère du Lac Léman à Gênes le 7 août dernier. L’équipe s’entraîne actuellement dans le port méditerranéen avant de convoyer le bateau vers Ras al-Khaimah aux Émirats Arabes Unis où se déroulera le Match de la 33e America’s Cup en février 2010.
Diaporama : http://www.flickr.com/photos/alinghiteam/sets/72157622043815502/show/
C´est la lutte finale
Reprenons. A Dingle, le soleil vient tout juste de se rappeler qu’il existe et on voit enfin la colline de l’autre côté du port. Son taux d’hygrométrie est satisfaisant. Elle est donc fort logiquement verte et diablement jolie. Quelques coureurs et un nombre non négligeable de suiveurs ont vérifié hier que l’Office de tourisme n’exagère pas quand il comptabilise 52 pubs pour moins de 2000 habitants. Un par navigateur de cette Solitaire, si l’on préfère ce genre de statistique de haute volée. « Les meilleurs pubs du monde » juge définitivement l’autochtone, qu’on se gardera bien de contredire. Parmi les godillots du Dick Mack’s, les clous et boulons du quincailler-limonadier ou sur les bancs de bois blanc usé du Jack Curran, entre deux airs de musique on a pris grand soin d’illustrer brillamment l’adage qui veut que cette course – la plus belle du monde, elle aussi – soit avant tout affaire de famille et de fraternité. On y a refait les comptes et la régate avec de grands gestes des mains et la conclusion est limpide. En substance, elle dit qu’avec des écarts aussi étroits (loupe conseillé pour la lecture du classement général, voir notre article d’hier) et une météo aussi sournoise – en gros c’est assez simple au portant jusqu’en Cornouaille et totalement incertain ensuite – cette quatrième et dernière étape vers Dieppe, va être aussi folle qu’indécise. Et probablement aussi spectaculaire que passionnante avant d’accoucher du grand vainqueur de cette 40e édition.
« A la mort subite, au but en or »
Reprenons. Tout à l’heure à la charmante remise des prix sur le quai (chants de chorales, danses locales et bonne humeur contagieuse) juste avant la parade dans les quatre rues du village, l’ex Sénateur Tom Fitzgerald a fait un joli discours conclu par ces mots : « vous méritez tous d’être vainqueurs à Dieppe… et je pense que vous êtes tous fous ! » Ce n’est peut-être pas très éloigné de la réalité, tant cette quatrième étape s’annonce « complexe, compliquée, incertaine, pas évidente » selon le champ lexical le plus emprunté par les skippers aujourd’hui.
Côté géographie, il y a donc 511 milles à parcourir et quelques marques de parcours bien senties à respecter : le Fastnet à tribord, Wolf Rock à tribord (Grand Prix GMF Assistance), Fairway à tribord. Les 160 milles de traversée de la mer Celtique, avec du vent medium de sud-ouest ne devraient pas être les plus problématiques. Mais ensuite, plus ou moins profondément en Manche, on n’a pas d’idée précise de la taille et de l’évolution d’un anticyclone. Ce qu’on sait, c’est qu’il y aura forcément une zone sans vent, ou alors très faible, à traverser. Et que les routages d’aujourd’hui donnent des idées totalement différentes de la manière de s’en sortir. Ce qu’on sait aussi c’est qu’il y aura des occasions de tenter des coups et de jouer avec les forts courants prévus. « Rien n’interdit par exemple de passer à l’ouest des Needles et ressortir de l’autre côté, l’île de Wight n’étant pas marque de parcours », note le directeur de course Jacques Caraës.
Conclusion ? Cinquante-deux marins se disent que tout est encore possible. Que c’est la dernière occasion d’attaquer, de prendre des risques, de tenter le jackpot. Une bonne trentaine peut encore vraiment croire à un heureux dénouement. Devant les baies de la côte sud anglaise, il va y avoir du sport, du suspense, du jeu, du spectacle. Aux pointages, certains vont rire et d’autres pleurer, certains vont espérer et d’autres enrager. Deuxième au général à 6 minutes du leader Nicolas Lunven (CGPI), Yann Eliès (Generali) a trouvé la formule pour résumer ce qui attend les marins sur cette dernière Manche décisive : « on peut avoir un peu de difficulté à quitter la baie de Dingle car il n’y aura peut-être pas beaucoup de vent. Après, normalement il y a de l’air pour traverser la mer Celtique et aller jusqu’à Land’s End (la pointe de la Cornouaille anglaise) au reaching. Et puis après, grosse molle. Je ne sais pas trop comment on va aller à Dieppe : en poussant, en ramant, en nageant… je ne sais pas ! Mais j’aime bien quand il y a du jeu comme ça, des courants, des coups à faire. Ce sera la mort subite ou le but en or, cette étape ! » Un Irlandais aurait préféré une image à base de drop-goal victorieux d’O’Gara à la dernière seconde d’un Grand Chelem se jouant contre l’Angleterre, mais on s’en contentera. Ce soir, personne n’ira au pub. La lutte finale commence demain.
Jérémie Beyou vainqueur à Dingle au bout du suspense
En langage Figariste, il y a fort à parier qu’on appellera ça désormais « une Dingle ». A savoir, une redistribution générale des cartes au bout de… 470 milles de course acharnée, entre la Vendée et le charmant port irlandais. Et pour finir, un arc de cercle et un mur de voiles de 35 bateaux à égalité à vue du bateau comité ! Dans la brume d’Erin, au milieu de la nuit, le regroupement final a été absolument incroyable, avec des leaders comme Antoine Koch (Sopra Group) qui s’encalminaient en milieu de baie pendant que d’autres, jusqu’ici attardés, faisaient « le tour de la paroisse » par l’extérieur et recollaient au peloton.
A 4 milles de l’arrivée, rien n’était fait encore… et à 1 mille non plus ! Et comme en 2003, la baie de Dingle était le cadre d’un nouveau départ pour 35 bateaux. A gauche, à droite, au milieu, le vent jouait tour à tour les abonnés absents… et revenait alors que les bateaux n’étaient plus qu’à quelques encablures de la ligne. Le simple tour de la baie avait déjà permis à des skippers comme Alexandre Toulorge (Audition Santé), Armel Tripon (Gedimat) ou encore François Gabart (Espoir Région Bretagne) de reprendre des milles par poignées aux leaders de l’après-midi et des places à la même vitesse. A 22h30, pas moins de 25 bateaux tenaient en un mille de distance au but ! Et alors qu’on croyait les Desjoyeaux (Foncia), Caudrelier Benac (Bostik) et autres Tabarly (Athema) perdus à la côte… ceux-ci bénéficiaient enfin d’un retour du vent décidément très instable en force et en direction et déboulaient à 7 noeuds alors que les leaders Duthil (Bbox Bouygues Telecom), Toulorge et Tripon n’avançaient plus qu’à deux noeuds !
Jusqu’à la ligne, il était quasiment impossible de désigner le vainqueur du jour. Et puis… émergeant de la brume comme un vaisseau fantôme, sous spi au largue serré, Jérémie Beyou (Bernard Paoli) vint donc finalement coiffer la flotte pour quelques secondes et s’adjuger sa deuxième étape consécutive devant Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles), lequel était déjà deuxième à Saint Gilles lors de l’étape précédente. Le podium était complété par Eric Peron (Skipper Macif) et les arrivées s’enchainaient ensuite à un rythme incroyable, avec des écarts limités en secondes, à tel point que les 27 premiers passaient en l’espace de 10 minutes ! Nicolas Lunven (CGPI) leader au classement général, passait la ligne à 0h01’02’’, alors que Yann Elies (Generali) était passé 12 minutes plus tôt et Armel Le Cléac’h (Brit Air) 13 minutes plus tôt.
Alors qu’on croyait encore quelques heures plus tôt à de grands écarts, suite à la première redistribution météo des cartes dans la zone d’incertitude du Fastnet la nuit dernière, on assistait donc à un regroupement général hallucinant. Les conséquences au classement général seront donc très faibles, pour ne pas dire anecdotiques. Et dans cette 40e édition de La Solitaire du Figaro, tout se jouera sur la dernière étape à destination de Dieppe !
BM
Jérémie Beyou (Bernard Paoli), vainqueur de l’étape : « ça se joue à rien»
«Il y a eu comme une nouvelle ligne de départ repositionnée à l’entrée de la baie de Dingle ! Je gagne, je suis content, voilà, même si je préfère évidemment la manière de l’étape précédente gagnée à Saint Gilles Croix de Vie. Je n’ai pas écouté mon fils Achille qui m’avait dit avant de partir : ‘papa faut que tu arrêtes de gagner, il faut en laisser pour les autres’… comme quoi il ne faut pas toujours écouter les enfants ! J’ai bien dormi cet après midi, justement pour être lucide sur la fin, on sait tous qu’ici ça peut terminer comme ça, tous groupés dans la pétole et qu’il faut un peu de réussite… Après… j’en ai perdu tellement des étapes qui finissaient comme ça que je prends cette victoire avec plaisir, c’est pour toutes les fois où je me suis fait avoir (rires)! J’ai fait un joli coup sur la ligne d’arrivée, voilà, c’est tout, je grappille quelques minutes au classement général sur Nicolas Lunven et c’est toujours bon à prendre. Physiquement, elle était dure cette étape, je suis cramé, au bout du bout du bout. Dans le final, entre Suzuki Automobiles et Koné Elevators, c’était à celui qui ne ferait pas claquer son spi, à celui qui déventerait l’autre… le mien n’a pas claqué… ça se joue à rien ! Et en même temps c’est symptomatique de La Solitaire : un marathon qui se termine par un sprint dans la pétole. Vraiment, il pouvait se passer mille choses. Maintenant, le jeu reste grand ouvert au classement général pour la dernière étape. Il va falloir bien se reposer et être d’attaque pour la dernière manche vers Dieppe. »
Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles) 2e de l’étape : « la première fois que Dingle me réussit »
« Je viens de passer la ligne d’arrivée, et oui, j’ai le sourire ! Quelques centaines de mètres avant la ligne j’étais placé idéalement, mais il faut bien l’avouer, c’était un peu par hasard ! En même temps, c’est la première fois que la baie de Dingle me réussit, c’est inespéré. Les six dernières heures dans la pétole, c’était un peu la punition quand même ! La baie était complètement plate… à chaque fois qu’on vient ici c’est un peu la kermesse comme on dit, mais cette fois, ça paie pour moi, tant mieux ! Il y a eu un paquet de redistributions des cartes pendant cette étape. Pour Armel Le Cléac’h et Antoine Koch qui ont fait une navigation remarquable, je trouve que c’est dur, car ils méritaient mieux. Heureusement, ils ne perdent pas de temps. De mon côté, peut-être que je grignote un ou deux bateaux au classement général, je n’en sais rien encore car c’est très serré. Mais il est clair que désormais, on remet les compteurs à zéro pour la dernière étape vers Dieppe. »
Eric Péron (Skipper Macif), 3e de l’étape et leader du général : « mon meilleur résultat sur La Solitaire »
« Je suis un peu l’invité surprise de ce podium. C’était un peu le tirage au sort dans la baie, il fallait juste ne rien lâcher, jusqu’au bout. Sur cette arrivée, il fallait aller tout droit, régler les voiles, rester sur la route. Je ne voulais pas aller dans les coins pour faire des options. Je suis content, c’est mon meilleur résultat sur La Solitaire !
La lucidité, oui, j’en avais, je m’étais dit : je ne lâche rien et de toute façon, avec l’adrénaline, quand tout va bien, le mental suit.
Cette étape n’était pas évidente. La nuit dernière, je ne savais pas que ça allait prendre de l’est, j’avais fait de gros efforts pour me décaler dans l’ouest, il a quelque chose que je n’ai pas dû comprendre avec la météo. J’avais pris cher : 7 milles de retard et finalement, ça se goupille, bien, c’est top. Me voilà sur la troisième marche du podium. J’aurais pu gagner, mais c’était chaud. On s’est un peu bagarré avec Thierry (Chabagny) et finalement, c’est Jérémie (Beyou) qui passe. Mais à 1,5 milles de l’arrivée, on ne savait pas encore qui était en tête, il y avait une rangée de 10 bateaux et hop, il y a eu une petite risée et c’est Jérémie qui l’a prise en premier. »
Derniers préparatifs à Portimao
Après sa victoire dans le Trophée de Marseille en juin et dans le Trophée Région de Sardaigne le mois dernier, Emirates Team New Zealand est dans une période faste. L’équipe néo-zélandaise compte une avance confortable au classement TP52 du Circuit. "Les scores sont très flatteurs pour nous", reconnaît Grant Dalton, Président d’Emirates Team New Zealand, "mais il suffit de quelques mauvaises manches pour que l’écart se resserre. Plusieurs équipes, notamment Matador (ARG) et Artemis (SWE), ont les moyens de gagner des manches, de remporter les deux prochaines épreuves, et l’ensemble de la saison. Nous n’avons rien changé au bateau pour Portimao. La plupart des TP52, dont NZL380, sont au point après trois régates. Tout repose maintenant que les techniques de navigation".
Le public portugais de Portimao aura à coeur de soutenir son équipe locale : celle du TP52 Bigamist (POR) qui ne cesse de surprendre cette saison et qui fera tout pour remporter sa première épreuve Audi MedCup à domicile. Mais le skipper et barreur Afonso Domingos, qui vient de terminer 12e aux Championnats du Monde de Star, garde la tête froide : "Nous aimerions beaucoup gagner le Trophée du Portugal mais nos chances sont plutôt minces. Pour que cela arrive, il faudrait non seulement réaliser un travail remarquable mais en plus que les autres commettent de nombreuses erreurs. Notre principal objectif est de rester à notre niveau et de gagner au moins quelques manches".
Chez les GP42, ce sont les Espagnols d’Islas Canarias Puerto Calero qui mènent la danse, mais la bataille s’annonce particulièrement intense au Portugal car l’écart entre les cinq équipes est faible. Les hommes de Fillipo Faruffini sur Roma 2 (ITA) ont soif de revanche et compteront sur le retour de leur barreur Paolo Cian, absent en Sardaigne, pour reprendre les devants. Mais la première place actuellement occupée par l’équipe espagnole de Daniel Calero n’est pas un hasard. Depuis le début de la saison, Islas Canarias Puerto Calero n’a cessé de s’améliorer en vitesse et en tactique et cherchera à confirmer son leadership. De son côté, la deuxième équipe italienne, Airis, menée à la barre par le Néo-Zélandais Cameron Appleton et soutenue depuis Cagliari par Vasco Vascotto, est capable du meilleur et pourrait faire de l’ombre aux deux premiers.
On efface (presque) tout et on recommence
« Quand Dieu créa le temps, il en créa assez » dit un des plus célèbres proverbes irlandais. Il le créa en tous cas suffisamment accueillant pour faire tenir 47 bateaux en 45 minutes la nuit dernière, dans un final digne de la légende de La Solitaire avec ce regroupement général en baie de Dingle. Dingle où l’on pourra toujours faire semblant de gentiment polémiquer – en vain et comme d’habitude – sur le placement géographique, trop ceci ou pas assez cela, de la ligne d’arrivée. Il se trouve pourtant que la pétole fait partie du jeu depuis des lustres, non ? Comme d’ordinaire encore en pareil cas, « ceux qui étaient en tête et ont perdu leur avance n’ont pas trouvé ça très marrant et ceux qui étaient aux choux dont je fait partie ont trouvé ça très drôle », note avec malice un certain Michel Desjoyeaux (Foncia), au passage toujours en piste pour un éventuel quatrième titre : 8e à 28 minutes.
Le podium en 11 minutes
Bien sûr, avec des écarts si faibles à l’étape, le classement général ne connaît pas de grands bouleversements. Mais à y regarder de plus près, quelques nuances d’importances s’y sont néanmoins glissées. Première indication : Nicolas Lunven (CGPI) est toujours leader et du haut de ses 26 ans, il contemple encore une armada de gros bras : pour faire simple, il y a là tous les grands favoris dont les six anciens vainqueurs de La Solitaire. Il a néanmoins concédé de 7 à 15 minutes à ses principaux rivaux, d’où un resserrement certain. Désormais le podium provisoire tient en 10 minutes, contre 25 à Saint Gilles Croix de Vie… Sur ce podium justement, on retrouve toujours un Yann Eliès (Generali, 2e) qui a repris les deux tiers de son retard et n’est plus qu’à 6 minutes du leader. Sur la troisième marche, c’est spectaculaire : Jérémie Beyou (Bernard Paoli, 3e) est monté de deux crans dans la hiérarchie et a repris un petit quart d’heure pour ne plus accuser que 11 minutes de débours (pour l’anecdote après une pénalité d’une minute pour… une canette de soda en trop à la pesée d’avant course). Le grand perdant de la nuit s’appelle Charles Caudrelier Benac (Bostik). Le vainqueur de l’édition 2004 n’a pourtant concédé que 10 minutes, mais dans ces hautes altitudes du classement, cela lui a valu de dégringoler de huit places, en 11e position. Dix minutes, huit places en moins… l’équation donne une idée assez précise du niveau d’excellence de ces Figaristes-là et surtout de la petitesse des écarts qui n’ont pas été aussi insignifiants depuis belle lurette sur La Solitaire : les 10 premiers tiennent en 30 minutes, les 15 premiers en moins d’une heure, 22 en 1h30 et 25 en deux heures !
Tout, absolument tout va donc se jouer sur cette quatrième et dernière étape à destination de Dieppe, la plus longue et la plus piégeuse manche de cette 40e édition. Que demande le peuple des marins ? Dans les 30 premiers, personne n’est réellement hors course après trois étapes…
Serré aussi chez les bizuths
Chez les bizuths, on fait comme les grands et on n’est donc pas en reste côté suspense. Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham) a grappillé quelques poignées de secondes – 4 minutes – mais il devra lui aussi ferrailler jusqu’au bout pour repousser les assauts de Paul Meilhat (Domino’s Pizza), 2e à 10’09 de ce classement des débutants dans l’épreuve, ou encore ceux de Yannig Livory (CINT 56), 3e à 23 minutes et de Joseph Brault (Samsung Mobile), à un peu plus d’une demi-heure. En outre, Christophe Espagnon (Groupe Legris Industries) et Matthieu Girolet (Entreprendre Lafont Presse) sont toujours en embuscade à une heure et quart.
Pour eux aussi, tout se jouera sur l’ultime passe d’armes vers Dieppe. Un autre célèbre proverbe irlandais prétend : « l’espoir est ce qui meurt en dernier ». C’est en tous cas la chose la mieux partagée du monde chez les 52 marins de cette Solitaire du Figaro. A Dingle, sur les quais du charmant petit port envahi par la brume et sur les bancs de bois patiné des plus chaleureux pubs du monde, on se passe les classements en rigolant. Quand chacun a encore ses chances, l’ambiance est forcément plus détendue. Le mot de la fin est signé Nicolas Bérenger (Kone Elevators, 9e à 29 minutes) : « depuis le Salon Nautique, je prédis que cette Solitaire se jouera dans les tout derniers milles avant Dieppe… et pour l’instant je suis toujours dans le match pour gagner ce pari ! »
BM
Les échos de pontons
Jérémie Beyou (Bernard Paoli) : « j’explose mes statistiques ! »
« Hier soir, j’ai eu du mal à m’endormir. J’étais excité par la victoire. Deux étapes sur quatre, c’était inespéré. Jusque-là, j’avais mis neuf ans avant de gagner ma première étape ! Là, deux coup sur coup, j’explose toutes mes statistiques. Le déclencheur ? Un peu de réussite, plus de confiance en moi, moins de stress, une façon un peu différente d’aborder la course. Et un peu de maturité. C’est un mot important dans notre sport et que n’apportent pas forcément que les victoires. Les coups durs, les années sans, ça forge aussi un peu la carapace. Du coup, je reviens sur la course en étant heureux comme un gosse. T’as la maturité mais tu retrouves aussi des sensations du début, le fait d’être heureux d’être là, tout simplement, sans se dire : je dois absolument gagner, je dois remplir mon contrat. Je ne devrais pas le dire mais le fait de ne pas avoir de sponsor, ça change tout ! Ca change la relation du financeur au coureur. Ils ne me demandent rien, ils ne me mettent aucune pression. Ils sont contents d’être avec moi au départ. Et puis il y aussi le fait que je n’étais pas revenu sur la Solitaire depuis 2005. Je pense que la notion de fraîcheur est aussi hyper importante. »
Jean-Paul Mouren (M@rseillentreprises) : « La Walkyrie pour le final »
« Il y avait un certain confort à naviguer sur cette 3e étape, ni trop de vent, ni pas assez, pareil pour l’état de la mer. Et c’était bourré de subtilités. Toutes les 3 heures il y avait quelque chose de nouveau à négocier, sans que ce soit vraiment prévu par la météo. Donc, il fallait s’adapter à la situation qui a été parfois assez surprenante, c’est pourquoi il y a eu de gros chamboulements car les scénarios n’ont pas fonctionné comme prévu. J’étais en milieu de flotte. De temps en temps, je me réveillais en ayant perdu un petit paquet, de temps en temps, en ayant gagné. L’avantage de la maturité sur ce type de course (à 56 ans et à sa 23e participation, Jean-Paul est le vétéran de l’épreuve, ndr) ? Le problème avec l’expérience, c’est que ça a un poids. Des fois ça vous pèse, ça vous ralentit parce qu’on est trop prudent. L’audace de la jeunesse gagne souvent sur la sagesse du vieux loup de mer. Il faut arriver à naviguer entre l’expérience et l’audace, se servir de l’un et de l’autre.
n tout cas, vu le classement, le final de cette Solitaire sera une véritable Walkyrie. Les 10 premiers tiennent en 30 minutes, ça va être un délire de suspense ! »
Gildas Morvan (Cercle Vert) : « un grand final »
« L’étape était intéressante du début jusqu’à la fin. C’était tactique, c’était fin. Dans ces conditions, il faut toujours essayer d’avoir les systèmes météo dans la tête, toujours se positionner par rapport aux bascules. Pour ça, il faut savoir mettre le pilote, se poser pour réfléchir devant la table à carte, manger, dormir, récupérer dès que les conditions le permettent. Il faut se ménager pour ne pas louper les coups. Parce qu’être sur le pont pour gagner 300 mètres en vitesse, ça ne sert pas à grand-chose. Par contre, bien négocier une rotation, un passage de dorsale, là, c’est important.
L’arrivée, en revanche, s’est un peu jouée aux dés. Il fallait un peu de réussite. De mon côté, je ne m’en sors pas trop mal parce que je fais 12, mais un gars comme Charles (Caudrelier) prend cher sur ce coup là. De 3e au général, il passe à 11e. Il doit être assez déçu. Cela dit, le classement est quand même super serré, il y a 15 bateaux en une heure. La prochaine étape sera-t-elle comme les 3 premières ? Ca va être intéressant. Ce sera vraiment le grand final de cette Solitaire. »
Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham), 1er au classement général bizuth
« Le classement bizuth est un des objectifs mais je fais mes étapes du mieux possible. C’est la deuxième fois en trois étapes que je passe dans les 10 à la bouée de dégagement, après, j’ai même regagné des places sur mes options à l’intérieur de Belle-Ile. Je passe 6e à cap Caval. J’ai essayé de bien réfléchir en météo, de faire tourner les routages, j’allais plutôt vite. Mais la fatigue, je l’ai bien ressentie. Les premières 24 heures, j’ai du dormir quatre fois 10 à 15 minutes. C’était dur pendant la deuxième nuit. Il fallait que je barre et je sentais la fatigue assez pesante. La journée d’après, quand le vent est rentré, j’ai bien récupéré et emmagasiné pour la fin de course, ça c’était top. Heureusement parce qu’il fallait être vigilant jusqu’au bout. Mine de rien, tout s’est joué à la fin, sur rien, et il fallait être lucide. La dernière journée, on s’est tiré la bourre avec Michel Desjoyeaux, Athema et Suzuki, on était tous les quatre à tactiquer sous spi, à jouer toutes les petites pointes, à empanner régulièrement. Il fallait être en forme pour suivre, même si tout a été redistribué à la fin. Quant au classement général, aujourd’hui, Paul (Meilhat) est à 10 minutes alors qu’il pourrait être à quelques heures, mais bon, c’est comme ça. Je suis quand même super content de ma Solitaire. Je sais que je peux être devant et tenir le rythme. »
Nicolas Lunven (CGPI), 1er au classement général provisoire,
« J’aurais préféré arrêter le classement à l’entrée de la baie de Dingle ! Mais bon, je suis content de mon étape. J’ai bien navigué, j’étais dans le coup. Ce qui me réjouissait c’est qu’enfin, il aurait pu y avoir des écarts. Malheureusement, ça s’est passé autrement. Donc, on en est toujours au même stade : c’est celle d’après qui sera décisive et ça fait trois étapes qu’on dit ça ! Pourquoi je marche bien ? Je suis vraiment motivé et je me fais plaisir à naviguer. Je me suis bien préparé, comme les autres, je crois qu’il ne faut pas aller chercher plus loin que ça. J’ai aussi beaucoup de réussite cette année. Ca ne durera peut-être pas tout le temps, donc, je profite. Je suis encore jeune, j’ai encore plein de choses à apprendre…donc, il ne faut pas tirer de conclusions trop vite. Le classement s‘est beaucoup resserré devant. On verra bien sur la dernière étape… il ne faut pas que je me mette plus de pression que ça. Pas la peine de trop cogiter. Je n’ai rien à perdre. Je n’étais pas venu pour gagner La Solitaire du Figaro, je suis en tête au général, c’est super, mais si je fais 3e ou 5e à Dieppe je serais quand même très content. »
Branle-bas de combat à 70 milles des côtes irlandaises
Il se passe toujours des choses surprenantes sur La Solitaire. C’est ce qui est en train d’arriver ce jeudi au petit matin alors que la brume et la bruine sont de la partie en cette fin de traversée de mer Celtique. On croyait en effet la situation aussi stable que claire pour les derniers milles en direction de l’Irlande. Le vent de sud-ouest devait s’installer et permettre aux 52 figaristes de poursuivre leur route pratiquement sur le même bord jusqu’à Dingle, avec au passage un brin de navigation au portant. Or, vers 4 heures du matin, le vent a refusé brutalement tout en dégringolant de 17 à 10 nœuds. Vers 6 heures, à l’ouest de la zone, la pétole s’installait tout bonnement avec un souffle inférieur à 2 noeuds !
Les marins joints à la vacation en sentaient les effets et une petite dizaine d’entre eux avaient déjà viré pour s’adapter à la nouvelle valse d’Eole. C’était le cas de Charles Caudrelier Benac (Bostik), Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles), Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham), Thomas Rouxel (Défi Mousquetaires), François Gabart (Espoir Région Bretagne), Ronan Treussart (Black Hawk), Armel Tripon (Gedimat), Eric Peron (Skipper Macif) ou encore Paul Meilhat (Domino’s Pizza) et Laurent Pellecuer (Arnolfini.fr). En réalité, une bonne partie des hommes de l’ouest. Il y a fort à parier qu’ils soient imités dans l’heure qui vient par une majorité des protagonistes de cette 3e étape.
Les hommes de l’ouest, justement. Ce sont eux qui ont pris les commandes de la course au dernier pointage en date, Armel Le Cléac’h (Brit Air) en chef de file. Gildas Morvan (Cercle Vert) est son nouveau dauphin tandis qu’Antoine Koch (Sopra Group) demeure en 3e position. Derrière, à moins de deux milles, on trouve dans l’ordre Erwan Tabarly (Athema), Michel Desjoyeaux (Foncia) et Charles Caudrelier Benac. Mais difficile de se fier à l’ordre établi. L’atterrissage sur les cailloux d’Erin sera beaucoup plus tactique que prévu. « On va certainement galérer » prévoit Yann Eliès ; « ça va être compliqué de passer le pointe sud-ouest de l’Irlande. C’est un peu le bazar et j’aimerai bien savoir ce qui se passe » enchaîne Jérémie Beyou. « Il y a moyen de faire de gros écarts et je m’y consacre » confirme Ronan Treussart.
Toute la problématique après trois jours et trois nuits de mer est d’aborder ces dernières difficultés le corps reposé et l’esprit clair. Alexis Loison (All mer Ineo GDF Suez) avouait ce matin que « ça commençait à tirer un peu », Gildas Morvan (Cercle Vert) qu’il avait été très fatigué hier soir, et François Gabart, malade depuis la veille du départ, qu’il « puisait dans ses réserves ».
Les plus en forme et les plus énervés pourront en revanche trouver dans cette nouvelle donne météorologique l’occasion de revenir dans le match.
Une étape qui réserve des surprises de dernière minute et des concurrents épuisés à l’arrivée… Voilà le probable dénouement à Dingle, dans le droit fil de ce qui a toujours fait l’histoire de La Solitaire du Figaro.
C.El
Les échos de la mer
Gildas Morvan (Cercle Vert, 2e au pointage de 4h30) : « Il n’y a pas de visibilité et le vent vient de mollir. L’arrivée sur l’Irlande semble tactique. Il y a un front pas loin, le vent bascule pas mal et le sud-ouest devrait arriver. J’étais assez fatigué en début de nuit mais je viens de dormir deux fois 20 mn donc mes batteries sont rechargées. La flotte est assez étirée, c’est plus tordu que prévu. Il faut surveiller tout ce qui se passe… »
Jérémie Beyou (Bernard Paoli, 23e) : « J’aimerais bien savoir ce qui se passe, il y a une baisse de pression qui met le bazar, on s’attendait à du sud-ouest et ce n’est pas le cas donc pour ma part, je prends la bascule. J’ai bien dormi la journée dernière, je suis un peu en retrait depuis le début, je ne vais pas très vite. Il faut que je navigue plus sereinement. Ce n’est pas fini et on ne se voit pas avec la bruine, donc ça ajoute du jeu. Le sud-ouest devrait finir par rentrer mais quand ? C’est dur de ne pas savoir ce que l’on va avoir localement en direction et force de vent. »
Yann Eliès (Generali, 12e) : « On se croise, on se recroise en fonction des siestes de chacun. On a croisé les bateaux de la Rolex Fastnet Race donc y a eu de l’animation dans la nuit. C’est assez gris globalement, on n’y voit pas grand-chose. Le vent mollit régulièrement depuis 2h du matin et le vent a pris de la droite donc on ne sait pas trop quoi faire. Je pense virer car je ne veux pas rester trop dans l’est. C’est un moment clé, ça ne va pas être facile à négocier. L’atterrissage en Irlande va être déterminant. Cette étape va laisser quelques traces physiquement mais ce n’est pas le moment de lâcher. »
François Gabart (Espoir Région Bretagne, 19e) : « On est sous la bruine et j’essaye de barrer depuis quelques heures. J’ai été un peu malade au début de l’étape, ça a puisé dans mes réserves. Je suis en tribord, on n’a eu un gros refus il y a une heure, j’en ai profité pour me recaler un peu au dessus en tribord en attendant de la gauche à venir, on verra bien si c’est le cas ! Il y aura du jeu jusqu’à la fin. »
Alexis Loison (All Mer Ineo GDF Suez, 22e) : « On fait du près depuis le début et là, il se passe des choses, le vent est en train de tourner. J’ai croisé des concurrents du Fastnet Race qui arrivaient très vite mais tout se passe bien. Cela commence à tirer mais je garde des forces pour la fin. Les copains de l’ouest ont un peu d’avance, j’aimerais bien être à leur place. »
Ronan Treussart (Black Hawk, 15e) : « Je me suis bien reposé et alimenté pour faire face. Je tente des trucs ! Cela a l’air de passer dans l’ouest. A priori, ils ne nous restent pas beaucoup de milles jusqu’à la pointe, c’est là qu’on va se regrouper. Tout ne se passe pas comme prévu mais cela remet du jeu, on ne voit pas les autres dans le brouillard, donc je fais vraiment ma course pour moi, sans se soucier des autres. »
Antoine Koch toujours aux commandes à moins de 20 milles du finish
Voilà plus de trois jours et trois nuits qu’ils remontent vers le nord-ouest pour rallier Dingle, terme de cette 3e étape. Trois jours intenses où se sont succédés stratégie entre les îles bretonnes, recherche de vitesse sur de lancinants bord de près, passage de dorsale anticyclonique, jusqu’au coup de Trafalgar cette nuit en mer Celtique, aux abords d’un centre dépressionnaire. Cette étape, qui devrait s’achever vers 20h00 pour les premiers, a donc été aussi longue que riche comme en témoignent notamment les nombreux changements de leaders. Ils sont sept en effet à avoir vu leur nom inscrit sur la première ligne du tableau de classement.
Sept leaders différents en trois jours
Il y eut d’abord Frédéric Duthil (Bbox Bouygues Telecom), en tête à la bouée Radio France quelques poignées de minutes après coup d’envoi à Saint Gilles Croix de Vie. Puis ce fut le tour de Gérald Veniard (Macif) de s’illustrer à la bouée de La Sablaire à quelques dizaines de mètres des plages de l’île d’Yeu. Le 11 août, au terme d’une première nuit de slalom entre les îles (Belle Ile, les Glénan) Michel Desjoyeaux prend les rênes et enroule en tête cap Caval (Grand Prix GMF Assistance), devant la pointe de Penmarc’h, dernière marque de ce parcours de 485 milles. Jusqu’au 12 août au matin, après le franchissement de la dorsale anticyclonique qui verra les solitaires entamer un long bord de près bâbord, le skipper de Foncia s’échange la vedette avec Charles Caudrelier Benac (Bostik). Mais au moment d’entrer dans les eaux anglaises de la Manche, Armel Tripon (Gedimat) prend le relais, avant de céder sa place en fin de journée à Antoine Koch. Armel Le Cléac’h (Brit Air) ne le remplacera que le temps d’un classement ce matin. A la barre de Sopra Group, le marin de Fouesnant ouvre toujours la route à 1,3 milles de Le Cléac’h et 3 milles de Duthil. Suivent dans l’ordre Gildas Mahé (Banque Populaire), le leader du classement général Nicolas Lunven (CGPI), au coude à coude avec Yann Eliès (Generali).
La flottille qui progresse sous spi sur une mer lisse, a tendance à s’aligner entre Bolus Head et les îles de Skellig… Il reste encore 27 milles – soit moins de 5 heures – avant de savoir si le bateau à la robe rouge sera le premier à déflorer la ligne sous les vertes collines. S’il est très bien placé pour l’emporter, le jeune Antoine doit se méfier car il a à ses trousses quelques fins limiers expérimentés et coutumiers des victoires…
C.El
Les echos du large :
Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles, 10e au pointage de 17h30) :« Il s’est passé plein de trucs inattendus, la dernière nuit on a eu quasiment 180 degrés de rotation de vent, ce qui n’était pas trop prévu ! Pas terrible pour moi : ils annonçaient du nord-ouest, ce que j’avais anticipé, mais depuis ça a quasiment fait le tour du cadran et ça a permis à toute la flotte dessous dans l’est de se refaire et passer devant ! Je me dis qu’il faut amener le bateau jusqu’à Dingle et qu’il peut se passer encore des choses. Il ne faut rien lâcher jusqu’au bout et essayer de comprendre. Mais ce n’est pas simple.»
Antoine Koch (Sopra Group, 1er) : « Je vois les côtes et la brume aussi mais je ne vois pas tous les bateaux. Cette nuit a été assez compliquée, j’ai l’impression d’être pas mal placé. En ce moment on n’a pas les conditions qu’on attendait, je suis dans 12 noeuds de vent d’est-sud-est mais on attend encore une transition avec du vent de sud-ouest, donc c’est vraiment loin d’être terminé ! Etre aux avant-postes m’arrive à chaque fois qu’on va en Irlande. J’ai un vieux souvenir d’une victoire d’étape en 2002, mais là il est bien trop tôt pour en parler. Je suis complètement cramé, il est vraiment temps d’arriver. La plus grande des motivations pour avoir la pêche c’est de sentir qu’on est dans le coup… »
Armel Le Cléac’h (Brit Air, 2e) : « La nuit n’a pas été simple avec le passage d’un front et une bascule Est, voire Nord-Est. J’ai réussi à m’en sortir pas trop mal. Pour l’instant il y a du vent, mais la météo annonce des conditions variables et voilà trois ans, on s’était tous arrêtés dans la baie de Dingle. Pour l’instant il y a un peu d’écart mais j’ai peur que ça mollisse par devant et que ça revienne par derrière. Antoine est un peu en ouvreur devant et ça permet de voir si jamais ça mollit et qu’il faut faire un détour. J’ai essayé de faire les choses simplement. La nuit dernière, je me suis un peu échappé du groupe dans lequel j’étais. J’ai du tirer les bons bords un moment ou un autre, mais ce n’est pas facile. Il faut être vigilant jusqu’au bout car les arrivées à Dingle sont toujours un peu compliquées. »
Franck Le Gal (Lenze, 7e) : « Je suis au contact avec quelques bateaux, Gérald Veniard est un peu dessous il y a aussi Nicolas Lunven et Yann Eliès. J’aime bien cet endroit qu’est le Fastnet même si on ne voit pas grand chose. Je serai bien content de finir cette course car je suis un peu épuisé, je n’ai pas dormi cette nuit. A voir les cartes météo je me doutais qu’il y aurait un peu de ‘brasse’ (de bouleversements, ndr) mais sûrement pas à ce point ! »
Nicolas Lunven (CGPI, 5e) : « A droite, j’ai la côte irlandaise sous les nuages et à gauche à trois longueurs j’ai Generali avec Yann Eliès ! J’ai réussi à me reposer en début de nuit, donc ça va. Je ne contrôle pas vraiment car Armel Le Cléac’h a pas mal d’avance, si ça se trouve il sera devant au général. Je suis juste venu me recaler à côté de Yann car je perdais sur lui en étant à terre, mais j’essaie juste de naviguer intelligemment. J’aurais fait la même chose avec un autre concurrent. C’est top, je n’étais pas venu avec des objectifs aussi élevés que ça donc c’est génial, je profite ! Ce serait bien prétentieux de ma part de dire que j’avais prévu la bascule de cette nuit. Mais ce n’était pas franc et les dernières cartes d’analyse nous montraient qu’au lieu d’avoir une petite dépression qui se formait, c’était un anticyclone… Cela renverse forcément la tendance, puisque le vent tourne dans le sens inverse ! »
Thomas Rouxel (Défi Mousquetaires, 11e) : « Je viens de passer la première pointe irlandaise, on navigue au portant plein vent arrière dans 11 noeuds de vent, je dois être entre la 15e et la 20e place. C’est vraiment joli les falaises irlandaises avec un peu de verdure, malheureusement la luminosité n’est pas idéale. C’est le vent qui m’a amené sur cette trajectoire et j’essaie de faire avec. C’est un peu moins humide, on avance, on est au portant, donc le moral est bon même si je ne suis pas très content de ma position car j’avais bien navigué jusque là. Ce n’est pas fini, il peut encore y avoir des changements sur la fin de l’étape. »
Michel Desjoyeaux (Foncia, 12e) : « Pour expliquer ce qui s’est passé, il faudrait que j’aie compris et pour le moment je n’ai pas compris ! J’ai fait une grosse erreur en essayant de protéger l’ouest, du coup je suis à la ramasse. Peut être que les grands périples autour de la planète ne sont pas tout à fait la même chose que la Solitaire du Figaro, qui est vraiment spécifique… et fait un peu mal aux cheveux ! J’ai privilégié les isobares et pas la petite cellule anticyclonique… et voilà. Mais c’est toujours intéressant, on apprend encore. J’ai Fabien Delahaye juste devant moi, Suzuki et Athema un peu plus loin devant. On voit des spis un peu partout, mais je pense que malheureusement il y en a une bonne quinzaine devant. Je n’avais pas trop mal navigué en début de parcours, je ne comprends pas comment Brit Air a pu faire le tour de la paroisse. Hier pas grand monde n’aurait parié sur ceux de droite, mais c’est pourtant eux qui sont sortis ! »
Frédéric Duthil (Bbox Bouygues Telecom, 3e) : « La nuit a été un peu fatidique avec une bonne bascule de vent. Prévue ou pas prévue, ça les uns te diront que oui, d’autres que non… en tous cas moi je ne l’avais pas venu venir ! Il se trouve que je m’en sors bien de mon côté, impeccable, la vie est belle. Ça fait du bien d’être à plat de ne pas avoir le bateau qui tape, la vie à bord est quand même plus simple. Je suis au taquet, j’espère que ça ne va pas partir en eau de boudin comme il y a trois ans, en espérant que le vent tienne. On est plein d’espoir ! C’est un beau Figaro en tous cas, ça va être chouette ! Tout reste possible et imaginable… »
Franchissement de dorsale
Le vent ne devrait pas cesser de basculer vers l’ouest, c’est donc parti pour une grande course de vitesse en direction du Fastnet. A la vacation du matin, les concurrents se réjouissaient tous de ne pas avoir rencontré de vraies zones de calme aux abords de l’anticyclone. Cela dit, le vent reste très instable en force et en direction, comme en témoignent les caps et les vitesses très disparates des bateaux.
S’il n’y a pas de grande stratégie à l’horizon après ce virement de la nuit, il faut donc continuer à veiller sur le pont pour adapter en permanence la route ou les réglages. Or, la fatigue se fait sentir pour quelques-uns des solitaires qui luttent depuis le départ pour revenir au contact des leaders. Mais avec un vent qui varie entre 5 et 9 nœuds et qui fait tourner les girouettes, ce n’est pas le moment de faiblir ! Heureusement, la nuit a été claire, l’obscurité adoucie par la lune et les étoiles… des conditions idéales pour traverser les deux rails de cargo à l’entrée de la Manche.
Côté classement, cette deuxième nuit en mer a un peu redistribué les cartes. Les écarts semblent s’être passablement creusés mais ils doivent être pondérés par l’écart latéral important qui sépare les concurrents les plus au vent (Laurent Pellecuer sur Arnolfini.fr notamment), de ceux qui ont déclenché leur virement plus tôt. Ces derniers se retrouvent ce matin sous le vent de la flotte et sont très bien servis au classement : Armel Tripon (Gedimat), Frédéric Duthil (Bbox Bouygues Telecom), Antoine Koch (Sopra Group) et Yann Eliès (Generali) sont dans l’ordre les nouveaux poursuivants direct de Charles Caudrelier Benac. Le skipper de Bostik, qui flirte avec la tête de course depuis le lancement de cette 40e Solitaire, avait pris une bonne résolution avant le départ de cette 3e étape : être agressif de bout en bout. Et gagner. En pointe, au milieu du peloton, Charles est-il en train de mettre son plan à exécution ?
C.El
Les échos de la mer
Frédéric Duthil (Bbox Bouygues Telecom, 3e au pointage de 4h30) : « C’est la pagaille côté direction et intensité du vent. Ce n’est pas facile de savoir où on en est. Il faut faire avancer le bateau dans la bonne direction ! J’ai fait des mauvais choix au début de l’étape, tout s’est enchaîné mais hier après-midi, je me suis bien refait la cerise. »
Gildas Morvan (Cercle Vert, 19e) : « Le vent a basculé à l’ouest, et nous avons eu la chance de ne pas avoir eu trop de pétole. Je n’étais pas bien parti de Saint Gilles mais après Cap Caval, j’ai réussi à revenir dans le paquet, donc je suis content. J’ai dormi hier dans la journée, mais là je vais attendre que le vent soit plus régulier et plus fort pour aller faire une sieste. Désormais cela va être une course de vitesse jusqu’ à Dingle. Il y aura sûrement plus de jeu à l’approche des côtes. »
Eric Drouglazet (Luisina, 27e): « Je profite du vent frais pour dormir un peu. Il y a des bateaux un peu partout, et on se bataille pour être dans le nord-ouest le plus vite possible. Depuis La Sablaire, j’essaye de recoller au paquet. Il y a encore de la route, la dernière fois que je suis venu à Dingle, je suis rentré 22e dans la baie et j’ai fini 2e de l’étape à 10 secondes du premier, donc rien est fait. On fait marcher, je suis bien reposé, on s’alimente et on s’accroche… »
Aymeric Belloir (Cap 56, 35e) : « Un moment clé de la course est en train de se jouer donc il faut être dessus pour se rattraper. Il ne faut pas fermer l’œil. Il n’y a pas beaucoup de créneau pour se reposer, j’ai dormi avant de virer de bord, mais globalement je me sens bien. En ce moment, c’est le pilote qui barre, j’enchaîne les réglages. A priori, la dorsale se rétracte dans les prochaines 24h, je dois donc repartir au plus proche de la route directe. C’est sympa d’avoir des lumières autour de soi et d’évoluer en flotte. Cela veut dire qu’il n’y pas encore trop d’écart. Côté ciel, c’est un peu nébuleux, mais nous avons eu de beaux levés et couchés du soleil. »
Sébastien Josse vainqueur IMOCA de la Fastnet
C´est une grande victoire pour Sébastien Josse et Jean-François Cuzon qui se sont battus pour la première place tout au long des 608 miles de la course. Le duo avait pris le contrôle de la flotte dès hier après-midi et s’impose ce matin devant Artemis Ocean Racing, Safran, Team Pindar et Aviva, bateaux qui pour la plupart (sauf Safran) couraient avec pas moins de 5 équipiers à bord.
“C’est génial, vous avez en face de vous deux hommes très heureux! C’était une très belle course, une grande compétition entre les cinq premiers bateaux dès le départ et des conditions idéales de navigation. Notre victoire nous rassure sur nos objectifs pour la Transat Jacques Vabre. BT est un bateau rapide, Jeff et moi faisons une bonne équipe et notre motivation n’a jamais été aussi grande ! » déclare Sébastien Josse quelques minutes après avoir franchit la ligne d’arrivée à Plymouth.
“Nous étions deuxième au passage du rocher du Fastnet mais je savais que nous serions plus rapide qu’Artemis Ocean Racing au portant et c’est exactement ce qu’il s’est passé. Nous avons également été en compétition avec RAN depuis les îles Scilly jusqu’à la ligne d’arrivée, ce qui est incroyable !! »
Seb et Jean-François sont ravis de leur victoire sur le Fastnet, d’autant plus que la plupart de la flotte IMOCA courraient en équipage alors qu’ils n’étaient que deux à bord.
«Être deux à bord signifie que nous sommes plus lents dans les manœuvres, ce qui a été le cas dans le Solent après le départ, nous avons dû faire à peu près dix virements de bord. Mais en fait nous avons compensé le manque de mains par une bonne tactique et des décisions prisent au bon moment ! »
C’est un vent faible qui a accompagné le départ de cette 43ème édition de la Rolex Fastnet Race, dimanche à 12h00 à Cowes. Les 300 bateaux inscrits se sont élancés sous spi le long de la côte Sud de l’Angleterre. Mais dès 4 heures du matin lundi, BT était lancé à 20 noeuds au près lors du passage du Cap Lizard et de Lands End. Désormais à l’entrée de la Mer d’Irlande, BT se trouve toujours dans le groupe de tête et est lancé à la poursuite d’Artemis Ocean Racing. Les écarts se réduisent mais BT passe en seconde position le Fastnet. Plus rapide au portant, BT prend rapidement la tête de la flotte sur la route de Plymouth et les écarts augmentent jusqu’à la ligne d’arrivée, qu’ils franchissent en vainqueur.
Qu’elle est la suite maintenant ?
“ Avant tout, rentrer à Port La Foret, notre port d’attache. BT rentre en chantier pour quelques semaines pour faire un point sur la coque, le mât et la quille entre autres… Et par la suite nous allons essayer de passer le plus de temps possible sur l’eau avec Jeff et nous concentrer sur l’entraînement pour la Transat Jacques Vabre » conclut Sébastien.


















