Branle-bas de combat à 70 milles des côtes irlandaises

Armel Le Cléac-h - Solitaire du Figaro
DR

Il se passe toujours des choses surprenantes sur La Solitaire. C’est ce qui est en train d’arriver ce jeudi au petit matin alors que la brume et la bruine sont de la partie en cette fin de traversée de mer Celtique. On croyait en effet la situation aussi stable que claire pour les derniers milles en direction de l’Irlande. Le vent de sud-ouest devait s’installer et permettre aux 52 figaristes de poursuivre leur route pratiquement sur le même bord jusqu’à Dingle, avec au passage un brin de navigation au portant. Or, vers 4 heures du matin, le vent a refusé brutalement tout en dégringolant de 17 à 10 nœuds. Vers 6 heures, à l’ouest de la zone, la pétole s’installait tout bonnement avec un souffle inférieur à 2 noeuds !
Les marins joints à la vacation en sentaient les effets et une petite dizaine d’entre eux avaient déjà viré pour s’adapter à la nouvelle valse d’Eole. C’était le cas de Charles Caudrelier Benac (Bostik), Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles), Fabien Delahaye (Port de Caen Ouistreham), Thomas Rouxel (Défi Mousquetaires), François Gabart (Espoir Région Bretagne), Ronan Treussart (Black Hawk), Armel Tripon (Gedimat), Eric Peron (Skipper Macif) ou encore Paul Meilhat (Domino’s Pizza) et Laurent Pellecuer (Arnolfini.fr). En réalité, une bonne partie des hommes de l’ouest. Il y a fort à parier qu’ils soient imités dans l’heure qui vient par une majorité des protagonistes de cette 3e étape.

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Les hommes de l’ouest, justement. Ce sont eux qui ont pris les commandes de la course au dernier pointage en date, Armel Le Cléac’h (Brit Air) en chef de file. Gildas Morvan (Cercle Vert) est son nouveau dauphin tandis qu’Antoine Koch (Sopra Group) demeure en 3e position. Derrière, à moins de deux milles, on trouve dans l’ordre Erwan Tabarly (Athema), Michel Desjoyeaux (Foncia) et Charles Caudrelier Benac. Mais difficile de se fier à l’ordre établi. L’atterrissage sur les cailloux d’Erin sera beaucoup plus tactique que prévu. « On va certainement galérer » prévoit Yann Eliès ; « ça va être compliqué de passer le pointe sud-ouest de l’Irlande. C’est un peu le bazar et j’aimerai bien savoir ce qui se passe » enchaîne Jérémie Beyou. « Il y a moyen de faire de gros écarts et je m’y consacre » confirme Ronan Treussart.
Toute la problématique après trois jours et trois nuits de mer est d’aborder ces dernières difficultés le corps reposé et l’esprit clair. Alexis Loison (All mer Ineo GDF Suez) avouait ce matin que « ça commençait à tirer un peu », Gildas Morvan (Cercle Vert) qu’il avait été très fatigué hier soir, et François Gabart, malade depuis la veille du départ, qu’il « puisait dans ses réserves ».

Les plus en forme et les plus énervés pourront en revanche trouver dans cette nouvelle donne météorologique l’occasion de revenir dans le match.

Une étape qui réserve des surprises de dernière minute et des concurrents épuisés à l’arrivée… Voilà le probable dénouement à Dingle, dans le droit fil de ce qui a toujours fait l’histoire de La Solitaire du Figaro.
C.El

Les échos de la mer

Gildas Morvan (Cercle Vert, 2e au pointage de 4h30) : « Il n’y a pas de visibilité et le vent vient de mollir. L’arrivée sur l’Irlande semble tactique. Il y a un front pas loin, le vent bascule pas mal et le sud-ouest devrait arriver. J’étais assez fatigué en début de nuit mais je viens de dormir deux fois 20 mn donc mes batteries sont rechargées. La flotte est assez étirée, c’est plus tordu que prévu. Il faut surveiller tout ce qui se passe… »

Jérémie Beyou (Bernard Paoli, 23e) : « J’aimerais bien savoir ce qui se passe, il y a une baisse de pression qui met le bazar, on s’attendait à du sud-ouest et ce n’est pas le cas donc pour ma part, je prends la bascule. J’ai bien dormi la journée dernière, je suis un peu en retrait depuis le début, je ne vais pas très vite. Il faut que je navigue plus sereinement. Ce n’est pas fini et on ne se voit pas avec la bruine, donc ça ajoute du jeu. Le sud-ouest devrait finir par rentrer mais quand ? C’est dur de ne pas savoir ce que l’on va avoir localement en direction et force de vent. »

Yann Eliès (Generali, 12e) : « On se croise, on se recroise en fonction des siestes de chacun. On a croisé les bateaux de la Rolex Fastnet Race donc y a eu de l’animation dans la nuit. C’est assez gris globalement, on n’y voit pas grand-chose. Le vent mollit régulièrement depuis 2h du matin et le vent a pris de la droite donc on ne sait pas trop quoi faire. Je pense virer car je ne veux pas rester trop dans l’est. C’est un moment clé, ça ne va pas être facile à négocier. L’atterrissage en Irlande va être déterminant. Cette étape va laisser quelques traces physiquement mais ce n’est pas le moment de lâcher. »

François Gabart (Espoir Région Bretagne, 19e) : « On est sous la bruine et j’essaye de barrer depuis quelques heures. J’ai été un peu malade au début de l’étape, ça a puisé dans mes réserves. Je suis en tribord, on n’a eu un gros refus il y a une heure, j’en ai profité pour me recaler un peu au dessus en tribord en attendant de la gauche à venir, on verra bien si c’est le cas ! Il y aura du jeu jusqu’à la fin. »

Alexis Loison (All Mer Ineo GDF Suez, 22e) : « On fait du près depuis le début et là, il se passe des choses, le vent est en train de tourner. J’ai croisé des concurrents du Fastnet Race qui arrivaient très vite mais tout se passe bien. Cela commence à tirer mais je garde des forces pour la fin. Les copains de l’ouest ont un peu d’avance, j’aimerais bien être à leur place. »

Ronan Treussart (Black Hawk, 15e) : « Je me suis bien reposé et alimenté pour faire face. Je tente des trucs ! Cela a l’air de passer dans l’ouest. A priori, ils ne nous restent pas beaucoup de milles jusqu’à la pointe, c’est là qu’on va se regrouper. Tout ne se passe pas comme prévu mais cela remet du jeu, on ne voit pas les autres dans le brouillard, donc je fais vraiment ma course pour moi, sans se soucier des autres. »