Les retardataires essaient de surmonter la déception

Ed Hill
DR

Sur cette épreuve d’endurance, personne n’accède à la victoire en claquant des doigts. Yann Eliès (Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir) n’a t’il pas mis 7 ans (7 participations) avant de remporter une manche ? Gildas Morvan (Cercle Vert) qui a fait ses débuts en 1993 sur La Solitaire, n’a t’il pas gagné sa toute première étape qu’en 1999 ? « C’était dur, j’ai trouvé que c’était ingrat, je n’ai pas l’impression d’avoir fait de grosses erreurs, et mes petites erreurs je les ai payées très cher. Parfois, on est désespéré, mais j’ai une règle d’or, c’est de limiter la perte » racontait Isabelle Joschke (Generali Horizon Mixité) quelques heures après son arrivée à Roscoff.

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Sur la Solitaire du Figaro, il y a des manches où rien ne se passe comme on veut. Les premiers sont les premiers à toucher du vent, les premiers sont les premiers à glisser avec le courant… Bref, en queue de flotte rien ne va plus ! « Derrière, il faut s’accrocher et donner tout ce qu’on a… En plus, bien souvent, les coups que tu tentes ne marchent pas et tu ne fais que perdre » avouait Frédéric Rivet (DFDS Seaways) à son arrivée. « J’ai eu des opportunités, mais je ne les ai pas prises, je ne sais pas pourquoi. Pourtant, j’ai la sensation d’aller mieux que l’an dernier, donc c’est vraiment énervant… Mais au final, j’aime cette course parce qu’on va au plus loin de soi-même » expliquait l’Anglais Sam Goodchild, qui l’an dernier avait plutôt réussi sa course en terminant 11e au classement final.

Usant… C’est le terme employé par certains d’entre eux qui probablement dorment moins, s’alimentent peu, se donnent à 200% pour réduire l’écart avec le paquet de tête. Henry Bomby (Red), 23 ans, a vécu son chemin de croix entre Plymouth et le Fastnet : « Cette manche était très dure mentalement. Parfois je crie sur mon bateau, je m’énerve. Parce que je vois les autres partir. Mais, c’est le jeu, je me dis que quelqu’un de très bon peut se retrouver dans une situation pareille. ». Que dire de Gwen Gbick (Made in Midi), dernier arrivé au pays du Léon après une approche plus qu’approximative, voire dangereuse sur l’île de Batz : « J’étais cramé et je n’avais plus d’électronique depuis les Scilly. Je faisais le point sur mes cartes papier. Je n’étais plus du tout lucide. »

Ils ont dit
Gwen Gbick (Made in Midi), 34e au Général à 7h14 :
« J’ai appris à connaître sur moi, quand j’ai l’impression d‘être lucide, c’est que je ne le suis pas. Je mets trop d’énergie à tenter de remonter des places et je m’use, je rage sur moi-même, je suis du coup impatient. Je découvre la gestion de soi avec beaucoup de paramètres. Mais je progresse ! ».

Isabelle Joschke (Generali – Horizon Mixité), 24e au général à 4h36 : « Toute la course a été difficile pour moi. J’ai raté ma première nuit, et je pense que beaucoup de choses se sont jouées dès le début : 3 milles de retard se sont transformés en plus 15 milles. Parfois, on est désespéré, mais j’ai une règle d’or, c’est de limiter la perte. Comme c’est une course au temps, ça impose de rester cohérent où que l’on soit pour ne pas perdre encore plus. Avant, j’aurais peut-être tenté des choses, maintenant j’accepte. C’est une leçon de patience. »

Frédéric Rivet (DFDS Seaways), 20e au général à 4h17 : « Ce fut une étape compliquée, où je me suis retrouvé derrière au début et c’est un schéma de parcours où il n’y pas énormément d’options. Il faut pouvoir revenir, mais sur des bords plutôt obligatoires ; les options, ce sont des petits décalages pour attendre le bon phénomène météo et le courant. Quand tu es d’emblée devant ça aide… Je m’étais pourtant mis ça en tête au départ, et puis j’ai été embêté avec Vincent Biarnes (Guyot Environnement) qui m’a bloqué, ça m’a mis de mauvaise humeur. J’ai eu du mal à me remettre dedans du coup…»

Sam Goodchild (Team Plymouth), 28e au général à 5h17 : « Parfois je me disais « mais pourquoi je fais ça, qu’est-ce que je fais là ? ». Tu passes tout l’hiver à te préparer pour ça, et tu n’y arrives pas… J’essaye d’enlever ça de ma tête pendant la course sinon je suis super énervé. L‘année dernière comme maintenant j’étais 11e au général, cette année je n’y arrive pas. J’ai la sensation de rien pouvoir faire. J’ai eu des opportunités, mais je ne les ai pas prises, je ne sais pas pourquoi. Pourtant, J’ai la sensation d’aller mieux que l’an dernier, donc c’est vraiment énervant… »

Henry Bomby (Red), 29e au général à 5h20 : « Il faut que je sois patient. Je veux être bon, mais bon maintenant. Cette deuxième étape m’a fait me rendre compte que cette régate à armes égales demande du temps pour accéder au top. J’ai parlé avec de nombreux skippers et les entraîneurs à propos de mes frustrations, combien la course est dure, trop dure, comment elle vous détruit mentalement, et combien je suis déçu. Ils me disent que suis jeune et qu’il ne faut pas s’inquiéter, surtout continuer à travailler dur, et ça va venir. Mais je ne vois pas mon âge comme une excuse, Corentin (Horeau), 25 ans, a commencé la voile Figaro la même année que moi et il se classe 2e dans cette manche, donc c’est possible. »