La Solitaire du Figaro 2010, un grand millésime

Podium Figaro 2010
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Etape 1 – Le Havre-Gijón (Esp) : 515 milles
Dans un vent de nord-ouest faible, 45 marins solitaires s’attaquent à cette 41e édition en commençant par le plat de résistance : la plus longue étape de cette Solitaire (515 milles) promet, avec un nombre incroyable de pièges sur le parcours : la baie de Seine, la pointe de Barfleur, le Raz Blanchard… avant de s’attaquer à la Manche puis au chenal du Four, la pointe de Bretagne, la traversée du golfe de Gascogne et enfin l’atterrissage sur les piégeuse côtes des Asturies. Eric Peron (Skipper Macif 2009) est le premier leader. Les algues scélérates gênent la progression des bateaux alors encore relativement groupés au large du Cotentin. Il y a déjà du jeu dans les courants du raz Blanchard, puis dans les îles anglo-normandes, où on évolue au louvoyage. Au menu, on aura deux jours du près ! La descente de la Manche s’achève en catastrophe pour Yann Eliès (Generali-Europ Assistance) qui s’endort et s’échoue miraculeusement sur la plage de Primel… avant de réussir à se dégager seul, mais en ayant embrayé son moteur. Cela lui vaudra plus tard une pénalité de 2 heures l’écartant définitivement du podium. Dans le chenal du Four, le spectacle est épatant : le vent est enfin portant et toute la flotte envoie le spi… qu’on n’affalera plus jusqu’à Gijón ! Armel Le Cléac’h (Brit Air) prend la tête, Yann Eliès est déjà revenu aux avant-postes ! Au prix d’empannages bien placés et une trajectoire à l’Est de la route directe, Le Cléac’h, Eliès, Péron et François Gabart (Skipper Macif 2010) s’échappent. Le samedi 31 juillet, "Le Chacal" franchit en vainqueur la ligne d’arrivée de Gijón, devant Yann Eliès et Eric Péron. Suite à la pénalité de Yann Eliès, ce podium sera corrigé plus tard (à Brest) après jury, Eric Péron devenant 2e et François Gabart 3e.

Etape 2-Gijón-Brest 385 milles
Ce deuxième acte de 385 milles s’est révélé tout aussi riche que le premier, avec une portion hauturière pour commencer (230 milles dans le golfe de Gascogne) suivi d’un joli tronçon côtier en terres bretonnes et un final en rade de Brest. Les 45 solitaires ont tout eu : les TD sur la dorsale et le front, l’épreuve de sport avec manœuvres et spi au largue serré, le grand oral du louvoyage entre les îles, pour finir par un petit QCM sur la pétole dans le goulet de Brest.
Le 3 août, devant les falaises vertes des Asturies, c’est Yann Eliès qui signe le meilleur départ pendant que 5 de ses camarades (dont Beyou), se font rappeler à l’ordre par le Comité de course. La fin de l’après-midi et le début de la première nuit sont consacrés au franchissement d’une dorsale qui barre la route des navigateurs. Les classements sourient rapidement au groupe emmené par Jérémie Beyou (BPI), Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls) et Kito de Pavant (Groupe Bel). Jérémie va régner en maître pendant toute la traversée du golfe de Gascogne effectuée au près puis au reaching dans des conditions de plus en plus sportives au passage d’un front. Pendant 20 heures, les marins vont rester à la barre et enchaîner les manœuvres de voile dans un vent qui atteint 30 noeuds dans les rafales et une mer mal rangée. Devant St Nazaire, à la bouée SN1 (Grand Prix GMF Assistance), Armel Le Cléac’h (Brit Air) prend les affaires en main quelques centaines de mètres devant François Gabart (Skipper Macif 2010) et Jérémie Beyou. Ces trois-là vont batailler pendant les 115 milles de louvoyage le long des côtes bretonnes puis sous spi dans le goulet de Brest et jusqu’à la ligne d’arrivée franchie dans la pétole à 2h44 du matin par un Armel Le Cléac’h fatigué mais radieux…

Etape 3 : Brest-Kinsale (Irlande)
Armel Le Cléac’h (Brit Air) est bien le patron de cette Solitaire 2010, quand la flotte s’élance de nouveau de Brest ou Frédéric Duthil (Bbox Bouygues Telecom), alors seul abandon de la flotte, est venu saluer ses camarades. Le départ est très, très mouvementé, dans la rade ce jeudi 5 aout plusieurs collisions, qui handicapent notamment les bateaux de Marc Emig (marcemigetmoi.com) et d’Armel Tripon (Gedimat), lequel songe à abandonner avant de se raviser. François Gabart (Skipper Macif 2010) s’échoue sur des cailloux… descend de son bateau et parvient à le remettre à flot en le poussant à la main ! Thomas Rouxel est impérial en tête. Son leadership tient jusqu’à 100 milles du Fastnet, quand il est repris puis doublé par un certain Armel Le Cléac’h ! En mer Celtique, « Le Chacal » commet sa seule et unique erreur de cette Solitaire 2010 en poussant un peu trop loin un bord, à l’approche du célèbre « Rock ». Au Fastnet, spectacle superbe quand les cinq premiers enroulent le phare irlandais quasi simultanément et envoient le spi dans du vent faible. Il y a là Adrien Hardy (Agir Recouvrement) et Yann Eliès (Generali-Europ Assistance) qui vont chercher leur salut à la côte, tandis que Thomas Rouxel, Jean-Pierre Nicol (Bernard Controls) et Gildas Morvan (Cercle Vert) tentent de profiter d’un vent d’abord plus frais au large. Mais Adrien Hardy ne craque pas, même sous la pression de Yann Eliès dans son tableau arrière. A Kinsale, ce Nantais de 26 ans s’offre sa première victoire sur La Solitaire. A Kinsale, on salue encore les performances de deux bizuths talentueux qui terminent respectivement 8e et 9e : Anthony Marchand (Espoir Région Bretagne) et Francisco Lobato (ROFF/Tempo-Team).

Etape 4 Kinsale-Cherbourg Octeville 435 milles
Au départ de Kinsale dans la bruine irlandaise, les 44 marins sont survoltés. Cette fébrilité se traduit par deux rappels généraux et, plus embêtant, par une collision entre le bateau de Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) et celui de Matthieu Girolet (Entreprendre Lafont Presse). Le premier a un gros trou dans l’étrave, le second au niveau de la cadène tribord. Les deux marins doivent rentrer au port pour réparer et se résoudre à l’abandon (Bernard obtiendra réparation et sera finalement reclassé). Pour les autres, le programme de cet acte final de 435 milles est simple : 45 milles de près jusqu’au Fastnet et tout le reste sous spi.
Jean-Pierre Nicol (Bernard Control) et Laurent Pellecuer (Arnolfini.fr) se partagent les honneurs à la bouée de dégagement. La première nuit se déroule au louvoyage sous les côtes du sud- Irlande et c’est Gildas Morvan (Cercle Vert) qui double le premier un Fastnet fantomatique, noyé dans la brume. Les spis sont dès lors envoyés et c’est parti pour 48 heures de runs endiablés dans un vent qui va dépasser les 30 nœuds au passage d’un front. La flotte s’étale sur un grand axe de 20 milles perpendiculaire à la route et très vite, maître Le Cléac’h s’impose en tête en compagnie d’un petit groupe de 3 bateaux : Corentin Douguet (E.Leclerc Mobile) et les deux Skipper Macif, François Gabart et Eric Peron. Un nuage traitre aux abords de la marque Lizen Ven (nord Finistère), puis le courant contraire au raz Blanchard vont se charger de faire définitivement le vide derrière ces quatre échappés.

En rade de Cherbourg-Octeville, à la tombée de la nuit, Armel Le Cléac’h franchit en grand vainqueur la ligne d’arrivée de La Solitaire 2010. Il remporte cette 41e édition après l’avoir outrageusement dominée (3 victoires d’étape) et entre ainsi dans le cercle des doubles vainqueurs de l’épreuve. Sur la ligne, il devance les excellents Corentin Douguet (E.Leclerc Mobile) et François Gabart (Skipper Macif 2010) qui prennent respectivement les 3e et 2e places du classement général de cette édition. Côté bizuth, Anthony Marchand (Espoir Région Bretagne) n’aura pas démérité : il remporte le classement dans la catégorie « première participation » devant Yoann Richomme (DLBC) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat).