Bonne année ! Et à minuit, on a dansé avec la mer !

Nous souhaitons à tous nos lecteurs et lectrices une belle et heureuse année, qui commence avec le grand large et tous les océans comme terrain de jeu : deux tentatives de records du Trophée Jules Verne, un tour du monde en Class40 et un autre en trimaran mais sur un tour du monde à l’envers. De quoi patienter avant le retour du SailGP, de toutes les classes de bateaux de course au large et de l’IRC sur l’eau. Nous aurons une pensée pour Rosalba Di Cuffa, qui nous a quittés le 23 décembre. Figure fondatrice de la Drheam Cup dès sa toute première édition, Rosalba formait avec Jacques Civilise un duo indissociable, dans la vie comme à la manœuvre, à l’origine de la création et de l’administration de cette course emblématique. Nous avons choisi de partager avec vous les vœux d’Alexia Barrier qui, proche du point Nemo, se bat avec son équipage d’Idec Sport pour établir un premier temps féminin autour du monde. En trois ans, elle aura réussi à monter son projet fou et à vivre son rêve : the Famous Project. Une belle source d’inspiration qu’offre la course au large pour vous ou vos proches pour débuter cette nouvelle année. Merci de nous suivre et d’être toujours au rendez-vous !

- Publicité -

Et à minuit, on a dansé avec la mer

Il est 23h TU.
C’est mon quart.
Dehors, c’est toujours un peu la guerre.
Les vagues sont là, le vent aussi. Plus de 40 nœuds, fidèles au poste.
On doit être au 70ᵉ grain de la journée — et, chose étrange, pas de grêle ni de neige avec celui-ci. On s’étonne presque.
23h30. Dee est encore sur le pont.
Je lui dis :
— Tu restes jusqu’à minuit ?
Elle me répond, tranquille :
— Je veux fêter la nouvelle année avec vous.
Autant dire que, jusque-là, la fête n’était pas franchement à l’ordre du jour.
Notre priorité : faire marcher le bateau, ne rien casser, rester lucides.

Dans la journée, deux grosses vagues.
L’une ouvre la fenêtre de la cuisine et remplit le bateau.
L’autre projette Stacey Jackson trois mètres en arrière du poste de barre. Elle retombe sur les fesses. Quelques bleus. Rien de cassé. Mais un rappel clair : ici, ça ne plaisante pas.
Alors non, le réveillon ne nous traverse pas vraiment l’esprit.

Et puis 23h50.
Bex et Molly sont à la barre et aux réglages.
Moi, je jette un œil à la météo, puis aux filles dehors.
Je leur parle à travers la vitre — elles ne m’entendent pas, mais elles comprennent.
La question tombe :
Quelle musique ?
Ce sera Fireball – Pitbull.
Je trouve le morceau, je mets l’ampli à fond.
Bessie sort une bouteille de champagne et les chocolats qu’on avait gardés pour l’occasion.
Et finalement, tout le monde sur le pont.
Moins de deux minutes avant le compte à rebours.
On danse sous un grain à 45 nœuds.
Fireball à fond.
Et ça nous va si bien.

Ce n’était pas prévu.
Ce n’était pas calculé.
Mais qu’est-ce qu’elle fait du bien, cette célébration.
Le passage à la nouvelle année 2026, ensemble,
au cœur de cette immense aventure,
déjà le regard tourné vers ce qui vient.
Oui, on est fatiguées.
Oui, c’est dur.
Il fait froid, c’est humide, le bateau bouge sans cesse.
Mais quelle chance on a.
Point Nemo n’est pas loin.
Le Cap Horn aussi.
Nous avançons.

Une amie m’a écrit aujourd’hui.
Et ses mots ont trouvé leur place ici, naturellement.
Elle m’a parlé de Fernand de Magellan.
De cet homme qui n’a pas terminé son tour du monde, mais qui a ouvert une route,transmis un savoir, et surtout, n’a jamais renoncé à son rêve.
Elle nous a rappelé une chose essentielle :
ce qui compte, ce n’est pas seulement l’arrivée.
C’est le chemin. Les jours.
La manière de tenir, ensemble.
La façon de se battre pour quelque chose qui nous dépasse.
Le trophée, le record, la chance ou la malchance…
Tout ça ne nous appartient pas totalement.
Mais l’engagement, la détermination, le courage du quotidien —
ça, c’est entre nos mains.

À celles et ceux qui nous suivent.
À celles et ceux qui nous soutiennent.
À nos proches.
À ceux qui nous découvrent aujourd’hui.
À ceux qui nous connaissent depuis longtemps.
Nous vous souhaitons une très belle année 2026.
Qu’elle vous mette en mouvement.
Qu’elle vous rapproche de vos rêves.
Qu’elle vous donne l’audace de lever les yeux, et le courage d’avancer, même quand le vent souffle fort.
Parce qu’au fond,
ce sont toujours celles et ceux qui osent tracer leur route
qui finissent par trouver leurs étoiles.

Alexia Barrier

Les femmes de The Famous Projects CIC viennent, la nuit dernière, d’opérer avec succès le débordement par le nord d’un centre dépressionnaire actif. Sans coup férir, précises dans leur tempo, efficaces dans leurs trajectoires, Alexia (Barrier), Dee (Caffari), Annemieke (Bes), Rebecca (Gmür Hornell), Deborah (Blair), Molly (LaPointe), Támara (Echegoyen) et Stacey (Jackson) sont, à grands coups d’empannages, passées du vent de Sud aux flux de Nord Nord Ouest en avant de ce centre de basse pression qui va désormais les propulser en droite ligne vers les rivages chiliens, et à court terme, le cap Horn.

Elles laissent ce matin en leur bâbord le point Nemo, ce “pôle maritime d’inaccessibilité”, la position géographique, située en plein milieu de l’Océan Pacifique, qui indique le point le plus éloigné de toute terre. Elles ont aussi dépassé le lieu précis aux relents de drame où, il y a 27 ans, le premier équipage 100% féminin, celui de la Britannique Tracy Edwards, voyait ses rêves de tour du monde historique s’effondrer en même temps que le mât de leur catamaran Royal&Sun Alliance. Les filles de The Famous Project CIC sont à présent les seules navigatrices à être parvenues si loin dans un Trophée Jules Verne.
Nulle gloire dans cet état de fait, juste un rappel de ce que Dee et Alexia ne cessent de marteler ; leur présence n’est ici que tolérée, et malgré la dureté des conditions de vie, la fatigue désormais omniprésente, c’est à ce moment de la course que toute leur indomptable énergie est plus que jamais mobilisée à la vigilance et à l’écoute du bateau.
1 900 milles, soit sur leur vitesse actuelle, moins de 4 jours de navigation, les séparent désormais du fameux Horn, synonyme de retour en Atlantique et de sortie du pays de l’ombre. 4 jours de mer forte et désordonnée, de vent fort, de froid et même de neige. Mais 4 jours d’envies, de détermination, de conviction, à marquer à jamais l’histoire de leur sport.

Alexia Barrier :
“On connait un Pacifique très physique. Le vent est plus soutenu, parfois très irrégulier, avec des rafales violentes, allant jusqu’à 50 nœuds, et surtout une mer croisée qui secoue en permanence. Les vagues sont hautes, 5 mètres, puissantes, pas toujours bien rangées, et le bateau vit beaucoup. Ça demande une vigilance constante, réduire, ré-accélérer, anticiper.
On est dans l’engagement. Bien que cela reste majestueux, mystique, hypnotique.
La stratégie est assez simple à dire, beaucoup plus complexe à tenir : il nous faut rester dans le bon tempo.
Ne pas se faire enfermer par les hautes pressions, attraper les bons systèmes sans aller trop au sud, et surtout préserver le bateau et l’équipage.
On a encore quelques heures très difficiles, puis ça va se calmer jusqu’à l’approche du Horn. Et là, on verra. Il est trop tôt pour savoir comment ça va se passer.
Le Horn ne se gagne pas à l’attaque frontale, mais à la régularité. On joue le long jeu.
Le mouvement du bateau est ce qu’il y a de plus pénible à vivre. Pour le froid, on s’équipe. Pour l’humidité, on compose.
Mais le mouvement permanent, les accélérations, les chocs, ça ne s’arrête jamais. Le corps est toujours en adaptation, même au repos. C’est usant mentalement autant que physiquement.
Mon souhait pour 2026 est qu’on continue à oser. Oser les projets ambitieux, les équipes engagées, les aventures collectives.
Et qu’on prenne le temps de faire les choses bien, en restant alignées avec ce qu’on est, en mer comme à terre.”