Après 11 jours de course intense dominé par Sam Goodshild (MACIF Santé Prévoyance) c’est finalement Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei) qui s’est imposé sur le fil à l’arrivée aidée par une zone sans vent. Il devance Sam Goodchild, et Violette Dorange (Initiatives-Cœur). La 3e édition de la Vendée Arctique – Les Sables d’Olonne a permis aux skippers de franchir pour la première fois dans l’histoire de la course au large le cercle polaire arctique à la longitude de leur choix, avant de revenir en baie des Sables-d’Olonne. A l’arrivée un hommage a été rendu à Charlie Dalin.
Il a fallu être patient et attendre le cœur de la nuit, entre lundi et mardi, pour connaître l’issue de la Vendée Arctique. Une zone de molle (zone sans vent) a longtemps barré la route des premiers et a tout fait bousculer. Leader depuis la première nuit, Sam Goodchild s’est retrouvé bloqué et n’a rien pu faire pour empêcher la remontée d’Ambrogio Beccaria. L’Italien a pris les commandes à 18 heures lundi, et ne les a plus jamais lâchées. Lui qui avait dû plonger sous la coque en Irlande et qui pointait alors en 5e position, est revenu progressivement sur ses rivaux. Il s’impose donc au bout du suspense à l’issue de sa première course en solitaire à bord de son IMOCA Allagrande Mapei.
Avec un écart d’1 heure, 15 minutes sur Ambrogio, Sam Goodchild a terminé deuxième. Favori avant de s’élancer, leader dès la première nuit, il est resté en tête tout au long de la course. Mais ce lundi, le skipper MACIF Santé Prévoyance s’est retrouvé complètement englué dans une zone sans vent, ne pouvant rien faire face au retour d’Ambrogio. Il a néanmoins franchi la ligne à 04 heures 22 minutes et 53 secondes. Malgré la déception, le Franco-Britannique signe un nouveau podium après la Transat Jacques Vabre et Retour à la Base (3e en 2023), la Course des Caps et The Ocean Race Europe (1er en 2025).
Une heure plus tard c’était au tour de Violette. Moins de deux ans après son arrivée triomphale à l’issue du Vendée Globe, Violette Dorange a frappé fort, cette nuit, en prenant la 3e place de sa première Vendée Arctique. La navigatrice disputait sa plus longue course en solitaire à bord d’Initiatives-Cœur, projet qu’elle a rejoint l’an dernier. Présente dans le « top 5 » tout au long de la course, Violette est revenue sur les hommes de tête dans le final. Durant la dernière après-midi, elle a profité de la pénalité de 12 heures d’Élodie Bonafous (Association Petits Princes Quéguiner) pour empocher la 3e place et ne plus jamais la quitter… Il s’agit de son premier podium depuis ses débuts en IMOCA en 2023
Pour sa première participation à la Vendée Arctique, mais surtout pour sa toute première course en solitaire à bord de Allagrande Mapei, Ambrogio Beccaria signe un exploit en remportant l’épreuve au terme d’un final inattendu. Pendant plus de huit jours, le skipper italien aura composé avec tout ce que l’Atlantique Nord peut offrir de plus exigeant : des conditions météorologiques changeantes, plusieurs avaries techniques, des choix stratégiques majeurs et un suspense qui ne se sera dissipé qu’à quelques milles de la ligne d’arrivée.
Dès les premiers jours, le skipper italien doit composer avec une panne électrique, avant de perdre près de deux heures au large de l’Écosse pour dégager un filet de pêche emmêlé dans sa quille, une intervention qui l’oblige à plonger à plusieurs reprises dans les eaux glacées de l’Atlantique Nord. Malgré ces contretemps, il reste au contact des leaders tout au long de la remontée vers le cercle polaire arctique.
Après le franchissement du cercle polaire, Allagrande Mapei révèle pleinement son potentiel aux allures portantes. Ambrogio Beccaria entame alors une spectaculaire remontée au classement, revenant progressivement sur les premiers avant de s’inviter dans la lutte pour le podium lors de la descente vers les Sables-d’Olonne.
L’un des tournants de cette seconde partie de course intervient à l’approche des îles Britanniques. Alors que deux concurrents choisissent la route la plus directe entre l’Irlande et la Grande-Bretagne, Ambrogio opte pour un contournement de l’Irlande par l’ouest. Un choix assumé, plus conservateur, dicté par une volonté de limiter les risques dans des conditions particulièrement engagées, mais qui s’avérera déterminant dans le dénouement de l’épreuve.
La dernière journée offre un scénario à suspense. Après la pénalité infligée à Élodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner) pour avoir pénétré dans un dispositif de séparation du trafic (DST), puis grâce à une évolution météorologique favorable, Allagrande Mapei revient inexorablement sur Sam Goodchild (MACIF). Les deux IMOCA se livrent alors un véritable sprint final, bord à bord jusqu’à l’approche des Sables-d’Olonne, dans une confrontation intense où chaque manœuvre et chaque risée peuvent faire la différence. Un épilogue d’une rare intensité, qui rappelle que la compétition demeure l’essence même de la course au large. Dans un contexte marqué par la disparition de Charlie Dalin pendant cette Vendée Arctique, c’est sans doute la plus belle manière de lui rendre hommage : naviguer, se battre jusqu’au bout et défendre l’esprit de compétition qui le caractérisait.
Au terme de plus de 3 100 milles de navigation entre le golfe de Gascogne et les hautes latitudes de l’Atlantique Nord, Ambrogio Beccaria décroche la plus haute marche du podium pour sa première course en solitaire en IMOCA.
Ambrogio Beccaria : « Franchement, le résultat dépasse largement ce que j’avais imaginé pendant ces huit jours de course. Si je repense à tout ce qu’il s’est passé, je suis encore très surpris d’être là. Il y a eu une bonne part de réussite, c’est évident, mais il faut aussi savoir saisir les opportunités quand elles se présentent. Sam Goodchild sur MACIF a dominé toute la course. Je n’aurais jamais pensé pouvoir revenir sur lui. Il a laissé une petite porte entrouverte et j’ai simplement essayé de voir s’il y avait quelque chose à tenter. Au final, ça nous a vraiment souri. Au-delà du résultat, je retiens surtout le voyage. C’était une course magnifique. J’ai découvert l’Islande, l’Irlande, l’Écosse… des paysages incroyables. C’est assez étrange de contourner un point complètement imaginaire, avec seulement un chiffre qui change sur l’écran, puis de repartir dans l’autre sens, mais c’est aussi ça qui rend cette course unique.
Les premiers jours n’ont pourtant pas été simples. Entre les problèmes électroniques, le blackout, le filet qu’il a fallu aller décrocher sous le bateau, j’ai traversé des moments où je n’étais pas vraiment en confiance. Petit à petit, pourtant, le bateau et moi nous sommes retrouvés. Je n’ai jamais cherché à naviguer au-dessus de mes moyens. Au contraire, j’ai essayé de rester lucide et de ne jamais me mettre dans le rouge.
C’est aussi pour cette raison que j’ai choisi de contourner l’Irlande par l’ouest. Avec un bateau qui n’était pas à 100 %, je ne voulais pas prendre le risque de me retrouver dans une situation compliquée au milieu du trafic et du mauvais temps. C’est probablement la décision la plus prudente que j’aie jamais prise en course, mais je ne l’ai jamais regrettée. J’étais convaincu que c’était la bonne option pour moi, et cette confiance a fait toute la différence.
Cette course m’a surtout appris qu’en solitaire, il faut accepter que tout ne soit jamais parfait. Il faut avancer avec ce qu’on a, rester patient, continuer à croire au bateau et saisir les occasions quand elles se présentent. C’est exactement ce qui s’est passé cette semaine. »

















