Les neuf skippers de la Vendée Arctique – Les Sables d’Olonne sont biens partis ce dimanche direction le cercle polaire arctique jusqu’à 66° Nord, sur un parcours libre et sans assistance. Les premiers milles se sont déroulés dans des petits airs avant qu’un tout autre décor ne s’installe dans la nuit. Désormais lancés à plus de 20 nœuds pour les plus rapides, les concurrents filent vers la pointe Bretagne tandis qu’un premier front se profile déjà à l’horizon.
Quelques heures avant le départ, les skippers se projetaient déjà dans les premiers jours de course. Entre météo encore incertaine, choix stratégiques à venir et conditions attendues dans le Grand Nord, chacun affinait sa lecture du parcours tout en se préparant à s’adapter à un scénario encore largement ouvert.
Pour Nicolas d’Estais, les prochains jours s’annonçaient particulièrement intenses, entre conditions soutenues et forte incertitude météorologique pour la suite du parcours. « Il va y avoir du travail. Jusqu’en Irlande, on ne va clairement pas s’ennuyer. À partir de mercredi, la météo est loin d’être figée. Beaucoup de choses peuvent encore changer. »
Manu Cousin insistait surtout sur la vigilance que réclamera cette première partie de course, marquée par un trafic maritime dense et des périodes de repos limitées. « On traverse des zones où il y a énormément de trafic. Des cargos, des pêcheurs, les autres IMOCA. Les temps de sommeil seront forcément très courts. »
Corentin Horeau se projetait déjà sur les premiers choix stratégiques et les conditions attendues dans les jours à venir, avec une attention particulière portée à la remontée vers l’Irlande. « Il y a déjà deux routes qui se dessinent. Une plutôt au large, une autre plus près de la côte. C’est un peu du tricotage pour commencer. On va assez vite entrer dans le vif du sujet. Dès cette nuit, le vent va commencer à rentrer. Ensuite, les fichiers montrent les conditions les plus soutenues entre la Manche et l’Irlande. Je pense qu’on est tout surtout focalisés sur ce qui se passe jusqu’à l’Irlande. Les fichiers sont plutôt cohérents jusque-là. Après, il faudra reconstruire l’analyse au fur et à mesure, parce que là-haut, les scénarios évoluent vite. »
Sam Goodchild soulignait à la fois le renforcement attendu des conditions au large de l’Irlande et les nombreuses incertitudes qui subsistent sur la météo de la seconde moitié du parcours. « C’est probablement à l’ouest de l’Irlande que les choses vont commencer à se corser. On pourrait avoir entre 25 et 30 nœuds de vent et une mer bien formée. Ce ne sont pas des conditions exceptionnelles pour nos bateaux, mais elles demandent tout de même beaucoup d’attention. Les modèles sont très différents. Ils changent tous les jours depuis une semaine. »
Ambrogio Beccaria mettait en avant les défis techniques de ce début de course, où il faudra composer avec des conditions évolutives pour trouver les bons réglages.
« Entre les variations de vent et la houle qui va progressivement se mettre en place, trouver la bonne vitesse du bateau ne sera pas forcément évident. »
Élodie Bonafous abordait ce début d’épreuve avec pragmatisme, privilégiant l’adaptation aux conditions réelles plutôt que les scénarios élaborés à terre. « Hier encore, il y avait quelques trous de souris clairement identifiés à exploiter… C’est moins vrai aujourd’hui. Sur l’eau, il faut surtout faire avec ce qu’il y a. Faire avancer le bateau et aller chercher le vent quand il tourne. »
Arnaud Boissières se réjouissait de prendre le départ d’une course qui emmènera les skippers vers des latitudes rarement explorées en IMOCA. Entre découverte, engagement et préparation à l’imprévu, le Sablais abordait cette aventure avec enthousiasme. « J’ai l’impression qu’on part comme des précurseurs. J’attends de la course des conditions toniques, des paysages inconnus. J’amène 12 jours de nourriture avec une journée en plus, je préfère être assez large, ça permet de prévoir l’imprévisible. »
Violette Dorange profitait pleinement de l’ambiance du départ tout en se projetant déjà sur les premiers défis du parcours. Entre des conditions calmes au large des Sables d’Olonne et un renforcement attendu dès la nuit suivante, la jeune navigatrice se disait prête à entrer dans le vif du sujet. « C’est un matin qui est chouette pour un départ, les conditions sont assez calmes, un petit départ tranquille avec toute ma famille présente, ce sont de bons moments à partager… Je me sens prête, le bateau est bien préparé et j’ai hâte maintenant d’aller en mer. On a de quoi s’amuser avec ce parcours, les conditions qu’on va avoir. Sur le début c’est très mou mais ça va vite rentrer cette nuit. Et demain on va attaquer le premier front de la course. On va être vite dans le vif du sujet. Je pense que je couperai le cercle polaire à l’est de l’Islande. »
Francesca Clapcich mettait en avant l’importance de bien préparer le début de course tout en restant capable de s’adapter à des conditions appelées à évoluer rapidement… « Les conditions météo vont être exigeantes : beaucoup de vagues, pas beaucoup de vent… Il faut surtout avoir un plan pour les 36 premières heures afin de pouvoir se concentrer pleinement sur la vitesse du bateau et sa conduite, sans avoir à tout recalculer en permanence. Tout sera très dynamique là-haut. Même si j’aime avoir un plan, je reste très adaptable. »
En tête, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) mène la danse devant Corentin Horeau (MACSF). Les deux hommes sont également les plus rapides du moment, avec des accélérations régulières au-delà des 20 nœuds dans un flux de sud-ouest établi entre 17 et 18 nœuds. Le temps du gymkhana vendéen semble désormais derrière eux. Place à un long bord bâbord amures vers la pointe Bretagne. Une configuration plus stable qui permet enfin aux marins de souffler un peu, de s’organiser et surtout de recharger les batteries. « J’essaie d’en profiter pour dormir un peu », a commenté Arnaud Boissières au petit matin.


















