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Solitaire. Récit de Tom Dolan : « Je ne sais pas ce qui me fait le plus mal aujourd’hui »

Thomas Campion
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Auteur d’une très belle Solitaire jusqu’à la mi course de la dernière étape, l’Irlandais Tom Dolan a vu son rêve d’une deuxième victoire lui échapper. Dans la nuit de mardi à mercredi, Tom Dolan s’est échoué sur la chaussée de Sein alors qu’il évoluait aux avant-postes. Un coup d’arrêt aussi brutal qu’inattendu pour le skipper de Kingspan qui, après sa victoire lors de la première manche et sa cinquième place sur la deuxième, occupait les commandes du classement général provisoire.

Désormais sain et sauf après avoir été hélitreuillé par la Marine nationale, le marin se retrouve partagé entre deux douleurs bien différentes : la frustration de voir s’envoler une Solitaire qu’il estime être la meilleure de sa carrière et l’inquiétude de savoir son Figaro Beneteau 3 toujours immobilisé sur les rivages de l’île de Sein.

Jusqu’à cet instant suspendu, tout semblait pourtant lui sourire. Depuis le départ de Pornichet, Tom Dolan avait déjoué les pièges les uns après les autres. Inspiré dans ses choix stratégiques, rapide dans ses manœuvres et toujours dans le bon tempo, l’Irlandais réalisait une course de très haut niveau. Après plusieurs jours menés tambour battant, il venait simplement de trouver une parenthèse de calme avant l’ultime explication. « Le début de course avait été vraiment intense. Il y avait cette grosse zone de molle à franchir, puis un front très actif avec plus de trente nœuds de vent au près pendant la nuit. Ensuite, on a beaucoup tiré de bords le long de la côte. » Pour la première fois depuis le départ, le rythme semblait enfin lui offrir quelques minutes pour souffler. « Je venais de me changer, j’avais mangé. C’était même le premier vrai repas que j’avais eu le temps de prendre depuis un moment. On allait bientôt toucher le renfort en Manche et j’avais enchaîné deux petites siestes. » La troisième n’aura duré que quelques minutes. « Je me suis endormi sans vraiment m’en rendre compte. Puis je me suis réveillé sur les cailloux. »

La suite ressemble encore à un souvenir flou. « Le bateau tapait. J’ai compris immédiatement que j’étais échoué, mais il m’a fallu quelques instants pour réaliser ce qui venait de se passer. » Plus encore que l’abandon lui-même, deux pensées s’imposent immédiatement à son esprit. « Il y a deux choses qui me piquent fort aujourd’hui. D’abord cette course. Je crois sincèrement que je faisais la meilleure Solitaire de ma vie. Et puis il y a le bateau, là-bas, sur l’île de Sein. Je ne sais même pas ce qui me fait le plus mal aujourd’hui. » Pendant plusieurs heures, Tom tente pourtant de renverser la situation. Avec l’aide des sauveteurs de la SNSM de l’île de Sein, présents à ses côtés toute la nuit, il met en place ses mouillages dans l’espoir de profiter de la marée montante pour se dégager. « On a essayé longtemps. On attendait que l’eau remonte pour sortir le bateau. Mais les mouillages ne tenaient pas. Puis la houle est montée avec la marée et les vagues ont commencé à déferler partout autour du bateau. » Peu à peu, la situation se complique. « À un moment, le CROSS a pris la décision. Ils m’ont dit : stop, on envoie l’hélicoptère. Dans ce genre de situation, ce sont eux qui décident. Et avec la fatigue accumulée, je pense qu’ils avaient raison. » À 5h40, Tom est hélitreuillé par la Marine nationale. Une expérience qu’il n’est pas près d’oublier. « Je ne suis pas pressé de revivre ça un jour. »

L’heure de patienter… avant de rebondir

Aujourd’hui, l’urgence n’est plus sportive. Elle s’appelle Kingspan. Pour l’heure, les premières constatations restent relativement rassurantes. Le bateau ne présente ni voie d’eau ni dommages majeurs apparents. Mais les coefficients de marée diminuent désormais pour plusieurs jours, compliquant considérablement les opérations de dégagement. « Il faut que les conditions soient favorables. Il faudra aussi un peu de réussite. » En attendant, Tom regarde son bateau subir les éléments sans pouvoir agir davantage. Une situation difficile pour un marin qui entretient avec sa monture une relation presque fusionnelle. D’ici là, l’Irlandais va devoir composer avec une autre forme d’épreuve : celle de la patience. Attendre que les marées remontent, que les conditions permettent d’envisager un dégagement et que sa monture retrouve enfin la mer. Une attente forcément difficile pour celui qui regardait encore la veille la flotte depuis sa position de leader. Mais s’il y a une chose que cette Solitaire a rappelée avant de s’interrompre brutalement, c’est bien le niveau auquel navigue aujourd’hui Tom Dolan. Pendant près de trois étapes, l’Irlandais a été l’un des grands animateurs de l’épreuve, remportant la première manche, restant constamment aux avant-postes et conservant les commandes du classement général jusqu’à cet incident. La course s’est arrêtée. Pas son histoire avec elle.

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