Vendredi 13 devait ouvrir la parade de La Solitaire du Figaro cette année. Cela s’annonce compromis. Dans le Course au Large n°69, nous vous avions présenté les travaux de restauration du célèbre voilier. Bertrand Quentin, Président de l’association nous interpelle aujourd’hui sur la situation du chantier qui est contraint de s’arrêter.

 » Ce n’est pas digne d’un musée de laisser pourrir des bateaux classés et reconnus patrimoine dont le 13 fait partie. Ce n’est pas digne non plus d’exploiter de la sorte une association, en lui imposant un délai sans lui donner les moyens nécessaires. Ce n’est pas digne de ne pas traiter équitablement le partenaire que nous sommes, alors que nous contribuons à l’enrichissement non seulement du patrimoine du futur musée, mais aussi de la course au large. Il est bien triste d’en être arrivé là.  » Bertrand Quentin, président de l’association Rêves de Sens

Communiqué de Bertrand Quentin
Le chantier de rénovation du célèbre trois-mâts Vendredi 13 est contraint de stopper sa course, faute de moyens de l’association bretonne Rêves de Sens. Celle-ci exige avant tout, de la part du propriétaire du bateau, Norbert Fradin, un cadre contractuel sérieux et équitable. Malgré tous les efforts de Rêves de Sens qui travaille d’arrache pied sur le chantier du voilier depuis un an et demi déjà, le propriétaire du bateau entrave toute initiative qui permettrait à l’association de lancer des appels aux dons et partenariats. Elle se trouve même dans l’obligation de s’endetter auprès du propriétaire, qui exige des délais intenables.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce bateau, pièce unique du monde de la voile, Vendredi 13 est le nom du trois-mâts imaginé par le navigateur français Jean-Yves Terlain en 1972. Plus long voilier de course au large jamais construit pour une transat en solitaire à l’époque de sa création (39,13m : celui dont on disait «  impossible à naviguer par un homme seul»), le géant termina second à l’Ostar de 1972, puis participa à la course de 1976 et à la première édition de la Route du Rhum, en 1978, avec Yvon Fauconnier comme skipper. Réaménagé pour les croisières de luxe dans les Antilles, il accueillit à son bord des grands noms inscrits dans le patrimoine marin (O. de Kersauson, les frères Peyron, Y. Fauconnier, T. Lamazou, E. Riguidel, F. Arthaud…) mais aussi des personnalités comme Halliday, Higelin, Eddie Barclay, et bien sûr Claude Lelouch, principal financier à l’origine de sa construction.
Depuis 1994, la coque du Vendredi 13 gisait à l’abandon sur le parking de la base sous-marine de Bordeaux, squattée et vandalisée. En 2013, Bertrand Quentin, expert maritime (qui a déjà à son actif la rénovation du trimaran Côte d’Or II de Tabarly) et Président de l’association Rêves de Sens, (reves-de-sens. com) a entrepris des démarches auprès des différents services de la base sous-marine et de la ville de Bordeaux pour sauver le voilier. Bertrand Quentin se positionna sur l’appel d’offres de cession des bateaux de l’ancien Conservatoire International de la Plaisance (CIP) de la ville de Bordeaux. C’est finalement au promoteur Norbert Fradin que fut cédé, pour l’euro symbolique, l’ensemble des bateaux dont le Vendredi 13, avec comme projet pour cette légende de la voile de découper sa longue coque noire en deux dans le but d’en faire une pièce de projection et la pièce principale du futur Musée de la Marine et de la Mer ! (Cf. article Sud-Ouest 23/07/2012). En juillet 2015, après des semaines d’attente pour obtenir un entretien, Bertrand Quentin réussit à convaincre le promoteur bordelais que le « 13 » pouvait et devait être sauvé et ainsi reprendre la mer. Un accord contractuel est passé entre le propriétaire et Rêves de Sens, pour que celle-ci mène à bien le chantier. Mais depuis le début du chantier en septembre 2015, toutes les démarches de recherche de fonds, de communication, de partenariats lancées par l’association ont été systématiquement bloquées par Norbert Fradin. Paradoxalement, celui-ci annonçait par voie de presse la prochaine mise à l’eau du Vendredi 13 pour la Fête du Fleuve à Bordeaux (26 mai au 4 juin 2017). Parallèlement, ce chantier suscite un formidable engouement auprès du public, sur les réseaux sociaux et parmi plusieurs grandes personnalités du monde de la voile. Parmi eux, Jean-Yves Terlain, l’homme à l’origine de ce géant, et Yvon Fauconnier, vainqueur de la transat anglaise, en 1984, et parrain de Rêves de Sens, ainsi que d’autres «Anciens» du 13, qui soutiennent activement le projet.

Il y a quelques semaines, l’association a fait parvenir a Norbert Fradin un dossier d’expertise (historique du partenariat, tableau financier, ainsi qu’une proposition d’un nouveau cadre contractuel). Le tableau financier fait apparaître que la part d’investissement de l’association atteint à ce jour plus de 80% de l’investissement réalisé pour la restauration (soit 431 000€ contre 89 600€). Dans ce contexte, la nouvelle convention de partenariat proposée tient compte de cette part d’investissement et profite équitablement aux deux parties. A ce jour, ce document transmis le 16 février 2017 est toujours sans réponse. Aux dernières nouvelles, la coque du Vendredi 13 va bientôt être déplacée dans un endroit qui n’a pas été divulgué. Cette nouvelle démontre clairement que l’avenir du voilier peut être compromis. Le patrimoine de la voile perdrait ainsi une pièce d’exception. Chacun des membres de l’association, dont certains ont travaillé à plein temps et bénévolement depuis le début du chantier espèrent toutefois que le Vendredi 13, mémoire vivante de notre patrimoine maritime et de l’histoire de la course au large, n’a pas encore fini de faire parler de lui.

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