Solitaire. Une troisième étape très ouverte

A Courcoux

La 3e étape partira ce dimanche 5 septembre de Fécamp à 12h précises pour une grande course qui s’annonce piégeuse et passionnante à suivre avec un podium qui a mis en avant les plus rapides sans toutefois tuer le match avec d’autres skippers expérimentés et toujours à l’affut. Il peut encore se passer beaucoup de choses.

Fabien Delahaye (Groupe Gilbert), qui court cette année sa 9e Solitaire, natif de Rouen, grand connaisseur des pièges de la Manche, l’avoue : « Cette troisième étape sera la plus ouverte de toutes. Il va y avoir de véritables choix stratégiques du départ de Fécamp jusqu’à l’arrivée en Baie de Morlaix ». Au total 624 milles (en route directe donc probablement plutôt 700 milles) gorgés de courant, d’accélérations, de ralentissements, de longs bords de glisse, de manœuvres et de changements de voile… et de nuits longues et sans lune.

Cinq grands tronçons à parcourir
Les 34 concurrents sitôt le retentissement du coup de canon devront rejoindre la cardinale sud South Pullar dans l’est de l’île de Wight : environ 70 milles sous haute tension, où la gestion du courant et du trafic maritime sera déterminante. South Pullar laissée à bâbord, les Figaristes pointeront ensuite les étraves sur Land’s End, la pointe occidentale de la Cornouaille et la marque Carn Base : près de 200 milles à tricoter sous spi, à jouer avec les pointes anglaises et les cailloux, voire à choisir le large, qui sait ?

Mardi après-midi, le vent d’est-sud-est devrait forcir pour 20 nœuds, au moment de remonter vers le canal de Bristol, déborder la réserve naturelle de Lundy Island puis se hisser jusqu’à la balise Saint Gowan dans le sud du Pays de Galles : une course de vitesse de 105 milles sous un relief imposant pouvant donner du vent instable et capricieux. « Ce sera l’Everest ! » ose même dire le bizuth Alexis Thomas (La Charente Maritime). Dès lors, la meute attaquera la descente jusqu’aux Scilly pour plus de 110 milles d’une régate folle rythmée par les zones interdites à la navigation (DST : dispositifs de séparation de trafic). A bout de souffle, les skippers entameront le dernier tronçon vers la Baie de Morlaix. Il faudra alors garder toute sa lucidité pour déjouer le courant et les cailloux avant de franchir la ligne d’arrivée juste devant Roscoff et le port du Bloscon. Une 3e étape de toute beauté qui promet moults rebondissements sportifs et de belles histoires à raconter…

Ils ont dit :

Fabien Delahaye (Groupe Gilbert) : On va se faire une vraie étape de Manche avec un peu de mer d’Irlande et deux traversées de la Manche. Cela veut dire beaucoup de courant, une gestion des marées très importante car on démarre demain avec un coefficient de 70 et finira en Baie de Morlaix à 90. La gestion du courant sera le nerf de la guerre. Passé Lands End, nous évoluerons sous le vent des reliefs, c’est le début de la mer d’Irlande, il peut se passer mille choses. L’étape est longue, on est vite loin des prévisions de départ, tout peut se passer. Il faudra tirer des bords donc le terrain de jeu sera très ouvert : les bords du cadre pourront être en Angleterre ou en France ! C’est le courant qui déterminera les choix et les trajectoires.

Alexis Thomas (La Charente Maritime) : Je ne pensais que je serais aux avant-postes dès ma première Solitaire. J’avais mis l’accent sur la gestion du sommeil et la vie à bord car on m’avait dit que La Solitaire se jouait au mental. J’ai donc travaillé là-dessus et je suis content du résultat du travail de cet hiver. Je ne me sens pas encore exténué. J’aime ce circuit car je viens de la filière olympique, c’est très compétitif, cela me correspond bien ce genre d’atmosphère. J’aimerais maintenant aller croquer le petit Gaston (Morvan) pour arriver à mon objectif de premier bizuth et pourquoi par aller chercher un top 10 ! L’étape prochaine, ce sera un peu l’Everest avec beaucoup de rase-cailloux et une météo incertaine. Il y aura des passages clés et la météo n’est pas encore calée.

Maël Garnier (AGEAS – Team Baie de Saint-Brieuc) : Globalement je trouve mon rythme, je ne suis pas un gros dormeur, je suis un adepte des petites siestes, donc j’ai bien pris le rythme. Je me sens reposé. Ce sera un parcours tactique, très différent des deux premiers. Mais j’adore quand ça ne va pas tout droit, j’aime être en mode régate. Il y a encore du travail sur la météo. L’idée, c’est de monter encore en puissance sur cette étape, de tenir une bonne position dès les dix premiers milles et surtout de la tenir.