Route du Rhum. Erwan Le Roux : “C’était juste incroyable!”

Arrivée d'Erwan Le Roux (Koesio), vainqueur de La Route du Rhum - Destination Guadeloupe 2022 Arnaud Pilpré / #RDR2022

Les deux skippers d’Ocean Fifty ont tour à tour dévoilé leurs premières émotions. Erwan et Quentin se connaissent bien, se sont entraînés ensemble, et ont régaté à couteaux tirés depuis le départ de Saint-Malo. Le bonheur d’Erwan, la satisfaction de Quentin, ils racontent…

Erwan Le Roux (Koesio), premier à Pointe-à-Pitre

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« Quelle régate incroyable ! J’ai passé des journées et des journées à scruter les classements pour savoir qui allait plus vite, qui faisait les meilleurs moyennes ou VMG. Je ne sais pas pourquoi on a largué Seb’ (Sébastien Rogues – Primonial). Il a peut-être eu un problème. C’était génial de se retrouver ici avec Quentin (Vlamynck) pour ce tour de la Guadeloupe. Déjà, quand on s’entraînait à Port-Médoc avec lui, en septembre dernier, je rêvais de cette situation à la Tête à l’Anglais. J’ai vécu ce tour de la Guadeloupe, hyper sereinement. A aucun moment je n’ai douté. C’était en moi, avec une motivation intrinsèque, très forte. Je ne me suis pas énervé. A chaque fois je me suis senti dans un état incroyable, comme quoi, la préparation mentale ça sert. C’est un travail que l’on fait depuis longtemps avec Gilles (Monnier). A certains moments de sa vie, il faut basculer dans d’autres dimensions, aller chercher d’autres ambitions, tout cela m’a beaucoup apaisé. C’est pour tout cela, qu’à aucun moment je n’ai douté même avec 50 milles de retard sur Quentin, j’étais persuadé que j’allais pouvoir revenir. Quentin est un ami, nous sommes est partenaires d’entraînement, il aurait pu gagner, ça s’est joué à une longueur. C’est lui le patron, il a fait une course magnifique, je suis heureux de partager ça avec lui, cette histoire de la course, en Ocean Fifty. Il en gagnera d’autres, il a du talent. C’est une victoire sereine, je suis hyper content. Je me sens très bien, je suis frais comme un gardon, prêt à aller enflammer le dance floor ! »

Après une première victoire en 2014, vous réalisez aujourd’hui le doublé avec panache. Que ressentez-vous ?
« C’est un truc de dingue ! Je suis hyper content ! En claquer une, c’était déjà fou mais en claquer une deuxième, c’est juste dinguo ! Ça me procure énormément d’émotions. Le duel avec Arkema a été fantastique et restera à coup sûr dans les annales de la course. Quentin a fait une course magnifique et je veux vraiment lui rendre hommage. On savait, l’un et l’autre, que les derniers milles, et en particulier le tour de la Guadeloupe, seraient déterminants. Ces derniers jours, je l’ai bien mis sous pression. Mon léger décalage dans son nord, sur la fin, a été très payant. Il m’a permis de revenir petit à petit et même de passer avant lui à la Tête à l’Anglais ce matin, ce que, j’avoue, je n’avais pas vraiment prévu. Mon objectif, c’était de cravacher pour arriver à ce point de passage avec le minimum d’écart avec lui. A 80 milles de la pointe nord de Grande-Terre, la ligne de furling de mon gennaker a cassé. J’ai dû affaler, saucissonner la voile dans le filet et finir sous J1 comme un kalu. C’était un moment complètement fou. Le bateau était comme en apesanteur. Je bombardais à 30 nœuds quand Quentin avançait à 20. Je lui ai ainsi collé dix milles en heure. J’étais à l’attaque et en pleine forme. J’avais vraiment bien anticipé ces derniers milles autour de la Guadeloupe en ayant fait un maximum de siestes. Je savais que j’avais ma carte à jouer et je n’ai rien lâché ! C’était un match d’une intensité rare, un très beau duel. Je ne pouvais pas rêver meilleur scénario, ni meilleur adversaire. Quentin est un mec bien et je suis content d’avoir partagé ce « fight » avec lui. C’était vraiment dingue ! »

Vous avez débuté la course de manière plutôt sage avant de finir pied au plancher. Avez-vous le sentiment d’avoir parfaitement bien géré la course ?
« C’est ma façon de naviguer. Ça fait des années que je gère mes courses de cette manière. J’adore le portant. C’est mon ADN. Je sens le bateau, je sais le faire aller vite. Je voulais vraiment arriver avec un bateau à 100% dans les alizés pour pouvoir faire parler la poudre. Pour faire s’exprimer la machine et pour m’exprimer moi. Ça a fonctionné. J’ai éprouvé énormément de plaisir sur cette transat. Des doutes ? Je n’en ai jamais eu. J’ai beaucoup travaillé avec Gilles Monier en préparation mentale. C’est un truc de malade mais je n’ai vraiment jamais été dépassé par mes émotions, pas même lorsque j’étais en train de saucissonner mon gennak cette nuit, ni même dans les dévents de Bouillante (Basse-Terre, ndlr) ce matin. J’ai déroulé le plan sans me poser de questions et en restant parfaitement zen. Cela faisait en fait trois jours que je savais que j’allais gagner, aussi bizarre que cela soit à dire. »

Après une première victoire en 2014, vous signez aujourd’hui un superbe doublé. Est-ce que vous réalisez ?
« C’est très fort. Lorsque j’ai franchi la ligne d’arrivée, j’ai pleuré. Ma motivation, c’était de prouver à mes filles que j’étais capable de gagner une nouvelle fois. Je l’ai fait. C’est fou, c’est dingue, c’est tout ce qu’on veut, mais je l’ai fait. »

Quentin Vlamynck (Arkema), deuxième à Pointe-à-Pitre

« C’était une très belle course, une grande première pour moi, j’ai pris énormément de plaisir. Maintenant, l’expérience d’Erwan (Le Roux) a fini par payer. Mon bateau est en parfait état, il est prêt à repartir, nous avons fait du très bon travail avec l’équipe à terre et moi en mer. Je pense que cette symbiose aide beaucoup pour faire un beau résultat. Je ne suis pas déçu parce que c’est Erwan qui gagne, ça aurait été un autre concurrent, j’aurais été déçu. Erwan, il a le droit ! Maintenant, je suis obligé de revenir sur La Route du Rhum. Je vais naviguer quatre ans de plus encore pour être meilleur. Ce furent des bonnes surprises sur le tour de l’île de la Guadeloupe. J’ai réussi à lui repasser et puis lui m’a doublé une dernière dois. C’est surprenant ce dernier tronçon autour de l’île, c’est un beau cadeau ce tour de Guadeloupe. Je ne m’attendais pas être devant tout du long, le bateau marche fort, c’est une évolution du l’ancien bateau de Lalou (Roucayrol). Tout le monde a bien travaillé, la team Lalou Multi et Arkema. J’avais un questionnement au départ de Saint-Malo sur la manière dont j’allais gérer en solitaire le bateau, et cela s’est super bien passé. La fin de course a été dure mentalement. J’ai envoyé un message à Lalou pour le remercier, je rêvais de lui apporter la coupe, lui qui est monté trois fois sur le podium (3e en 2002, 2e en 2010, 2e en 2014, ndlr) sans jamais la remporter. Lalou m’a dit qu’il pouvait maintenant me passer le flambeau. »