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Enfin le départ pour Armel Le Cleac’h

150416- Entrainement en solo au large Lorient pour le monocoque 60 pieds IMOCA Banque Populaire VIII, Skipper, Armel Le Cléac'h. @ Yvan Zedda

Deux fois deuxième du Vendée Globe, Armel Le Cleac’h est là pour la gagne. Il était donc impatient de prendre le départ. « Cela fait des semaines qu’on l’attend, des mois même, et pour être exact, plus de 2 ans ! ». Après avoir remonté le mythique chenal sous un soleil hivernal, acclamé par une impressionnante foule, en place depuis l’aube, Armel Le Cléac’h a pris le départ de son 3ème tour du monde en solitaire, à 13h02, ce dimanche 6 novembre. A bord de son Monocoque Banque Populaire VIII minutieusement préparé par le Team Banque Populaire, il est paré pour aborder de la meilleure des manières cette 8ème édition du Vendée Globe. Accompagnés de conditions météo très favorables, et particulièrement aux bateaux équipés de foils, les marins s’élancent pour un sprint vers l’Equateur. Retour sur les dernières impressions d’Armel avant de quitter la terre ferme.

Comment s’annoncent les premières 24h à bord ?
Les premières 24h, et même 48h se feront en mode « Figaro », ce sera de la régate, on va dormir par toutes petites tranches et manger peu. Même si les conditions météo sont bonnes il y aura quand même beaucoup de trafic, on va traverser le cap Finisterre sur une « autoroute » de cargos, bateaux de commerce, de pêche… Il va falloir être très vigilent, car comme on l’a déjà vu sur les éditions précédentes, cela peut malheureusement créer des grosses déceptions.

Nous avons de bonnes conditions pour commencer la course, ça va aller vite. C’est un départ favorable pour tous les bateaux mais en particulier pour ceux équipés de foils, car l’angle du vent est bon pour nous. Par contre ça va être assez sportif, et dès les premières 48h il va falloir être devant, avant la phase de transition qui aura lieu mardi. Même si c’est un marathon, il faudra être dans le tempo, dès le début.

Te faut-il du temps pour te réadapter ? Penses-tu avoir le temps de dormir, de manger, durant les premières heures ?
Sur les premières 24 heures, je vais dormir uniquement par petites tranches et seulement grignoter, les bons repas arriveront plus tard, on verra en fonction des conditions. Mais il ne faut pas non plus que je me mette « dans le rouge ». Surtout que la première nuit risque d’être assez fraîche, assez tonique. Ils annoncent un peu de vent, même si ce n‘est pas fort et il y aura des grains, il va falloir manœuvrer, se ré-amariner un peu, retrouver ses repères. Finalement, je pense que d’ici 3 ou 4 jours la « routine » va se mettre vraiment en place, le rythme du Vendée Globe sera là.

Est-ce un soulagement de partir ?
Je commence un peu à saturer avec les dernières sollicitations, il faut quand même se concentrer sur les dernières petites choses, les détails. Je passe beaucoup de temps à analyser la météo, travailler la stratégie, réfléchir à la course, et tout cela est plus facile à faire quand on est au calme, c’est compliqué quand il y a toujours du monde autour de nous, il faut trouver le temps de le faire bien sans rien oublier. Mais ça fait partie du jeu d’être sollicité, il y a aussi un côté gratifiant à tout cela. J’ai passé 2 semaines très intenses aux Sables d’Olonne mais je suis content de partir, de me retrouver seul sur l’eau, à bord d’un bateau que l’on prépare ensemble avec le Team depuis plus d’un an et demi, j’ai hâte.

Est-ce qu’il y a quand même un peu d’appréhension ?
Il y a de l’appréhension, du stress, surtout sur l’avant départ et le départ car il y aura énormément de bateaux sur l’eau, tous très proches, on va essayer de faire attention à cela, il faut que tout se passe bien. L’objectif c’est que demain soir, on puisse se retrouver sans autres bateaux autour de nous que les concurrents, on pourra allumer les petites lumières à bord et enfin se concentrer sur la vraie course.

As-tu profité des derniers moments en famille ?
Oui, surtout en début de semaine. Depuis 3 jours c’est plus difficile, il y a beaucoup de gens qui viennent, amis ou partenaires, qu’il faut aussi aller saluer. Mais le dernier après-midi, je l’ai passé en famille, avec ma femme et mes enfants, on s’est baladé, on a rigolé. Et pour la dernière soirée, un petit dessin animé à la télé et un bon plat de pâtes pour passer un petit moment sympa ensemble. J’ai besoin de choses simples avant de partir. Et avec les enfants on se dit au revoir à la maison, nous ne souhaitons pas qu’ils viennent sur les pontons, c’est mieux pour eux comme pour moi.

Et pour finir : ton premier repas chaud ?
Ce sera une blanquette de veau, premier vrai réconfort après l’agitation des premières heures !

C’est donc dans des conditions idéales qu’Armel Le Cléac’h prend le large vers le cap Finisterre. Poussé par 15/20 nœuds de vent, le skipper devrait rejoindre les côtes espagnoles lundi matin. Le vent devrait alors forcir pour atteindre 35 nœuds.

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Magnifique départ du Vendée Globe 2016

Start of the Vendee Globe, in Les Sables d'Olonne, France, on November 6th, 2016 - Photo Jean-Marie Liot / DPPI / Vendee Globe Départ du Vendée Globe, aux Sables d'Olonne le 6 Novembre 2016 - Photo Jean-Marie Liot / DPPI / Vendee Globe

C’est l’édition de tous les records en terme de participants. Les 29 skippers ont eu des conditions magnifique pour le départ. Salués par près de 350 000 spectateurs massés le long des digues du chenal des Sables d’Olonne, puis par plus d’un millier d’embarcations autour de la zone de départ, les bateaux se sont élancés à 13h02 dans des conditions météo exceptionnelles : soleil, vent de nord-nord-est pour 14 nœuds avec un léger clapot. Un départ donné symboliquement par S.A.S le prince Albert II de Monaco qui avait salué chacun des marins au moment de l’appareillage.

Dès le top départ, Kito de Pavant (Bastide Otio), Paul Meilhat (SMA), Tanguy de Lamotte (Initiatives Cœur) et Vincent Riou (PRB) prenaient les devants d’une meute très groupée. Bertrand de Broc (MACSF) et Enda O’Coineen (Kilcullen Voyager – Team Ireland) ont été signalés « Rappel Individuel » pour avoir mordu la ligne quelques secondes trop tôt. Ils ont dû repasser la ligne de départ…

On retriendra l’émotion des skippers au départ des pontons comme celle de Morgan Lagravière ou Jérémie Beyou. Des belles banderolles : Merci Philippe Jeantot créateur de rêve.
Armel le Cleac’h le grand favori “Ca va partir vite surtout cette nuit. On ne va pas bp dormir les premiers jours.”
Bertrand de Broc :” L’experience, c’est un gros mot. On profite des amis avant le départ. C’est important. L’experience d’un départ comme ca c’est d’être serein. On part quand même pour un tour du monde par pour un tour de la baie. Il peut arriver des choses. Il faut le faire à son rythme. Je peux faire mieux qu’il y a 4 ans. En profier au maximum et faire profiter les autres.”

Jeremie : “Je ressens toujours autant d’émotions. C’est une course pas comme les autres. Le départ va être tranquille, vent de travers, vigilance au trafic, apres l’espagne, du vent fort au portant. Le départe sera comme la Solitaire du Figaro. Ce n’est pas inquietant mais très technique. Rapide si on arrive à se faufiler avant l’antycilocne. J’ai le bateau pour aller au bout, j’imagine que je ne serais pas loin des premières places.”

Sebastien Destreameau: “Il y a eu la phase 1 maintenant la phase 2. Je pars dans de bonnes conditions. Le bateau est pret. Je n’ai aucune inquiétude sur l’état du bateau. Cela s’est fait dans la douleur. C’est déjà une victoire de prendre le départ”

Vincent Riou : ” Ca y est on y est le matin d’un départ. C’est une émotion particulière. C’est l’aboutissement d’un projet. C’est une aventure exceptionnelle, c’est la course et les faits vont nous rappeller que c’est une aventure, que ce n’est pas simple de faire le tour du monde.”

 

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Sébastien Josse: « A moi maintenant d’écrire le scénario »

15_66058 © Th.Martinez / GITANA SA. LORIENT - FRANCE . 24 Août 2015. First sail of new IMOCA "MONO60 EDMOND DE ROTHSCHILD" , skipper Sébastien Josse (FRA), co-skipper Charles Caudrelier (FRA)

Le skipper du Mono60 Edmond de Rothschild cachait son émotion avant de quitter les pontons. Le marin qui compte parmi les grands favoris s’apprête à vivre son troisième tour du monde en solitaire. Une « tranche de vie » qu’il a préparée intensément avec l’équipe du Gitana Team, l’écurie de Ariane et Benjamin de Rothschild.

« J’ai plutôt bien dormi et je me suis réveillé juste avant le réveil. Peut être que l’on va pouvoir fermer l’œil quelques minutes la nuit prochaine mais je pense que nous pourrons vraiment nous relâcher seulement au niveau du cap Saint-Vincent (pointe sud du Portugal).
La course va partir assez vite avec quelques manœuvres où il va falloir faire les bons choix de voiles. C’est important d’être dans le peloton de tête parce que le petit temps nous rattrape rapidement par derrière. Partir sur ces aventures nous captive. On a des ambitions, des envies et être au départ du Vendée Globe, c’est une tranche de vie. On ne va pas le faire dix fois : deux, trois, peut-être quatre fois maximum dans son parcours.
Maintenant, c’est à nous d’écrire le scénario. Je sais que je pars faire le tour du monde, mais la notion des trois mois est difficile à intégrer là tout de suite. Les premières parties de la course se déroulent au soleil, comme sur une transatlantique mais l’entrée dans les Quarantièmes sera, je pense, une bonne piqûre de rappel.
En 2004 et 2008 (les deux premiers Vendée Globe de Sébastien), je n’étais pas encore papa. Là, je laisse la famille derrière moi, le petit bout à la maison, ça pince. Il est encore petit et ne se rend pas bien compte de ce qu’il se passe. Papa va au travail ? Oui, papa va au travail. »

Le Baron Benjamin de Rothschild, présent avec son épouse aux côtés de Sébastien et de l’équipe aux Sables d’Olonne : « Ce sont des moments très importants, tout d’abord parce que notre skipper va nous quitter pour longtemps. Il va être seul pendant deux mois et demi, ce que peu de personnes feraient. Sébastien a beaucoup de courage de partir. Chacun sait à quel point cette course est exigeante, réussir à finir est le premier objectif, et après, on peut rêver ! » Quelques mots accompagnés de ceux de la Baronne Ariane de Rothschild : « C’est une profonde fierté aujourd’hui. Celle de la qualité d’un incroyable travail d’équipe qui représente à mes yeux un réel modèle pour le monde de l’entreprise en général. C’est bien sûr aussi un moment extrêmement fort pour notre skipper qui a maintenant les cartes en mains et la course devant lui. Sébastien, on est avec toi et on le sera chaque jour de ce tour du monde que nous allons partager avec passion. »
Cyril Dardashti, Directeur Général du Gitana Team : « Nous avons beau faire ce métier depuis longtemps, c’est toujours un instant saisissant qui concrétise beaucoup de travail. Tu as conscience de ce que Sébastien va vivre et tu as même un peu mal pour lui mais tu sais qu’il y va avec beaucoup d’envie. »
Point sur la situation météo avec Antoine Koch, membre du Gitana Team : « Comme prévu, il y a aura peu de vent au moment du départ, une douzaine de nœuds pendant une trentaine de milles environ. Ensuite, le flux de Nord-Nord Ouest va forcir à 20 puis 25 nœuds. Il sera assez instable et il va falloir bien gérer cela en fin de journée et durant la nuit. Ils arriveront ensuite à la haute du cap Finisterre au lever du jour avec sûrement un petit passage un peu plus calme avant que le vent ne remonte ensuite. Globalement, le début de course va être vraiment très rapide. Les premiers seront dégagés du Portugal dès mardi. »

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Ce qui attend les skippers

A 13h02, les 29 skippers vont s’élancer très rapidement vers le cap Finisterre, distant d’environ 350 milles dans un flux de secteur Nord de 15 à 20 nœuds. Les leaders devraient donc être déjà au large des côtes espagnoles lundi matin avant de mettre le clignotant à gauche pour descendre très rapidement vers le tropique du Cancer…

Le départ va être plutôt tranquille comparé à d’autres éditions, vent de travers. Les skippers devront faire attention au trafic. Les premiers jours vont ressembler à une course type Solitaire du Figaro, très technique pour Jérémie Beyou. “Il va falloir être rapide pour arriver à se faufiler avant l’anticyclone. Celui qui sera devant mercredi ou jeudi pourra être content. ”

De fait, tout est lié à l’anticyclone des Açores qui est installé ce samedi de l’Islande aux Açores et qui se déplace lentement vers le Sud sous la pression d’une ancienne dépression tropicale. Celle-ci s’échappe vers le Groenland et laisse de l’espace à l’anticyclone des Bermudes voué à se décaler vers le Sud-Est et fusionner avec son compère açorien !

A partir de l4espagne, il va falloir jouer sur l’angle d’attaque du vent toujours orienté au Nord pour glisser vers les archipels madérien et canarien. Il faut donc s’attendre à une dispersion de la flotte le long des côtes du Portugal, les « foilers » devant choisir des routes plus agressives pour aller très vite vers la bordure orientale de l’anticyclone, quand les « dériveurs » auront plus de facilité à glisser sur une voie plus directe. Il est ainsi probable que les derniers-nés des prototypes vont devoir manœuvrer plus souvent pour se recadrer car à ce jour, il apparaît favorable de ne pas trop s’écarter de la route directe. Donc longer les côtes africaines à plus ou moins 200 milles où la brise serait plus soutenue.

Mais avec sur la route, les trois archipels qui perturbent les alizés : Madère qu’il faudra déborder soit à une bonne cinquantaine de milles dans l’Est, soit laisser à bâbord à plus de cent milles ; les Canaries qu’il faudra traverser dans un bon renforcement des alizés à plus de vingt-cinq nœuds (mais avec l’incertitude des dévents des îles) ou largement déborder à l’Ouest à plus de deux cents milles (mais dans un flux un peu moins soutenu d’une quinzaine de nœuds).

Mais c’est au niveau de l’archipel du Cap-Vert que les leaders devront choisir : passer entre le Sénégal et les îles où les alizés semblent plus musclés en fin de semaine, ou rester au large en parant largement Santo Antão, le relief le plus à l’Ouest qui culmine à près de 2 000 mètres ! Dans le premier cas, une traversée du Pot au Noir pourrait s’effectuer autour du méridien 28° Ouest, ce qui est positif pour sortir à l’équateur au vent de la flotte ; dans le deuxième cas, le point de percussion serait plus à l’Ouest, autour du méridien 31°Ouest, ce qui impose une voie plus délicate pour changer d’hémisphère puisque les solitaires finiraient très poches des côtes brésiliennes en accrochant les alizés austraux…

Pour mémoire, les IMOCA de la génération après 2008 peuvent aisément aligner 350 milles par jour, alors que les « foilers » atteignent plus de 400 milles sans trop forcer. Ainsi avec cette configuration météorologique, la descente de l’Atlantique Nord s’annonce extrêmement rapide pour les leaders avec une traversée du golfe de Gascogne en moins de 24 heures, le franchissement du tropique du Cancer (latitude 23°26’ Nord, soit légèrement en dessous de Canaries) après trois jours et demi de mer, la latitude de l’archipel du Cap-Vert avant le week-end prochain… Bref, il n’y a pas de trou de vent jusqu’au Pot-au-Noir et les écarts entre les premiers et les derniers avant d’entrer dans cette Zone de Convergence Inter Tropicale (ZCIT) risquent fort d’atteindre plus de mille milles !

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Thomas Coville part aussi

Training for the maxi tri SODEBO, skipper Thomas Coville, prior to his solo circumnavigation record attempt, off Belle Ile, on october 12, 2016 - Photo Jean-Marie Liot / DPPI / SODEBO

Le 6 novembre 2016 s’inscrit déjà comme l’une des dates majeures de la course au large. A la mi-journée aux Sables d’Olonne, 29 solitaires se jetteront à l’assaut du huitième Vendée Globe. Au même moment, Thomas Coville s’élancera de Brest à bord de Sodebo Ultim’, son extraordinaire trimaran de 32 m, pour s’en aller battre le record du tour du monde à la voile en solitaire : 57 jours sans escale. Une lutte de chaque instant contre un adversaire implacable : le chronomètre.

En stand-by depuis à peine une semaine, Thomas profite d’une fenêtre météo exceptionnelle. « La meilleure que j’ai jamais connue en quatre tentatives en solitaire et deux Jules Verne victorieux en équipage. » Incroyable alignement des planètes. Le départ du coureur Sodebo pourrait coïncider à la minute près avec celui des solitaires du Vendée Globe, prévu à 13:02.

Comme si tous ces coureurs au large se retrouvaient littéralement connectés, sous la bannière de Sodebo, parrain officiel du Vendée Globe depuis 2004 et partenaire de Thomas Coville depuis 1998. « Quand je vais franchir la ligne à Ouessant, dit Thomas, je me sentirai en communion avec tous les marins du Vendée Globe, une épreuve unique, l’un des moments les plus forts de ma vie et un voyage qui m’a marqué à jamais (Thomas a terminé 6ème du Vendée Globe en 2000/2001). Je ne remercierai jamais assez Sodebo de me donner une telle liberté. »

L’avantage de ce stand by extrêmement court à Brest, c’est qu’il n’engendre aucune perte d’influx, aucune baisse de forme physique, aucun relâchement dans la motivation psychique. Il s’interrompt à l’improviste pour sauter sur l’occasion de profiter de conditions exceptionnelles, voire sensationnelles, celles dont rêvent tous les pilotes de bolides à voile : une glisse ininterrompue, à 25 nœuds de moyenne, voire bien plus, qui devrait permettre d’atteindre l’Equateur en moins de six jours et de doubler la pointe sud de l’Afrique en douze jours, avec près de deux jours d’avance sur le record…

« Je rêvais d’avoir les concurrents du Vendée Globe devant moi, avoue Thomas. Pour qu’ils puissent me servir de balises météo. Mais c’est moi qui vais jouer les éclaireurs. »

Repères :
Départ du quai du Port du Chateau de Brest vers 8h
Passage de la ligne au large de Ouessant à la mi-journée

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Dernière soirée à terre pour les skippers

Partner Icewatch panel on pontoons of the Vendée Globe in Les Sables d'Olonne, France, on November 4th, 2016 - Photo Jean-Louis Carli / AFP / DPPI / Vendee Globe Panneau du partenaire Icewatch sur le village du Vendée Globe aux Sables d'Olonne, le 4 Novembre 2016 - Photo Jean-Louis Carli / AFP / DPPI / Vendee Globe

C’est le grand jour demain. A 13h02, S.A.S. le prince Albert II de Monaco donnera le top départ du 8e Vendée Globe. Ce matin, les 29 skippers ont participé au dernier briefing de la Direction de Course, écouté les ultimes conseils prodigués par Alain Gautier, le consultant sécurité du Vendée Globe. Tels des astronautes en partance pour une autre planète, les marins goûtent pour la dernière fois aux bonheurs des terriens : manger un bon repas, dormir dans un vrai lit et profiter des proches. Bientôt, il sera temps de gérer la grande émotion du départ ponton, le premier appareillage aura lieu demain matin à 8h50.

« Le dernier briefing est toujours un moment important. C’est le dernier échange serein que l’on peut avoir avec les skippers. Demain sur les pontons, les visages ne seront plus les mêmes, il y aura beaucoup d’émotion. Nous leur avons donné les ultimes recommandations avec Alain Gautier (consultant sécurité du Vendée Globe, ndlr), nous avons reparlé de la disparition de Guo Chuan, un marin qui nous était cher à tous. Cela remet les choses dans un certain contexte même s’il ne faut pas dramatiser. Tous savent qu’ils partent pour un tour du monde qui ne sera pas simple. J’ai essayé de leur faire passer qu’ils doivent prendre du plaisir, et on leur redit que l’équipe de la Direction de Course est avec eux 24h/24 », expliquait ce matin Jacques Caraës, Directeur de Course à la sortie du traditionnel briefing skipper la veille du départ.

Un peu de douceur avant de rentrer dans le dur…
Peu de marins ont fait leur apparition sur le ponton du Vendée Globe aujourd’hui, plongés dans leur cocon familial, un œil sur les fichiers météo des prochains jours. « Il faudra être en forme demain matin. Ce soir, je dîne tranquillement en famille, je fignole mes petites affaires, je regarde la météo et je vais me coucher tôt », confiait Vincent Riou à la sortie du briefing. Yann Eliès, lui-aussi, a décidé de profiter une dernière fois de ces petits moments de douceurs : « Ce soir, je fais un repas à la maison, tranquille avec les enfants, ma femme m’a préparé un filet mignon et des carottes… Hier soir, on a regardé Koh Lanta à la télé en famille, j’ai besoin de normalité et de choses très simples avant de partir. »

Vers un sprint jusqu’à l’équateur
Dimanche à 13h02 donc, les 29 solitaires vont pouvoir s’élancer rapidement, poussés par 15-20 nœuds de vent, vers le cap Finisterre distant de 350 milles. Si tout va bien, les IMOCA à foils devraient être déjà aux larges des côtes espagnoles lundi matin avec un vent qui devrait monter d’un cran : 35 nœuds, peut-être 40 dans les rafales. Premier passage à niveau, première option : le contournement du DST, le dispositif de séparation de trafic, interdit à la navigation. La logique voudrait que les concurrents poursuivent le long des côtes portugaises, là où la brise est bien présente, mais certains pourraient jouer la prudence et contourner par le large. Déjà, les skippers auront en tête leur stratégie et leur angle d’attaque pour éviter les trois archipels qui sont sur leur route : Madère, les Canaries puis le Cap Vert. « Il y aura des choix stratégiques à faire rapidement après le dégolfage, il ne faudra pas se tromper, et rester en accord avec soi-même, ne pas trop regarder ce que font les autres », confiait Arnaud Boissières ce midi. Dans tous les cas, la descente de la première moitié de l’Atlantique devrait faire tomber des records !

Ordre d’appareillages de 29 IMOCA :
8H50 One Planet One Ocean : Didac Costa
8H54 SMA : Paul Meilhat
8H58 Hugo Boss : Alex Thomson
9H02 Le Souffle du Nord pour le Projet Imagine : Thomas Ruyant
9H 06 Quéguiner- Leucémie Espoir : Yann Eliès
9H10 Edmond de Rothschild : Sébastien Josse
9H14 Newrest-Matmut : Fabrice Amedeo
9H18 Bastide Otio : Kito de Pavant
9H22 Foresight Natural Energy : Conrad Colman
9H26 La Fabrique : Alan Roura
9H30 StMichel-Virbac : Jean-Pierre Dick
9H34 Finistère Mer Vent : Jean le Cam
9H38 Spirit of Hungary : Nandor Fa
9H42 CommeUnSeulHomme : Eric Bellion
9H46 Spirit of Yukoh : Kojiro Shiraishi
9H50 Kilcullen Voyager – Team Ireland : Enda O’Coineen
9H54 Great American IV : Rich Wilson
9H58 Safran : Morgan Lagravière
10H02 Bureau Vallée : Louis Burton
10H06 Famille Mary – Etamine du Lys : Romain Attanasio
10H10 La Mie Câline : Arnaud Boissières
10H14 Compagnie du Lit – Boulogne Billancourt : Stéphane le Diraison
10H18 No Way Back : Pieter Heerema
10H22 Initiatives Cœur : Tanguy de Lamotte
10H26 Banque Populaire VIII: Armel Le Cléac’h
10H30 MACSF : Bertrand de Broc
10H34 Maître CoQ : Jérémie Beyou
10H38 TechnoFirst – faceOcean : Sébastien Destremau
10H42 PRB : Vincent Riou

Ils ont dit :

Nandor Fa, Spirit of Hungary
« Les prévisions me conviennent. Je passerai la soirée avec ma famille, ma femme et mes enfants. Ils ont organisé une soirée sur la plage et on écoutera de la musique et boire un petit coup. Je me coucherai à 22h après avoir passé de bons moments avec mes proches. Je me repose, car on aura pas mal de boulot en mer les trois premiers jours. »

Morgan Lagravière, Safran
« Ce soir, je vais profiter de ma famille et de mes proches, ce seront mes derniers instants de terrien. Je me prépare mentalement à ce changement radical de vie. Ce n’est pas évident. Pour le départ, la stratégie est claire. J’essaye de réviser, de refaire une petite analyse aujourd’hui, mais le schéma est simple et clair depuis quelques jours. L’idée c’est de se conditionner mentalement. Je vais me coucher de bonne heure, plus tôt qu’hier soir, me faire un dernier bon repas du soir, une bonne dernière nuit, dormir dans un vrai lit, et demain on sera à fond ! ».

Jérémie Beyou, Maître CoQ
« Le fait que mes enfants soient déjà partis, c’est mieux pour eux et pour moi, parce que le jour du départ, c’est toujours difficile de donner beaucoup d’attention à ses proches. Cela n’a pas été facile de leur dire au revoir. Ils ont 9 et 13 ans, ils se rendent davantage compte de la durée de l’absence, ils savent aussi que cette course comporte des risques et qu’il peut y avoir de l’échec. Je suis très fier d’eux parce qu’ils ont bien pris sur eux, ils se sont serrés les coudes entre frères. Ils vont suivre le départ à la télé, j’ai d’ailleurs promis de leur faire un petit signe spécial lors de la descente du chenal.»

Fabrice Amedeo, Newrest-Matmut
« Je commence à vraiment me projeter dans la course vu que les routages sont assez précis. J’imagine ce bord de reaching sur le cap Finisterre, l’envoi du gennaker, du jibe le long des côtes portugaises et le vent qui se renforce. Je décompose un peu les choses : le matossage, la configuration de départ du bateau. Je ne pense pas à l’émotion. J’ai quitté mes enfants mercredi. Je voulais les tenir à l’écart de tout ça, de cette émotion. Je ne voulais pas leur imposer les pleurs sur le ponton ni m’imposer ça à moi aussi. Ça a été un moment d’émotion mais pas plus que ça parce que je n’étais pas non plus en train de remonter le chenal quand je leur ai dit au revoir. C’était sur le quai de la gare, ça a duré un petit quart d’heure. C’était très sympa. Le plus dur a été fait donc je suis très serein.»

Alex Thomson, Hugo Boss
« Ca a l’air bien pour le départ ! Il y aura peut-être jusqu’à 15 nœuds. Nous serons au débridé travers pendant les premières heures. Le vent se renforcera en tournant. Aux abords du cap Finisterre, la météo annonce 30-35 nœuds, voire même 40. Je ne crois pas que ce sera aussi fort que cela. Il va falloir négocier le dispositif de séparation de trafic (DST) qui implique déjà une option à prendre, à l’est ou à l’ouest. Ensuite, les riches vont s’enrichir. Je pense que nous mettrons 6 à 7 jours pour arriver à l’équateur.»

Vincent Riou, PRB
« Concernant les premières heures de course, les choses commencent à être claires dans la tête de beaucoup de gens. J’ai bien réfléchi aux enchaînements qu’il faudra faire, c’est dans les tuyaux ! Maintenant il va falloir y aller et ne pas faire d’erreur. On a des belles conditions, mais ça va être rapide, il faudra être en forme demain matin. Ce soir, je dîne tranquillement en famille, je fignole mes petites affaires, je regarde la météo et je vais me coucher tôt. »

Yann Eliès, Queguiner – Leucémie Espoir
« Ce soir, je fais un petit repas à la maison, tranquille avec les enfants, ma femme m’a préparé un filet mignon et des carottes… Hier soir, on a regardé Koh Lanta à la télé en famille, j’ai besoin de normalité et de choses très simples avant de partir. Je vais aussi partager un peu d’intimité avec mon équipe, les full-speed comme je les appelle ! Je suis très fier d’eux, ils ont vraiment beaucoup donné depuis deux ans. Ensuite c’est au lit vers 22-23h pour se réveiller demain matin, sans doute avec la boule au ventre ! »

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Jérémie Beyou s’attend à un début de course très engagé

©Eloi Stichelbaut / Maître CoQ

Jérémie Beyou participera pour la troisième fois au Vendée Globe. La gestion du départ, il connaît et notamment l’émotion liée à la séparation d’avec ses proches, qu’il a souhaité cette année anticiper. Contrairement à l’édition précédente, ses enfants sont ainsi restés à la maison : « C’est mieux pour eux et pour moi, parce que le jour du départ, c’est toujours difficile de donner beaucoup d’attention à ses proches. Cela n’a pas été facile de leur dire au revoir. Ils ont 9 et 13 ans, ils se rendent davantage compte de la durée de l’absence, ils savent aussi que cette course comporte des risques et qu’il peut y avoir de l’échec. Je suis très fier d’eux parce qu’ils ont bien pris sur eux, ils se sont serré les coudes entre frères. Ils vont suivre le départ à la télé, j’ai d’ailleurs promis de leur faire un petit signe spécial lors de la descente du chenal. Si on me voit faire des choses improbables à la télé, ce n’est pas que je me la raconte, mais ce sera une spéciale dédicace aux enfants ! » Cette descente du chenal, Jérémie ne s’en lasse pas, conscient qu’elle reste un moment très rare dans une vie de marin : « Jamais, nous ne sommes entourés par autant de monde, cela fait chaud au cœur d’être soutenu comme ça. Il faudra en profiter, mais ne pas non plus tomber dans l’émotion parce deux heures après, je serai en course. »

Les derniers instants, Jérémie les vivra avec son équipe technique qui débarquera peu avant 13h, le laissant seul pour négocier le départ de ce Vendée Globe 2016-2017 à 13h02. Un départ qui s’annonce cette année particulièrement favorable, avec une brise de nord d’une quinzaine de nœuds et surtout peu de mer, soit des conditions optimales pour les foilers, et notamment pour Maître CoQ. « C’est un scénario pas mal du tout, reconnaît Jérémie. Ce sont quand même des conditions décontractantes, on sent que c’est plus relax sur le ponton. » Les conditions seront idéales pour une descente très rapide du Golfe de Gascogne – les premiers sont attendus lundi matin au cap Finisterre ! -, elles seront aussi assez sollicitantes pour les hommes : « Techniquement, entre les bons choix de voiles à faire et les manœuvres à ne pas rater dans du vent de plus en plus soutenu, il y aura quand même du boulot. Et il y aura sans doute du monde en mer, notamment des pêcheurs vers le Cap Finisterre, il faudra être bien vigilant. » Les premiers choix stratégiques concerneront la zone de séparation du trafic (DST) au large du Cap Finisterre, à passer à l’intérieur ou à l’extérieur, puis le contournement de l’anticyclone des Açores. « La situation est cependant assez claire » aux yeux du skipper de Maître CoQ qui s’attend à un début de course très engagé de la part des favoris : « On va essayer de viser le 100% plutôt que le 95 ou le 97, il n’y aura pas de retenue à avoir ! »

Au moment de quitter le ponton de Port Olona puis de prendre le départ de son troisième Vendée Globe, Jérémie Beyou, s’il sera concentré à fond sur sa machine, aura une pensée pour son équipe et le travail accompli depuis quatre ans : « Je me retourne régulièrement sur le travail qui a été fait, je vois bien tous les moments charnières de ce projet qui est parti d’un échec sur le précédent Vendée Globe que nous avons vite assumé, en parvenant à redresser la barre. Nous avons posé les nouvelles pierres à l’édifice qui nous permettent aujourd’hui d’être ambitieux au départ du Vendée, avec une équipe bien équilibrée, un bateau Maître CoQ parfaitement optimisé et des partenaires qui nous ont accompagnés dans nos choix. Nous avons fait une grosse route ensemble, sans jamais perdre confiance en nous, je suis très fier de représenter cette équipe et ces partenaires. » Place désormais à la compétition pour le skipper dont la détermination est particulièrement forte : « Ils me disent tous que c’est maintenant à moi de faire le boulot, ils me mettent gentiment la pression. C’est légitime, parce qu’ils ont envie que leur travail aboutisse à un résultat sportif. Qu’ils aient confiance, je donnerai le maximum, je vais prendre soin de leur bateau, tout en essayant de le faire avancer vite. Et je suis persuadé que quand on se reverra dans trois mois, il y aura plein de sourires sur les visages. »

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Entretien avec Francis Joyon qui repasse en code rouge

Maxi Trimaran IDEC SPORT, Skipper Francis Joyon, stand-by ambiance, prior to their Jules Verne record attempt, crew circumnavigation, in Brest on november 21, 2015 - Photo Francois Van Malleghem / DPPI / IDEC Sport

L’année dernière, ils étaient deux bateaux à tenter de battre le record du Trophée Jules Verne détenu par Loïck Peyron et à échouer. Idec skippé par Francis Joyon est le seul à repartir mais accompagnés de Thomas Coville sur Sodebo et des Imoca du Vendée Globe. Il y aura du monde au cap Horn. Rencontre avec Francis Joyon actuellement en standby à Brest pour un départ possible dans les jours qui viennent.

Qu’est-ce qui te pousse à y retourner ?
C’est une bonne question : si on avait battu le record, on n’y retournerait pas. On ne l’a pas battu donc on y retourne. Il y a une logique. En dehors de ça, c’est une belle navigation. Une des plus belles du monde. On a un travail à finir.

Qu’est-ce qui va changer sur ce défi par rapport au précédent ?
Sur le bateau, on a fait mille petites choses mais rien de fondamental. On a mis des protections pour que le barreur et les wincheurs soient mieux protégés des paquets de mer. C’est un bateau qui n’était pas du tout protégé à ce niveau-là. Cela va permettre d’économiser un peu les forces de l’équipage. On a une grande voile et un gennaker tout neufs. On a fait plein de petits trucs pour gagner du poids, comme changer les diamètres de certains bouts. On repart avec la même équipe, le même équipage et le même routeur, Marcel Van Triest.

Le fait qu’il n’y ait pas Spindrift, et cette fois-ci Thomas qui sera là, cela change quelque chose pour toi ?
Oui, on a suivi tout cela. Je ne sais pas comment ils l’ont vécu à bord de Spindrift l’année dernière. Nous, à la fois, cela nous donnait des marques, parce qu’on découvrait un peu le bateau qu’on ne connaissait pas si bien que cela. Dans un sens, le fait qu’il y ait eu Spindrift, cela nous a aidés. Mais en même temps, cela pousse à prendre un peu plus de risques, comme lorsqu’on a été bord à bord. Il y avait du bon et du mauvais. Thomas n’est pas un concurrent pour nous. Il se bat contre mon record en solitaire.

On se souvient que vous avez été un peu limite en réserve de gasoil. Vous allez en emmener plus ?
Non, on part avec les mêmes bases, et peut-être même un peu moins de gasoil, mais simplement on part avec plus de panneaux solaires. L’année dernière, on n’avait qu’une seule éolienne. Là, on part avec deux, que l’on peut mettre en parallèle si nécessaire, si on manque d’énergie. Cette énergie servira essentiellement pour l’alimentation électrique des appareils, centrale de navigation, GPS, radar. Le radar est un gros consommateur. On l’a changé pour un radar 4G qui permet de voir mieux les icebergs.

Tu auras un budget plus important pour les images satellites dans la zone des glaces ?
On n’a pas vraiment manqué de cela la dernière fois. On n’a pas utilisé tout notre budget parce qu’on s’est aperçus que cela ne servait pas à grand-chose. On ne peut voir que les icebergs supérieurs à 150 m. En plus, si on veut commander une photo et que ce jour-là il y a une mauvaise visibilité avec une couverture nuageuse, cela ne sert à rien. Je dirais qu’au contraire, on va plutôt diminuer ce budget pour le consacrer à d’autres fonctions, comme le radar. On en a un maintenant qui marche, alors que le précédent était d’époque ! On n’a jamais vraiment été très convaincus qu’il fonctionnait correctement. C’est important d’en avoir un dans ces zones.

Par rapport à ton tracé de l’année dernière, tu vas descendre plus bas ?
La météo en décidera. A priori on a gagné beaucoup quand on a plongé dans le sud de l’océan Indien. On ne pensait pas gagner autant dans le sud du Pacifique, donc on n’était pas descendus très bas. Si on peut gagner du temps en allant en bas, on le fera. On a déjà fait ce type de choix alors que les conditions étaient plutôt défavorables.

Que faut-il pour gagner ?
Il faut avoir une certaine réussite tout le temps. On est face à un record qui est très pointu, et cela ne tolère aucun océan contrariant. Il faut qu’ils soient à peu près tolérants et qu’on puisse naviguer normalement. Si on bute contre un Atlantique Nord vent debout tout le temps, comme l’année dernière, le record ne peut pas être vaincu.

Que vas-tu chercher personnellement dans cette aventure ?
J’ai découvert l’année dernière la navigation en équipage. On est forcément moins contemplatif de la nature. On est plus dans un fonctionnement qui est propre à l’humanité, avec les quarts, et un peu moins en phase avec la nature. Mais j’ai bien aimé ce tour du monde en équipage. Cela m’a apporté beaucoup de choses. J’ai appris à naviguer dans ce système de quart que je ne connaissais pas beaucoup. Avec les autres, on a partagé beaucoup de connaissances. Je pense qu’on s’est transmis dans toutes les directions, des vieux vers les jeunes mais aussi l’inverse. Un partage dans toutes les directions, tous azimuts. Comme Gwénolé qui a des connaissances très pointues dans des domaines comme l’informatique, qu’il connaît parfaitement, et qu’il a partagées avec moi. La transmission de connaissance était réelle entre tout le monde, et c’est cela qui est sympa. On avait plaisir à le faire, comme à recevoir aussi.

Tu les as un peu freinés lors de la première tentative pour éviter qu’ils y aillent à fond ?
Je pense qu’ils ont une certaine prudence naturelle. Ils ont de l’expérience, ils ont beaucoup navigué avant. Ils savent que la mer peut être méchante et qu’il faut savoir la respecter. Je ne les ai pas vraiment freinés pendant ce Tour du monde, sauf peut-être Bernard, mais à peine.

Vous vous êtes entraînés, depuis ?
On a fait un aller-retour en Méditerranée tous ensemble pour notre partenaire IDEC. Cela nous a permis de réviser un peu le bateau.

Vous êtes à Brest, après un code orange vous êtes repassés aujourd’hui samedi en Code Rouge…
Les conditions en Atlantique Nord sont quasi idéales, mais nos routages nous voient arriver à Bonne Espérance avec un jour et demi, voire deux jours de retard sur le record. Je suis un peu déçu de ne pas saisir l’établissement entre Ouessant et l’Equateur de ce vent forcissant de Nord, puis Nord-Ouest, propice à nous propulser en 5 jours jusqu’au parallèle Zero. L’anticyclone de Sainte Hélène est actuellement positionné très bas, ce qui nous obligerait à plonger très sud pour bénéficier de vents portants. Une stratégie coûteuse en distance parcourue, et surtout très risquée compte tenu de la présence importante de glaces en ces latitudes.

 

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Passage de témoin entre François Gabart et Paul Meilhat

©B. Carlin / SMA

Paul Meilhat a hérité du monocoque de Francois Gabart, vainqueur de la dernière édition du Vendée Globe. Ce dernier est venu saluer Paul Meilhait aux Sables. Un passage de témoin symbolique qui braque les projecteurs sur ces 18 mètres de carbone et de haute technologie qu’est un voilier du Vendée Globe. Seul autour de la planète, le marin n’est rien sans la confiance qu’il place en son bateau. Le 60 pieds SMA a un pédigrée exceptionnel. Paul a eu deux ans pour l’envisager, l’apprivoiser et former avec lui un couple équilibré. Un gage de sérénité à 48 heures du départ.

« Il faut bien couper le cordon ombilical ! » s’amuse François Gabart dans le cockpit de SMA, quelques heures avant de confier symboliquement « les clefs du camion » à Paul. Conçu en 2011, ce plan VPLP-Verdier à la mode Mer Agitée a mené François au firmament de son premier Vendée Globe. « C’est un bateau important pour moi. Je suis ravi de voir que toute l’équipe s’en occupe parfaitement et ravi qu’il soit désormais entre les mains de Paul. J’espère qu’ils vivront ensemble une belle aventure ».

« Il y a des bateaux faciles. Celui-là en fait partie. Quand tu agis sur les commandes, sa réaction est immédiate. C’est un bateau avec lequel on peut naviguer au feeling, presque sans regarder les compteurs, et il est très sain dans ses trajectoires », explique Paul. « Dans le cahier des charges, à la conception, nous avions une ambition de performance, évidemment, mais aussi la volonté de ne pas faire quelque chose de trop compliqué, précise François. C’est un bateau idéal pour un premier Vendée Globe. Il est sain, il parle bien. Il donne des sensations. Ce dont il a besoin, c’est qu’on l’écoute, qu’on le ressente, qu’on le pousse à son potentiel. De toute façon, un bateau n’est heureux que s’il est bien réglé ».

Pour rendre heureux son bateau, il faut le connaître parfaitement, une relation que Paul a réussi à construire ces deux dernières années et qu’il juge indispensable pour la performance. « Etre le mieux placé possible au sein du groupe de tête », tel est l’objectif qu’il s’est fixé. Aujourd’hui, une force tranquille émane de Paul Meilhat. A deux jours du départ, le marin de 34 ans qui fait partie des 14 bizuths de ce Vendée Globe, s’élance en confiance, à bord d’un voilier qu’il maîtrise. Un sentiment de sérénité nourri par une météo favorable annoncée pour les premiers jours de course : des vents portants modérés pour traverser rapidement et sans drame le golfe de Gascogne.

Paul Meilhat, à propos du Vendée Globe et de ses objectifs : « Dans cette course tout est PLUS : plus loin, plus dur, plus longtemps, plus seul. C’est l’accomplissement d’une démarche de course au large : on fait notre marathon à nous. J’y vais pour découvrir. Avec un bagage, de l’expérience mais sans certitude. On sait que statistiquement, un bateau sur deux termine la course. Donc, il faut d’abord finir. Parallèlement, depuis le début du projet, on s’est inscrit dans une démarche de performance. On a un bateau qui a un sacré palmarès et qui est rapide. Je m’entraîne au Pôle Finistère Course au large avec les meilleurs. Ici, il y a 10 bateaux qui partent pour faire des résultats. J’y vais aussi avec une ambition sportive : le mieux placé possible dans le groupe de tête ».

François Gabart : « Si j’avais un conseil à donner à Paul ? Vivre cette aventure à fond. Un premier Vendée Globe, il n’y en a qu’un. Quoi qu’il se passe derrière et quelle que soit l’issue de cette course, ce sont des moments de vie énormes. Il faut qu’il ne se prenne pas trop la tête, qu’il ne fasse pas des choses trop compliquées, qu’il prenne soin de lui et de son bateau ».

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Sébastien Josse parmi les grands favoris

Sébastien Josse a cette chance d’évoluer au sein d’une véritable écurie de course au Large qui fêtera cette année plus de 140 ans d’une véritable saga familiale. Le Vendée Globe est un rendez-vous majeur pour l’équipe. « Le Vendée Globe est une tranche de vie. Quand tu as la chance de préparer une telle épreuve, c’est un engagement fort pour toute une équipe. Cela bouleverse nos vies pendant plusieurs années. Dans le Gitana Team, nous sommes obnubilés depuis longtemps par cette date du 6 novembre. »

L’évolution des bateaux depuis son premier Vendée Globe : « En 2004, mon bateau VMI était à des années lumières naturellement de Edmond Rothschild. Il y avait 4,5 tonnes d’eau dans les ballasts. On plafonnait à 20 nœuds alors que désormais, nous dépassons les 30. »

L’inconfort à bord : « Il faut s’habituer surtout parce que le comportement du bateau a changé mais c’est comme tout, avec le temps, on subit moins et on gagne en confiance. »
La maîtrise de sa machine : « Sur mer plate et avec des conditions medium à medium « plus », je peux maîtriser Edmond de Rothschild à 100% mais avec les foils dans de la mer, je pense être plutôt à 80%. Et si le bateau est vraiment trop malmené, nous pouvons enlever de la puissance en rentrant le foil et en déchargeant les ballasts. »

L’augmentation possible des risques corporels sur les foilers : « C’est un mauvais procès que l’on fait aux foilers. Si on se remémore les accidents de Yann Eliès (Vendée Globe en 2008) et Paul Meilhat (Transat St Barth – Port la Forêt 2015), c’était sur des bateaux à dérives droites. Nous avons aussi tous des cockpits très protégés et tant que l’on est dessous, nous sommes quand même bien en sécurité. »

Le changement des repères à bord des foilers : « On se rapproche de plus en plus des multicoques, avec des voiles plus écartées et des profils plus fins. Et aussi, avec l’objectif de naviguer toujours le plus à plat possible, là où le bateau va le plus vite. »

La zone d’exclusion dans le Grand Sud liée à la présence d’icebergs : « Cela existe depuis 2004 mais la manière de la délimiter a évolué dans le temps. En 2012, c’était des portes à passer et les concurrents plongeaient Sud entre chaque. Là, c’est une ligne continue à ne pas franchir. Mais avant, les portes étaient plus Nord que la ligne actuelle donc au final, cela ne change pas grand chose. »

Des conditions météo en début de course propices aux foilers : « Nous attendons un vent de Nord qui va évoluer au Nord-Est, permettant de glisser au portant dans un medium bien soutenu, favorable c’est vrai pour les foilers sauf si c’est plus abattu et dans ce cas là, les non-foilers seront aussi à l’aise. On pourrait être à la hauteur des Canaries en trois jours, ce qui est rapide. La question du rythme à donner d’emblée va dépendre de chacun. Le Vendée Globe ne se gagne pas parce qu’on est le premier au Pot-au-Noir et encore moins si tu casses avant d’y arriver. Donc il faut surtout réussir à s’installer dans son propre rythme. »

Sur les pronostics de la course : « Je n’accorde pas d’importance aux pronostics car le Vendée Globe dicte sa loi. En 2008, Armel (Le Cléac’h) termine 2e après avoir eu jusqu’à 1000 milles de retard. Tu ne peux jamais savoir ce qui va se passer et, quand tu le vis, tu t’en rends vraiment compte. »

L’endroit qu’il redoute le plus sur le parcours : « Le Golfe de Gascogne, à l’aller comme au retour. Tu peux terminer avec 60 nœuds de vent et la houle redoutable du cap Finisterre à l’entrée du plateau continental. Tant que la ligne n’est pas franchie, le Vendée Globe n’est jamais fini. »

L’émotion du chenal dimanche : « C’est une émotion forcément un peu contrôlée. On a les larmes aux yeux, la gorge nouée et la boule au ventre car on part pour longtemps. Le public est là, pour nous encourager, c’est super. En même temps, on sait que quelques minutes plus tard, on sera en mer, peu de temps avant le départ, avec beaucoup de bateaux autour de nous. Alors, je dois rester concentré, comme toute l’équipe. »

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