Jour 35 : Thomas a parcouru la moitié de l’Atlantique Sud à l’heure où Francis Joyon n’avait pas encore passé le Cap Horn en 2007. La remontée est tonique, l’océan est fidèle à sa réputation. Thomas nous envoie une belle carte postale : 30 à 40 noeuds de vent, une mer hachée… Des conditions difficiles mais un paysage “sublimement beau”.
Thomas Coville à moins de 5000 milles de l’arrivée

Thomas Coville a passé la barre des 5000 milles à parcourir pour franchir la ligne d’arrivée à Ouessant. Devant lui, une nouvelle porte du tour du monde à la voile avec le passage de l’Equateur “retour” prévu entre samedi soir et dimanche matin.
Joint par téléphone, il raconte cet Atlantique Sud difficile…
GESTION DE L’EFFORT
« Je savais que l’Atlantique serait difficile. Cette partie de l’Atlantique sud, il faut que je la gère, que je la contrôle, que je me contrôle. Je ne me repose pas du tout. Pour cette remontée, tu puises dans la réserve physique. Je n’ai que très peu de temps pour moi. J’ai sans doute empanné 30 fois lundi pour faire passer le gennaker (la voile d’avant qui mesure 380m²) devant l’étai, c’est un travail titanesque. Faire passer les voiles dans le petit temps est un effort colossal. Hier j’ai mis 2 heures 30 pour un changement de voiles d’avant qui pèsent entre 110 et 130 kg chacune. »
« Je suis très généreux dans l’effort et à un moment donné tu le paies. C’est la même chose que lorsque je fais 150 kms à vélo ou 50 kms de course à pied ! Il faut que je gère ça. La générosité que tu as pour bien faire le truc, c’est aussi pour ça qu’on est en avance. »
LA MOTIVATION
« Elle est alimentée par l’avance mais je ne regarde pas. Le stress est plus fort quand tu as des vitesses plus rapides, plus élevées. L’engagement est intense. Je suis tout le temps à fond. Je me projette peu. Si je me projette, ça me met la pression. A deux jours de l’arrivée, tu peux percuter quelque chose, tu peux te payer la pire tempête du tour du monde dans le golfe de Gascogne comme Peter Blake sur Enza. Tu ne sais pas de quoi sera fait l’avenir. Plus haut, tu peux passer de 30 à 2 nœuds et rester dans un système pendant plusieurs jours. Sans compter tout ce qui est technique. Sodebo Ultim’ est gros et il est fatigué comme le bonhomme. Je serai plus serein dans deux jours si on arrive à passer le front froid. Et l’Equateur sera une autre porte de délivrance. On a eu beaucoup de réussite à l’aller, le retour est difficile. Je ne sais pas dans quel état je serai à l’Equateur. »
SOLITUDE EXTREME
« Lundi c’était une journée noire. C’est comme pour un coureur à pied qui fait de l’ultra trail et ne peut pas s’arrêter parce qu’’il avance sur un tapis roulant. J’ai l’impression de vivre la même chose. Tu es à bout de sommeil et tu es obligé d’agir. Je m’accroche à mes petites victoires : une réparation, une manœuvre difficile que je réussi. J’arrive à me congratuler, j’accepte d’être content. C’est à ça que je m’accroche pour rester dans une spirale positive. Dans 2 à 3 nœuds de vent, tu dois faire au mieux avec ce que tu as et nerveusement c’est terrible. Quand je réussis, le factuel m’apporte du plaisir ! »
LE QUOTIDIEN
« Depuis un mois et demi presque, je vis dans une cabane, comme un refuge de montagne et je vis dehors. On vit très bien dehors.
Je suis dans l’ordinaire total. Mon quotidien est ordinaire. Les trois derniers jours ont été très difficiles psychologiquement. Et puis hier, j’ai pris ma première douche sous la bôme avec l’eau de pluie qui s’était accumulée. Je me suis même lavé les cheveux, ils sont presque soyeux (rires) ! Après cela, j’aurai voulu m’allonger et dormir, mais ce n’était pas au programme… Sinon je vous rassure, je me lave tous les deux ou trois jours avec des lingettes et je me brosse les dents tous les jours.
Au menu hier soir : des protéines pour avoir des forces, des noix et des amandes pour tenir les 15/20 heures de gros efforts devant moi. Je n’ai quasiment pas mangé de sucre depuis le départ, juste un coca à chaque cap ! »
LES JOURS ET LES NUITS SE CONFONDENT
« Il est difficile de garder un rythme régulier quand tu changes d’heures tout le temps. Le temps se décale en permanence. Si tu t’alignes sur le soleil, tu peux rapidement sauter des repas. Cette gestion n’est pas facile. Dans le sud, il faisait nuit quasiment une ou deux heures sur 24h, c’était magique.
C’est pareil quand je suis passé en 4-5 jours des gants/cagoules à torse nu pour manœuvrer. Ton quotidien change tellement vite… J’ai toujours les gants sur la table à carte, je n’ai pas encore eu le temps de tout ranger.
Allez je raccroche, il y a un nuage noir… »
Louis Burton serein à mi-parcours

Parti le 6 novembre des Sables d’Olonne avec un objectif de boucler ce Vendée Globe en 90 jours, le skippeur malouin réalise actuellement sa « course parfaite». Après avoir passé le Cap Leeuwin hier, Louis Burton dresse un premier bilan à mi-parcours de son tour du monde. Par deux fois, il s’illustre de la flotte en ayant parcouru le plus grand nombre de miles en 24 heures (son record : 447 miles le 10 décembre). Longtemps à la 11ème place, il se cramponne dorénavant à la 9ème place de ce Vendée Globe. Il reste leader du 2ème peloton au 39ème jour de course, malgré les petits problèmes techniques rencontrés depuis le départ (safran, grand spi, pilote automatique,…).
Louis Burton raconte : « J’ai la banane, un grand sourire sur les lèvres depuis que j’ai passé le Cap Leeuwin. J’ai mis un peu de sud dans ma route, les prévisions de routage me mettent dans le Pacifique dans pas longtemps. Je suis impatient d’y être. Je suis rincé mais je suis très content, je commence à y croire, on approche de la moitié. Je sais qu’il ne faut pas s’enflammer, derrière c’est encore très long, il reste au moins la même chose à faire et le Pacifique est encore plus éloigné de tout mais je regarde le ciel tous les jours en me disant pourvu qu’il n’y ait pas de problème. La bateau est très bien préparé donc je suis serein. J’essaye de tirer 100% du potentiel de Bureau Vallée. Dans l’Atlantique quand il fallait envoyer au spi pour 2 ou 3 heures, je le faisais mais la dans l’Indien je n’ai pas toujours été aussi raisonnable et ça a payé.»
Bizuth des mers du Sud, son aventure dans l’Océan Indien a tenu toutes ses promesses :
« C’était surprenant, physique, dur psychologiquement. Y a tout le temps du vent, une mer assez grosse, un temps gris, orageux, t’arrête jamais. J’ai vu des baleines tout prés du bateau, puis, Kito a eu son problème avec sa quille, j’ai été mis en alerte pour peut être aller le chercher puis ensuite il a fallu passer à côté de son épave. On m’a signalé un iceberg hors de la zone d’exclusion des glaces. On en sort à peu prés indemne avec un peu de réussite et pas mal de chance, parce que si tu passes par la avec de la malchance ça peut très mal finir» explique Louis.
Avec une avance de plus de 500 miles sur son poursuivant, ce n’est pas le moment de se relâcher. Louis reste attentif et concentré :
« Je fais le tour d’usure du bateau tous les jours à l’intérieur mais à l’extérieur c’est un peu compliqué pour le moment. Je me suis fait une frayeur il y a 2 jours en faisant un check sur la quille, j’avais un des boulons qui tient le vérin sur la tête de quille qui était en train de se desserrer, on n’est pas passé loin de la correctionnel mais j’ai pu gérer ça à temps. Maintenant je vais devoir trouver une solution car j’ai des entrées d’eaux par la fausse mèche de safran qui est dans le cockpit, y a un joint qui fait défaut donc je travaille sur ce sujet la en ce moment. »
A l’orée du Pacifique, le skippeur malouin n’en oublie pas la vie à Terre :
« Si je devais commander quelque chose au Père Noel, ce serait de décaler Noel au 20 février pour être sur de pouvoir le fêter avec mes enfants (Lino et Edith 5 et 3 ans). La solitude est difficile à gérer mais heureusement je peux échanger régulièrement avec mes proches qui me donnent des nouvelles du monde sinon ce serait l’enfer d’être isolé à 100%» conclut Louis. Car même si c’est une aventure humaine incroyable, il ne faut pas oublier que l’Everest des mers reste, la course en solitaire, sans assistance et sans escale la plus difficile au monde.
IDEC SPORT a passé la ligne de départ du Trophée Jules Verne à 9h 19min

Sur le qui-vive depuis 24 heures, l’équipage d’IDEC SPORT est parti ce matin. Après s’être élancé une première fois le 20 novembre dernier et s’être résolu à faire demi-tour en approche de l’équateur, c’est avec une motivation et un enthousiasme intacts que le commando de marins s’apprête à larguer de nouveau les amarres qui retiennent le trimaran de 31 mètres au quai du port de Brest. Francis Joyon, Bernard Stamm, Alex Pella, Clément Surtel, Gwénolé Gahinet et Sébastien Audigane, le petit nouveau du bord, ont quitté tôt ce matin le port de Brest en vue de s’élancer dans une nouvelle chasse au record de vitesse absolue autour du monde (45j 13h 42mn et 53sec), qui tient bon depuis 2012.
Quelle est la situation météo pour ce nouveau départ ?
Francis Joyon : « La situation n’est pas des plus faciles, mais elle est mieux que celle qui nous a vus partir la première fois cette année. On se prépare à partir plus ou moins tôt pour aller chercher le vent de Nord à l’approche de la pointe bretonne. Après une fois, qu’on l’aura attrapé, cela déroulera jusqu’à l’équateur. Le vent s’annonce mieux établi en Atlantique Nord que lors de notre dernière tentative qui a tourné court. Le vent au sud du Cap Vert paraît bien soutenu et le Pot au Noir semble beaucoup plus clair. »
Qu’est ce qui a changé depuis votre précédente tentative ?
F.J. : « Le bateau a bénéficié d’une petite remise en état classique. On a refait un avitaillement. La principale nouveauté depuis la dernière fois reste le changement d’équipier, avec la venue de Sébastien Audigane pour remplacer Boris Herrmann. C’est un local de l’étape, puisqu’il est Brestois. Il a déjà fait plusieurs tours du monde, il connaît bien ces grands bateaux, notamment IDEC SPORT à bord duquel il a déjà navigué. Il n’arrive pas en terre inconnue. »
Comment appréhendez-vous ce deuxième départ en moins d’un mois ?
F.J : « On commence à être habitué, même si on ne va pas dire que cela devient la routine, il faut quand même s’arracher à la terre pour aller faire un tour du monde. Le fait d’avoir fait un faux départ, nous a permis d’avoir un entraînement à ce genre de situation. Concrètement, on espère être à l’équateur en 5 jours et demi. L’Atlantique sud reste encore un peu flou, tout n’est pas très bien établi. On peut espérer le meilleur comme le pire, mais au bout d’un moment, il faut y aller ! »
Les français ambitieux au championnat du Monde Jeunes
C’est à Auckland en Nouvelle Zélande, que le Championnat du Monde de Voile Jeunes va débuter dans la nuit du 15 décembre (heure Française). La 46ème édition de cette prestigieuse compétition se déroulera jusqu’au 20 décembre. Au total se sont plus de 380 régatiers de moins de 19 ans provenant de 65 nations différentes qui vont s’affronter pour les prestigieux titres de Champions du Monde Jeunes (U19) et pour le Trophée des Nations. La délégation Françaises qualifiées dans toutes les séries (9) sera représentées par 14 jeunes licenciés sélectionnés par la FFVoile cet été.
Le Championnat du Monde de Voile Jeunes représente la plus importante compétition internationale pour tous les régatiers de moins de 19 ans. La plupart des grands régatiers professionnels ont tous participés à cette compétition, c’est le cas de Ben Ainslie (GBR) ou Dean Barker (NZL) aujourd’hui à la tête d’une équipe en course pour la prochaine Coupe de l’America, ou bien des multiples médaillés olympiques Robert Scheidt (BRA) et Alessandra Sensini (ITA) mais aussi le cas pour Charline Picon (4ème en 2002) ou Camille Lecointre (2ème en 2003).
La délégation Française se présente à cette compétition avec une équipe complète comprenant déjà quelques noms à retenir. Charles Dorange (Catamaran) double Champion du Monde vient avec un nouveau barreur pour tenter de remporter une troisième couronne. Titouan Le Bosq (Planche à Voile) vise un doublé après son titre 2015. Lucie Pianazza (Planche à Voile), médaillée de Bronze aux derniers Jeux Olympiques de la Jeunesse vise également le podium. Enfin le duo Gwendal Nael et Lilian Mercier, Champion du Monde dans leur série (dériveur double) cet été espèrent renouveler leur performance.
Loïc Billon, Cadre Technique FFVoile en charge du dispositif Bleuets “Nous sommes bien arrivés à Auckland après un long voyage. Toute l’équipe est en forme et récupère du décalage horaire. Depuis notre arrivée nous avons finalisés nos inscriptions, récupérés les bateaux, pris nos repères à terre comme sur l’eau et nous avons travaillés nos fondamentaux tel que la préparation physique ou bien l’étude des prévisions météo. Nous avons également suivi les traditions locales telles que le baptême des bateaux par des chants Maori. Nous avons hâte de débuter et rentrer dans le vif du sujet.”
La délégation Française :
RSX Garçons – LE BOSQ TITOUAN – CN Fouesnant
Laser Radial Filles – CERVERA LOUISE – YC Cannes
29er Garçons – NAEL GWENDAL-
29er Garçons – MERCIER LILIAN – SNO Nantes
RSX Filles – PIANAZZA LUCIE – CN Angoulins
Laser Radial Garçons – BOITE ALEXANDRE – SR Le Havre
420 Filles – DORANGE VIOLETTE – SR Rochelaises
420 Filles – ORION CAMILLE – SR Rochelaises
420 Garçons – DEMANGE ALEXANDRE – CN Bretignolles
420 Garçons – BARTHELEMY AURELIEN – CN Bretignolles
29er Filles – JACQUIN MAIWENN – SNO Nantes
29er Filles – PERCHERON ENORA – SNO Nantes
Nacra 15 – MOURNIAC TIM – ASN Quiberon
Nacra 15 – DORANGE CHARLES – SR Rochelaises
Coup de stress pour Paul Meilhat à l’entrée du Pacifique
L’entrée de SMA dans le Pacifique a coïncidé avec 48 heures difficiles physiquement et émotionnellement. Entre le 12 et le 13 décembre, Paul Meilhat a passé sa journée à tenter de réajuster son hook de grand-voile récalcitrant. Le problème n’est pas résolu, mais le skipper et son bateau sont à nouveau en ordre de marche, dans la brise, au sud de la Nouvelle-Zélande.
Le 12 décembre, au grand large de la Tasmanie, Paul s’est aperçu après de nombreuses manœuvres que son hook (crochet qui maintient la grand-voile sur le mât) ne tenait plus. Par 10 fois, il a dû affaler sa grand-voile pour tenter de la fixer convenablement et de résoudre le problème. Une épreuve de force réalisée dans le stress : celui lié à l’inquiétude de ne pas pouvoir avancer assez vite pour échapper à la méchante dépression qui concerne actuellement Dick, Eliès et Le Cam : 50 nœuds, vagues déferlantes et grains de grêle…
Pluie, brouillard, mer forte
Aujourd’hui, la grand-voile est « bloquée » au niveau du 2e ris. Une configuration qui convient pour l’instant aux conditions de navigation. Mais si le vent monte davantage, il faudra l’affaler complètement car le 3e ris ne tient pas … 180 milles dans le sud de la Nouvelle-Zélande, SMA se trouve à l’avant du front de la fameuse dépression. Le vent de nord-ouest souffle à 30/35 nœuds, le brouillard est omniprésent, l’humidité intense, un clapot venu du nord commence à se superposer à la houle d’ouest et le bateau tape, parfois violemment. Pourtant, il faut aller vite pour échapper à ce phénomène. Tant pis si la navigation est inconfortable. Retranché à l’intérieur de son bateau, Paul a du mal à trouver le repos. Mais malgré tout, il est soulagé : il a retrouvé la vitesse et l’accalmie est pour bientôt. Dans une journée, peut-être deux, il sera temps de s’attaquer à une réparation définitive du hook.
« Je n’avais jamais été confronté à des choses aussi brutales »
Les heures passées sous-toilé à bricoler (le hook, mais aussi quelques poulies, une écoute, un safran..) ont forcément fait perdre du terrain à SMA. En 36 heures, entre le 12 et 13 décembre, son avance sur Maître CoQ est passée de 120 à 50 milles. La bagarre pour la 3e place est reléguée au second plan pour les deux marins. Elle reprendra de la vigueur quand ce coup de vent sera un souvenir et qu’il faudra aborder en stratège les quelques passages anticycloniques sur la route du cap Horn.
Ces 15 jours dans le grand sud à essuyer les dépressions, et surtout ces dernières 48 heures ont été éprouvants. « C’est vrai que le Sud… je m’imaginais quelque chose de difficile, mais peut-être pas autant. C’est vraiment un autre monde et je n’avais jamais été confronté à des choses aussi brutales avant », avouait-il ce matin au téléphone. Pourtant, malgré la fatigue, le skipper de SMA assure avec un pragmatisme qui lui permet de rester maître de sa course, de son intégrité et de celle de son bateau.
Dans l’immense désert bleu
Chaque repas, chaque thé brulant avalé emmitouflé sous sa couverture, chaque message de ses proches, sont des motifs de réconfort, des petites victoires gagnées sur son quotidien dans les Cinquantièmes. La nuit dernière, il est passé à une dizaine de milles au nord de l’archipel d’Auckland, dernière terre avant l’immensité bleue de l’océan Pacifique. Il y a encore un peu de vie autour de lui. « Dehors, c’est assez violent, mais si je sors le bout de mon nez, il y a encore quelques oiseaux qui volent tout près du bateau. » Encore deux semaines à serrer les dents avant la délivrance du cap Horn…
Paul Meilhat, joint à 8h00 ce mercredi matin :
« Le vent est rentré fort depuis hier soir (pour moi). J’ai 30/35 noeuds, ça va assez vite, ce n’est pas trop confortable mais on espère que ça va passer. Le front va passer dans quelques heures, le plus tard possible j’espère parce qu’il diminue en intensité en passant sous la Nouvelle-Zélande. C’est une bonne nouvelle parce que derrière, il y a des vents de 70 à 80 nœuds… Après, ce sera plus compliqué niveau météo mais ça tombe bien parce que j’ai pas mal de boulot sur le bateau. Je suis content que ça se calme (…). Pendant deux-trois heures hier (avant-hier pour nous), ça a été un calvaire avec mon histoire de hook. J’attends que ça mollisse un peu pour pouvoir réparer. J’ai aussi eu un petit problème de safran. Dans une vague, la martingale qui retient le safran a cassé et le safran s’est coincé à mi-course. Là, j’ai réussi à faire en sorte qu’il redescende complètement. (…) Avec cette dépression qui arrivait derrière, j’ai vraiment vécu une mauvaise journée : si je n’étais pas capable d’accélérer, j’allais me retrouver dans des vents très forts. Aujourd’hui, je suis un peu soulagé. Je le serai vraiment dans une dizaine d’heures quand on sera sorti de ça (que le front sera passé). Ça a été 24 heures vraiment stressantes. J’ai un peu de mal à récupérer. Quand on est stressé, le sommeil est plus dur à trouver. Là, je suis enfermé à l’intérieur, je vais essayer de trouver du repos. La mer commence à devenir forte, le bateau accélère dans les surfs et ça tape pas mal. Mais le bateau va bien, j’ai retrouvé de la confiance et ça va m’aider. J’ai la moitié du Vendée Globe dans le sillage. Sur le routage, c’est agréable de pouvoir se projeter jusqu’au cap Horn. Si je prends sur moi ? C’est un peu mon tempérament. Je ne suis pas forcément hyper expressif sur ce que je ressens. Là, j’ai vécu des moments difficiles. C’est vrai que le Sud… je m’imaginais quelque chose de difficile, mais peut-être pas autant. C’est vraiment un autre monde et je n’avais jamais été confronté à des choses aussi brutales avant ».
Première victoire de Campagne de France sur la RORC Transatlantic race
Le Class40 Campagne de France d’Halvard Mabire et Miranda Merron a remporté hier la 3ème édition de la RORC transatlantic race, disputée entre Lanzarote aux Canaries et l’île de la Grenade, dans le sud de l’Arc Antillais. Halvard et Miranda sont arrivés à la marina de Port Louis hier dimanche 11 décembre peu après 15 heures 30 françaises, au terme de 15 jours, 2 heures et 37 minutes de course. Ils s’octroient la 1ère place de l’épreuve catégorie Class40. C’est le Class40 Earendil de Catherine Pourre qui prend la deuxième place avec près de 24 heures de retard sur le voilier Normand.
Halvard et Miranda se déclarent satisfaits et heureux de cette transat au final peu orthodoxe ; « Nous sommes partis au près sur une route traditionnellement occupée par les alizés » raconte Halvard. « Ce n’est qu’à la mi-course que nous avons enfin trouvé des vents portants, plutôt mollassons par ailleurs. » C’est en réalité l’état très chaotique de la mer qui a rendu la traversée difficile. « Mais cette navigation assez pénible s’est révélée très instructive pour Miranda dans la perspective de la Route du Rhum 2018 » précise Halvard. « Le bateau s’est montré très à l’aise dans les configurations rencontrées » poursuit Miranda. « Nous avons fait de nombreuses observations sur son comportement, que nous allons pouvoir corriger à l’occasion d’un prochain chantier ici à la Grenade. »
Le travail, à terre cette fois, continue pour le duo de skippers de Campagne de France. Dès janvier, les navigations reprendront dans la chaleur antillaise, conditions idéales pour préparer au mieux la saison 2017 à venir.
En chiffres :
Distance parcourue : 3 246 nm
Heure d’arrivée : 11 Decembre à 14h37 TU
Temps de course: 15 jours, 2 heures, 37 Minutes et 53 secondes.
Vitesse moyenne : 8.95 noeuds
Thomas souffre en Atlantique sud
Moins d’une semaine après le passage du Cap Horn et toujours en avance sur le temps du record de vitesse du tour du monde à la voile en solitaire, Thomas Coville se bat contre les éléments. Il est parti depuis 38 jours et la remontée de l’Atlantique sud est fidèle à sa réputation qui est celle d’un océan impitoyable pour les hommes et les bateaux fatigués. Après les dépressions violentes et les surfs à 35 nœuds poussés par la houle du grand sud, le voilà solitaire à lutter contre le clapot dans des vents qui font preuve de violentes et radicales sautes d’humeur.
A la hauteur de Sao Paulo (Brésil), les conditions météo sont extrêmement difficiles pour avancer vers le nord : le trimaran de 31 mètres progresse au près (remonte contre le vent) dans une mer de face et qui tape. Depuis mercredi dernier et le passage du Cap Horn, Thomas Coville négocie des phases de transition successives qui alternent entre vents faibles et vents forts, des vents qui changent de force et qui tourbillonnent. Thomas Coville déploie une énergie colossale pour s’extraire de ces zones d’instabilité où le vent passe de moins de 10 nœuds pendant quelques heures à une cession à plus de 30 nœuds. « Il pleut tout le temps. Je ne pense pas aux plages et au surf du Brésil ! Depuis le début, j’ai une gestion simpliste du bateau. Elle est jour par jour, heure par heure et minute par minute. »
Après 38 jours à traverser les océans, le bonhomme accuse et reconnaît une fatigue de fond bien légitime. Remonter l’Atlantique Sud en solo sur un bateau de la taille de Sodebo Ultim’ est éreintant. Motivé par son avance d’environ 4 jours sur Francis Joyon, le skipper solitaire tente de gérer au mieux ses ressources physiques et psychologiques. Les dernières 24 heures ont été particulièrement compliquées avec une météo caricaturale de cet endroit de la planète et un matériel qui commence à souffrir. Cette nuit, Thomas a dû effectuer un demi-tour pour se mettre vent arrière et remettre en place un des chariots de mât qui permet de maintenir la grand-voile. Il est monté le long du mât à 4/5 mètres au dessus du pont pour faire son bricolage. Si ce type de réparation à terre est presque facile, cela puise une énergie inimaginable en mer et en solitaire.
Devant Thomas, se profile une nouvelle porte du tour du monde à la voile avec le nouveau passage de l’Equateur, un passage prévu entre samedi soir et dimanche matin, et qui devrait s’annoncer comme une deuxième délivrance, après le Cap Horn.
« Ça va être très dur à bord pendant 15 ou 20 heures pour arriver à tenir le projet ambitieux que Jean-Luc Nélias (le routeur de Sodebo Ultim’) me propose. 50 nœuds dimanche, 3 nœuds lundi, 30 nœuds devant moi aujourd’hui… il faut une grosse gestion mentale pour éviter de faire la faute qui casse tout. La glisse et les vitesses rapides de l’Indien et du Pacifique, le Horn avec des journées engagées et difficiles à cause des vitesse rapides, c’est loin. Dans le sud, j’ai pris de vrais grands plaisirs. La glisse dans le pacifique, l’espèce de maitrise de l’engin. Le plaisir de bien manœuvrer. En Atlantique, on traverse des phénomènes en latitude et non plus en longitude comme dans le grand Sud, et c’est très différent. Quand tu remontes l’Atlantique, tu rencontres un nombre de transitions, d’enchaînements, de manœuvres hallucinantes. »
Yann Eliès : « A un moment, je n’en menais pas large »
Après avoir essuyé une deuxième grosse dépression, avec, à la clé, plus de 50 nœuds de vent et des creux de 6-8 mètres, au sud de la Tasmanie, Yann Eliès retrouve des conditions un peu plus maniables, ce mardi. Reste que ça souffle encore fort sur sa zone de navigation et qu’il n’est, dans l’immédiat, pas question de relâcher la pression, surtout que dans les heures qui viennent, l’état de la mer pourrait bien se détériorer encore un peu. Quoi qu’il en soit, le sentiment de soulagement est palpable, aujourd’hui, chez le skipper de Quéguiner – Leucémie Espoir qui peut se satisfaire, dans la bataille, d’avoir réussi à préserver sa monture et d’avoir refait le « break » sur Jean-Pierre Dick, même si Jean Le Cam est, lui, bien revenu sur son tableau arrière. Interview.
Pouvez-vous nous raconter ce que vous avez traversé ?
« Lorsque je suis sorti du centre de la dépression, il y a 36-48 heures, le vent n’était pas encore trop fort mais à un moment donné, il y a eu un gros grain à plus de 50 nœuds. Là, j’ai commencé à avoir peur et j’ai fait le choix de me mettre à la cape. Je suis resté comme ça un moment mais quand j’ai vu que Jean (Le Cam, ndlr) continuait à avancer, je me suis dit qu’il fallait que je remette du charbon. Depuis, je compose avec 40 nœuds moyens et des grains assez violents, mais surtout une mer formée. Ce matin, je me suis fait coucher par une vague. Ça m’a stressé un peu car selon les fichiers, je n’ai pas encore traversé le plus gros de la houle. Reste qu’étonnement, depuis peu, le vent a commencé à mollir et la mer s’est arrêté de grossir. Je pense donc avoir passé le plus gros. »
Vous, Jean-Pierre Dick et Jean Le Cam avez été confronté à cette grosse tempête. Vous avez, cependant, tous les trois, adopté des stratégies différentes pour la négocier…
« Nous avons effectivement eu trois stratégies différentes mais c’est pour la simple et bonne raison que nous avions tous des placements différents à son arrivée. Il ne faut pas oublier qu’il y avait 100 milles d’écart entre Jean-Pierre et moi, et 300 entre lui et Jean. Dans la situation, c’est moi, devant, qui avait le plus à craindre des conditions. Le seul regret que j’ai, c’est de m’être laissé influencer par les organisateurs qui voyaient plus de vent au sud, et donc de ne pas y être resté. De fait, si je n’avais pas fait ce crochet par le nord, ça se serait sans doute mieux passé. Au final, je me suis mis à la cape avec l’idée de ralentir pour éviter le noyau de mer hyper dur que les fichiers annoncent pour la nuit prochaine. Il ne faut pas se tromper, ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas le vent mais l’état de la mer. Ce que j’ai actuellement me rappelle un peu ce que j’ai connu à bord d’Orange, en 2002, lors du Trophée Jules Verne. Le truc, c’est que là, je le vis sur un bateau plus petit et que c’est d’autant plus impressionnant. Avec un 60 pieds IMOCA, c’est vraiment compliqué de dépasser les 6-7 mètres de creux car après, le risque de se faire chavirer et de faire un 360° devient important. Forcément, si ça vient à se produire, ça engendre de gros dégâts. Ce matin, je me suis simplement fait couché et déjà, c’était impressionnant. Dans les 5-6 heures qui viennent, je vais donc continuer d’y aller « piano » et je renverrai de la toile ensuite. »
Vous n’êtes pas complètement sorti d’affaire mais on vous sent toutefois soulagé…
« Oui, c’est le cas. A un moment, je n’en menais pas large. J’ai même eu peur, je l’avoue, car quand on voit les éléments qui se déchaînent comme ça autour de soi et augmenter régulièrement en force et en puissance, on se sent vraiment tout petit. A présent, je l’ai dit, je pense avoir passé le plus gros. Depuis quelques heures, je me sens donc mieux, même si ce n’est pas encore complètement fini. »
PRB fera finalement escale à Salvador de Bahia au Brésil
Le 22 novembre dernier, Vincent Riou était contraint à l’abandon lors de son 4ème Vendée Globe suite à une avarie de quille. Un choc avec un OFNI avait en effet endommagé l’axe de quille et mis en péril l’intégrité de son monocoque 60’. Malgré une déception immense, le skipper de PRB avait alors décidé de faire route vers Cape Town en Afrique du Sud et de se retirer du Vendée Globe. Rejoint sur place par le team PRB, Vincent et son équipe ont pu procéder aux réparations nécessaires sur la quille avant de reprendre la mer samedi 3 décembre.
Après plus de 10 jours de mer, Vincent Riou a pris pas mal de retard sur ses prévisions en raison des conditions de mer qui ont régné depuis le départ de Cape Town. Le skipper de PRB préfère laisser son bateau dans une marina de Salvador de Bahia. Ce choix a été dicté par les conditions difficiles qui règnent actuellement sur la route vers la France. La fin du convoyage entre le Brésil et la Bretagne sera effectuée début janvier.
Explications de Vincent Riou
« Depuis deux jours le vent nous a abandonnés et j’ai décidé de faire escale au Brésil pour les fêtes. La météo étant défavorable dans l’hémisphère nord pour atteindre un lieu d’escale sûr, je préfère laisser le bateau au calme sous le soleil et revenir le chercher début janvier sans contrainte de temps. Nous aurons, malgré les conditions météo légères et instables, parcouru la moitié du chemin entre Cape Town et la France. Cette navigation m’aura permis de découvrir le coté Est de l’Atlantique sud et de réviser mes classiques sur le contournement d’un anticyclone. Nous devrions arriver à Salvador demain en fin de journée et rejoindre la France ce week-end après avoir mis PRB en ordre pour son séjour au soleil. »












