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La chevauchée fantastique continue

First aerial images of IDEC SPORT maxi trimaran, skipper Francis Joyon and his crew, training off Belle-Ile, Brittany, on october 19, 2015 - Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Après avoir affronté une tempête de l’Atlantique Sud dans une “ambiance shaker », pour Bernard Stamm, l’équipage d’IDEC poursuit sa route plein nord et porte son avance à 2176 mn. Une progression que Loick Peyron “n’ose plus regarder tellement ils vont vite” dans dans un récent article du matin.ch. ” C’est absolument incroyable ce que Francis (ndlr: Joyon) et ses hommes sont en train de réaliser…“. Et c’est vrai, chaque jour qui passe rapproche l’équipage du trimaran rouge du Graal qui se trouve à un peu plus de 5000 mn.

Un record que l’équipage va chercher dans des conditions extrêmes comme hier : « On n’avait encore jamais fait ça, du portant sous deux ris-J2, les plus petites voiles. Mais on a été obligés de réduire énormément, la mer déferlait beaucoup, le bateau partait à 45° sur les vagues et il plantait en retombant », décrit Francis Joyon, dont la voix témoigne qu’il reste tout à l’écoute des secousses du bateau. « C’était très chaotique, et cela commence seulement à s’arranger un peu. »

À 750 milles au large des côtes sud américaines, le grand trimaran rouge et gris a progressé hier cap au nord-est à 28 nœuds. « L’objectif va être désormais d’attaquer les alizés assez loin dans l’est de façon à avoir un bon angle pour remonter vers l’équateur », ajoute le skipper d’IDEC SPORT. L’anticyclone de Sainte-Hélène, ultime juge de paix de la remontée au nord, s’il ne promet de ne pas rendre la partie facile et rapide, laissait hier « un bon espoir » de permettre à l’équipage de marins pressés de ne pas traîner en si bon chemin.
Ce qui fut fait cette nuit en permettant à l’équipage d’accrocher la bordure nord de ce rapide système, pour profiter de vents de secteur sud-ouest propices pour à la fois, progresser vers l’est, puis, imperceptiblement, vers le nord. Sur une mer confuse et hachée à souhait, peu favorable aux très grandes vitesses, IDEC SPORT a magnifiquement tiré son épingle du jeu, navigant toute la nuit à près de 30 noeuds, tout en se recalant sur une route de plus en plus efficace en gain vers le nord et en direction des alizés de sud-est en voie de reconstitution au large du Brésil.

Par le travers de Buenos Aires, un ralentissement est attendu aujourd’hui avec un nouvel exercice de placement dans le bon tempo. Une contrariété plus qu’une difficulté qui ne devrait à peine entamer la réserve de milles d’IDEC. Les prochains jours jusqu’à l’Equateur s’annoncent très favorables pour Francis Joyon et son équipage. Le record et l’exploit sont en approche.

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Alex Thomson : Je me moque de ce que disent les gens tant qu’ils ne pensent pas que je suis lent !

Un jour, un marin étranger gagnera le Vendée Globe. Et ce marin pourrait bien être Alex Thomson. Nous avons rencontré Alex Thomson avant le départ du Vendée Globe et il partageait avec nous ses ambitions et son rêve. Il aura été un des grands animateurs de cette 8è édition et à quelques jours de l’arrivée, ll conserve encore des chances de gagner…tant que la ligne n’est pas franchie par Armel Le Cleac’h ! Ce serait la deuxième fois qu’il se retrouverait derrière Armel sur un Vendée !

Au départ de ce Vendée Globe, le skipper britannique avait indéniablement le plus d’arguments pour briller parmi les skippers étrangers. Durant la New York/Vendée, Alex Thomson a prouvé sa capacité à aller vite, très vite – et bien. Et il n’est pas du genre à cacher ses hautes ambitions, à jouer les outsiders. « Je dispose d’un IMOCA neuf et rapide, j’ai une équipe solide autour de moi et je me sens en position de force, physiquement et mentalement. J’ai donc toutes les cartes en main pour gagner. Nous n’avons jamais été dans une meilleure position avant le départ d’un Vendée Globe », affirme-t-il sans ambages. Avec Bertrand de Broc, Vincent Riou, Jean-Pierre Dick et Jean Le Cam (s’il parvient à boucler son budget), Alex était l’un des cinq marins qui, le 6 novembre aux Sables d’Olonne, prenait le départ de leur quatrième Vendée Globe.

Deux abandons, un podium, et une victoire ?
Cette expérience constitue l’un des atouts majeurs du skipper d’Hugo Boss. Avant de participer au Vendée Globe, Alex Thomson fut en 1999 le plus jeune navigateur à inscrire son nom au palmarès d’une course autour du monde, la Clipper Round the World Race. Il n’avait alors que 25 ans. Pour sa première tentative sur le Vendée Globe, en 2004-2005, Alex est contraint à l’abandon au large de l’Afrique du Sud suite à un problème de structure. Quatre ans plus tard, il joue de malchance lorsque son monocoque est percuté par un chalutier sortant des Sables d’Olonne, à quelques jours à peine du départ. S’engage alors une folle course contre la montre pour réparer au plus vite et prendre part à l’épreuve. Alex s’élance mais la coque de son IMOCA 60’, fragilisée, ne résiste pas bien longtemps. Après un jour de course, il fait demi-tour et donne rendez-vous en 2012. La persévérance paye et, pour sa troisième participation, le Britannique réalise une très belle course et décroche une place sur le podium (3e derrière François Gabart et Armel Le Cléac’h) à bord d’un bateau d’avant-dernière génération. Une performance notable.

Alex souhaite désormais faire mieux mais ce n’est certainement pas la 2e place qui l’intéresse. Pour mettre toutes les chances de son côté, il se présente cette fois avec un très élégant IMOCA à foils de dernière génération construit au chantier Green Marine, et mis à l’eau à l’été 2015. L’histoire d’Alex Thomson avec ce plan VPLP/Verdier flambant neuf a failli tourné court. Pour sa première sortie sur une course d’envergure, la Transat Jacques Vabre 2015, Alex, associé à l’Espagnol Guillermo Altadill, s’est fait une belle frayeur. A la suite d’un chavirage au beau milieu de Atlantique, les deux hommes ont dû être hélitreuillés, abandonnant leur bateau très endommagé… Hugo Boss a finalement pu être récupéré, en piteux état. Cette mésaventure a nécessité pour l’équipe des mois de réparations majeures et de renforcements pour que la machine soit à nouveau en état de naviguer. Alex est alors parti à la recherche du temps perdu.

La New York/Vendée, « un immense soulagement »
Après ce revers, c’est peu dire qu’Alex Thomson avait de la pression sur ses larges épaules pour la Transat New York/Vendée, dont le départ a été donné le 29 mai 2016. Et ce d’autant plus qu’il s’agissait de sa première course en solitaire à bord de son nouveau 60 pieds. Mais le skipper d’Hugo Boss a donné le ton dès le début de course et a emmené la flotte durant la majeure partie de l’épreuve, imposant une cadence infernale à ses adversaires. Même Sébastien Josse n’en est pas revenu. « A mon avis, le rythme d’Alex Thomson, 25 nœuds de moyenne sur un bateau à foils, ce n’est pas à faire », confiait-il peu après son arrivée. « Alex avait besoin de tester le potentiel de son bateau par rapport aux autres. Il peut être rassuré, il a fait un super boulot ! » Venant d’un marin de la trempe de Seb Josse, le compliment a de quoi faire plaisir.

Il est vrai que désireux d’évaluer la résistance de son foiler en vue du Vendée Globe, le skipper britannique n’a pas hésité à aller chercher les conditions les plus délicates. Il aurait probablement remporté la Transat New York/Vendée s’il n’avait pas subi une panne de pilote automatique qui a provoqué une brutale sortie de route le cinquième jour de course. Jérémie Beyou et Sébastien Josse, ses deux concurrents directs, ont alors pu le dépasser, de manière définitive. Mais l’essentiel est sauf : Alex a bouclé l’épreuve, démontrant que le duo qu’il forme avec son IMOCA est en mesure de jouer les tous premiers rôles. « Cette troisième place est un immense soulagement après l’incident de la Transat Jacques Vabre », se réjouit-il. « C’est une belle réussite, non seulement pour moi, mais pour toute l’équipe qui a travaillé très dur. C’est bon pour la confiance. Nous savons désormais que le bateau est rapide, peut-être le plus rapide dans certaines conditions, car il est un peu plus léger et étroit que les autres foilers. Rendre Hugo Boss encore plus performant ne sera pas difficile tant la marge de progression reste importante. Mais accroître la fiabilité sera plus compliqué compte tenu du temps dont nous disposons. J’ai confiance en la structure du bateau. Mais il reste beaucoup de travail pour améliorer les autres problèmes potentiels de fiabilité. Pour être confiant à 100 %, il va falloir passer le plus de temps possible sur l’eau d’ici au départ du Vendée Globe. »

« Je me moque de ce que disent les gens tant qu’ils ne pensent pas que je suis lent ! » 

Parmi les motifs de satisfaction dégagés par Alex Thomson, il y a les fameux foils. « Ces appendices sont fantastiques ! Ils offrent des sensations incroyables : c’est le futur, ça ne fait aucun doute », s’enthousiasme Alex. « Au près, je pense que mon ancien IMOCA était un peu plus rapide. Mais au reaching et au portant ce nouveau bateau va beaucoup plus vite. Il a fallu faire quelques sacrifices quant aux performances au près. Mais le Vendée Globe est essentiellement une course de portant. Je suis donc prêt à faire ces sacrifices ! » Le gain significatif en vitesse se fait au détriment du confort à bord. Alex Thomson : « Je suis obligé de marcher à quatre pattes comme un bébé, ce n’est pas confortable du tout. Une seconde d’inattention et le bateau tombe dans une vague, il s’arrête brutalement et vous vous retrouvez projeté vers l’avant. C’est réellement très inconfortable. Tout est dur. Le bruit est incroyable à bord. A pleine vitesse, il devient très difficile de dormir. Il va falloir du temps pour s’habituer à ce 60 pieds. Sur la New York/Vendée, je tenais des moyennes proches de 30 nœuds ce qui change considérablement la donne par rapport aux précédents IMOCA. J’ai parfois rétracté le foil car je ne voulais pas aller si vite. Peut-être que dans quelques années nous serons tous capables d’afficher ces moyennes. En tout cas, sur mon ancien bateau j’étais tout le temps à l’aise. Celui-ci, je vous assure qu’il me fait peur ! » Si c’est Alex Thomson qui le dit, on peut le croire…
Car le Britannique a la réputation d’être casse-cou, les mauvaises langues diront même casse-bateaux. Mais Alex s’en moque. « La réputation est une perception et ne reflète pas toujours la réalité. Je me moque de ce que disent les gens tant qu’ils ne pensent pas que je suis lent ! », dit-il. Alex a fait de ce côté extrême une marque de fabrique, assurant au passage quelques bons coups de com’ à son sponsor. Son triptyque de paris de plus en plus fous a affolé les compteurs sur internet, faisant le buzz bien au-delà du cercle des passionnés de voile. En 2012, il avait surpris en se mettant debout sur la quille de son IMOCA en navigation, en costume Hugo Boss (le « Keelwalk »). Deux ans plus tard, dans la même tenue, il marque à nouveau les esprits en montant et en plongeant depuis la tête de mât de son bateau (le « Mastwalk »). Toujours en costard, son troisième défi, le « Skywalk, mêle deux de ses grandes passions, le kitesurf et la voile. Lancé à pleine vitesse en kite derrière son IMOCA, Alex accroche à son harnais un bout fixé en tête de mât d’Hugo Boss. L’effet est immédiat, Alex s’envole jusqu’à 85 mètres de haut. C’est alors qu’il décroche le bout de son harnais et vole de ses propres ailes pour redescendre jusqu’à la surface de l’eau. Les images sont incroyables, presque irréelles.
Ces défis pourraient paraître anecdotiques s’ils ne reflétaient pas le tempérament d’Alex Thomson, un personnage à part dans le monde de la course au large qui n’hésite pas à faire des choix architecturaux radicaux et à naviguer de manière engagée. La prise de risque est souvent maximale. Ca passe ou ça casse. Mais quand ça passe, le résultat peut être probant. Un jour, un marin étranger gagnera le Vendée Globe…

 

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Une mer chaotique et 45 noeuds

L’équipage d’IDEC a du ralentir le bateau dans une mer chaotique. Idec attaquera les alizés plus à l’est.

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Un record en bonne voie pour Joyon

First aerial images of IDEC SPORT maxi trimaran, skipper Francis Joyon and his crew, training off Belle-Ile, Brittany, on october 19, 2015 - Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Ça sent bon pour Idec qui augmente son avance de 200 mn et compte maintenant un matelas de 2000 mn après avoir attrapé les vents soutenus d’une dépression active (jusqu’à 45 nœuds dans les rafales), lui permettant d’accélérer de nouveau la foulée pour remonter les latitudes. Le bateau devrait continuer d’engranger des miles d’avance avant de ralentir devant des vents mollissant en approche de l’influence de l’anticyclone de Sainte-Hélène.

Sébastien Audigane savoure la navigation tonique et sportive: « À donf’ dans la brise ! (…) Nous avons empanné pour nous éloigner du centre de la dépression et du vent trop fort… La mer est creuse, 5 à 6 mètres par moment, le vent souffle à 45 nœuds en rafale, mais on navigue « safe » vers des vents moins forts. L’équipage se porte bien et se remet tranquillement des dernières semaines du Grand Sud. Quelques albatros planent encore dans notre sillage. Dans quelques jours nous serons sortis de leur territoire », raconte-t-il dans un message envoyé du bord alors que le bateau pointe par 45° Sud.

« Nous sommes à 27-30 nœuds, sur un cap très est qui va progressivement tourner au nord ». Clément Surtel aux prises avec les pièges de l’Atlantique Sud. « Grand gennaker, à 140 degrés du vent, sur une mer maniable, on a retrouvé la glisse. La journée d’hier, marquée par un épisode de franche pétrole, a été propice au repos des guerriers, et à un examen minutieux du bateau » explique le responsable technique du voilier. « J’ai observé des points d’usure comme je n’en avais jamais vu auparavant » s’étonne t-il, preuve si besoin était, de l’intensité du rythme soutenu depuis le 17 décembre dernier par le grand multicoque. « Nous avons pallié à toutes ces petites avaries, le bateau est à 100% et nous sommes heureux de renouer depuis ce matin avec la vitesse. Nous entamons le retour vers la maison. On est concentré sur le bateau et on se projette vers une issue positive de ce grand voyage. Il faut rester concentré jusqu’à Ouessant ! » Et pour l’anecdote, Clément Surtel, cousin de Servane Escoffier, l’épouse de Louis Burton, concurrent du Vendée Globe positionné juste devant eux, avoue avoir pu échanger brièvement par mail avec Louis.

Ciel dégagé, mer plate, vent favorable, les barreurs du bord n’en ont pour autant pas encore terminé avec les gants et autres accessoires de protection. « Nous sommes toujours par 50° sud et les nuits restent fraîches, et on dort avec le bonnet » précise le benjamin du bord Gwénolé Gahinet, tout en à son admiration devant les beautés des Malouines découvertes hier. « On a bien profité de ce passage au Horn et aux « Falklands ». Nous avons depuis ce matin repris un régime de haute vitesse. On attend 30, 35, 40 nœuds ces prochaines heures. Ce sera costaud mais sans le train de houle associé. On fera un petit crochet par rapport aux routages pour éviter le plus fort de la « dep », ce soir entre 17 heures et minuit. »

 

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Paul Meilhat ” je pensais que les foilers iraient plus vite et casseraient plus”

Paul Meilhat est de retour en France après s’être occupé de son bateau pendant les fêtes à Papeete suite à son abandon. Il revient sur sa course où il a montré tout son talent avant que sa monture le lâche.

Comment expliqueriez-vous ce qu’est le Vendée Globe, désormais ?
Paul Meilhat : « Je dirais qu’il y a deux Vendée Globe qui cohabitent. Pour moi qui étais venu faire une course, le Vendée Globe est une aventure humaine, pour le côté mental et physique. Je n’ai en revanche pas trop vécu l’aspect ‘découverte’ de l’aventure. Il n’y a vraiment que lorsque j’ai vu Tahiti sortir de l’horizon. L’aventure que j’ai vécue, c’est une course super dure, extrême, qui te pousse loin dans tes retranchements, physiquement. Je pense que les grands spécialistes de trail vivent la même chose : ils peuvent s’extasier devant des paysages tant qu’ils ne sont pas en course. La majeure partie du temps, on est dans une bulle de concentration. L’histoire que je peux raconter, c’est l’histoire qui me lie à mon bateau, dans un élément mouvant. Sans poésie. C’est essentiellement l’histoire d’une relation forte entre ton bateau et toi. Et c’est une relation incroyable. »

Pouvez-vous l’expliquer ?
P. M. : « Je connais par cœur chaque millimètre de SMA. Je suis capable de faire une description de chaque élément, même ce qui est sous le cockpit. Je sais qu’il y a une trace de colle qui a coulé ici, qu’il y a une nouvelle trace d’humidité à tel endroit, la taille de chaque vis… On atteint un niveau dingue de don de soi pour une machine. SMA est comme mon corps : tu sais où sont tes grains de beauté. Le bateau, c’est toi. S’il se passe quelque chose, tu répares comme s’il s’agissait de toi. »

Vous êtes-vous aussi découvert ?
P. M. : « Non, je me connaissais déjà. Je m’étais préparé, je savais déjà l’énergie que je peux mettre dans les choses. La plus grande qualité d’un marin de course au large, c’est de ne jamais dépasser ses limites, de ne jamais se mettre en danger. En tout cas, quand il s’agit de faire des résultats. A l’inverse, sur une autre philosophie de projet, c’est la découverte de soi qui prime. »

Le Vendée Globe ressemble à ce que vous imaginiez ?
P. M. : « J’ai envie de répondre oui, un peu. Et, en même temps, j’avais pris garde à ne pas trop l’imaginer. J’avais envie de découvrir quelque chose. Si tu te conditionnes pour un truc – et si ça ne se passe pas comme tu l’as « vu » – tu peux manquer de souplesse. Et je voulais rester adaptable aux situations. » . « La préparation est un temps extraordinaire. J’ai l’impression d’être parti heureux »

Qu’en retenez-vous de beau, de grand ?
P. M. : « J’en retiens énormément de choses mais, au final, le parcours et la préparation du Vendée Globe restent deux temps très forts. La préparation est une séquence extraordinaire. J’ai l’impression d’être parti heureux. Vivre ces trois semaines de village, à accueillir les sociétaires et les collaborateurs SMA et le public, raconter pourquoi on était ici et ce qu’on a fait pour être là, ça m’a rendu serein. J’ai réalisé qu’on avait bien bossé et qu’il n’y avait presque plus qu’à aller vite. Du coup, je suis parti en confiance, et je suis très vite entré dans ma bulle de concentration. L’Atlantique, à part le début, où il y a eu beaucoup de travail météo, a été facile et le rythme s’est installé assez vite. Je l’ai traversé pied au plancher et hyper concentré. Puis il y a eu le sud et le déclic, un peu avant Bonne-Espérance. Ce n’est pas que je ne m’attendais pas à être aussi à l’aise, mais la vérité est que je n’ai jamais eu le sentiment d’être dépassé par les événements. Le sud a été extraordinaire, notamment en termes de rythme. On a eu des conditions qui nous ont permis d’aller vite quasiment tout le temps et, à chaque fois qu’il y a eu des coups de vent, j’ai réussi à passer juste. »

Comment l’avez-vous vécu, ce sud ?
P. M. : « C’est cool ! Si tu es concentré, ça se passe bien, rien ne peut arriver… Jusqu’au moment où ça arrive. Mais ce sud a été génial, c’était un grand moment. Il y a eu des passages super durs, mais j’étais fermé dans mon « truc », investi dans ma bulle. J’étais dans ce que j’avais à faire, tout le temps. Quand on m’appelait, que je ne le décidais pas moi-même, ce n’était pas simple à vivre, parce que je peinais à sortir de ma concentration. »

Il faut le tenir sur un temps infini, cet état d’esprit. Est-ce compliqué ?
P. M. : « Plus c’est long, plus c’est facile : tu t’immisces dans un état d’esprit particulier et tu y restes. J’avais fait le tri, je communiquais avec mes très proches et j’occultais le reste. Ça s’est fait assez facilement parce que je rentre aisément dans cet état, même en période de préparation. Les gens qui me suivent savent que je suis comme ça. C’est pareil aujourd’hui : j’ai du mal à me livrer, je suis toujours dans mon monde. Heureusement, il y a eu le sas à Tahiti, mais ça reste difficile. Parfois, je m’en rends compte maintenant, je n’arrivais pas à bien me livrer lors des vacations. »

Vous semblez avoir vécu quelque chose d’aisé, finalement…
P. M. : « Je ne me suis jamais demandé ce que je faisais là. L’équipe avait très bien travaillé sur le bateau, et je le connaissais. Mis à part le vérin, il n’y a pas eu de panne. J’ai le sentiment qu’on avait très bien préparé ce Vendée Globe – ce qui rend la déception encore plus forte, notamment pour les gens qui entourent le projet. Et, quand je repense à la course, je me souviens qu’il y a eu des moments durs, mais je n’ai pas connu un seul moment de souffrance. Je m’étais préparé aux moments difficiles, et je suis parti avec cette démarche. J’avais un peu envie d’avoir mal, histoire de voir ce que je pouvais faire de ça. »

Vous étiez totalement investi sportivement, complètement immergé dans ce que vous aviez à faire, mais était-ce au point d’avoir du mal à vous endormir ou à laisser l’esprit souffler ?
P. M. : « Il y a des jours où tu es sur un rythme de Figaro et, là, c’est l’horreur. Le rythme est difficilement tenable et tu dois te forcer à aller te reposer. Mais il faut imaginer aussi qu’il y a énormément de longueurs, ce qui ne veut pas dire pour autant que tu peux te déconcentrer. Il y a plein de moments où tu n’as rien à faire, mais tu ne peux pas lâcher prise. Parce qu’on ne sait jamais, parce qu’il faut s’astreindre à garder une routine, et puis si tu lâches prise, si tu changes d’état d’esprit, quand il va arriver quelque chose à faire, tu seras tenté de te dire que ça peut attendre. Rester dans le même état d’esprit de guerrier te fait foncer sur ce qu’il y a à faire, même s’il fait nuit et qu’il fait froid. Même si ton corps se repose, ta tête est à fond. Etre dans cet état mental, ça m’a plu. »

Avez-vous été surpris de courir pour la 3e ou 4e place ?
P. M. : « Ce qui m’a surpris, c’est que je pensais que les foilers iraient plus vite et casseraient plus. Ils ont choisi d’aller plus vite juste sur de petites périodes qui leur ont permis de se placer à l’avant. Au final, il y aura eu moins de casse sur les bateaux à foils que sur les dérives, si le bilan reste en l’état. On se rend compte que les avaries n’ont rien à voir avec la présence de foils ou pas. Quant au fait d’être 3e ou 4e, cela n’a pas été une pression supplémentaire. J’ai bien senti que ça avait changé quelque chose à terre, mais quand tu es en course, tu t’en fiches. Que Jérémie Beyou soit 2 milles devant ou derrière n’avait absolument aucune incidence sur ma manière de gérer la course. La représentation de la course à terre et en mer n’est absolument pas la même. »

Les foils ont permis d’exploiter quelques coups à fond ?
P. M. : « Ils ont permis de gagner le Vendée Globe. Tout simplement. On peut refaire le match avec Vincent (Riou) et moi en course jusqu’au bout : on aurait pu ambitionner la 3e place, mais pas mieux. Nous n’aurions pas gagné le Vendée Globe. »

Le fait de partir pour 73 ou 75 jours ne vous a jamais pesé ?
P. M. : « Je n’ai jamais pensé une seule fois à l’arrivée. Ce qui compte, c’est l’équateur, puis le cap de Bonne-Espérance, Leeuwin, l’antiméridien, le cap Horn… Et puis il y a les îles aussi qui jalonnent la route. A chaque fois que je passais à un endroit, la famille ou les proches m’envoyaient un petit mot pour me raconter l’histoire des Kerguelen ou la vie à terre à tel endroit… Honnêtement, le sens du voyage m’a toujours été rappelé par la terre. Parfois, oui, on reste en arrêt devant le ballet des albatros qui entrent et sortent des vagues, mais on a du mal se laisser aller, parce qu’on est trop concentré. »

Comment avez-vous géré vos émotions durant la course ?
P. M. : « J’en ai eu bien peu. On se referme, en réalité. Il y en a eu beaucoup au moment de l’avarie, oui, mais le reste du temps, on est froid, clinique. J’ai parfois réussi à mieux les exprimer sur des mails que j’envoyais ou sur les vidéos, parce que j’avais choisi des moments où je pouvais m’ouvrir. Mais les émotions sont venues des rencontres, comme celle avec un bateau de croisière un peu avant le cap de Bonne-Espérance. J’adore ces échanges, comme ceux entre concurrents. Quand on s’appelle, on parle de tout sauf de la course. »

Vous sauriez décrire l’ambiance entre concurrents ?
P.M. : « Je vais le faire par une anecdote. L’élection de Donald Trump est survenue en début de course, et c’est un des moments où on a le plus communiqué, avec Jérémie (Beyou) et Vincent (Riou). La news tombe, j’y crois à moitié, les deux confirment. Quand tu es au bout du monde, tu es atterré. C’est plus facile de relativiser quand on est à terre. Alors on s’est retrouvé à discuter des institutions américaines, des systèmes exécutifs et législatifs américains. C’était assez dingue… J’ai pas mal discuté avec Morgan parce qu’on n’était pas loin – on a fait de la voile olympique ensemble – et dans le sud avec Jérémie, à la VHF. Après mon avarie, Yann (Eliès) m’a appelé ; j’ai aussi reçu plein de mails sympa… »

Nous parlions émotion… Vous avez explosé, quand le vérin de quille a rendu l’âme ?
P. M. : « Je n’explose jamais, je suis fait comme ça. Et puis l’urgence s’est imposée sur tout : il fallait que je sauve mon bateau. Les 6 premiers des 8 jours dont j’ai eu besoin pour rejoindre Tahiti ont été très nettement les plus durs de ce Vendée Globe. A deux jours de l’arrivée, quand la marine nationale m’a survolé, je savais que je pouvais être sauvé en cas de pépin. La déception de l’abandon vient beaucoup plus tard, juste avant l’arrivée à Tahiti, une fois gérée l’urgence. Je n’ai pas dormi, il y avait des grains, il me fallait gérer l’assiette du bateau, tout contrôler tout le temps… Ce fut dur. Même mon arrivée au ponton de Tahiti signifiait que j’avais fini une épreuve, réussi à sauver mon bateau, ce qui était important. Surtout après ce qu’on a vécu il y a un an. »

Quel parallèle établissez-vous avec votre accident, sur la transat Saint-Barth – Port-la-Forêt, il y a un an ?
P.M. : « Là, je vis une déception sportive, ce qui n’était pas le cas il y a un an. Ça sera beaucoup plus difficile à digérer que mon accident. L’an dernier, j’étais cassé, il suffisait que j’aille au centre de rééducation de Kerpape pour passer à autre chose. C’était facile. Mon abandon dans le Vendée Globe, en revanche, je pense que je vais le traîner pendant quatre ans – si je peux le refaire, plus si ça ne se fait pas tout de suite. La déception sportive est lourde, elle va me ronger assez longtemps. »

Vous suivez la course, tout de même ?
P. M. : « Je n’ai pas regardé une seule fois la cartographie du Vendée Globe, c’est trop dur de s’y projeter. Mais je serai à l’arrivée, parce que je ne peux pas ne pas y être. Ça n’a pas de sens et ça ne serait pas respectueux pour les autres concurrents. On se doit tous d’être à l’arrivée, même si ça fait mal. »

Qu’avez-vous le plus aimé, au final ?
P.M. : « La vitesse. Tu t’habitues à grande vitesse à ce que ça aille vite. Rapidement, ça devient insupportable d’aller à moins de 18 nœuds. Tu attends en permanence qu’arrive la prochaine dépression. Parce que tu es en course, mais aussi parce que la vitesse manque. Et il n’y a que le fait de savoir que le bateau peut casser qui oblige à ralentir. Le bruit, l’inconfort, j’étais prêt à ça, ça ne m’a jamais gêné. Ça n’est pas agréable mais, au final, c’est ce qu’on cherche. La vitesse donne du sens à nos efforts. »

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Une remontée favorable pour Idec +1850mn

Training for the maxi tri IDEC Sport, skipper Francis Joyon, and his crew, prior to their circumnavigation crew record attempt for Trophy Jules Verne, off Belle Ile, on october 12, 2016 - Photo Jean-Marie Liot / DPPI / IDEC

Pour battre ce record, il faut de la chance et de la chance à chaque océan. C’est en ces termes que Francis Joyon évoquait sa nouvelle tentative de battre le record du Trophée Jules Verne 3 jours avant de partir de Brest. IDEC vient de passer le cap Horn dans un temps canon avec 4 jours d’avance et plus de 1800 mn. Une marge de sécurité bienvenue quand on se souvient de l’année dernière où le trimaran rouge avait tout perdu juste avant de le passer.
Il se trouve actuellement au large des Malouines et après un court moment de répit va repartir porté par une belle dépression. Si dans 24-48h, il devrait être légèrement ralenti au large de l’Uruguay, cette remontée de l’Atlantique Sud s’annonce plutôt bien.
Il est sans doute trop tôt pour deviser sur le pot au noir mais celui-ci semble un peu actif et devrait sans doute forcer l’équipage à concéder quelques heures ou quelques miles en passant l’Equateur dans une semaine. Idec doit arriver avant le 30 janvier à 23 heures et 53 secondes pour battre le record.

« Il y a eu un moment d’euphorie particulièrement sympa ! » Francis Joyon, monument des navigations en solitaire, n’a pas boudé son plaisir de partager la nuit dernière un moment de bonheur propre aux sports collectifs. Les 26 jours, 15 heures et 45 minutes qu’il vient, en compagnie de son extraordinaire commando, de graver dans le grand livre des temps de références à la voile, traduisent derrière la froideur des chiffres, un impressionnant effort de la part de chaque homme de ce mini équipage, capable à la date d’aujourd’hui de parcourir sur le fond plus de 18 500 milles à 28,50 nœuds de moyenne! « Nous avons tenu des heures durant des vitesses de 40 nœuds et plus au cœur des mers du sud » s’émerveille Sébastien Audigane, cap hornier pour la 6ème fois de sa carrière, à bord des plus grands multicoques de course, Orange II, Groupama III et Banque Populaire V. » Le bateau est léger, parfaitement équilibré. Un régal à la barre ! Il fait merveille dans la mer et dans le vent fort. »

Du vent fort, un ingrédient qui risque de se faire rare en Atlantique sud, où sévissent des centres dépressionnaires émanant de la proche Argentine, et l’infâme anticyclone de Sainte-Hélène. « Nous comptons sur la légèreté du bateau pour ne pas trop ralentir lors de la traversée des zones de transition peu ventées qui nous attendent » souffle Joyon. La remontée « vers la maison » comme disent les marins d’IDEC SPORT, débute plutôt favorablement. Les îles Malouines seront en fin d’après-midi débordées sur tribord, au plus près des nombreux cailloux et îlots qui constituent ces territoires du bout du monde. « Nous aurons ensuite un jour et demi de belle navigation avant de devoir « tricoter » pour traverser des zones peu ventées. » précise Francis. L’avance conséquence sur le record est déjà refoulée aux confins des pensées des hommes d’IDEC SPORT, tous animés d’une même inébranlable volonté, de tirer mille après mille le meilleur parti des conditions proposées. « Remonter ainsi cap au nord est un bonheur » précise Sébastien Audigane, « car nous tournons le dos aux dangers des mers du sud, et nous nous réjouissons à l’idée de voir le thermomètre grimper régulièrement. Un peu de soleil nous fera le plus grand bien… »

Records Intermédiaires d’IDEC Sport depuis son départ, le 16 décembre 2016 :
> Cap des Aiguilles-cap Leeuwin : 4 jours, 09 heures et 37 minutes
> Ouessant- cap Leeuwin : 17 jours, 06 heures et 59 minutes
> Ouessant –Tasmanie : 18 jours, 18 heures, 31 minutes

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Nouveau record au cap Horn pour IDEC

C’est bien parti pour IDEC qui passe le Cap Horn avec plus de 4 jours d’avance à 28 nds de moyenne. Le maxi-trimaran IDEC SPORT, skippé par Francis Joyon, a franchi la longitude du Cap Horn, dernier des trois grands caps du Trophée Jules Verne, cette nuit à 01 heure et 04 minutes (heure française). Partis d’Ouessant le 16 décembre dernier, Joyon et ses cinq hommes d’équipage, Clément Surtel, Sébastien Audigane, Bernard Stamm, Gwénolé Gahinet et Alex Pella signent le meilleur temps intermédiaire jamais réalisé sur la distance Ouessant – Cap Horn, en 26 jours, 15 heures, 45 minutes avec 4 jours 06 heures et 35 minutes d’avance sur le temps de référence de Banque Populaire V en 2012 (30 jours, 22 heures et 19 minutes) . Ils empochent à cette occasion un quatrième record intermédiaire avec celui de l’océan Pacifique entre la pointe sud-est de la Tasmanie et le Cap Horn en 07 jours 21 heures et 14 minutes (record détenu par Bruno Peyron en 2005 en 8 jours, 18 heures et 8 minutes)
IDEC SPORT a parcouru les 18332 milles de distance sur le fond (distance réelle parcourue depuis le départ) entre Ouessant et le Cap Horn à 28,7 nœuds de moyenne.
Trophée Jules Verne – Temps de référence / Banque Populaire V (2012) : 45 jours, 13 heures, 42 minutes et 53 secondes

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Jérémie Beyou serein mais trop

@ Eloi Stichelbaut / Maître CoQ

Jérémie Beyou est 3è et pour l’instant solidement placé sur le podium. Une belle place méritée compte tenu des difficultés techniques qu’il aura rencontré dans son aventure. Il a franchi l’Equateur hier mardi après 65 jours, 1 heure et 27 minutes de course, le skipper de Maître CoQ négocie sa sortie d’un Pot au noir qui aura été, pour lui, gluant mais pas collant. Toujours 3ème, à quelques 500 milles du 2ème, Alex Thomson, et avec la même marge sur son plus proche poursuivant, Jean-Pierre Dick, Jérémie Beyou peut envisager les dix derniers jours de course avec sérénité… et la plus grande vigilance.

65 jours, 1 heure et 27 minutes après avoir coupé la ligne de départ des Sables d’Olonne, Jérémie Beyou a signé son retour dans l’hémisphère nord. Toujours aussi solidement ancré à la troisième place, le Landivisien a signé un temps canon entre le Cap Horn et l’Equateur, un tronçon qu’il a englouti en 13 j 23 h 45 min. C’est un tout petit peu moins bien qu’Alex Thomson (Hugo Boss), qui a mis 18 h 15 min de moins, mais c’est mieux qu’Armel Le Cléac’h qui a mis 14 j 11h 49 m. C’est également mieux que le temps établi par le Saint-Politain en 2012 sur le même bateau, qui portait alors les couleurs de Banque Populaire (14 j 9 h 15 min).

En ce mercredi 11 janvier, il ne reste pour Jérémie Beyou que 3000 milles à parcourir. Une broutille pourrait-on dire à l’échelle des 24 410 milles théoriques que compile le tour du monde par les trois caps. Les eaux que fend désormais Maître CoQ, Jérémie Beyou les a sillonnées bon nombre de fois et, dans l’esprit du skipper, chaque heure de mer annonce l’imminence du retour à la maison. Sauf que rien n’est joué.

Petits alizés et grandes questions
D’abord, même si le Pot au noir aura été sans doute moins contrariant pour l’actuel 3ème du Vendée Globe que pour le leader, Armel Le Cléac’h, il n’aura pas été si coulant que prévu. Cette nuit encore, Jérémie Beyou a dû composer avec les humeurs versatiles d’alizés perturbés par le passage d’une dépression, et il devra encore faire avec ces soubresauts pendant 24 à 36 heures avant de retrouver… des conditions incertaines. A terre, l’équipe de Maître CoQ se creuse la tête et se demande qui, des modèles américain et européen, aura vu juste. « La situation est très hésitante pour la période des 15, 16 janvier, souligne Philippe Legros, le responsable Performance de l’équipe voile Maître CoQ. Les modèles ne sont pas d’accord du tout entre eux. Et ce n’est que lorsque les deux modèles convergent qu’on peut avoir des certitudes ».

D’où quelques questions, que les heures à venir effaceront. Est-ce que Jean-Pierre Dick, qui devrait parvenir à grignoter quelques poignées de milles à Jérémie au cours des prochaines heures, se muera en réelle menace ? Jérémie pourra-t-il encore gommer un peu de son retard sur Alex Thomson et Armel Le Cléac’h, et maintenir ainsi cette position d’attente qui lui permettrait de tirer bénéfice de la moindre opportunité ? Les positions des quatre premiers du Vendée Globe resteront-elles en l’état ?

Vent de près, mer de face… les bateaux ont souffert
« Quand on fait tourner les routages et qu’on évalue les options potentielles, explique Philippe Legros, c’est en prenant en compte l’idée qu’un pépin mécanique ralentisse un des protagonistes. Est-ce que les marges seront suffisantes pour que chacun maintienne sa position ou est-ce qu’il y aura une brèche dans laquelle s’engouffrer ? C’est ça, le raisonnement. Tous les bateaux ont souffert, notamment dans cette remontée de l’Atlantique au près avec la mer de face ». S’il ne peut bénéficier des retours d’expérience de son équipe à terre, l’assistance étant interdite, Jérémie Beyou doit certainement parvenir aux mêmes conclusions en mer. Au classement de 15h, Armel le Cléac’h était à 726 milles et Alex Thomson pointait son étrave à 500 milles plus au nord.

Espoir et prudence
L’IMOCA 60’ Maître CoQ, quant à lui, se porte bien. Jérémie Beyou est même parvenu à cocher toutes les tâches d’entretien et de maintenance qui lui étaient dévolues, dont le changement de lashing de J2 qui tient le mât. Une opération pas évidente à réaliser tout seul, mais parfaitement réussie. De quoi se soulager d’une inquiétude potentielle. Une petite frustration demeure, cependant : tandis que les deux leaders peuvent faire tourner leurs logiciels de routage pour se faire une idée précise du temps qu’il leur reste à passer en mer, Jérémie Beyou, lui, continue à avancer la vue un peu brouillée, faute de recevoir tous les fichiers météo. Difficile donc pour le guerrier de se projeter totalement sur l’idée que le chenal des Sables n’a jamais été aussi proche. Et, avec lui, le podium ?! Réponse en fin de semaine prochaine…

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Passage du Cap Horn avec 4 jours d’avance

First aerial images of IDEC SPORT maxi trimaran, skipper Francis Joyon and his crew, training off Belle-Ile, Brittany, on october 19, 2015 - Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Le trimaran IDEC Sport n’est plus qu’à 300 mn du Cap Horn qu’il devrait passer avec 4 jours d’avance, soit 1934 mn d’avance sur Banque Populaire V. L’équipage de Francis Joyon va se délivrer des mers du sud qui auront été pourtant très favorables. On se souvient de la tentative l’année passée où celles-ci lui avaient joué certains tours.
Le maxi-trimaran progresse plein vent arrière et doit enchaîner les empannages pour s’offrir le meilleur angle de descente dans un vent soutenu qui lui permet de conserver des vitesses élevées. Il débordera le Horn depuis une route nord volontairement empruntée afin d’éviter les calmes qui s’établissent pernicieusement dans le canal de Drake. Une navigation millimétrée, ultime difficulté avant le grand soulagement du retour en des eaux espérées moins inhospitalières dans l’est argentin.
La remontée de l’Atlantique Sud semble assez bien orientée mais avec un passage délicat dans 4-5 jours. L’exploit est en marche.

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A 2 jours du Cap Horn et 1500 mn d’avance

First aerial images of IDEC SPORT maxi trimaran, skipper Francis Joyon and his crew, training off Belle-Ile, Brittany, on october 19, 2015 - Photo Jean Marie Liot / DPPI / IDEC

Le Pacifique Sud sourit à l’équipage de Francis Joyon qui a encore augmenté son avance de 200 milles sur les dernières 24 heures (1 400 milles au dernier pointage). Aux abords des 60° sud, une nouvelle course de vitesse à haute teneur stratégique est engagée pour rallier au plus vite le cap Horn. Pour Francis Joyon, Alex Pella, Gwénolé Gahinet, Sébastien Audigane, Clément Surtel, et Bernard Stamm, il s’agit de garder ce tempo soutenu le plus longtemps possible sur les 1 300 milles jalonnés d’écueils qui restent à parcourir jusqu’au célèbre rocher noir.

C’est reparti pour un tour et pour une chevauchée infernale à des vitesses de l’ordre de 30 nœuds dans des conditions qu’IDEC SPORT affectionne tant. « Là, il y’a un peu de visibilité, ce qui est hyper appréciable quand on navigue dans ces endroits là. Le jour se lève, le bateau file à 30 nœuds sur un bord de portant. On ne va pas tarder à empanner », raconte Francis Joyon, joint en début d’après-midi, tandis qu’IDEC SPORT entame les dernières longueurs de sa traversée des mers australes comme s’il bataillait entre trois bouées. « On est sur un bord de glisse, avec le gennaker, la grand voile haute. On met même un petit bout de trinquette pour appuyer de temps en temps. On est réglé comme si on était en régate en baie de Quiberon, c’est pareil » confirme, non sans sourire, le skipper de cette équipée sauvage qui n’en finit pas d’affoler les compteurs.

Tricotage extrême
Au 25ème jour de course, place désormais à une belle série de bords à tirer sur une route que le grand trimaran rouge et gris va tricoter au rythme des empannages qui vont se succéder entre les 60è et 58è parallèles, là où se situe un petit couloir de vent plus soutenu. Sur une trajectoire optimale pour déjouer les écueils qui jalonnent la route, notamment une zone de glace en eau plus chaude propice aux growlers qu’il faut à tout prix éviter, l’équipage à effectif réduit ne lâche rien et continue sa progression au rythme des quarts étudiés pour abattre des longues distances sur des longues durées.

À bord, l’engagement des six hommes du bord reste total pour tirer le meilleur d’un bateau au potentiel intact, mais qui n’en reste pas moins exigeant, surtout quand la perspective de devoir multiplier les empannages se confirme en approche du cap Horn. « C’est une manœuvre qui dure un bon quart d’heure. C’est un grand bateau, on n’est pas nombreux, les efforts sont donc importants », explique Alex Pella. « Cela nécessite un peu de synchronisation entre nous. On essaye le plus possible de « gyber » en nous calant avec le rythme des changements de quart pour être jusqu’à cinq sur le pont », ajoute le Catalan qui ne cache pas son impatience de rejoindre la sortie du Grand Sud, « de mettre le clignotant à gauche », vers des latitudes plus chaudes.

Pour autant, si les deux prochains jours s’annoncent rapides, tous savent qu’ils ne devront pas ménager leur peine et surtout prendre leur mal en patience avant de laisser ces contrées lointaines dans leur sillage. La faute à des calmes qui menacent de freiner IDEC SPORT en approche du cap Horn. « On va faire notre possible pour contourner cette zone de vents faibles par le nord. On sait que cela ne va pas être simple jusqu’au détroit de Lemaire et qu’il y aura forcément un moment difficile avec des calmes et peut-être même un peu de vent debout. On va se confronter des petits phénomènes qui ne sont pas prévisibles. On espère encore creuser de l’avance. L’Atlantique reste un océan avec beaucoup d’incertitudes, il faut accumuler des milles d’avance pour augmenter nos chances pour la ligne d’arrivée », détaille Francis Joyon, déjà paré à empanner pour poursuivre sur sa trajectoire efficace. Tout ce qui est pris ne sera plus à prendre sur la route pavée de pièges du Trophée Jules Verne…

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