Jean-Pierre Dick, Yann Eliès et Jean Le Cam nous offrent un beau finish pour la 4è place; Si jean-Pierre DIck semble le mieux placé avec un bateau également plus rapide, rien n’est joué tant que la ligne n’est pas franchie.
A deux jours de l’arrivée, les jeux ne sont toujours pas faits pour la 4è place. Même si Jean-Pierre est le plus rapide du trio infernal, la situation météo à l’approche des côtes française favorisera les poursuivants. La vacation avec son équipe a été brève ce matin car JP voulait retourner sur le pont pour régler ses voiles. « Chaque mètre gagné aura son importance à l’arrivée » souligne JP en raccrochant le téléphone.
« J’ai eu des bonnes conditions toute la nuit pour appuyer sur le ‘champignon’ ! J’avais la bonne configuration de voiles et les bons réglages pour aller vite. Je dois continuer dans cette dynamique pour mettre le maximum de distance à Yann et Jean car le vent sera mou à l’approche des côtes bretonnes. Le scénario est incertain, à moi de l’écrire ! Je vous laisse car chaque mètre gagné aura son importance à l’arrivée. »
L’actualité de la voile ne s’arrête plus. Alors que les arrivées du Vendée Globe s’enchaînent, c’est Francis Joyon qui devrait arriver ce jeudi si tout se passe bien avec un record à la clé. IDEC a pour l’instant 1238 milles d’avance sur le record de Loïck Peyron à 1950 mn de l’arrivée. C’est aller tellement vite que l’on a du mal à prendre la mesure de l’exploit mais cela en est un assurément.
Le dernier rush du maxi-trimaran IDEC SPORT dans sa conquête du Trophée Jules Verne a débuté hier. Il s’annonce tonique, tonitruant, tout au long des derniers 2 000 milles et quelques encore à parcourir d’ici la ligne d’arrivée d’Ouessant. En approche de la latitude des Canaries, Francis Joyon et ses hommes profitent à plein d’un alizé qui adonne, tourne sensiblement sur l’arrière du bateau, pour allonger la foulée aux allures portantes. Seuls l’état de la mer, et la houle parfois contraire, refrènent les ardeurs des hommes du bord. Déjà à plus de 28 noeuds de manière régulière, IDEC SPORT met heure après heure un peu plus d’est sur une route jusqu’alors franchement calée au nord. Sa vitesse de rapprochement vers la Bretagne augmente ainsi régulièrement et les distances parcourues quotidiennement vont à partir d’aujourd’hui tutoyer les 700 milles. IDEC SPORT va accrocher la bordure sud d’une dépression en formation dans le nord-ouest des Açores pour terminer au grand galop jeudi prochain son phénoménal tour du monde. Un exercice de haute voltige pour un équipage qui se donne sans calculer depuis 38 jours, partagé entre la hâte d’en terminer, et les impérieuses nécessités de préserver jusqu’au bout leur extraordinaire machine déjà tant sollicitée.
Ce samedi 21 janvier à Paris, la Fédération Française de Voile a réuni 460 arbitres pour une journée de présentation des nouvelles règles de course à la voile 2017-2020. Ce rassemblement quadriennal a notamment permis à la Commission Centrale d’Arbitrage de présenter les évolutions applicables dès cette année. Corinne Aulnette, Responsable de la Commission Centrale d’Arbitrage et juge internationale, nous explique les grandes évolutions qui vont désormais concerner tous les régatiers.
Dans cette nouvelle édition des règles de course à la voile 2017-2020, comptabilise-t-on beaucoup de changements ?
« En termes de nombre de changements, oui, ils sont assez nombreux, mais pas d’inquiétude cependant, le tribord reste prioritaire… Par rapport à l’édition précédente, nous pouvons classer les changements en trois catégories :
• Les nouveautés
• Les réécritures de règles pour les rendre plus aisément compréhensibles
• Les intégrations des bonnes pratiques, jusqu’alors uniquement utilisées dans les instructions de course de bon nombre de nos compétitions
Les curieux et férus de règles peuvent d’ailleurs télécharger un document reprenant l’intégralité des modifications sur le site internet de la Fédération, rubrique arbitrage. »
Quelles sont les principales nouveautés ?
« Si nous nous plaçons en tant que régatier, il y a en fait assez peu de changements dans ce que nous appelons « les règles de route », qui régissent les priorités entre les bateaux. Néanmoins, l’une d’elles concerne le contournement des bouées, et là, le changement n’est pas neutre : en effet, la règle 18.3 qui régit les virements de bord dans la zone des trois longueurs autour de la bouée est modifiée et désormais, elle s’applique uniquement lorsque les bouées sont à laisser à bâbord (ce qui n’était pas le cas avant). Je conseille donc aux régatiers de bien lire attentivement toute cette règle 18, qui est assez ardue !
Autre évolution, celle-ci dans le préambule de ce même chapitre 2 : dorénavant, un bateau qui causerait un dommage sérieux à un autre bateau peut être pénalisé même s’il n’est pas en course (avant son départ ou après avoir fini la course).
Enfin, nous avons une nouvelle définition, celle de l’accompagnateur (parent, entraîneur, etc…), qui de fait est dorénavant soumis aux règles de course. Cet ajout permettra de réguler certains débordements, c’est selon nous plutôt une avancée. »
La FFVoile vient d’obtenir la délégation du kiteboard, cela impacte t’il les règles de course à la voile ?
« Depuis que notre Fédération internationale (World Sailing) a accueilli cette discipline, les règles de course à la voile ont toujours eu un chapitre dédié aux règles des compétitions de kiteboard (Chapitre F). Ce n’est donc pas une nouveauté puisqu’au niveau international le kiteboard a toujours été considéré comme une discipline de la voile. Les arbitres de notre Fédération sont formés pour encadrer tous les types de pratique. Le kiteboard ne fait pas exception à cette règle. »
Enfin, comment un licencié peut se procurer les règles de course à la voile nouvelle édition ?
« Il doit se rapprocher de son club. Ces derniers peuvent les commander directement via le site internet de la FFVoile sur la rubrique boutique club (espace réservé aux structures affiliées à la FFVoile). Parallèlement, le livre des règles de course à la voile 2017-2020 sera prochainement disponible pour chaque licencié dans « l’espace licencié ». Une information sera faite dès que cela aura été mis en place. »
Concentré sur le passage du Pot au noir, Francis Joyon en aurait presqu’oublié le passage de l’Equateur. C’est pourtant à 13 heures, 28 minutes en ce vendredi 20 janvier 2017 que le maxi-trimaran IDEC SPORT l’a franchi. Francis Joyon, Sébastien Audigane, Clément Surtel, Gwénolé Gahinet, Alex Pella et Bernard Stamm signent la meilleure performance de tous les temps sur le tronçon Ouessant – Equateur après le passage aux trois grands caps (Espérance, Leeuwin et Horn) en 35 jours, 04 heures, 45 minutes. Ils améliorent de 2 jours, 22 heures et 36 minutes le précédent record détenu depuis 2012 par Loïck Peyron et le maxi trimaran Banque Populaire V.
C’est le 5ème record intermédiaire que s’adjugent Francis Joyon et ses hommes après les passages records au cap Leeuwin, en Tasmanie, à l’antiméridien et au Cap Horn.
La suite c’est le pot au noir que le trimaran rouge va devoir contourner par l’ouest avant de refaire du nord en jouant la prudence extrême. Pour cela, l’équipage regarde de près la progression de Louis Burton juste devant leur étrave. IDEC perd un peu de son avance qui est maintenant de 1300 milles.
« Cela nous était complètement sorti de l’esprit » s’exclame Francis Joyon à l’évocation de ce passage retour dans l’hémisphère nord. « Toute notre attention est focalisée sur la traversée de cette étrange Zone de Convergence Intertropicale qui nous oblige à naviguer loin à l’ouest de la route habituelle, dans le nord du Brésil. Nous contournons à petite vitesse un énorme magma anticyclonique, qui n’a pas la virulence du pot au noir, mais qui nous ralentit dans une franche pétole. La mer est très calme, le ciel est gris et il fait très chaud. Nous espérons toucher un peu de vent en fin d’après midi, pour reprendre notre marche vers la Bretagne, au près dans un premier temps, puis aux allures de plus en plus débridées pour terminer, nous l’espérons, à toute allure après les Açores… »
Trophée Jules Verne – Temps de référence / Banque Populaire V (2012) : 45 jours, 13 heures, 42 minutes et 53 secondes
Finish arrival of Alex Thomson (GBR), skipper Hugo Boss, 2nd place of the sailing circumnavigation solo race Vendee Globe, in Les Sables d'Olonne, France, on January 20th, 2017 - Photo Vincent Curutchet / DPPI / Vendee Globe
Arrivée de Alex Thomson (GBR), skipper Hugo Boss, deuxième du Vendee Globe, aux Sables d'Olonne, France, le 20 Janvier 2017 - Photo Vincent Curutchet / DPPI / Vendee Globe
Alex Thomson est arrivé ce matin. Il a franchi la ligne d’arrivée ce vendredi 20 janvier 2017 à 8 heures 37 minutes et 15 secondes, heure française, 15 h 59 mn et 29 s après le vainqueur Armel Le Cléac’h. Pour sa quatrième participation au Vendée Globe (3e en 2013, abandon en 2004 et 2008), le Britannique a révélé tout son talent et n’est pas passé loin de l’exploit. Il a imprimé un rythme d’enfer battant le record de distance parcourue sur 24 heures avec 536,81 milles avalés à la vitesse moyenne de 22,4 nœuds ! Privé de son foil depuis le 19 novembre, Alex a su maintenir la pression sur son adversaire Armel Le Cléac’h… jusqu’au bout.
“C’est super surtout de finir. Il y a 24-36 heures, je savais que c’était fini et qu’Armel allait gagner. Je n’ai dormi que 5 heures en 3 jours et depuis 24 heures, je n’ai pas dormi du tout. Le foil ? Cela arrive. Cela fait partie du jeu du Vendée Globe. Je ressentais une certaine frustration, mais maintenant je n’y pense plus. Cela n’a pas été facile. Cette course ne m’a pas plu autant que la dernière édition. Je veux dormir ! Mais je sais que si je dors, je vais me réveiller dans une heure. Troisième, deuxième… la suite, on verra. Je voudrais mettre en place un projet compétitif. Armel est une machine, Un grand marin. Il a fait deux fois deuxième. Il fallait qu’il gagne. C’est quelqu’un de très modeste. Très sympa. Son équipe a fait un super boulot.”
Le Britannique Alex Thomson achève ce Vendée Globe 2016-2017 à la deuxième place, à l’issue d’un extraordinaire duel avec Armel le Cléac’h : le suspense a duré jusqu’au dernier jour de course ! Sa vitesse moyenne sur le parcours théorique de 24 500 milles est de 13,64 nœuds. Mais Hugo Boss a en réalité parcouru 27 636 milles sur l’eau à la vitesse moyenne de 15,39 nœuds. Ce vendredi matin s’achève donc le quatrième tour du monde en solitaire d’Alex Thomson (42 ans) qui, après deux abandons en 2004 et 2008, montait sur la troisième marche du podium en 2012-2013, juste derrière… Armel le Cléac’h.
Avant le départ du ponton de Port-Olona, le monocoque à foils noir suscitait déjà l’admiration du plus grand nombre, public très averti y compris. Le marin britannique qui navigue sous les couleurs d’Hugo Boss depuis près de 15 années est un personnage certainement plus exubérant que son rival breton au comportement de métronome dans ce Vendée Globe. Une audace et un talent sportif dont témoignent les célèbres vidéos Mast, Keel et Sky walks. L’IMOCA à foils au look avant-gardiste dessiné par Guillaume Verdier et le cabinet VPLP et construit par le chantier anglais Green Marine, a démontré un potentiel de vitesse supérieur à tous ses concurrents.
Un tour du monde express
Pour cette huitième édition du Vendée Globe, le duel a commencé dès le début de la course, puisque Alex Thomson était en tête les 7 et 8 novembre, puis treize jours du 12 au 26 novembre, ainsi que les 26 novembre, 1er et 2 décembre. Privilège qu’Armel ne lui laissera plus jusqu’à l’arrivée… Le 15 novembre, il établit un nouveau temps de référence au passage de l’équateur en 9j 07h 02mn soit 1 jour et 4 heures de moins que le précédent détenu par Jean Le Cam depuis 2004. Le Britannique est alors trois heures devant Armel Le Cléac’h et accélère encore puisque le 19 novembre, il est 133,70 milles devant le futur vainqueur : c’est le plus grand écart qu’il pourra lui infliger, mais il casse alors son foil tribord…
Malgré cette avarie, le 24 novembre Alex Thomson franchit la longitude du cap de Bonne-Espérance après 17 jours 22h et 58 mn de mer, pulvérisant le temps de référence d’Armel Le Cléac’h de 2012 de plus de cinq jours. Il a encore 4h 22 minutes d’avance sur son poursuivant. Handicapé par son avarie de foil tribord, Alex Thomson voit son adversaire préféré gérer les transitions entre les systèmes météo à la perfection : il lui rend cinq heures au passage de la longitude du cap Leeuwin.
Et la traversée du Pacifique ne lui est pas favorable lorsque les deux leaders doivent contourner un anticyclone mal positionné juste au-dessus de la Zone d’Exclusion Antarctique : le skipper de Banque Populaire VIII fort de sa petite avance, fait alors le break : le 25 décembre, Alex Thomson passe le cap Horn quasiment deux jours après et avec 819 milles d’écart sur le premier. Mais malgré les retours successifs du Britannique pendant toute la remontée de l’Atlantique, après les Falkland, au large du Brésil, dans un Pot au Noir à rallonge, au passage des Açores et jusqu’à la veille de l’arrivée, Armel Le Cléac’h est à portée de lance-pierres… mais toujours devant. Pourtant le 16 janvier matin, Hugo Boss s’adjuge le record de distance parcourue en 24 heures avec 536,81 milles à la moyenne de 22,4 nœuds !
Le 18 janvier à la veille de l’arrivée aux Sables d’Olonne, le skipper britannique est à seulement 40 milles derrière son rival français, toujours en compétition pour la première place : « J’essaie de faire fonctionner mon anémomètre (qui perturbe le fonctionnement du pilote automatique). Mais il ne me reste plus d’options pour revenir sur Armel. Je ne me concentre pas sur l’arrivée mais sur ce qu’il faut faire pour que les pilotes automatiques fonctionnent afin que je puisse dormir. J’ai fait une nuit blanche et suis très fatigué… » déclare le solitaire qui finira sa magnifique course au lever du soleil après avoir été obligé de tirer des bords pour conclure son quatrième Vendée Globe en dauphin.
Finish arrival of Armel Le Cleac’h (FRA), skipper Banque Populaire VIII, winner of the sailing circumnavigation solo race Vendee Globe, in 74d 3h 35min 46sec, with flares in the channel of Les Sables d'Olonne, France, on January 19th, 2017 - Photo Jean Marie Liot / DPPI / Vendee Globe
Arrivée de Armel Le Cleac’h (FRA), skipper Banque Populaire VIII, vainqueur du Vendee Globe en 74j 3h 35min 46sec, aux Sables d'Olonne, France, le 19 Janvier 2017 - Photo Jean Marie Liot / DPPI / Vendee Globe
Après avoir remonté le chenal des Sables sous les acclamations du public venu nombreux saluer sa victoire et un beau feu d’artifice, Armel a rejoint sa famille et les pontons à 19h. Il a ensuite répondu à nos questions à la conférence de presse.
“Ça fait du bien. Je suis content de gagner. Cela n’a pas été simple. C’était une bagarre intense avec Alex sur la remontée de l’Atlantique. Il y a eu beaucoup de suspens. C’était dur à vivre. Mais j’étais devant et je me suis accroché jusqu’à hier. Je me suis angoissé depuis le Cap Horn. j’avais peur qu’il revienne à ma hauteur. ”
” L’arrivée a été magnifique et même depuis tôt ce matin accompagnée par des bateaux et ce toute la journée. La remontée du chenal a été incroyable. L’émotion de l’arrivée, c’est un grand moment où l’on retrouve le public que l’on a quitté 74 jours plus tôt, le plaisir aussi de le retrouver. Je suis le premier a arrivé, c’est une fierté. Cela fait quelques jours que je me fais violence pour ne pas lâcher le morceau. J’ai eu le soutien de plein de monde. J’y ai cru. Je me suis battu. Oui j’ai le visage rayonnant parce que cela fait 10 ans que j’en rêve. J’étais là il y a 4 ans avec Banque Populaire mais il manquait quelque chose. Là c’est fait.
C’est une fois la ligne franchie que j’ai commencé à craquer. Je suis allé au bout de moi-même. Je me disais après le Cap Horn que ce n’est pas possible, tout est contre moi. C’est toute cette intensité qui est ressortie à la ligne d’arrivée.
Je veux remercier toute mon équipe. On est allé chercher cette victoire tous ensemble. Après avoir passé des mois à travailler, le bateau a été parfait. Je leur dédis cette victoire ils ont travaillé dans l’ombre. Avec Banque Populaire, je suis très heureux de faire partir de cette famille.
Je suis heureux d’avoir battu Alex, un peu comme dans un match de rugby France-Pays de Galles. C’était le crunch. Il s’est accroché et a tout donné. Bravo à lui, il a gagné une place comme moi cette année. Je lui souhaite de gagner l’année prochaine.
Le Vendée c’est une page qui se tourne. Je suis le 1er à le terminer pour la 3e fois. J’ai beaucoup donné de ma vie sur le Vendée. C’est une course difficile, longue, dure et intense. Après avoir réussi à gagner, accomplir mon rêve, je vais passer à autre chose. Un super projet en Ultime, retrouver François Gabart et Thomas Coville avec des courses palpitantes. Le Vendée c’était une belle histoire qui se termine en grande beauté.
Je vais retrouver les gens, un bon repas, passé une bonne nuit, communier avec les gens qui sont venus. La transition est brutale. On est a fond pendant 70 jrs, on est dans sa bulle. On oublie comment est ressentie la course à terre. Je ne pensais à ça. On arrive et on redécouvre cela. C’est très très fort.
Je me suis rasé il y a 4-5 jrs quand il n’y avait pas trop de vent un peu pour conjurer le sort. A chaque fois la météo n’était pas dans le bon sens pour moi depuis le cap Horn. Alex a été accrocheur. Cela m’a mis beaucoup de pression jusqu’à mon virement de bord près des îles Scilly où je me suis dit que cette fois c’était bon. En passant au large de Ouessant dans un terrain de jeu que je connais bien, je me suis retrouvé, c’était un plaisir et cela m’a fait du bien de naviguer dans ces coins.
J’ai eu quelques bricoles sur le bateau pas d’avarie particulière à part un hook de génois. Une voile que je n’ai pas pu utiliser depuis le milieu du Pacifique. Mais le bateau a répondu à toutes mes attentes. Le travail du team a payé. On a tiré l’expérience de notre Vendée Globe il y a 4 ans. On a construit un bateau performant, fait le choix des foils qui n’était pas évident au départ. On est allé au bout de notre démarche. On y a cru tout le temps. C’était notre force et c’était mérité.
Ce bateau ma procuré beaucoup d’émotions. C’es un bateau qui m’a donné beaucoup de plaisir. Je suis fier de ce qu’il m’a apporté. Le bateau est vendu à Louis Burton qui fait une très belle course et je lui souhaite de faire de belles choses avec à l’avenir. Avec le bateau on se parle. On prend soin du bateau et le bateau prend soin de nous. Chaque bruit est suspect. Tout peut aller vite à bord. On l’a vu avec les abandons sur le Vendée. Notamment ceux qui ont tapé des ofnis. On espère à bord que tout se passe bien et tout s’est bien passé.
Cela fait plaisir d’être à terre. Ca tangue un peu. Cela fait bizarre de retrouver la vie à terre. La vie sur un bateau c’est un peu spécial. On s’habitue, on se fait mal. J’étais là pour la bagarre, pour la gagne. Je l’avais dit. Quand on arrive, c’est un peu brutal.
La magie du Vendée Globe c’est l’arrivée, c’est génial.
Armel a franchi la ligne d’arrivée à 16h30. La dernière semaine aura été très dure sous la pression d’Alex Thomson. L’émotion a submergé Armel après sa victoire.
” C’est une émotion incroyable. Les derniers jours ont été intenses. Je réalise que j’ai fait quelque chose d’énorme. Je n’ai rien lâché. Chaque mètres gagnés étaient durs. Je la voulais tellement cette victoire. Voila j’ai réussi.” ” La météo n’a pas été facile. J’ai eu l’impression que tout était contre moi. J’ai eu beaucoup de soutiens à terre. On m’a dit de ne rien lâcher. J’y ai cru. La victoire, je ne l’ai entrevu que la nuit dernière quand j’étais dans mon jardin. J’avais 800 m d’avance au Cap Horn puis 40m, c’était dur. Je n’ai rien lâché. Je suis content.”
“Ce Vendée était intense du début à la fin, je n’ai pas vu le temps passer. Je n’ai pas eu de pause, de moment de répit. Apres le cap Horn, j’ai peut être eu quelques heures de répit mais c’est tout. C’était mon 3e Vendée. C’était celui la qu’il fallait que j’aille chercher. Je savais que ma chance était là. Je me suis bagarré jusqu’au bout.”
“J’ai eu des petits problèmes techniques mais pas handicapant excepté le hook de génois, une drisse mais que j’ai compensé par un Code 0. C’est dommage parceque j’ai appris que les autres pouvaient aussi casser. J’avais cette épée de Damoclès au-dessus de moi. Donc j’ai pas trop tiré sur le matériel. J’ai eu du plaisir dans la bagarre, la météo. Notamment dans le Pacifique. Au cap Horn, c’était un super moment. Et l’arrivée aussi. C’était incroyable. Alex a fait une très belle course. Il faisait parti des prétendants sérieux avec de nombreux atouts. Un concurrent redouté et redoutable. Je pensais avoir fait le trou au cap Horn mais ce n’était pas le cas. C’est un rêve aujourd’hui après 10 ans. C’est juste une journée magnifique.”
Accompagné par des centaines de bateaux spectateurs, Armel Le Cleac’h a franchi la ligne d’arrivée à 16h30 et signe une magnifique victoire en remportant cette 8e édition du Vendée Globe dans un temps record de 74 jours 03 heures 35 minutes et 46 secondes.
Le duel entre Alex Thomson et Armel Le Cleac’h aura été superbe faisant de cette édition l’une des plus belles. C’est aussi la victoire de la persévérance d’un homme sur 10 ans. Deux fois deuxième de ce Vendée Globe, Armel a travaillé sans doute plus que les autres avec son équipe, pour aller chercher ce graal qui manquait à son palmarès pour consacrer son talent. C’est aussi la victoire des bateaux à foils qui s’imposent sur cette édition. Une troisième génération d’Imoca qui vont forcément continuer vers cette rupture technologique. C’est la victoire des architectes VPLP/ Verdier qui signent les bateaux des 2 premiers du podium.
Finish arrival of Armel Le Cleac’h (FRA), skipper Banque Populaire VIII, winner of the sailing circumnavigation solo race Vendee Globe, in 74d 3h 35min 46sec, in Les Sables d'Olonne, France, on January 19th, 2017 - Photo Jean Marie Liot / DPPI / Vendee Globe
Arrivée de Armel Le Cleac’h (FRA), skipper Banque Populaire VIII, vainqueur du Vendee Globe en 74j 3h 35min 46sec, aux Sables d'Olonne, France, le 19 Janvier 2017 - Photo Jean Marie Liot / DPPI / Vendee Globe
Armel et Alex Thomson auront été les grands animateurs de cette 8è édition du Vendée Globe lâchant finalement assez vite les autres concurrents. Leur duel aura duré toute la course chacun ne voulant rien lâcher. Alors où cela s’est joué ? Retour sur une course planétaire haletante.
Le duel après 18 jours
Au large du Cap de Bonne Espérance, après seulement 18 jours de course, il ne restait plus que Sébastien Josse pour s’accrocher. Vincent Riou, Morgan Lagravière se sont arrêtés là.
Jean-Pierre Dick après une mauvaise option était trop loin. Jérémie Beyou faisait face à de nombreux problèmes techniques. Le duel a vraiment commencé à ce moment-là. Un duel mené par Alex Thomson en tête au Cap de Bonne Espérance avec 90 milles d’avance sur Armel après que le gallois ait provoqué sa chance au Cap Vert et pris de l’avance pour descendre vers le sud. Un peu sonné après le pot au noir, Armel a trépigné d’impatience, d’abord un peu énervé, il s’est reconcentré sachant qu’il allait pouvoir profiter de conditions favorables. Le Cap de Bonne Espérance marque un nouveau départ pour les deux hommes.
Un Ocean Indien au contact
Pendant plus de 10 jours, les deux bateaux vont rester au contact. Quelques options seront tentées mais, juste avant d’arriver au Cap Leeuwin, l’écart sera d’une trentaine de milles après de nombreux croisements. Avec une limite des glaces très haute située entre 46° et 50° Sud, le terrain de jeu était un peu réduit comme les options de chacun. Après les îles Crozet et les Kerguelen, les conditions se sont durcies. Sébastien Josse était déjà relégué à plus de 570 milles avant de casser et d’abandonner. Les deux hommes se retrouvés seuls dans leur duel relayant le 3è Paul, Meilhat (SMA), à plus de 1200 milles.
Armel le Cleac’h passera le Cap Leeuwin avec un nouveau temps de référence de 28 jours, 20 heures et 12 minutes qui montre combien cette édition va vite avec 5 jours et 14 heures de moins que le temps de référence établi par François Gabart sur le Vendée Globe 2012. Banque Populaire VIII a réussi à creuser un écart de 100 milles d’avances sur Hugo Boss « Je suis en avance sur le temps de référence et mon propre temps, c’est une bonne nouvelle ! Cette avance montre qu’on est dans le tempo, qu’on progresse vite… Ce sont des bons chiffres, la première partie de la course s’est faite rapidement, c’est positif par rapport à la longueur de ce tour du monde. Je suis content ! Le cap Leeuwin est un cap majeur à franchir pendant ce tour du monde et être en tête dans ces moments-là est important. Depuis 24 heure j’ai gagné pas mal de milles sur Alex Thomson. On est dans une phase de transition entre 2 dépressions, la prochaine qui arrive promet d’être musclée, le vent commence à rentrer et va arriver par derrière, ça va donc faire l’élastique au niveau du classement. Mais je suis content d’avoir pris un peu d’avance, maintenant chacun continue sa course et rien n’est joué. La semaine va être assez agitée, on va aller de dépression en dépression. Le Sud de l’Australie est un passage compliqué avec du vent soutenu, de la mer forte, ça ne va pas être la partie la plus drôle qu’on ait faîte depuis le départ. Il va falloir être prudent, je surveille ça de très près. Dans les prochains jours je ne vais pas être de toute quiétude mais cela fait partie du menu des mers du Sud. Je sais que derrière ils sont aussi un peu secoués. Ça va être ça jusqu’au cap Horn. »
Le Pacifique où tout s’est joué
C’est dans le Pacifique qu’Armel a sans doute forgé sa victoire en prenant l’ascendant sur Alex Thomson. 16 jours a subir des dépressions violentes, dans le froid et le bruit. Un enfer et on se souvient qu’au 40e jour Alex a un peu lâché quand Armel a accéléré lui permettant d’avoir 750 milles d’avance au Cap Horn au 47è jour.
« Chaque petite chose simple devient très compliquée. Ça n’a pas été facile, nous n’avons pas été gâtés. Il y avait énormément de vent, des pointes jusqu’à 55 nœuds, une mer démontée, nous étions en plus sur un angle où le bateau allait vite, de travers au vent, donc il fallait sans cesse le contrôler. On a eu 2 dépressions coup sur coup : quand on voit ça sur le fichier on se dit « Non, pas ça ! », quand on y est, on fait ce qu’on a à faire, on se concentre au maximum, et puis quand les conditions s’améliorent enfin, on est content d’avoir dépassé ça. Ce n’était pas évident de dormir, ça bouge tellement. C’est un peu comme dormir dans une machine à laver… C’était également très compliqué de manger avec les mouvements permanents et saccadés du bateau. Il fallait faire doublement attention de ne pas se renverser l’eau de la bouilloire sur les genoux ou les mains… Dans ces conditions, chaque petite chose simple devient très compliquée, il faut tout le temps se concentrer, tout demande plus de temps, même mettre son ciré et ses bottes est difficile. »
Remontée laborieuse dans l’Atlantique Sud
Après le Cap Horn, Alex Thomson a puisé dans toutes sa réserve de chances en ayant des conditions idéales pour refaire son retard et revenir sur Armel. Ce dernier a avoué avoir cassé son hook de génois dans le Pacifique l’handicapant dans des conditions plus légères.
Au 53e jour de course, l’avance d’Armel est passé de 750 milles à 30 milles en 7 jours au large du Brésil. De quoi perdre ses nerfs et regonfler le moral du britannique. Mais Armel s’est relancé en attrapant les Alizés et en reprenant 300 milles d’avance jusqu’au pot au noir en prenant les bonnes options.
Comme une Solitaire du Figaro à partir de l’Equateur
Le Pot au noir marquera le départ d’une nouvelle course. A ce moment-là Armel basculera en mode Figaro pour se placer en fonction d’Hugo Boss, à l’est puis à l’ouest. Les options pour Alex Thomson se réduiront au fur et à mesure de la remontée de l’Atlantique avec un écart maîtrisé entre 80 et 150 milles. Et si Alex Thomson parviendra à battre le record de distance parcourue en 24h, Armel n’en sera pas loin non plus. 4-5 jours avant l’arrivée, Alex Thomson aurait pu espérer encore mais 48h avant l’arrivée, la messe était dite avec un système météo n’offrant aucune autre option. Armel Le Cleac’h qui partait pour gagner, l’affichant avec assurance 1 an avant de partir, remporte ce Vendée Globe après une course extraordinaire devant un beau second.