Loïck Peyron (Gitana Eighty) mène la flotte depuis 12 jours maintenant. Psychologiquement, être en tête n’est pourtant pas forcément reposant. Le chef de file montre la voie, celle à prendre ou à ne pas prendre. A la moindre approximation, la meute n’en fera qu’une bouchée. Certains skippers ne se cachent pas qu’ils préfèrent rester en retrait, pas loin derrière évidemment, mais dans une position d’observateur attentiste. Avec l’expérience de 30 ans de course au large, Loïck Peyron a appris à gérer cette pression. Il sait même l’inverser lorsque, chaque nuit, il grappille quelques milles sur ses adversaires. A l’exception de Sébastien Josse (BT), 2e, et Mike Golding (Ecover), 6e, tous ses poursuivants directs du groupe tête ont perdu une quinzaine de milles dans la nuit sur le leader. 16 nœuds de moyenne pour Peyron sur la dernière heure, contre 13 à 15 pour ses poursuivants. En période de nouvelle lune, les nuits sont noires. Dans cette obscurité totale, sur une mer mal pavée, Loïck Peyron continue d’appuyer sur l’accélérateur et rappelle une fois de plus qu’il mène ce Vendée Globe en patron.
Derrière Peyron, les places ne varient guère depuis lundi soir. Seuls Armel Le Cléac’h (Brit Air), Vincent Riou (PRB) et Mike Golding se tiennent en moins de 6 milles et peuvent s’échanger leurs places de 4e, 5e et 6e à chaque classement. Quant à Jérémie Beyou (Delta Dore), il n’est plus qu’à 125 milles du port de Recife (Brésil) où il compte réparer ses barres de flèche cassées. Il devrait y arriver la nuit prochaine. Après une ascension dans son mât, il a pu constater qu’une pièce mécanique reliant la barre de flèche au mât était cassée. Reste à savoir s’il pourra la réparer sans assistance pour rester en course…
Classement à 5h00 : 1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 20391 milles de l’arrivée 2- Sébastien Josse (BT) à 28,5 milles du premier 3- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 53 milles 4- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 62,6 milles 5- Vincent Riou (PRB) à 66,7 milles
Le cauchemar du solitaire Quel week-end éprouvant pour les muscles et les nerfs ! Batailler entre les grains et un vent qui varie de 5 à 25 nœuds en quelques minutes n´a rien d´amusant. Surtout lorsque l´on est seul à suer sur le pont, sans dormir, et à manœuvrer pour adapter la voilure à chaque sursaut du vent. « Thomas va mieux, » confie Thierry Briend, « il a enfin pu se reposer de la journée d´hier qui a été éprouvante. Il peut laisser maintenant le bateau faire des moyennes de vitesse très honorables, c´est à dire au-dessus de 20 nœuds, dans un vent qui espérons-le restera assez stable dans les prochaines heures. » Etrange situation météo dimanche…En effet, le Trimaran Sodeb´O a traversé une zone qui avait tous les symptômes de la fameuse région de convergence, souvent très chaotique, entre l´alizé de nord-est et l´alizés du sud-est. Mais il semblerait que le « vrai » pot au noir soit au programme d´aujourd´hui et qu´il se présente plutôt bien : « il est finalement très nord, bien avant l´équateur, et assez étroit. Thomas pourrait donc toucher rapidement les alizés de l´hémisphère sud sans être trop ralenti, » poursuit Thierry, avant de conclure : « Sodeb´O retrouve donc une situation météo classique de cette région et devrait rallier comme prévu l´équateur demain. Pour l’instant vent de travers, il devra faire ensuite du près à l’approche de l’anticyclone de Sainte-Hélène. » Première épreuve passée Forcément, la gestion de cette zone complexe a demandé beaucoup d´efforts à Thomas qui a de plus vu fondre l´avance qu´il avait accumulé sur Francis Joyon depuis son départ mardi dernier de Brest. Cette nuit, Sodeb´O a eu jusqu´à 249 milles de retard sur IDEC mais avec le retour d´une situation beaucoup plus « navigable », Thomas a déjà repris près d´une quarantaine de milles depuis ce matin. Dans un message envoyé il y a quelques minutes, le skipper confiait sa satisfaction s´être sorti de cette première « épreuve » d´un tour du monde qui n´en est qu´à son début : « Ce matin au levé du jour j’ai regardé derrière moi et je voyais se dessiner cet énorme amas nuageux qui montait très haut dans le ciel. J’étais de l’autre côté, j’étais passé ! Ou plutôt il m’a laissé passer ! J’y ai laissé beaucoup d’énergie et de temps, je le sais mais j’avais au fond de moi cette petite joie intérieure d’avoir négocié et passé quelque chose de fort. Je suis là pour cela et rien d’autre ce matin…. » J.H.
Pas de changement radical en ce quinzième jour de course : les alizés étaient ce midi toujours présents, de secteur Sud-Est quinze nœuds pour le peloton, de secteur Est vingt nœuds pour les premiers. De cette petite différence d’orientation et de force est né un différentiel de vitesse de près de trois nœuds entre ces deux groupes, tandis que les cinq solitaires qui ont franchi l’équateur en ce début de semaine (White, Bazurko, Malbon, Dinelli, Wilson) commençaient seulement à toucher des prémices d’alizés. Quant à Bernard Stamm, il a pu s’extraire très rapidement d’un Pot au Noir très Nord, alors que l’Autrichien Norbert Sedlacek ouvre une voie (peu rapide) très à l’Est… Et pour les deux ” revenants ” des Sables d’Olonne (Derek Hatfield, Jean-Baptiste Dejeanty), l’archipel du Cap Vert est déjà dans le tableau arrière… Malgré plus de 1 500 milles de décalage Nord-Sud, les conditions de navigation sont finalement assez semblables, sous le soleil et dans une brise modérée.
Décalage brésilien
Pour le groupe de tête, la nuit a été marquée par une bascule du vent vers l’Est qui en a surpris plus d’un, car elle n’était pas prévue sur les fichiers météo : il a donc fallu s’adapter pour profiter de cette rotation favorable, soit en lofant un peu pour se rapprocher de la route directe (Riou, Jourdain), soit en réglant les écoutes pour accélérer sensiblement (Golding, Eliès). Cet effet local n’a malheureusement pas duré et les leaders ont retrouvé quelques heures plus tard, les mêmes conditions qu’auparavant. Puis ce fut au tour du groupe poursuivant de bénéficier de cette bascule où Roland Jourdain (Veolia Environnement) put concilier vitesse et cap, ramassant au passage plus de dix milles de bonus tout en revenant sur la même route que ses prédécesseurs ! Finalement, seul Marc Guillemot (Safran) gagne une place ce lundi en dépassant à la régulière le Britannique Brian Thompson (Barhain Team Pindar). La comparaison de ces deux monocoques Imoca est intéressante dans des conditions de navigation strictement identiques, puisque le premier est l’un des plus légers de la flotte, tandis que le second est le plus lourd et le plus puissant !
Normalement à cette époque de l’année (et les Transat Jacques Vabre l’indiquent), les bateaux sont déjà sous gennaker en suivant la bordure occidentale de l’anticyclone de Sainte-Hélène. Mais cette fois la situation est bien différente puisque les hautes pressions se situent devant les étraves ! Pas d’option stratégique possible, si ce n’est un choix tactique de se rapprocher en latéral de ses concurrents ou de persévérer à gagner dans le Sud. Il semble bien que la première solution ait été retenue par les solitaires qui convergent dans le même couloir après s’être dispersés à la sortie du Pot au Noir (il y a déjà trois jours !)… A quelques dixièmes de nœud près, tous les bateaux vont à la même vitesse et suivent le même chemin : rien ne pourra changer tant que les skippers n’auront pas abordé de près le centre anticyclonique qui se positionne encore ce lundi à plus de 1 000 milles de leurs étraves. S’il ne veut pas bouger, il va falloir sérieusement se poser des questions sur la façon de le pénétrer. Et s’il se décale vers l’Ouest comme le souhaitent les solitaires, toute la flotte va progressivement obliquer vers le Sud-Est, route directe vers les Quarantièmes Rugissants qui, pour l’instant sont bien assagis…
Voix du large…
Steve White (Toe in the water), 19ème à 648 milles du leader : « J’ai franchi l’équateur ce matin à environ 3h30. Je ne me souviens pas de l’heure exacte, mais j’ai ouvert une bouteille de vin, qui m’a été offerte par Norbert Sedlacek. C’était ma première fois ! Mais je ne vais pas me couvrir de flocons d’avoine refroidis ou me frapper avec une manette de winch, ce qu’auraient souhaité certaines personnes. »
Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) 3ème à 36 milles : « Plus on descend dans le Sud, plus on se rapproche de l’anticyclone de Sainte-Hélène. La question est de gérer la position de l’anticyclone. Je n’ai quasiment pas dormi de la nuit. Le vent a basculé rapidement et j’ai dû transporter toutes les voiles de l’avant à l’arrière. Il y a des alarmes à bord pour prévenir des rotations de vent. Elles sonnent comme des klaxons de gros camions pour me réveiller. C’est très désagréable ! »
Jérémie Beyou (Delta Dore) 14ème à 421 milles : « La barre de flèche du haut que je soupçonnais atteinte, a fini par lâcher elle aussi. Il a fallu ressaisir le mât avec des drisses, entre les grains et surtout entre les cargos. Un peu chaud donc les slaloms, d’autant que je ne peux pas empanner. Ces nouvelles conditions font que je fais cap vers Recife. Il faut que j’abrite le bateau au plus vite afin d’arrêter de me faire bouger dans tous les sens par les vagues. L’objectif, c’est d’arriver avec un mât en un morceau. »
Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat), 23ème à 943 milles : « Pot au noir éprouvant, dimanche soir : après 24 heures de grains sans arrêt, il y a eu une relative stabilité dans la situation. J’en ai donc profité pour remettre en ordre le bateau, me nourrir et dormir une heure. Eh bien, je me suis écroulé pendant quatre heures ! Résultat, je dois me trouver environ 40 milles plus à l’Ouest que prévu, hors des grains mais avec du vent. La zone orageuse était tellement active que ce n’est finalement pas plus mal de s’en éloigner. »
Le mot du tour…
VMG (Velocity Made Good) : Ce paramètre indique la vitesse de rapprochement d’un bateau vers un point. En effet, un voilier ne peut pas toujours faire une route directe vers le but (en ce moment, le cap de Bonne Espérance). Ainsi, la vitesse sur l’eau de Loïck Peyron était de 15 nœuds ce lundi midi, mais son VMG n’était que de 10,5 nœuds car il progressait à environ 35° de la route directe à cause d’un vent contraire de Sud-Est…
Classement du lundi 24 novembre à 15h30 :
1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 20 555,6 milles de l’arrivée
2- Sébastien Josse (BT) à 21,8 milles du leader
3- Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 36,2 milles
4- Vincent Riou (PRB) à 51,4 milles
5- Armel Le Cléac’h (Brit’Air) à 53,1 milles
Premiers étrangers :
6- Mike Golding (Ecover 3) à 64,8 milles
11- Brian Thompson (Barhain Team Pindar) à 232,2 milles
Au premier classement du jour, Mike Golding (Ecover) ne pointe encore qu’en 6e position à moins de 2 milles d’Armel Le Cléac’h (Brit Air), toujours 5e. Mais le Britannique et son nouveau monocoque semblent apprécier cette allure de près océanique. Depuis le franchissement de l’équateur au 10e rang, il ne cesse de remonter les places une par une et pourrait apparaître dans le trio de tête dans la semaine. La nuit dernière, il progressait près d’un nœud plus vite que la plupart de ses adversaires ! Et ce matin, derrière un Loïck Peyron (Gitana Eighty) toujours aussi impérial, trois concurrents s’alignent à la même latitude : Sébastien Josse (BT), Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) et Mike Golding. Décalé le plus à l’ouest, Golding resserre son écart latéral en grappillant des milles. Pourtant son troisième Vendée Globe consécutif (3e en 2005) avait mal débuté cette année avec un départ volé, l’obligeant à revenir franchir la ligne correctement. Reparti en dernière position, celui que les Français surnomment Michel Doré (version française de Mike Golding !) a remonté en deux semaines toute la flotte. Et tant qu’il y aura du près au programme, il est probable qu’il poursuive son ascension au classement. Victime dimanche matin d’une avarie de gréement, Jérémie Beyou (Delta Dore) se dirige toujours vers Salvador de Bahia (Brésil), distant de 700 milles, dans l’espoir de pouvoir réparer seul ses barres de flèche cassées. Progressant à vitesse réduite pour ne pas risquer de briser son mât, Beyou devrait atteindre la Baie de Tous les Saints entre jeudi et vendredi prochain. Il reste en course tant qu’il ne reçoit pas d’assistance extérieure.
Derrière, il ne reste que huit concurrents dans l’hémisphère Nord. Le prochain à franchir l’équateur aujourd’hui sera le Basque Unai Basurko (Pakea Bizkaia), actuellement 18e.
Classement à 5h00 :
1- Loïck Peyron (Gitana Eigthy) à 20 686 milles
2- Sébastien Josse (BT) à 29,6 milles du premier
3- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 40,2 milles
« C´était comme un pot au noir avant l´heure » confiait cet après-midi Christian Dumard ancien navigateur qui fait partie de l´équipe de routage de ce tour du monde en solitaire et en multicoque. Si le passage des Iles du Cap-Vert s´est déroulé comme prévu, c´est à dire facilement avec une navigation entre les îles sans jamais être déventé, la suite a été surprenante.
Thomas Coville a en effet rapidement rencontré une zone de grains imprévue caractérisée par des amas de nuages très actifs. « Le vent passait de 5 à 28 noeuds oscillant en direction jusqu´à 90 degrés à tel point que le bateau s´est retrouvé bout au vent ! » confiait Christian Dumard. « Cette zone a littéralement tué ponctuellement l´alizé qui offrait à Thomas une descente tranquille sous gennaker » renchérissait Thierry Douillard fin régatier et « performer » au sein de la cellule routage pour le tour du monde.
La conséquence de ces quelques heures perturbées ? Une cinquième journée moins parfaite que les autres. Dimanche soir, Sodeb’o avait 117 milles de retard sur la route d’IDEC. Parti mardi dernier de Brest, Thomas a parcouru la bagatelle de plus 2300 milles en 5 jours soit un peu plus de 450 milles par jour. Les 48 heures à venir sont annoncées perturbées mais avec des grains sans doute moins violents. Le « vrai » pot au noir, installé entre 5 et 7 degrés Nord, n´est aujourd´hui pas très marqué et les conditions devraient permettre au maxi trimaran Sodeb´O d´arriver comme prévu, mardi à l´Equateur.
C’est à 9h12 dimanche matin que Jérémie Beyou a téléphoné à la Direction de Course pour lui faire part de son avarie. Au lever du jour, vers 8h00 (HF), il a constaté que son gréement sous le vent (sur tribord) n’était plus solidaire du mât, l’empêchant de virer de bord ou d’empanner. Le skipper n’est pas en danger et fait route à allure réduite vers la terre la plus proche, le Brésil. Il se dirige actuellement vers la ville de Recife distante de 430 milles (cap au 240°) qu’il pourrait atteindre en 2 à 3 jours de navigation.
Il n’y a pas eu de choc pouvant expliquer cette avarie. Seules les secousses répétées dans une mer formée semblent à l’origine de cette désolidarisation du gréement avec le mât. Le règlement du Vendée Globe n’autorise l’assistance extérieur qu’au port de départ, Les Sables d’Olonne. Ensuite, chaque concurrent doit réparer par lui-même sans faire escale s’il veut rester en course. Delta Dore ne peut donc pas s’amarrer dans un port, mais peut mouiller à l’abri d’une côte. Ce qu’avait réalisé Yves Parlier lors du Vendée Globe 2000-2001 en réparant seul son mât dans un mouillage d’une île néo-zélandaise.
Aucun virement de bord. Aucun changement de voiles. Depuis deux jours et pour les trois ou quatre prochains, la vie à bord se résume à régler au millimètre les monocoques 60 pieds et à vivre penché dans une maison secouée par une mer agitée. Après un début de course marqué par un sacré coup de vent dans le Gascogne et une descente saccadée jusqu’à l’équateur, il serait naturel de vouloir souffler un peu avant d’attaquer le Grand Sud dans une dizaine de jours. Pourtant, ce n’est pas le moment de s’endormir sur ses lauriers. Car d’autres n’attendent pas. S’il n’y a pas de coup tactique possible ni de gros écarts à espérer, cette descente de l’Atlantique Sud exige néanmoins une concentration maximale pour ne pas laisser l’inamovible leader Loïck Peyron (Gitana Eighty) se faire la belle. Mille après mille, celui qui mène la flotte depuis plus de 10 jours creuse subrepticement son avance. Tenir le rythme du leader suppose donc une attention permanente. Car si les dix premiers se maintiennent toujours en moins de 100 milles, sept des neuf poursuivants de Loïck Peyron accusent entre 51 et 94 milles de retard. Quant à la stratégie, elle sera conditionnée dans les prochains jours par une zone de transition à négocier au large de Bahia. Ça va encore fumer dans les neurones des marins solitaires pour trouver une échappatoire à ce casse-tête météo.
15 marins la tête en bas Michel Desjoyeaux (Foncia), 15e ce matin, s’apprêtait à couper la ligne virtuelle de l’équateur au pointage de 5h00. Le pot-au-noir, plutôt clément avec la première moitié de la flotte, semble moins généreux avec les retardataires. Jonny Malbon (Artemis), Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) et Rich Wilson (Great American III) peinaient cette nuit à progresser entre 3 et 6 nœuds dans la zone de convergence intertropicale.
Classement à 5h00 :
1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 20924 milles de l’arrivée
2- Sébastien Josse (BT) à 25,8 milles du premier
3- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 39,9 milles
Ce n’est pas très important, mais si cela continue à ce rythme comme en ce début de week-end, il va y avoir du doute dans l’air ! Car maintenant que les dix leaders ont franchi l’équateur, les conditions météorologiques sont stables : constater que Loïck Peyron (Gitana Eighty) arrive à gratter encore trois milles par jour sur ses deux dauphins, Sébastien Josse (BT) et Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) et jusqu’à vingt milles sur Jean Le Cam (VM Matériaux) et Jérémie Beyou (Delta Dore), n’est pas de bon augure ! Surtout que les vents de Sud-Est qui soufflent désormais sur la tête de la flotte sont au programme pendant quelques jours… Quatre ou cinq au moins, voire plus. Car l’anticyclone de Sainte Hélène a des velléités vacancières du côté du Brésil, loin, très loin de sa position habituelle au Sud du golfe de Guinée. En conséquence, les leaders vont devoir faire du près dans une mer assez hachée au moins jusqu’à la latitude de Salvador de Bahia, soit plus de 1 200 milles !
Vitesse pure Deux facteurs vont donc jouer sur le différentiel de vitesse dans ce " club des dix " : le bateau avec son concept architectural et son optimisation ; le skipper avec sa présence sur le pont pour affiner les réglages. Or les quatre premiers sont tous des plans de l’architecte néo-zélandais Bruce Farr ! Le Baulois a l’art de mettre la pression sur ses concurrents en marquant son ascendant par touches homéopathiques : il l’avait déjà fait lors de la descente dans les alizés canariens, il recommence dans les alizés de Sainte-Hélène… Il est probable que le vent est un peu moins établi pour le groupe suivant comprenant Dominique Wavre (Temenos II), Brian Thompson (Bahrain Team Pindar), Samantha Davies (Roxy) et Marc Guillemot (Safran) : ils ont passé l’équateur qu’en milieu d’après-midi. Mais d’ors et déjà, il va falloir surveiller le plan Juan Kouyoumdjian du Britannique : très puissant, très lourd et très toilé, ce monocoque est attendu au tournant car ce sont les conditions idéales pour qu’il s’exprime et à première vue, il grappille déjà presque un nœud sur ses plus proches concurrents !
Changement de Pot Michel Desjoyeaux (Foncia) peut souffler : il a passé le Pot au Noir la nuit dernière avec quelques grains mais peu de ralentissement alors que celui-ci est en train de gonfler, de se reformer et même de se refermer sur Steve White (Toe in the water)… Sans parler des plus " extrémistes " qui ont voulu " couper le fromage " en cherchant un passage sur le 23° Ouest, trop près des côtes africaines ! Le Basque Unai Basurko (Pakea Bizkaia) en fait les frais avec une des plus faibles progressions vers le but de toute la flotte : cette situation pourrait lui coûter cher, tout comme au Britannique Jonny Malbon (Artemis) qui voit revenir dans son tableau arrière, l’Américain Rich Wilson (Great American III) et Raphaël Dinelli (Fondation Ocean Vital) qui a pourtant perdu son gennaker.
Vu de l’arrière Jean-Baptiste Dejeanty (Maisonneuve) est toujours le plus rapide de la flotte avec une moyenne journalière de plus de treize nœuds : le benjamin du Vendée Globe a ainsi pu rattraper une grande partie du terrain perdu lors de son deuxième départ, quand le golfe de Gascogne a été très mou… Il n’est plus qu’à 1 660 milles du leader. Tout comme Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) qui est sorti de l’archipel du Cap Vert la nuit dernière : avec plus de dix nœuds de moyenne sur la route, le Suisse a pu repasser sous la barre des 900 milles en écart par rapport au premier. Bonne pioche !
Voix du large…
Loïck Peyron (Gitana Eighty) 1er : « Je peux vous dire que ce n’est pas de la croisière ! Les bateaux sont menés à 100% de leur capacité. Des petits plaisirs ? Aller vérifier sur le pont du bateau en tenue d’Adam. L’air est chaud, l’eau doit être à plus de 20 degrés, c’est très agréable. »
Raphaël Dinelli (Fondation Ocean Vital) 22ème à 617 milles : « Je suis en train de tricoter, en approche du Pot au Noir. J’ai un petit vent de Nord-Est, avec une houle un peu croisée, je suis sous les grains : tout à l’heure, j’ai vu des éclairs. Donc, cela demande d’être sur le pont quasiment en permanence. Il y a de l’animation ! »
Michel Desjoyeaux (Foncia) 15ème à 363 milles : « Après un petit ralentissement dans le Pot au Noir la nuit dernière : la transition vers les vents de Sud-Est a été immédiate ! Et hop, je ne me suis pas embêté, j’ai tout de suite mis la trinquette. Par contre, pour la suite, on ne va pas faire le grand tour de la paroisse (de l’anticyclone de Ste Hélène, ndlr). On va avoir du près et encore du près, ça ne sera ni très marrant, ni très rapide… »
Jérémie Beyou (Delta Dore) 9ème à 91 milles : « Je dormais pendant mon passage de l’équateur, donc pas de rituels ni d’offrandes. Je ne suis pas comme Francis Joyon qui relève ses dérives au passage de la fameuse ‘ligne’. Pourquoi Loïck Peyron va si bien ? Il sait faire avancer vite son bateau. Et dans tous ses choix, il a été un peu plus extrême que nous… »
Les 5 premiers au pointage de 16h00 1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 20562,9 milles de l’arrivée 2- Sébastien Josse (BT) à 24,4 milles du leader 3- Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 38,7 milles 4- Vincent Riou (PRB) à 48,5 milles 5- Armel Le Cléac’h (Brit’Air) à 52,5 milles
Les premiers étrangers 7- Mike Golding (Ecover 3) à 75,3 milles 11- Dominique Wavre (Temenos II) à 200,6 milles 12- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 206,4 milles
Les traditions se perdent ! Peu de marins joints aujourd’hui à la vacation n’ont prévu de fêter dignement le passage de l’équateur la nuit prochaine. Quasiment pas la moindre offrande à Neptune qui, pourtant, leur a concocté un pot-au-noir des plus complaisants. Un ersatz de pot même, sans orages ni grains à 40 nœuds. Une version allégée que les premiers ont traversé comme des fleurs. Et selon certains, le plus facile pot-au-noir qu’ils aient connu ! Finalement, le groupe de tête a plus été ralenti dans son approche de la zone de convergence, lorsque l’alizé était faible, que dans la traversée elle-même de cette zone redoutée. Pour les retardataires aussi le pot-au-noir semble des plus cléments. Mais méfiance. D’humeur ombrageuse, Neptune pourrait se vexer de l’ingratitude des premiers et se venger sur les suivants.
Statu quo en tête
Grâce à cette traversée express, le classement n’a pas été chamboulé. L’inamovible Loïck Peyron (Gitana Eighty) mène la flotte depuis maintenant neuf jours, avec Sébastien Josse (BT) toujours collé dans son sillage. Plutôt discret jusque-là, le vainqueur du dernier Vendée Globe se hisse sur le podium provisoire. Vincent Riou (PRB) profite d’une position décalée dans l’est par rapport à ses adversaires directs pour grappiller quelques places. Tout ce petit monde navigue désormais penché, au près bâbord amures dans une mer désordonnée. Le top 10 de ce Vendée Globe, toujours aussi groupé en 75 milles, a changé de garde-robe, rangé les spis et ressorti les génois ou trinquettes. Au menu des prochains jours, du près et encore du près. Et en l’absence d’un anticyclone de Sainte-Hélène bien établi, les options stratégiques vont de nouveau fleurir au large du Brésil.
Gasoil ou baignade
Au registre des petites avaries du quotidien, Jean Le Cam (VM Matériaux) a déploré une fuite de gasoil au fond de son bateau, l’obligeant à éponger les 30 litres nauséabonds qui se baladaient dans la cale moteur. De son côté, Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) a perdu quelques milles en accrochant un filet de pêche dans sa quille. Comme à son habitude, Jean-Pierre n’a pas traîné longtemps avant d’affaler les voiles et plonger sous la coque de son navire un couteau à la main. Enfin une tradition qui ne se perd pas…
Meilleure progression
Attribuée pour la deuxième journée consécutive au dernier de la flotte, Jean-Baptiste Dejeanty, qui a parcouru 340 milles en 24h. Le skipper de Groupe Maisonneuve, au large des Canaries, avait repris la mer une semaine après le départ pour réparer son monocoque fissuré au pont.
Voix du large…
Roland Jourdain (Veolia Environnement) : « Je suis plutôt content de mon coup à l’ouest. Dans le pot au noir, je n’ai pas eu de grosse molle, pas de pluie ni de nuages à négocier. Maintenant, le vent est monté et la situation n’est pas très confort. Ça tape dans la houle, le vent est irrégulier, entre 14 et 20 nœuds. Je marche à 10,5 nœuds… vivement que ça débride un peu ! »
Armel Le Cléac’h (Brit Air) : « Nous sommes à nouveau entrés dans un monde qui penche. J’ai réglé ma bannette pour pouvoir dormir par 20 degrés de gîte ! Je suis content d’avoir retrouvé les alizés de sud. Il y a encore de gros nuages, mais on sent qu’on se rapproche de l’équateur. On devrait le franchir cette nuit. J’ai mis le champagne au frais… enfin, il est plutôt au chaud. »
Vincent Riou (PRB) : « Le bateau tape plus qu’il ne glisse. On est au près serré dans 15 à 20 nœuds et ça risque d’être comme ça pendant de nombreux jours. Il faudra s’habituer à faire du près et du reaching. Sinon, pour le passage de l’équateur, je n’ai rien prévu de spécial. J’ai arrêté de boire un coup tout seul dans mon coin parce que c’est un peu glauque… Je réserve ça à plus tard en bonne compagnie. »
Yann Eliès (Generali) : « Ça y est, on a dépassé la bête et je suis passé du spi au génois. En fait, à part l’approche qui a été langoureuse, on a eu du vent quasiment sans interruption. Il n’y a pas eu d’entourloupe, pas de gros grain, pas de surprise, ça a été super franc. C’est la première fois que je passe le pot au noir aussi rapidement (…). Pour le passage de l’équateur, je n’ai pas trouvé grand-chose dans mon sac de bouffe de la semaine N°2. J’ai déjà mangé le meilleur : la blanquette ! »
Jean le Cam (VM Matériaux) : « J’ai passé la nuit les mains dans le gasoil, à cause d’une fuite dans le tuyau qui permet de remplir le réservoir journalier. Je me suis retrouvé avec 30 litres dans les fonds. J’étais là, avec mon éponge, ma bouteille en plastique coupée en deux et mon seau et puis j’ai refait l’opération dans l’autre sens pour en récupérer le maximum. C’est terrible, l’odeur est insupportable. Bref, à chaque jour suffit sa peine. »
Le mot du tour…
Génois, Solent, trinquette : ce sont les voiles d’avant qui permettent de remonter au vent. Le génois est la plus grande des voiles de près. Solent et trinquette sont deux appellations qui désignent sensiblement le même type de voile, plus petite qu’un génois et utilisée pour une plage de vent supérieure.
Les 5 premiers au pointage de 16h00
1- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 20796 milles de l’arrivée
2- Sébastien Josse (BT) à 19,6 milles du premier
3- Vincent Riou (PRB) à 33,1 milles
4- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 34,6 milles
5- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 42,5 milles
Les premiers étrangers
10- Mike Golding (Ecover) à 75,8 milles
11- Dominique Wavre (Temenos II) à 170,8 milles
12- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 180,4 milles
Le skipper de Sodeb´O a du se réadapter au quotidien très particulier de la navigation en solitaire en multicoque : s´habituer aux mouvements du bateau, à sa vitesse, aux bruits et retrouver cette dépense physique permanente combinée à un stress lancinent. “C’est parti très vite ! J´ai mis du temps à entrer dans le rythme après le départ. Les premières nuits ont été difficiles dans le golfe de Gascogne. Je n´arrivais pas à me dire « ça y´est, on est parti pour le tour du monde ». C´était un sentiment étrange, j´étais préoccupé par le trafic et l´état de la mer, avec l´angoisse d´abîmer le bateau. Mais je n´ai aucun souci technique et tout s´enchaîne parfaitement. Quand ça va si vite et que tout se passe si bien, on aborde les choses très sereinement ».
Ca s´emballe dans les grains
Après un recalage dans l’Ouest avec trois empannages dans les deux premiers jours, Thomas plonge désormais vers le Sud à plus de 25 nœuds. « C’est de la glisse pure dans une atmosphère où la température ambiante croit régulièrement sous des nuages gris, très bas. Beaucoup de grains depuis hier soir avec des rafales allant jusqu’à plus de 35 nœuds ». Sodeb´O navigue actuellement sous grand gennaker avec grand voile haute, le maximum de voilure qu´il peut porter, soit 620 m2 de toile.
« Ca va vite et les conditions sont très exigeantes. La moindre erreur est fatale et ma vigilance doit être sans faille. Je ne me suis pas fait de frayeur et je reste bien en phase avec le bateau et la météo » explique Thomas qui a réussi à fermer l’œil six heures en trois jours. « C´est le sommeil qui m´a le plus manqué depuis le début et je commence tout juste à m´occuper de moi. » confie le skipper sans oublier que son défi n´est pas uniquement technique mais qu´il doit humainement tenir cette cadence pendant près de deux mois.
Combien de milles aujourd´hui ?
Le rythme n´est pas très tendre pour le marin mais c´est bien celui à tenir pour rivaliser avec la performance de Francis Joyon qui sur cette partie du parcours, avait vraiment mené sa « fusée » IDEC pied au plancher et explosé les compteurs avec un temps de 6 jours, 16 heures et 58 minutes à l´Equateur. Aujourd´hui vendredi, Sodeb´O possède 88 milles d´avance sur le détenteur mais plutôt que de rester focalisé sur les performances de Francis, Thomas a préféré se donner tous les soirs avec son équipe, un objectif de milles à parcourir le lendemain et pour l´instant, contrat rempli ! « Une manière de prendre les choses comme elles viennent et de me concentrer sur la marche de mon bateau avant tout. »
Les routeurs de Sodeb´O observent toujours cette petite dépression au niveau du Cap Vert. Le vent et la cadence devraient mollir sans que cela soit pour autant très inquiétant.