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Desjoyeaux talonne le leader Dick !

FONCIA MICHEL DESJOYEAUX
DR

Le démâtage de Loïck Peyron (Gitana Eighty) mercredi n´a pas franchement refroidi les ardeurs des leaders ! Le rythme est toujours aussi soutenu, même s´il faut constater que les « pulsions » à plus de vingt nœuds ne sont plus affichées au compteur. Mais tout de même, avec une belle brise portante de secteur Ouest et une mer encore maniable, Michel Desjoyeaux (Foncia) qui s´octroie la place de dauphin, Roland Jourdain (Veolia Environnement) Mike Golding (Ecover 3) et Sébastien Josse (BT) mènent un train d´enfer pour rester au contact avant le passage capital de l´archipel des Kerguelen. Un atterrissage prévu en pleine nuit, même si celle-ci reste brève par 52° Sud… La flotte va donc converger dans cet entonnoir, ce qui va permettre de valider une hiérarchie qui commence à se stabiliser, seulement après 32 jours de course ! Mais avec des écarts qui sont encore infimes au regard des 15 600 milles restant à faire, il est loin le temps des Vendée Globe où seuls trois ou quatre prétendants étaient encore en situation de pouvoir prétendre à une place sur le podium final…

Une recette épicée au menu

Le goulash est certes un plat hongrois, mais sa caractéristique tient dans son mélange d´épices et de saveurs contrastées ! C´est dans cette sauce que les solitaires vont être « mangés » aux abords de l´archipel des Kerguelen par une mixture particulièrement assaisonnée de mers, de vagues, de houles, de vents, de rafales, de pluies, de grêlons, de neige, d´écumes et d´embruns… Deux phénomènes se combinent : d´abord une bascule franche de la brise entre le secteur Ouest à Sud-Ouest de ce jeudi matin, et le ciel de traîne de cette soirée avec du Nord-Ouest dense et puissant : trente nœuds fichiers, c´est-à-dire jusqu´à 45 nœuds et plus sous les bourrasques de cumulonimbus ! Et une mer qui se désordonne, poussée par ce flux associé à une dépression australe qui va passer cette nuit sur les Kerguelen.

Les leaders vont donc arriver en approche du plateau continental juste après le moment où le front froid va passer sur eux, imposant une manœuvre particulièrement délicate à réaliser : un changement d´amure. Certains vont peut-être tenter l´empannage mais même sous voilure réduite (deux ou trois ris dans la grand voile, trinquette ou foc de brise à l´avant), le risque est grand de partir en vrac, de casser des lattes, d´emmêler une écoute… L´autre solution consiste à virer de bord, mais face à une mer aussi chaotique, le challenge est grand pour ne pas se retrouver en marche arrière, refoulé par une vague trop abrupte. Et une fois passer sur l´autre bord, il faut remettre en route en affinant la trajectoire pour composer avec des déferlantes qui bousculent l´étrave (et sollicitent le pilote), et avec le cap qui permet de tirer tout droit dans le Sud de l´archipel et ses dangers. La nuit à venir devrait être extrêmement stressante en solitaire par 51° Sud et 5°C…

Voix du large…

Roland Jourdain (Veolia Environnement) 3ème à 31,3 milles du leader : « Au sujet du classement : la folie continue. C´est exactement pour ça qu´on est là. C´est super ! C´est étonnant le mélange entre les classements. Je sors un empannage, tu te poses des questions… Mais tu te rends compte que les autres ont le même problème. Il n´y a pas de grosses options. »

Derek Hatfield (Algimouss-Spirit of Canada) 22ème à 1972,2 milles : « Conditions horribles pendant les dernières 18h. Rafales à 40 nœuds. Je me suis fait surprendre avec trop de toile. Longue bataille pendant la nuit. J´ai besoin de dormir, c´est sûr. Je n´ai pas les idées claires. Vent passé à 25/26 nœuds mais la mer n´est pas mieux. Bateau à 25 nœuds à ce moment. »

Marc Guillemot (Safran) 10ème à 217,4 milles : « Je devrais réduire l´écart avec les autres concurrents, entre le Nord et les Kerguelen. J´ai certes perdu du temps, mais les deltas se réduisent. Il ne faut surtout pas baisser les bras pour saisir les opportunités et rester au taquet. On peut toujours rater des choses, comme des systèmes météo, et ne jamais rattraper les autres. »

Rich Wilson (Great American III) 20ème à 1447,5 milles : « J´ai fait un surf à 22 nœuds, plutôt rapide pour ce bateau et pour moi aussi. Le boat plonge dans les vagues, je dois faire attention. C´est gris et beaucoup de vent. Mer cassante. J´essaie de faire attention pendant les manœuvres. Assez malmené physiquement… »

Vincent Riou (PRB) 7ème à 125,4 milles : « Il y a encore les 2/3 du trajet à faire. Il faut rester vigilant sur matériel, les voiles et la coque afin de garder toutes ses chances pour la suite. Il faut finir la course. On savait qu´il y aurait de la casse, même au niveau des mâts. C´est statistique : 30-40% des bateaux n´arrivent pas. Il y aura des accidents comme ceux des dernières 24h. Et puis le niveau est élevé. Chacun fait comme il le sent. Certains avancent vite, d´autres non, c´est un pari sur l´avenir. »

Arnaud Boissières (Akena Vérandas) 17ème à 852,6 milles : « Les espaces sont impressionnants. Le spectacle est merveilleux ! La mer est en train de grossir. Il y a des oiseaux à côté du bateau. Un albatros m´a suivi pendant 4-5 jours, et on s´est parlé. C´est un échange magique avec ce genre d´oiseau, mais il est reparti. Plusieurs fois j´étais à 20 nœuds et il me suivait l´air de rien… »

Classement du 11 décembre à 16h00 : 
1- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 15 609,8 milles de l´arrivée
2- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 31 milles du leader
3- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 31,3 milles
4- Mike Golding (Ecover 3) à 33,5 milles
5- Sébastien Josse (BT) à 48,7 milles

Séléction internationale : 
11- Dominique Wavre (Temenos II) à 245,8 milles
12- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) 558,3 milles
14- Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 584,2 milles

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Sébastien Col : “une année riche!”

Sébastien Col équipage 2008
DR

Objectifs atteints en 2008

Sébastien Col : « Sur le circuit mondial de match racing, après une saison 2007 marquée par l’America´s Cup avec Areva Challenge et la Transat Jacques Vabre avec Groupe Bel et Kito de Pavant, nous avions deux objectifs : construire un groupe fort pour 2009, et enrichir une expérience commune avec des équipiers ayant un profil America´s Cup.Personnellement, et toujours avec l’America´s Cup en tête, je voulais également participer à des circuits de bateaux de “jauge” type GP42 (Roma) et TP52 (Mutua Madrilena), et également continuer à régater contre des top skippers comme Coutts, Spithill, Barker, etc, ce que j’ai pu faire en RC44 avec team Hiroshi.Ce qui est très satisfaisant, c’est d’avoir atteint ces objectifs. »

Vice-Champion du Monde de Match Race

Sébastien Col : « Lors des onze épreuves de match racing auxquelles nous avons participé, nous en avons remportées trois, 14 équipiers se sont succédés à bord, et nous avons réussi à être performants jusqu’à pouvoir atteindre un titre de Vice-Champion du Monde.Cela n’aurait pas été possible sans avoir deux personnes clefs avec moi : Christophe André et Gilles Favennec. Ils ont fait un travail incroyable à chaque épreuve en donnant le meilleur d’eux-mêmes, le temps que les nouvelles personnes qui nous rejoignaient s’adaptent à notre fonctionnement. J’aimerais d´ailleurs citer toutes les personnes qui sont passées à bord et qui ont pris part à notre résultat final du championnat du monde. Ils ont tous apporté beaucoup à l’équipe et j’ai appris énormément de choses différentes à leur contact :

Devan Le Bihan (Piano), Olivier Douillard (Régleur), Philippe Mourniac (Tacticien), François Verdier (N°1), Sébastien Destremau (Tacticien), Thierry Fouchier (Régleur), Erwan Israël (Tacticien), Fred Guilmin (Tacticien), Christian Scherrer (Régleur), Teva Plichart (Tacticien), Thierry Douillard (Régleur), Gilles Favennec (Piano/régleur), Christophe André (N°1), Pascal Rambeau (Tacticien). J’aurais aimé leur offrir le titre mondial, mais malheureusement l’épreuve finale en Malaisie ne s’est pas passée comme prévu.Nous finissons quand même Vice-Champion du Monde, et devrions revenir à la première place du classement mondial ISAF.

Mon équipe de match racing 2009 est définie et elle sera constituée de 6 personnes toutes issues du groupe 2008. »

Préparation intense avec K-Challenge

Sébastien Col : « Une autre satisfaction est celle d’avoir réuni un groupe performant pour les Louis Vuitton Pacific Series à Auckland avec K-Challenge (l´équipe sera d´ailleurs annoncée la semaine prochaine).

Dans cet équipage, nous retrouverons 7 personnes qui ont pris part au circuit de match racing 2008 avec moi, et qui plus est, ont remporté au moins une épreuve du circuit. Dans ce bilan 2008, il ne faut pas oublier le travail fait avec cette équipe de K-Challenge en vue de préparer la prochaine America´s Cup. Que ce soit dans le design avec Dimitri Nicolopoulos et son design team, ou dans la stratégie et la prospection avec Stéphane Kandler et dans la communication avec Stéphanie, j’aurais énormément appris et diversifié mes compétences.

Et maintenant?

La saison 2009 va repartir dès janvier au plus haut niveau avec les Louis Vuitton Pacific Series, donc pour le moment je suis sur la récupération et l’analyse en profondeur de cette saison. »

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Les Kerguelen en point de mire

Mike Golding - Ecover 3
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Tous ont maintenant le passage de l’archipel des Kerguelen en ligne de mire… Et bon an, mal an, tous semblent avoir choisi de laisser les îles et leur plateau dans le sud. Entre le petit coup de mou enregistré hier qui n’affectait pas seulement la vitesse des bateaux et le repositionnement stratégique, les écarts se sont à nouveau resserrés puisqu’ils sont à nouveau huit à se tenir en moins de cent milles. En tête, Jean-Pierre Dick continue d’imprimer la cadence quand Sébastien Josse revient à moins de 10 milles. Au tiers de la course, c’est un écart d’environ 40 minutes qui sépare les deux premiers de la flotte. La prédiction de Michel Desjoyeaux (Foncia) qui envisageait une arrivée à vue en rade des Sables d’Olonne serait-elle en passe d’être réalisée ?

Porte étroite
Devant la flotte se profile maintenant le passage de l’archipel des Kerguelen. Les îles de la Désolation sont un des derniers obstacles tangibles avant le Horn. Si leur relief n’est pas toujours de nature à provoquer des dévents aussi puissants que certains archipels comme les Canaries, les hauts-fonds qui les bordent incitent les navigateurs à prendre un large tour. En effet, pour éviter de rencontrer une mer cassante, il faut accepter de passer à plus de 150 milles au nord et de 60 milles au sud. On imagine facilement que la route du nord, sauf circonstances météorologiques exceptionnelles, est quasiment interdite aux solitaires du Vendée Globe. Le passage entre l’archipel et l’île Heard située environ 230 milles dans le sud sera un bon moyen de faire un premier bilan, d’autant que les écarts en latitude seront faibles. Plus que les distances, les temps de passage seront un premier révélateur d’une hiérarchie qui risque encore d’être bousculée avant la sortie du Pacifique. Il restera alors près de deux mois de mer pour dessiner le portrait du futur vainqueur de cette édition 2008. Si l’on considère la barre des 700 milles comme une limite absolue, ils sont encore quinze à pouvoir prêcher la bonne parole… En 2004, Mike Golding postulant au podium à moins de vingt-quatre heures du leader, avait encore plus de 700 milles de retard au passage de l’archipel. Bernard Stamm, pointé aujourd’hui à 534 milles de la tête de course, a mathématiquement le droit de rêver…

Classement à 5h :
1- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 16161,3 milles de l’arrivée
2- Sébastien Josse (BT) à 8,8 milles du premier 
3- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 21,9 milles du premier
4- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 28,1 milles du premier
5- Mike Golding (Ecover) à 50,1 milles du premier

Sélection internationale 
12- Dominique Wavre (Temenos II) à 231,1 milles du premier
13- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 501,5 milles du premier
14- Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 534,7 milles du premier

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Gitana Eighty démâte, Loïck Peyron est sain et sauf

Gitana 80 Peyron start VG
DR

Actuellement par 49°36 Sud et 52°47 Est, le monocoque armé par le Baron Benjamin de Rothschild progresse à allure réduite. Loïck Peyron, en collaboration avec son équipe à terre, réfléchit à la démarche à suivre. Car si la bôme restante devrait lui permettre de réaliser un gréement de fortune, la direction à prendre pour rallier un port reste encore à déterminer. 

Dans des déclarations succinctes, Loïck Peyron est revenu rapidement sur les circonstances de son démâtage : « Il y avait 30 nœuds de vent et Gitana Eighty était sous un ris dans la grand voile et le Solent à l’avant. Il n’y avait pas de raison de se faire mal et tout allait très bien à bord quand le mât est tombé brutalement sans aucun signe avant-coureur. J’étais à l’intérieur quand j’ai entendu un énorme bruit. En sortant sur le pont, j’ai constaté qu’il n’y avait plus de mât. Il me reste la bôme et nous réfléchissons actuellement sur la suite des opérations.»

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Loïck Peyron : « j´ai entendu un grand bruit »…

Portrait Loick Peyron
DR

Il y avait 30 nœuds de vent et Gitana Eighty était sous un ris et solent quand l’incident s’est produit.« Je n´ai aucune idée de ce qui s´est passé. J´étais à l´intérieur et tout allait bien, ça commençait à glisser propre.. et puis un grand bruit… une sensation aussi violente.. je savais que c´était le mât. Je suis monté aussitôt et j´ai vu le mât en plusieurs morceaux, la bôme sur le pont, les voiles à l´eau… un grand classique du démâtage – ce n´est pas la première fois que je démâte malheureusement – et puis voilà c´est tout, c´est tout simple et rapide, ça fait un peu mal mais c´est comme ça. » Au beau milieu de l´Océan Indien, Loïck Peyron en a donc hélas terminé avec ses rêves de victoire dans ce Vendée Globe, alors qu´il avait animé et longtemps mené ce premier mois de course et qu´il était 3e au moment du démâtage. Heureusement sain et sauf, le skipper de Gitana Eighty a aussitôt entrepris de larguer ce qui pouvait l´être.

En effet, « le plus dangereux n´est pas le moment du démâtage, c´est après. J´ai mis une heure et demie pour larguer tout le gréement, le pont est couvert d´éclats de carbone dans tous les coins, tout est noir un peu partout avec des morceaux du mât qui pilonnaient sur la coque et le pont, le tout avec le bateau en travers de la lame. J´ai coupé les voiles, récupéré les drisses et puis voilà…il faut tout couper, les haubans, les drisses, dans l´ordre et sans oublier la moindre ficelle. J´ai essayé de garder le maximum c´est à dire pas grand chose » Loïck n´a pas pu récupérer beaucoup de voiles. Il détaille : « il me reste juste la bôme, la partie basse de la grand voile à un ris et un ORC car toutes les autres voiles étaient là haut ».

Trois destinations possibles

Et maintenant ? La situation n´est pas simple, même si « la coque est intacte, il n´y a pas de problèmes structurel ni de voie d´eau». Gitana 80 a en gros trois possibilités, toutes forcément lointaines : l´Afrique du Sud (Cape Town) à 1600 milles, la Réunion (ou Madagascar) à 1600 milles aussi ou bien l´Australie, à 3000 milles mais dans le bon sens par rapport aux vents dominants. « J´aimerais bien peut-être faire route nord, une dépression que je surveille pourrait m´y aider. C´est ou bien l´Australie ou bien un moyen de remorquage à moins de 1000 milles d´une côte » pour les deux autres possibilités. Le sentiment qui domine ? « je suis surtout désolé pour toute l´équipe du Gitana Team, pour le groupe LCF Rotschild, pour Benjamin de Rotschild… la déception est collégiale »

Loïck Peyron a conclu la vacation spéciale en expliquant qu´il allait tenter d´établir un moment de fortune avant la nuit, puis qu´il allait étudier plus en détail la météo pour décider de sa route. Le marin baulois a même voulu donner une preuve de son bon moral en lançant en guise de conclusion: « allez je vais vous laisser les enfants, au boulot… y´a plus malheureux… »

L´abandon de Gitana 80 est le 7e depuis le départ des Sables d´Olonne. Il reste 23 solitaires en course.

BM

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Incroyable duel entre Dick et Josse en tête

BT - Sébastien Josse / VG
DR

Troisième ce mercredi midi à une quinzaine de milles du leader, Loïck Peyron (Gitana Eighty) a donc signalé à la Direction de Course qu´il avait démâté vers 14h00 (heure française). Le solitaire naviguait alors sous un ris dans la grand voile et foc solent, poussé par une trentaine de nœuds de vent, et se trouvait à l´intérieur de son habitacle quand il a constaté que le mât s´était cassé. Le skipper n´a donc pas été touché et est donc en parfaite santé. La cause de cette avarie n´est pas encore connue, mais le Baulois indiquait qu´il avait conservé sa bôme et réfléchissait à une destination sous gréement de fortune. (lire nos deux articles précédents)

Direction Sud Kerguelen


Côté course, Sébastien Josse (BT) n´a pas repris très longtemps le commandement : après avoir mené quelques minutes vers la mi-journée, le Niçois a de nouveau laissé la tête de la flotte à Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2). Le rythme s´est en effet accéléré une nouvelle fois avec une belle brise d´une trentaine de nœuds de secteur Ouest à Sud-Ouest et certains solitaires atteignaient des vitesses moyennes sur une heure de plus de vingt nœuds ! L´annonce du démâtage de Loïck Peyron devrait toutefois calmer un peu les ardeurs des skippers… Mais en tout état de cause, la route par le Sud de Kerguelen est confirmée au vu des trajectoires des dix premiers, qui se tiennent dorénavant en moins de 200 milles.

Les voix du large…

Michel Desjoyeaux (Foncia) 5ème à 38,6 milles : « Je reste raisonnable sur la vitesse : tout se passe bien, mais il faudra gérer la transition qui vient. Il y a quelques manoeuvres à faire en fonction des allures de voile. Je suis peinard, il fait moins froid car je suis dans le tiers Nord de la flotte, l’eau est à 10 degrés. Ce matin, j’ai eu deux minutes trente de soleil et de ciel bleu : j’ai pu voir de l’eau bleue, ce qui est vraiment sympa. »

Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) 1er « J’ai fait un choix de voile malheureux, et en plus le vent est revenu par derrière : ça n’a pas donné un super résultat. Maintenant les choses sont reparties, il faut penser au futur, je suis encore dans le paquet de tête. J’étais impressionné l’autre jour par les conditions météo et dans ces contrées loin de tout, il faut y aller à la prudence. L’eau est à 4-6° C, c’est la zone de méfiance pour les growlers… »

Samantha Davies (Roxy) 14ème à 593,7 milles : « Ici la mer est impossible à décrire : il faut faire l’expérience, c’est un plaisir d’être là… Je suis super heureuse, j’ai surtout énormément de chance d’avoir pu venir à ce Vendée Globe : c’est un truc que je vais garder toute ma vie. J’ai vraiment envie de revenir dans quatre ans, j’espère que j’arriverai à transmettre un peu tout ça. »

Jonny Malbon (Artemis) 18ème à 1122 milles : « Je m’arrache les cheveux pour faire marcher le bateau. La nuit était bien longue. Et là je me sens frustré et épuisé. Le pilote n’arrive pas à contrôler le bateau sous grand voile haute. Je me dis que cela va durer encore deux mois… Je vois ceux qui étaient juste devant moi, s’en aller rapidement. Et moi, je ne vois pas ce que je peux faire. C’est un problème dans ma tête. »

Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) 23ème à 2282 milles : « Température extérieure : 14°, température de l’eau : 9,5°. Les conditions sont assez sportives en ce moment. Le point où j’ai dû abandonner la dernière fois est 400 milles dans mon Nord. Je parle une ou deux fois par jour avec ma copine et avec mon fils. S’il veut faire le Vendée Globe un jour, ce sera sa décision. Je ne l’empêcherais pas, mais je ne l’inciterais pas non plus. »

Les 5 premiers au pointage de 16h00
1- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 15 994,2 milles de l´arrivée
2- Sébastien Josse (BT) à 0,3 mille du leader
3- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 21,4 milles
4- Mike Golding (Ecover 3) à 28,3 milles
5- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 38,6 milles

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Accalmie au 30e jour de course

Roland Jourdain - Veolia Environnement
DR

Océan Indien, acte premier, scène finale… Les acteurs ont joué leur rôle à la perfection : Jean-Pierre Dick endosse celui de la divine surprise qui démontre qu’il n’a plus grand-chose à envier aux monstres sacrés de la course au large. Michel Desjoyeaux (Foncia) s’est mis dans la peau du chasseur de prime dont on ne sait s’il faut admirer ou craindre le savoir-faire. Sébastien Josse (BT), Roland Jourdain (Veolia Environnement) ou Loïck Peyron (Gitana Eighty) nous jouent la partition des enfants terribles que rien ne sépare et qui ne cessent de se chamailler. Un peu plus en retrait, Yann Elies (Generali), Vincent Riou (PRB) ou bien encore Jean Le Cam (VM Matériaux) se verraient bien dans le rôle de la cavalerie dont on a craint qu’elle ne manque et qui, comme dans les bons westerns, arrive toujours à temps. Rattrapés par la dorsale qui étendait ses ramifications sur l’arrière de la flotte, les leaders marquent aussi un temps de pause. Pour affoler les compteurs, il faudra attendre des jours meilleurs.

Nettoyage et balisage
Pour autant, il serait étonnant que ce mardi soit décrété férié à bord des bateaux. Car c’est un des paradoxes de la course au large. Que le vent vienne à mollir et voilà que ressurgissent quelques tâches annexes : nettoyer le grand bazar qu’ont souvent laissé quelques jours à la limite du raisonnable, réparer les ineffables bobos, combler le déficit de sommeil et d’ores et déjà se projeter vers le deuxième acte. Dans les coulisses, on s’active pour essayer de se positionner au mieux dans l’attente de la nouvelle dépression qui les emportera : les modèles météos tournent à plein sur les ordinateurs, car chacun sait que ces quelques heures de répit sont peut-être celles qui vont permettre d’optimiser les routes à venir. D’autant que venant du fond de la scène, les poursuivants ont déjà repris leur route avec fifres et tambours. Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) et Marc Guillemot (Safran) étaient ainsi crédités de la meilleure progression de cette nuit quand Sam Davies(Roxy) empochait la meilleure moyenne sur la dernière heure de course. 
A l’avant Jean-Pierre Dick se préparait à abandonner ” Joséphine ” dans l’Océan Indien. ” Joséphine ” est la première des balises Argos qui seront jetées à la mer dans le cadre du projet Argonautica qui permettra de recueillir des informations sur les courants circumpolaires. Cette opération menée par le CNES servira de support pédagogique à destination d’enfants d’une cinquantaine de classes dans toute la France. Arnaud Boissières (Akena Vérandas), puis Dominique Wavre (Temenos) devraient répéter l’opération, pour le premier au large des Kerguelen et pour le second, après le passage du Cap Horn. Entre la longue route de Bernard Moitessier et les coureurs d’océans du Vendée Globe 2008, les liens sont peut-être moins ténus qu’on ne l’imagine.

Classement à 5h00 :
1- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 16411,5 milles de l’arrivée
2- Sébastien Josse (BT) à 37,9 milles du premier 
3- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 40,5 milles du premier
4- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 66,3 milles du premier
5- Mike Golding (Ecover) à 99,5 milles du premier

Sélection internationale :
12- Dominique Wavre (Temenos II) à 373,6 milles du premier
13- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 605,8 milles du premier
14- Sam Davies (Roxy) à 651,5 milles du premier

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BMW Oracle refuse de s’inscrire à la “Coupe d’Alinghi” !

Luna Rossa Challenge Vs BMW Oracle Racing
DR

Voici – en attendant l’inévitable réaction d’Alinghi – la lettre intégrale du Président Young à Pierre-Yves Firmenich, Commodore de la Société Nautique de Genève :

"Cher Président Firmenich,

 Cette lettre a pour objectif de vous annoncer officiellement que le Golden Gate Yacht Club et le team BMW ORACLE Racing ne vont pas s´inscrire au 15 décembre à la régate organisée par la SNG, que nous ne considérons pas comme une America´s Cup légitime.

A la place, nous allons désormais nous consacrer pleinement à l´action en justice auprès de la Cour d´Appel de l´Etat de New York – clairement la seule route en vue d´un match basé sur des règles justes et qui préservent l´intégrité, le prestige et la tradition de la plus importante compétition de voile, selon les termes contenus dans l´acte de donation de l´America´s Cup.

Comme vous le savez, la Cour a planifié une défense orale le 10 février et une décision est prévue pour la fin du mois de mars. Compte tenu des enjeux importants pour l´avenir de l´America´s Cup, nous ne pensons pas que quelques mois de plus constituent un obstacle déraisonnable.

En réalité, nous trouvons particulièrement étrange que la SNG ait décidé de façon arbitraire de clore les inscriptions le 15 décembre, si près de la date du jugement. En effet, le planning pour les préparations en vue de la régate, initié immédiatement après que le GGYC ait publié ses arguments auprès de la Cour, démontre de façon claire votre volonté d´influencer la Cour. Nous étions – en dépit de cela – prêts à nous inscrire à condition que la SNG nous montre le Protocole et nous permette de le comparer aux dix points de discussion que nous avons suggéré en vue d´une régate honnête. Hélas, la SNG n´a pas accédé à cette demande raisonnable. Durant ces derniers 17 mois, nous avons fait de nombreuses propositions raisonnables, destinées à résoudre le conflit hors du cadre de la justice et à remettre l´America´s Cup sur les rails. Or, la SNG et votre système de défense ont systématiquement refusé de négocier avec nous en bonne foi. A la place :

– La SNG a créé un club de complaisance destiné à lui permettre d´établir, en connivence avec lui, ses propres règles en vue de l´AC 33 ; des règles qui ont immédiatement été condamnées par sept yacht clubs et qualifiées de « pire texte de l´histoire de l´America´s Cup ».

– La SNG a secrètement transmis le formulaire d´inscription de votre challenger de complaisance au panel d´arbitrage – sélectionné par vos soins – dans le but d´éliminer le Golden Gate Yacht Club ; un club sérieux, indépendant et expérimenté.

– Avant même la tenue du procès en novembre 2007, la SNG a unilatéralement annulé l´America´s Cup 2009 ; raison pour laquelle Team New Zealand a intenté contre elle une action en justice.

-Lorsque la décision en justice du mois de novembre 2007 s´est avérée en notre faveur, la SNG a refusé de négocier les termes d´une America´s Cup ouverte à tous les challengers et disputée sur des voiliers qui auraient permis de courir en 2009, sur le principe du consentement mutuel.

Le système de défense de la SNG exclut les compétiteurs qui constituent pour lui une réelle menace. Récemment, votre processus de préparation n´est pas parvenu à susciter beaucoup d´intérêt auprès des compétiteurs. Nous avons été exclus des dernières réunions, tous comme les challengers qui ont refusé de signer une clause de confidentialité, développant une conspiration du silence autour d´un meeting destiné à parler des règles de la prochaine America´s Cup ; un événement sans précédent dans l´histoire de l´America´s Cup.  

Ceci n´est pas le processus inclusif, ouvert, transparent et démocratique requis pour développer un Protocole qui garantira la participation des grandes équipes sur la base de règles justes pour tous.

Les conseillers juridiques de la SNG ont propagé la fausse idée selon laquelle vous avez fait des concessions sur certains points de contention du Protocole. Pour autant que nous sachions, vous persistez à vouloir imposer des règles injustes, qui vous donnent par exemple le droit de changer n´importe quelle règle en tout temps, et de participer à la plupart des régates qualificatives des challengers sans être d´aucune façon affecté au niveau des points.

Pourquoi devrions-nous nous inscrire aveuglément à la régate que vous avez créée en compagnie de votre équipe pour l´America´s Cup, en vous montrant indigne de confiance et craintifs à l´idée d´accepter une compétition juste.

Comme nous l´avons déjà annoncé, en cas de victoire devant la justice, nous essayerons en tant que Challenger of Record de négocier les termes d´une régate traditionnelle, ouverte à tous les challengers, basée sur des règles justes et égalitaires comparables à celles utilisées lors d´AC 32 et qui ont donné lieu à l´une des meilleures America´s Cup de l´histoire.

Comme les derniers documents que nous avons mis à la disposition de la justice le précisent, « L´America´s Cup est un événement particulier dans le monde du sport car il ne s´agit pas d´une compétition récurrente entre équipes selon des règles immuables. Il s´agit d´une compétition de challengers qui doit se réinventer à chaque cycle, lorsqu´un yacht club expérimenté réclame le droit de défier le détenteur du trophée et de tester ses capacités sportives sur l´eau, selon des règles négociées sur le principe du consentement mutuel ou sur la base d´un match de Deed of Gift en cas d´échec des négociations. Un Challenger of Record qualifié, fort, indépendant, est essential à la structure de la compétition envisagée par le Deed. »

"La SNG et le CNEV peuvent organiser une régate différente s´ils le souhaitent. Mais sans la présence des principales équipes et des partenaires principaux de l´événement ; sans règles justes et sans égards envers les 157 ans d´histoire de l´America´s Cup ; enfin, avec votre mépris persistant pour le Deed of Gift, il ne s´agira pas d´une America´s Cup.

Ce sera simplement une Alinghi Cup et nous ne voyons pas de bonne raison d´y participer."

 

Sincèrement,

GOLDEN GATE YACHT CLUB

Marcus Young

Commodore

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Interview de Francis Joyon marin de l’annee 2008

Francis Joyon Marin de l annee 2008
DR

Francis, Marin de l’année 2008, c’est une belle récompense. Ta réaction avec quelques heures de recul ?
Une belle joie et honnêtement une belle surprise. Je pensais qu’en cette année olympique, les médaillés de Pékin seraient honorés en priorité par la Fédération Française de Voile. Et puis, je ne connaissais ni cette cérémonie, ni ce théâtre. C’était une première pour moi à plus d’un titre, donc.

Succéder à d’autres grands marins comme Michel Desjoyeaux, Lionel Lemonchois ou Vincent Riou représente quelque chose de particulier pour toi qui dit souvent ne pas être « du sérail » ?
En tous cas, j’en vois beaucoup parmi mes prédécesseurs à ce titre de Marin de l’année qui sont en mer en ce moment, par exemple dans le Vendée Globe. Comme quoi la vocation des marins c’est probablement d’être sur l’eau et de toujours retourner sur la mer où on est plus à l’aise que sous les dorures des salons. Mais c’est une très belle reconnaissance, oui… Quant à ne pas être du sérail c’est vrai que je suis né en Eure-et-Loir, où il y a effectivement assez peu de bateaux, mais si je cherche bien dans mon ascendance, je vais bien trouver quelque part un arrière-grand-père marin breton ou quelque chose comme ça ! (rires).

Si tu devais ne garder qu’une seule image de cette incroyable année 2008 pour toi ?
(sans hésiter) Une seule image, ce serait la rencontre de mon premier iceberg, pendant le Tour du monde. Le jour se levait, il devait être 4h du matin, et là, un mille dans l’axe du bateau, un énorme glaçon de 150 mètres de long et plusieurs milliers de tonnes… Une île de glace posée là, dans la mer. Pour moi, c’est assurément l’image la plus forte de cette année 2008. Un mélange de fascination et de peur qui te fait encore prendre conscience si besoin était de l’incroyable puissance des forces de la nature. J’ai changé de cap vite fait pour ne pas lui rentrer dedans, car avec nos bateaux dont la coque mesure moins d’un millimètre d’épaisseur, on ne fait pas vraiment le poids en cas de collision… »

Le programme de Francis Joyon et d’IDEC, maintenant ?
IDEC est au sec depuis la semaine dernière et va bénéficier de son premier vrai grand chantier. On refait la carène et on vérifie tout pour une remise à l’eau prévue au printemps, en mars. Ensuite, je m’attaquerai au record de l’Atlantique et à celui des 24 heures. A ce propos, j’ai vu que Thomas (Coville) l’avait encore amélioré à 628 milles : il a placé la barre très haut, l’animal ! C’était déjà difficile d’aller le chercher ce chrono, ça va l’être encore plus…

Les records établis en 2008 par Francis Joyon à bord du maxi-trimaran IDEC
 – Record du tour du monde absolu en solitaire, en 57 jours 13 heures 34 minutes et 6 secondes
 – Record des 24 heures en solitaire : 616,07 milles parcourus (amélioré depuis par Thomas Coville)
 – Record sur la Route de la Découverte en 9 jours, 20 heures, 35 minutes et 3 secondes.

Cinq autres marins nominés étaient en lice pour le titre de Marin de l’Année :
 – Antoine Albeau : Champion du monde de Slalom : Record du monde de vitesse à la voile (49,09 nœuds)
 – Julien Bontemps : Médaillé d’Argent aux Jeux Olympiques de Pékin en Planche à Voile (RS :X)
 – Nicolas Charbonnier et Olivier Bausset : Médaillés de bronze aux Jeux Olympiques de Pékin en Dériveur Double Masculin (470)
 – Guillaume Florent : Médaillé de Bronze aux Jeux Olympiques de Pékin en dériveur solitaire masculin (Finn)
 – Sarah Steyaert : Championne du monde de Laser

Rappel des Marins de l’année depuis 2007 :
 – 2007 : Michel Desjoyeaux : Vainqueur de la Transat Jacques Vabre et de la Solitaire du Figaro.
 – 2006 : Lionel Lemonchois : Vainqueur de la Route du Rhum La Banque Postale
 – 2005 : Vincent Riou : Vainqueur du Vendée Globe en 87 jours, 10 heures, 47 minutes et 55 secondes.
 – 2004 : Faustine Merret : Championne olympique de Mistral à Athènes
 – 2003 : Xavier Rohart et Pascal Rambeau : Champions du monde de Star (premier titre en Star pour la voile française)
 – 2002 : Olivier Backes et Laurent Voiron : Vice champions du monde et champions d’Europe en Tornado

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Premier tiers de course et choix à faire

Jourdain Véolia
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C’est un peu tôt pour payer ses impôts, mais chaque solitaire a déjà mis son écot dans la tirelire de l’océan Indien : même le leader Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) a indiqué le week-end dernier, qu’il avait cumulé un gennaker à l’eau et un grand vrac… Tous ou presque sont passés par une figure libre qui coûte très cher en termes de temps, mais surtout au niveau physique et mental, et même certains comme Dee Caffari (Aviva) ou Vincent Riou (PRB) se sont légèrement blessés, la première au genou, le second au pied. La taxe de séjour dans les mers du Sud est plus ou moins lourde et il y en a encore pour trois semaines à ce rythme ! Mais à l’occasion d’un ralentissement passager consécutif au passage d’une dorsale anticyclonique, le tempo a légèrement changé car les tentatives successives d’appuyer sur l’accélérateur dès le départ des Sables d’Olonne (Peyron, Josse, Eliès, Dick, Desjoyeaux, Stamm…), n’ont pas toutes porté leurs fruits et ont surtout eu pour conséquence, un affaiblissement physique général et probablement passager.

Prendre l’ascendant dans la descente

En cherchant à prendre l’ascendant à différents stades de ce premier tiers du parcours, certains solitaires ont tiré sur la ficelle de la forme physique ! Or le moral est toujours plus sensible quand l’état de fatigue, le froid, le gris du ciel, l’humidité constante, la veille dans le cockpit et les difficiles déplacements sur le pont, deviennent une constante… Sans que le rythme ne soit fondamentalement ralenti, l’ambiance n’est plus à la prise de risque, à l’envie de faire le break, à la volonté de marquer son territoire. Priorité à la remise en forme tout en conservant des vitesses suffisantes pour ne pas se faire décrocher, ni trop inquiéter. Et surtout, il y a une donnée très importante à prendre en compte dès ce soir : le passage des Kerguelen ! Il faut rester très vigilant, donc très anticipateur pour affiner la trajectoire et ne pas se retrouver coincé dans le passage finalement assez étroit (230 milles) entre l’archipel austral et l’île Heard (marque de parcours à laisser à tribord).

Car dans ces contrées, ce ne sont pas les dévents des reliefs qui gênent (a contrario des Canaries ou du Cap Vert), mais le plateau continental qui déborde largement (150 milles au Nord des Kerguelen, 80 milles au Sud) et génère une mer très chaotique, anarchique, imprévisible. Or pour passer dans ce " couloir " peu recommandable, il va falloir descendre sous le 50° Sud… Ou alors, bifurquer la nuit prochaine pour contourner l’archipel par le Nord : un léger rallongement de la route (environ 50 milles), mais une solution plus " safe ", loin des risques de glace, moins pointue car plus ouverte en termes de choix stratégiques.

Dispersion ou regroupement ?

Or en ce mardi après-midi, à un peu plus de 800 milles de ces abords redoutables, le choix doit impérativement se faire avant demain mercredi matin… Au risque de se retrouver piégé, à enclencher des empannages dans la brise sur une mer démontée, à tirer un bord catastrophique dans une bascule trop prompte ou trop tardive, à descendre encore plus Sud que la latitude de l’île Heard (53°S) pour profiter d’une rotation de la brise. Toutes choses qui peuvent se transformer très rapidement en vrac par 5°C, en fatigue supplémentaire, en avarie ! Or en ce mardi après-midi, seul Yann Eliès (Generali) semble se maintenir sur une route Nord. Au sein du groupe de tête, Sébastien Josse (BT) replonge au Sud-Est pour aller contrôler le leader, Jean-Pierre Dick et Roland Jourdain (Veolia Environnement), le plus au Sud.

Les dix premiers sont modérément rapides dans un flux de secteur Nord-Ouest entre 15 et 20 nœuds, alors que leurs quatre poursuivants ont remis du charbon grâce à un front générant du Sud-Ouest 20-25 nœuds : Marc Guillemot (Safran), Dominique Wavre (Temenos II), Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) et Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) ont tout intérêt à pousser leur machine pour profiter de cette situation très éphémère. Le gain ne devrait pas dépasser une cinquantaine de milles d’ici le milieu de la semaine, mais c’est toujours bon à prendre quand les " chassés " ont un petit coup de mou, mou de vent, de forme, voire de mental… Ce premier tiers du parcours laisse donc prévoir une suite tout aussi exaltante !

Classement du mardi 9 décembre à 16h00 :
1- Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 16 300,9 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 30,7 milles du leader
3- Sébastien Josse (BT) à 31,3 milles
4- Loïck Peyron (Gitana Eighty) à 50,4 milles
5- Mike Golding (Ecover 3) à 75,9 milles

Sélection internationale :
12- Dominique Wavre (Temenos II) à 308,9 milles
13- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 548,7 milles
14- Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) à 588,3 milles
15- Samantha Davies (Roxy) à 597,8 milles
16- Dee Caffari (Aviva) à 758 milles

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