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Desjoyeaux en patron dans le Pacifique

Foncia/ Michel Desjoyeaux
DR

C’est le lot de bien des frontières de n’être que théoriques : celle entre Indien et Pacifique n’aura, en tous les cas, pas marqué de transition majeure dans l’état de la mer. De Roland Jourdain (Veolia Environnement) à Arnaud Boissières (Akena Vérandas), tous les navigateurs parlaient de mer croisée, de vents puissants et de violentes rafales. Du Cap Leeuwin au sud de la Nouvelle-Zélande, le paysage présentait la même monotonie grisâtre. Les longues houles du Pacifique permettant de dévaler à pleine puissance les pentes des vagues ne sont pas encore à l’ordre du jour. De ces états d’âme, Michel Desjoyeaux (Foncia) semble n’avoir cure : depuis qu’il a pris le pouvoir, le skipper de Foncia ne cesse d’enfoncer, chaque jour un peu plus, un coin dans la confiance de ses adversaires. A coups de milles grappillés de ci de là, il sème un peu plus le doute chez ses poursuivants à mesure que sa communication se réduit à la portion congrue. Sur l’eau comme dans son discours, Michel s’est confortablement installé dans le costume du patron de la course, physiquement comme mentalement… Il reste que la situation autorise encore ses adversaires à espérer : outre le train de dépressions qui va affecter la tête de flotte, un nouveau centre de basses pressions est en train de se creuser dans l’est de la Nouvelle-Zélande et devrait entretenir une certaine confusion dans les esprits du quatuor des leaders. Gageons que la nuit de Noël sera plus propice aux supputations devant l’ordinateur qu’au déballage des cadeaux devant la cheminée. A l’arrière, il va falloir résister aux coups de boutoir d’une dépression particulièrement active qui devrait générer des vents supérieurs à 40 nœuds avec des rafales à plus de 50 nœuds.

Un rythme de course perdu
Pour d’autres, ces considérations restent secondaires. Pour ceux qui ont du composer avec la casse, il s’agit avant tout de consolider les réparations de fortune, de garantir la possibilité pour le bateau de finir la course. C’est le cas de Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) qui doit tester la fiabilité de son safran tribord avant de pouvoir revenir éventuellement à l’attaque. Brian Thompson (Bahrain Team Pindar), quant à lui, reconnaissait avoir mis la course entre parenthèse, préoccupé qu’il est par des fissures dans son ballast avant qui obèrent la rigidité de la structure. Pour ces deux-là, la consultation des fichiers météos et la gestion de la toile du temps sont devenus des préoccupations secondaires. Il en est d’autres qui peinent à revenir dans la course, ce sont ceux qui se sont investis dans le sauvetage de Yann Elies : Sam Davies (Roxy) avouait ainsi avoir dormi plusieurs heures d’affilée, découvrant tout d’un coup la tension accumulée depuis plusieurs jours. Quant à Marc Guillemot (Safran), il reconnaissait ne pas avoir pris conscience à quel point la rupture de rythme et l’investissement personnel engagé dans le sauvetage de son compagnon du large pesaient sur sa capacité à se remettre en mode régate. Le jury international s’est donné le temps de statuer jusqu’aux alentours du 31 décembre pour évaluer le crédit de temps qui sera accordé aux deux solitaires. Une opération délicate puisqu’il s’agit de prendre en compte plusieurs paramètres : le temps effectif perdu par le fait de se dérouter mais aussi les conséquences relatives à la sortie d’un système météorologique. Ce matin, Marc comme Sam tentaient de sortir d’une zone de calmes relatifs pour retrouver le souffle du grand sud… On a l’habitude de dire que l’être humain a des facultés d’adaptations phénoménales à des univers hostiles : en coupant avec le rythme de la course, les skippers de Safran et de Roxy doivent, pour la deuxième fois, faire ce travail d’appropriation des conditions qu’impose une course dans les quarantièmes rugissants. Une manière de souligner en creux à quel point ce Vendée Globe est aussi une formidable aventure humaine.

Voix du large…

Jean-Baptiste Epron, équipe technique Generali. (Jean-Baptiste Epron fait partie avec Philippe Laot des deux marins dépêchés en Australie par Generali. Jean-Baptiste était présent lorsque la frégate australienne est arrivée à Fremantle ce matin à 04h10. Lors de la vacation radio, il se trouvait à l’hôpital civil de Perth, où Yann a été admis.) « Yann (Eliès) va beaucoup mieux, il est en meilleure forme que ce matin à la sortie du bateau. Tout est fait pour le réconforter. Il est avec son médecin et ils sont en train de discuter de la suite des évènements en fonction des radios. Ce matin il était encore un peu groggy. Il m’a raconté comment c’était arrivé, ses quatre jours de calvaire et ça fait froid dans le dos. Il était en train de réparer un bout à l’avant pour renvoyer son gennaker. La mer n’était pas très stable et le bateau a violemment planté dans une vague. Sa seule trouille, c’était que sa jambe ne soit plus solidaire de son corps. Une fois à l’intérieur, grâce à une paire de ciseaux, il a pu découper son ciré, puis un des sacs. Là il a récupéré à boire et un peu de pharmacie. Que Marc (Guillemot) ait été là à proximité, a été d’un très grand réconfort. Il a vraiment conscience de tout ce qui a été fait pour lui. Pour le bateau, on est bien avancé. L’heure de départ n’est pas encore fixée mais on devrait partir demain théoriquement. On devrait en avoir pour 5 ou 6 jours en mer, avant d’atteindre Generali. »

Marc Guillemot (Safran) à la vacation de 11h : « J’ai profité de la molle pour essayer de réparer mes soucis de voile en haut du mât. Ça s’est soldé par un échec, la houle m’a fait valdinguer, c’était vraiment dangereux. J’ai surestimé mes capacités à bricoler avec la houle résiduelle, je pensais m’en affranchir. Il faudra que je recommence dans des conditions différentes. La nuit qui a suivi le départ de la frégate australienne, j’ai écrasé. Je pensais avoir bien redémarré, mais maintenant je m’aperçois que je n’avais pas vraiment récupéré du temps passé auprès de Yann. Un arrêt casse vraiment le rythme du corps et du coup il y a plein de fonctions qui ont fini par se mettre en ” mode vacances “. J’ai vraiment l’impression d’avoir de la fatigue à récupérer alors que ce n’était pas le cas il y a quelques jours. Il faut que je reprenne le dessus et que je fasse attention. Toutes ces angoisses accumulées pendant plusieurs jours, ça va profondément au fond du cœur. Il faut évacuer et j’étais un peu prétentieux en pensant que tout ça était derrière moi. J’ai envie de passer à l’attaque, mais il faut laisser du temps au temps. »

Dee Caffari (Aviva) par mail : « Une journée calme et reposante alors qu’on reçoit les news du sauvetage de Yann, que Mike (Golding) a été réapprovisionné en gas-oil et que Dominique (Wavre) et Loïck (Peyron) ont eu un rendez-vous en mer. Les premiers avancent dans le Pacifique à des vitesses formidables et aujourd’hui, j’ai pu faire un check-up complet d’Aviva, ce qui rend la vie plus facile avec cette météo plus clémente. Une discussion avec mon chef de projet nous a rassurés tous les deux sur l’état du bateau et savoir que j’approche de la moitié de la course nous permet d’évaluer l’utilisation du gas-oil et d’ajuster en fonction pour que j’en aie assez jusqu’à la fin. Je viens de passer le deuxième des trois grands caps aujourd’hui. Il n’en reste plus qu’un… »

Les 5 premiers au pointage de 16h00
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 11 494,7 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 67,6 milles du premier
3- Sébastien Josse (BT) à 204,6 milles du premier
4- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 244 milles du premier
5- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 493,6 milles du premier

Classement des premiers étrangers
8- Sam Davies (Roxy) à 1474,2 milles du premier
10- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 1830,9 milles du premier
11- Dee Caffari (Aviva) à 1939,5 milles du premier

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Happy end pour Eliès, début du Pacifique pour les leaders

Yann Elies
DR

Dans les annales du Vendée Globe 2008-2009, ce 41e jour de course restera gravé à jamais comme celui du soulagement et de l’émotion partagés par toute la communauté de la course au large, marins, équipes à terre et organisateurs. Le témoignage émouvant de Marc Guillemot, commentant en direct l’arrivée des secours et l’évacuation de Yann Eliès, parle de lui-même : ” je ne sais pas si j’ai rêvé mais j’ai vu des dizaines de dauphins se mêler à la fête quand le bateau australien est arrivé. Parce que c’est une fête aujourd’hui, un grand jour, un Noël avant l’heure. Je suis hyper ému. Sur cette course, nous sommes devenus des boules de sensibilité et il arrive qu’on craque un peu “. ” C’est une histoire normale, une simple histoire d’hommes ” poursuivait le skipper de Safran. Pourtant, l’escorte sensible de ” Marco ” qui a accompagné Yann dans son calvaire de 48 heures aura été déterminante. Celle de Samantha Davies qui a fait son possible pour arriver à temps sur zone -en vain- également. Au sein de la flotte, tous les concurrents ont retenu leur souffle en attendant les bonnes nouvelles de ce matin.

Les sauveteurs australiens rapides et efficaces
A 10h00 (TU+1) ce samedi, la frégate Arunta, armée par cent hommes d’équipage, est arrivée sur la position de Generali. Les opérations menées par la marine australienne sous les ordres du commandant Stephen Bowater ont été un modèle de professionnalisme et d’efficacité. En moins d’une heure, après avoir été embarqué sur une civière dans un semi-rigide, Yann était à bord du navire, confié aux soins d’un médecin urgentiste du ” Royal Flying Doctor Service “. D’après les informations livrées par le Commandant Bowater, Yann souffre bien d’une fracture du fémur mais aussi de côtes fêlées. Il était cet après-midi en cours d’examen médical.
Quant au bateau lui-même, il devrait être récupéré dans les jours prochains par l’équipe de Generali. Philippe Laot et Jean Baptiste Epron ont été dépêchés sur place pour mener les opérations de récupération. Actuellement, le 60 pieds Generali dérive lentement vers le nord, à 700 milles au sud des côtes australiennes. Sa configuration de voilure a été conservée (grand-voile 3 ris et trinquette) et il est équipé de deux balises qui indiquent en permanence sa position.

Les anges gardiens reprennent leurs ailes à 1300 milles de Foncia
Marc Guillemot, coiffé d’un bonnet offert par la Marine australienne, peut dès lors retirer ses ailes d’ange gardien et retrouver, comme Sam Davies, celles du compétiteur reprenant le fil de sa circumnavigation.
Loin devant, dans le sud-est de la Tasmanie, la course est menée tambour battant depuis le 16 décembre par Michel Desjoyeaux. Depuis 5 jours, le skipper de Foncia impose un rythme qu’il est le seul à tenir. Roland Jourdain, accroché dans son sillage le reconnaissait volontiers : ” Mich va toujours plus vite et ce n’est pas étonnant venant de lui “. La nuit dernière, les deux marins quittaient l’Océan Indien, reléguant leurs poursuivants les plus proches entre 150 et 400 milles derrière. Aujourd’hui, ils étaient suivis par Sébastien Josse et Jean Le Cam, entrés à leur tour dans le Pacifique.
Même s’il est prématuré de parler de ” décrochage ” alors que la flotte n’est pas tout à fait à la mi-parcours, le fameux top 10 qui a longtemps animé la régate a explosé sous la pression conjointe du rythme de course, des soucis techniques, des chutes de moral et des coups de fatigue.
Jean-Pierre Dick en sait quelque chose, lui qui a perdu énormément de terrain pour réparer son safran tribord. Ce faisant, le Niçois signe un véritable exploit en matière de bricole, fait d’arme salué par plusieurs de ses adversaires. Toutefois, fatigue et inquiétude quant à la fiabilité de sa réparation transperçaient dans la voix du marin à la vacation du jour. Côté performance, Sébastien Josse (BT), Jean Le Cam (VM Matériaux), Armel Cléac’h (Brit Air) et Vincent Riou (PRB) ont eu aujourd’hui une petite opportunité à saisir : profiter de la dépression qui les propulsait vers l’est pour combler leur retard sur une tête de course provisoirement ralentie dans une dorsale. Jean le Cam, notamment, n’a pas hésité à mettre du charbon. Au pointage de 16h00, VM Matériaux glissait à plus de 19 nœuds en direction de la prochaine porte Néo-zélandaise.

Voix du large…

Le commandant Stephen Bowater, dans une interview avec Andy Robertson : « Il est évident qu’il (Yann) s’est cassé le fémur. Il a sans doute des côtes fêlées et d’autres blessures que le médecin est en train d’évaluer. En ce moment nous progressons vers le nord pour qu’il soit traité à terre. Il a le moral, il est sur le point d’appeler sa femme. Il nous a fallu 45 minutes. En fait, ce qui a pris du temps, c’était de retrouver son passeport ! Mon équipe de 100 jeunes Australiens a bien travaillé pour arriver rapidement malgré le mauvais temps. C’est un sacrifice pour ces gars, mais ils sont là pour ça et ils font leur boulot sans hésiter. Je suis fier de mon équipage et cela fait vraiment plaisir d’avoir pu effectuer ce sauvetage aussi rapidement. Malheureusement, cela arrive parfois de devoir sortir pour sauver des navigateurs en course. Mais en tant que marins, c’est ce que nous faisons. C’est la loi de la mer. »

Michel Desjoyeaux (Foncia) : « J’ai eu une journée un peu calme, ça fait du bien. Le soleil est en train de se coucher, dans un petit rayon orangé. J’étais en train de faire un sudoku en attendant à la vacation. Ce jeu est nickel pour rester concentré. Hier, j’étais sur une grille niveau ” diabolique ” et je n’y suis pas arrivé. Donc je suis allé me reposer. C’est un bon test pour savoir si tu es dans le coup ou pas, excellent pour la lucidité intellectuelle. En ce moment, je vais péniblement à 11 nœuds. Dans les heures qui viennent, les écarts entre concurrents vont se réduire un peu. Mais une nouvelle dépression arrive. J’espère que je vais bientôt toucher un peu de vent. »

Jean Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), 7e à 868 milles : « La réalisation de mon safran de fortune a été extrêmement laborieuse. J’ai cependant réussi à remettre la cassette dans son endroit initial. J’ai glissé ” Ivory ” (la plaque de carbone) dans le tableau arrière. Grosso modo l’objectif est atteint. Mais c’était une vraie bataille pour remettre la cassette. J’ai même utilisé des drisses, il y avait des bouts partout dans le cockpit. Est-ce que ce système va tenir ? C’est toute la question. La partie haute est un peu vacillante, mais semble fonctionner convenablement. »

Les 5 premiers au pointage de 16h00
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 12 225 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 60,8 milles du leader
3- Sébastien Josse (BT) à 148,6 milles 
4- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 166,4 milles 
5- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 355,4 milles

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Quatre meneurs et glisse pour tout le monde

Veolia VG 2008
DR

Pause bienvenue sur la route Pacifique. La flotte continue de glisser à une allure correcte vers le sud de la Nouvelle-Zélande pour les six premiers, vers le méridien 147°E qui marque la fin de l’Indien pour les autres. Après des heures intenses, les esprits comme les corps ont besoin de retrouver des habitudes, de s’ancrer à nouveau dans une sorte de routine… Dans la journée, la tête de flotte atteindra la moitié du parcours : l’occasion pour chacun de mesurer ce qui a été accompli et ce qu’il reste à faire. A l’avant, les quatre continuent de se tenir dans un mouchoir de poche à l’échelle de la planète : si Michel Desjoyeaux (Foncia) mène toujours la danse, c’est Jean Le Cam (VM matériaux) qui s’est révélé le plus rapide sur les dernières vingt-quatre heures, reprenant près de 50 milles au leader de la course… Sur une route un peu plus sud que ses trois compagnons d’échappée, Jean a réussi à maintenir une cadence plus élevée démontrant toujours sa propension à choisir des trajectoires atypiques mais souvent diablement efficaces. Visiblement entre voisins de palier, ce n’est pas encore l’heure des étrennes et derrière le statu quo, chacun est prêt à lancer son coup de griffe si l’occasion se présente.

Tapis dans l’ombre
Plus à l’arrière, personne n’a encore abdiqué. D’Armel le Cléac’h à Marc Guillemot en passant par Vincent Riou chacun attend l’opportunité de passer à l’attaque à la faveur d’un regroupement météo voire de petits pépins techniques pour les premiers. Tous l’ont dit : il s’est créé une véritable fracture au sein de la flotte entre ceux qui ont embrayé dans le sillage du rythme imposé par Michel Desjoyeaux et ceux qui pensent que la route est encore longue et que le matériel a de la mémoire… Après le Cap Horn, il reste encore un tiers de la route à parcourir pour rallier les Sables d’Olonne et ils sont plusieurs à penser qu’un voilier en parfait état de marche peut faire la différence le long d’une remontée de l’Atlantique Sud qui, si elle se déroule aux allures de près, risque de solliciter encore sérieusement le matériel. Ceux-là ne sont pas encore sortis du bois mais ils sauront prendre leur chance si elle se présente.
A l’arrière de la flotte, Raphaël Dinelli, Norbert Sedlacek et dans une moindre mesure Derek Hatfield ont aussi de bonnes raisons de se méfier. Une profonde dépression se creuse actuellement dans l’ouest de l’archipel des Kerguelen, générant des vents puissants de force 9 à 10 et une mer particulièrement difficile à négocier. Sa trajectoire estimée interdit la route du sud aux navigateurs de l’arrière-garde et les inciterait même à mettre un peu de nord dans leur trajectoire. Pour l’heure tout est calme, mais les promesses de l’Océan Indien n’engagent le plus souvent que ceux qui veulent bien y croire. Les éclopés de la flotte en savent quelque chose qui, contre mauvaise fortune, tentent de faire bonne figure. Dominique Wavre (Temenos 2) a fait la jonction avec Loïck Peyron (Gitana Eighty) : à deux, les revers de médaille sont parfois plus faciles à supporter. Mike Golding (Ecover) devrait être ravitaillé en gazole par le HMAS Arunta qui devient la providence des navigateurs du Vendée Globe. Quant à Yann Elies, il recouvre petit à petit des forces et du moral. Il devrait être opéré à Perth à son arrivée, mais une chose est sûre : le navigateur briochin est entre de bonnes mains.

Classement à 5h00 :
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 12 007,2 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 64,5 milles du premier
3- Sébastien Josse (BT) à 170,2 milles du premier
4- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 186,3 milles du premier
5- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 411,4 milles du premier

La sélection internationale :
8- Sam Davies (Roxy) à 1336,4 milles du premier
10- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 1489,2 milles du premier
11- Dee Caffari (Aviva) à 1833,6 milles du premier

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L’hydroptère fait une pointe à 61 noeuds puis chavire

Hydroptere alain thebault
DR

C’est lors d’une de ces pointes de vitesse que l’hydroptère a planté violemment dans une vague puis chaviré. L’ensemble de l’équipage s’en sort avec des blessures légères à indiqué Alain Thébault qui annonce que le trimaran sera remorqué vers Fos sur Mer dès que les conditions le permettront.

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Desjoyeaux et Jourdain dans le Pacifique

Michel Desjoyeaux
DR

Desjoyeaux – Jourdain, Josse – Le Cam, Le Cléac’h – Riou, Davies – Thompson, Caffari – Boissières… Depuis plusieurs semaines, ils naviguent, non pas bord à bord, mais dans un périmètre de moins de 100 milles l’un de l’autre en moyenne. Ce bel ordonnancement des couples ondule au gré des variations du vent et des options prises par les uns ou les autres. De temps à autre, les caprices de l’Indien viennent casser les duos déjà formés à l’occasion d’une avarie ou d’une option stratégique mal négociée. A l’arrière due la course, ce beau schéma n’a plus cours et les navigateurs redécouvrent les affres de la véritable navigation en solitaire sans partenaire pour s’étalonner ou se rassurer. Hasard ou conséquence, les écarts ne cessent de se creuser puisqu’à l’entrée du Pacifique, Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) compte déjà plus de 3700 milles de retard sur le leader de la course, soit l’équivalent de deux semaines de navigation… Seuls dans le groupe de tête, Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) parti en retraite volontaire pour concevoir un nouveau safran ou Marc Guillemot (Safran) transformé en chien de berger protecteur de Yann Elies (Generali) ont dû lacher prise.
Michel Desjoyeaux, quant à lui, continue de jouer avec les nerfs de ses adversaires. Revenu en tête, le skipper de Foncia se fait de moins en moins bavard, ne livre plus grand-chose de ses sensations. Navigant à son rythme, il impose sa cadence et il n’est pas sûr que Roland Jourdain, son partenaire de parquet, n’y trouve longtemps son compte. La soif du pouvoir s’accommode mal du partage et de la fraternité. Mais il est parfois plus facile de s’accommoder d’un partenaire de route que de vouloir contenir, tout seul, les assauts de trois furieux… Comme pour le souligner, Jean Le Cam continue, comme à son habitude, de sortir des sentiers battus. Sur une route plus sud que les autres, il a concédé du terrain pour pouvoir récupérer des vents plus soutenus : au classement de 5h (TU+1), il naviguait à plus de 18 nœuds quand ses adversaires directs plafonnaient à 15 nœuds. Les 233 milles de retard qu’il possédait sur le leader risquent donc bien de fondre dans les prochaines heures.

Classement à 5h00 :
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 12 363,6 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 80,8 milles du premier
3- Sébastien Josse (BT) à 196,4 milles du premier
4- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 233,9 milles du premier
5- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 398,4 milles du premier

Classement des premiers étrangers :
10- Sam Davies (Roxy) à 1183,7 milles du premier
11- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 1269,6 milles du premier
13- Dee Caffari (Aviva) à 1770,2 milles du premier

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La Royal Australian Navy arrive sur Yann Eliès

Frégate HMSA Arunta marine australienne
DR

Le déroulé des opérations
En contact avec Erwan Steff, le manager du team Generali, les autorités australiennes ont prévu d’embarquer à bord de Generali à l’aide d’un semi-rigide qui sera mis à l’eau depuis la frégate. Ils devraient embarquer une civière et une coquille de manière à effectuer le transbordement de Yann en toute sécurité. Les sauveteurs ont été informés du maniement de la quille basculante de manière à donner à Generali une gîte optimale pour passer la civière du monocoque dans le semi-rigide. De même, les filières sous le vent devraient être coupées pour faciliter son passage.

A bord de la frégate australienne
Une fois à bord du navire australien, Yann sera pris en charge par l’équipage et par un médecin civil embarqué qui décidera de la suite des opérations : suivant l’état du blessé, il pourra éventuellement être opéré à bord, sachant que le navire dispose de tous les moyens nécessaires. Une fois pris en charge, il sera ensuite dirigé sur l’hôpital militaire de Perth

Ce qu’il advient de Generali
Le monocoque continuera d’être suivi par la direction de course du Vendée Globe après que les sauveteurs aient mis le navire en configuration d’attente. Il a été demandé à l’équipage de la marine australienne de rouler la trinquette de Generali, de laisser la grand-voile à trois ris à poste, de fermer les portes du bateau et de bloquer les safrans de manière à permettre au bateau de dériver sans dommage… Jean-Baptiste Epron, double recordman autour du monde sur Orange et Philippe Laot, directeur technique du team Generali sont partis en Australie pour embarquer à bord d’une vedette qui les conduira sur zone. Ils devraient prendre en main le monocoque et le ramener par la suite sur un port de la côte sud de l’Australie.

Les spécifications de l’HMAS Arunta qui vient au secours de Yann Eliès :

Frégate de Type Anzac de 1998

Imatriculation FFH 151

174 hommes d’équipage (100 sur cette mission)

Commandant : Commander Timothy Brown

Médecin du bord : Stephen Langford

118 m de long, 14,80 m de large

3 600 tonnes

Vitesse 28 noeuds.

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Yann Eliès récupéré par la frégate australienne Arunta

sauvetage_yannelies
DR

Yann Eliès n’est plus à bord de son monocoque Generali. Il vient d’être récupéré par la Marine australienne et il est en de bonnes mains à bord de la Frégate HMS Arunta. C’est ce que vient de déclarer à l’instant Marc Guillemot qui a suivi l’opération de secours en direct depuis son monocoque Safran qui veillait depuis 48 heures sur son ami gravement blessé à la jambe gauche.

Marc Guillemot raconte : “Le transfert de Yann s’est bien placé car je vois le zodiac qui vient récupérer en ce moment les deux personnes qui sont restées à bord de Generali. Yann est désormais en sécurité, il vient d’être pris en charge pas ses sauveteurs, c’est énorme, c’est un grand moment, c’est très émouvant. C’est un grand jour et joyeux Noël, Joyeux Noël à tous ! “

Quelques instants plus tard, Marc précisait : “Yann était casqué et dans une coquille, et … c’est la meilleure nouvelle, c’est génial, le Yannou ça y est, il est à bord de la frégate ! ” raconte le skipper trinitain dans un sanglot d’émotion, s’en excusant presque aussitôt : “on joue les gros durs qui font le Vendée Globe, mais on est des couches de sensibilité quand même et des fois on craque un peu…” Marc n’a pas oublié non plus de rendre un hommage appuyé aux sauveteurs : “je crois qu’on peut dire un énorme bravo à ces Australiens qui ont géré ça de façon somptueuse”… Pour la touche finale, ” il y avait des dizaines de dauphins qui sont arrivés comme par magie, c’était fabuleux…”

Il y a eu beaucoup, beaucoup d’émotion, d’applaudissements, de larmes et de rires de soulagement à cette vacation du Vendée Globe de ce samedi 20 décembre.

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Yann Eliès attend les secours australiens

Safran sauvetage Generali 2
DR

Depuis hier matin et sa blessure à la jambe gauche – vraisemblablement une fracture du fémur survenue vers 10h00 alors qu’il manoeuvrait à l’avant de son bateau, Yann Eliès est dans l’attente, à la cape sous trois ris et trinquette, à 750 milles au sud des côtes australiennes. Premier motif de réconfort : la présence de Marc Guillemot, arrivé sur zone hier soir à 23 heures et qui navigue à proximité en attendant l’arrivée des secours. La navigatrice Samantha Davies fait également route vers Yann.

Deuxième point positif : le skipper de Generali a réussi à dormir un peu et à se nourrir avec ce dont il disposait à portée de main : jus de citron concentré, lait concentré et une barre de céréales. Toutefois, le marin souffre toujours et n’est pas en mesure de bouger pour accéder à ses comprimés de morphine. Pour Yann, c’est une épreuve de patience qui commence, dans l’attente de la frégate australienne partie de Perth jeudi à 19h00 (TU+1) et qui devrait être en vue dès samedi soir. Les conditions météo sont pour l’heure relativement maniables avec une vingtaine de nœuds de vent d’ouest, mais une mer assez formée. Ce flux devrait se renforcer au fil de la journée avec 35 nœuds annoncés.

Sur le front

Pour les autres, la course continue. Séparés de 30 milles, Michel Desjoyeaux et Roland Jourdain, à presque 17 nœuds de moyenne, poursuivent leur duel aux avant-postes, et ont tout deux franchi la deuxième porte de sécurité australienne située dans le sud-ouest de la Tasmanie. Les deux compères ont légèrement distancé leurs poursuivants directs Sébastien Josse et Jean Le Cam qu’il faut aller chercher à plus de 100 milles dans leurs tableaux arrière.

En 7e position derrière Le Cléac’h et Riou, Jean Pierre Dick a semble t-il achevé la réparation de son safran tribord. Il plonge désormais au sud pour rejoindre ses camarades. A noter un changement dans la position de la porte de sécurité Néo-zélandaise décidé hier soir par la direction de course. En raison de la présence de glaces, celle-ci a été remontée vers le nord et se trouve désormais positionnée sur le 48 sud.

Classement à 5h00 :

1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 12694 milles de l’arrivée

2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 29,9 milles du leader

3- Sébastien Josse (BT) à 131,3 milles

4- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 153,7 milles

5- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 363,5 milles

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Ericsson 4 reprend la main en approche de la porte

Ericsson 4
DR

Pendant la nuit les hommes de Bouwe Bekking ont été obligés d’empanner, ce qui leur a couté cher, car Ericsson 4 a pu leur ravir la tête de course. Son avance reste certes minime (7 milles), mais sa position plus au nord devrait lui permettre de franchir la porte sans avoir à empanner, tandis que Telefonica Blue aura encore besoin de remonter vers le nord.

Une deuxième bataille se poursuit derrière pour la troisième place entre Ericsson 3 et Puma, car seulement 4 milles les séparent cet après-midi. Malgré leur retard actuel, il faudra suivre de près l’option nord de Team Russia, qui pourrait s’avérer payante dans les jours qui viennent. A cause de ses soucis de quille, Delta Lloyd se fait distancer par la flotte, le VO70 progressant à 75% de sa possibilités normale. Les premiers bateaux devraient arriver à Singapour à l’aube, mardi prochain.

Ils ont dit

A bord de Puma – Sidney Gavignet – Chef de quart :

« La situation ? On est au près depuis, depuis…. Depuis toujours en fait (rires) ! On a Ericsson 3 à vue un peu devant nous. Notre écart avec lui est stable depuis cette nuit et nous naviguons à 12-13 nœuds tous les deux. On a 15 – 20 nœuds de vent dans le nez, une mer assez formée, avec plein de nuages qui sont autant de pièges à éviter. Cela bouge beaucoup avec des paquets de mer qui balayent le pont en permanence. Pour dire la vérité sur ce parcours nord indien, ce n´est pas fameux au point de vue navigation. On a eu soit du petit temps soit du près depuis près d´une semaine. Sur la Volvo, on n´est pas habitué à cela. On a d´habitude plus de portant sur ce parcours indien. Pour nous l´objectif est de rester au contact avec Ericsson 3, car à chaque fois que nous sommes allés faire cavalier seul, cela n´a pas marché. L´équipage est OK, sauf 4 qui souffrent d´une grosse tourista. Ce qui n´est pas très confortables pour eux. A part cela tout va bien. C´est n´est pas facile de savoiri quand nous allons arriver à Singapour, car la météo dans le détroit de Malacca peut être très chaotique. »

Classement de 14h (heure française)

Ericsson 4 à 600 milles de l’arrivée

Telefonica Blue à 7 milles

Ericsson 3 à 20 milles

Puma à 24 milles

Telefonica Black à 40 milles

Green Dragon à 49 milles

Team Russia à 86 milles

Delta Lloyd à 166 milles

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Marc Guillemot : « Yann m´a fait signe »

Yann Elies Bannette
DR

« Je ne lâcherai pas Yann », avait prévenu Marc. Et il tient parole, « comme n´importe quel marin le ferait ». Depuis 23 heures, heure française, Marc a réussi la nuit dernière à entrer en contact par VHF avec son copain Yann Eliès qui souffre d´une fracture du fémur gauche. Les deux hommes sont entrés dans une toute autre dimension que celle de la course. Cette fois, on parle de la solidarité des gens de mer et de l´impérieuse nécessité de tirer un ami d´un mauvais pas dans ce décidément terrible Océan Indien, à 1500 kilomètres de la première terre habitée.

« Un grand moment de réconfort »

A la vacation du Vendée Globe de 11 heures, Marc Guillemot raconte l´incroyable : « Je suis à 500 mètres dans l´axe du bateau de Yann, je viens de me rapprocher de lui, on a beaucoup parlé. Tout à l´heure il y a eu un grand moment, très fort émotionnellement : j´ai mis mon bateau sous pilote pour passer à quelques mètres du tableau arrière de Generali et j´ai crié. J´ai vu dans la descente de Generali les mains de Yann s´agiter et l´ombre de sa tête. On s´est appelé juste après en VHF, et mine de rien c´était un grand moment de réconfort pour lui…. et aussi un peu pour moi. Je sais ce qu´est la souffrance en mer (ndlr : Marc a eu le bassin fracturé dans l´accident du multicoque Jet Services IV), c´est extrêmement dur, mais entre le moment où je suis arrivé et maintenant (12 heures plus tard, ndr), je sens au timbre de sa voix que la tête va mieux, qu´il est entré dans une perspective de patience, d´attente des secours. Si je lui ai apporté un petit quelque chose, tant mieux, ça me satisfait. La course était super, mais je n´ai évidemment aucun regret. On est passé à autre chose… Ce ne sont que des gestes normaux de marins entre eux ».

« La priorité, c´est aider les hommes »

Le skipper de Safran a réalisé plusieurs manœuvres d´approche, tentant même de lancer des bouteilles d´eau dans la cabine de Generali sur lesquelles il avait scotché des médicaments… Avec en prime une petite boîte de « pâté bleu », le réconfort du marin breton. « Pour l´instant, la première bouteille a atterri dans le cockpit et la seconde dans l´eau, ce qui est bon signe c´est qu´on a même fini par en plaisanter avec Yann. Il faut dire que nous autres les Bretons avons un gros défaut : on est têtus et on ne lâchera pas l´affaire avant une fin heureuse… et elle SERA heureuse ! », a affirmé Marc Guillemot à qui tout le monde – de l´équipe de Generali à la direction de course en passant par des milliers d´Internautes – a rendu aujourd´hui un hommage appuyé.

Gros temps annoncé cette nuit

Le skipper de Safran s´est montré très rassurant, même face à la perspective du coup de vent qui approche de la zone où Generali est à la cape, sous trois ris et trinquette : 30 à 35 nœuds de vent, 40 dans les rafales et une mer grosse. « Ce n´est rien ça, le mauvais temps on va le gérer et je reste à ses côtés tant que Yann n´est pas en sécurité à bord du bateau de la marine australienne ».

La marine australienne sur zone samedi après-midi

La Royal Australian Navy pourrait être sur la zone dès demain après-midi, vers 15 h heure française, au moment où le temps devrait être plus calme, derrière le front. A bord de la frégate HMSA Arunta, une centaine d´hommes a appareillé hier soir de Perth et cingle vers les deux marins. Samantha Davies (Roxy) qui s´est également dérouté, aura rejoint les deux marins vers minuit. Apportant un peu de réconfort supplémentaire à ces deux hommes qui sont en train d´écrire une grande page de la légende du Vendée Globe. Celle-ci viendra s´ajouter à celles du sauvetage de Poupon par Peyron en 1989 et de Dinelli par Goss en 1996. Une de ces aventures de course au large qui forcent le respect et l´admiration de tous, même quand leurs protagonistes se défendent de jouer les héros.

Yann a pu accéder à des anti-douleurs

En toute fin de vacation, on apprenait une excellente nouvelle par la voix d´Erwan Steff, team manager de Generali : Yann Eliès a pu couper au couteau un de ses sacs et y trouver des anti-douleurs, une boisson et de quoi s´alimenter. Une raison de plus pour croire avec Marc Guillemot que « tout va bien se passer. Je suis certain qu´on va bien s´en sortir et qu´on en rigolera peut-être ensemble avec Yann, dans les mois à venir ».

(source Safran)

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