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Tempête avant le Horn

FONCIA MICHEL DESJOYEAUX
DR

La sortie du Pacifique n’aura rien d’un long fleuve tranquille pour les navigateurs du Vendée Globe… Selon Richard Silvani de Météo France, la dépression qui devrait accompagner les leaders de la course devrait être la plus forte qu’ils aient enregistrée depuis leur entrée dans les quarantièmes rugissants. Autant dire que ceux qui espéraient pouvoir bénéficier d’un Pacifique apaisé et qui attendaient de longues glissades sur une houle bien ordonnée auront été réduits à la portion congrue. De Roland Jourdain (Veolia Environnement) à Armel le Cléac’h (Brit Air) tous admettent avoir été abonnés plus souvent au régime du shaker qu’à celui des longs surfs en pente douce. Et tous de reconnaître que le matériel avait été fortement sollicité et qu’il faudrait être vigilant sur la remontée de l’Atlantique.

Car si le Cap Horn marque, comme le notait Michel Desjoyeaux à la vacation d’aujourd’hui en premier lieu une délivrance, il ne signifie nullement que la course est jouée. Il reste encore un tiers du parcours à boucler pour achever ce Vendée Globe et ce, en traversant des systèmes météorologiques complexes. L’histoire des précédents Vendée Globe est là pour le démontrer : en 2005, Jean Le Cam passait le Horn avec plus de 250 milles d’avance sur Vincent Riou et Mike Golding, qui, l’un comme l’autre prenaient alternativement la tête de la course avant d’avoir franchi l’équateur. En 2001, Michel Desjoyeaux possédait plus de 600 milles d’avance sur Ellen mac Arthur qui revenait coller à ses basques au large du Brésil. Entre les obstacles naturels que constituent les îles Malouines, les coups de pampero, ces vents violents descendus des plateaux de Patagonie et les calmes générés par l’anticyclone de Sainte-Hélène, les pièges qui jalonnent le parcours en l’Atlantique sud sont particulièrement nombreux. Passer le Cap Horn en tête est un avantage psychologique évident, il ne garantit pas pour autant la victoire finale.

Solitaires solidaires
Plus à l’arrière, la flotte continue de lutter, vaille que vaille, contre les coups du sort. Sam Davies (Roxy), revenue par la force des choses, en 6ème position avouait qu’elle aurait préféré l’acquérir à la régulière et non sur une avarie d’un des plus grands animateurs de la course, Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2). Le navigateur niçois avait eu l’élégance de joindre Sam par téléphone pour lui confier cette place. Un passage de relais dans la digne tradition des gens de mer. De même, un peu plus à l’arrière, Arnaud Boissières (Akena Vérandas) et Dee Caffari (Aviva) entretiennent des conversations régulières par e-mail : l’opportunité pour eux de pouvoir se jauger, de bénéficier d’un regard extérieur et d’un soutien éventuel. Entre les deux navigateurs, pas de cachotteries ni d’intox, la solidarité des mers du sud joue à plein. C’est aussi ces petits riens qui font tout le sel de cette course décidément hors norme.

Les 10 premiers au pointage de ce samedi 16h00 :
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 7968,4 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 59 milles du premier
3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 351,3 milles du premier
4- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 645,7 milles du premier
5- Vincent Riou (PRB) à 650,2 milles du premier
6- Sam Davies (Roxy) à 2065,3 milles du premier
7- Marc Guillemot (Safran) à 2221 milles du premier
8- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 2532,2 milles du premier
9- Dee Caffari (Aviva) à 2765,1 milles du premier
10- Arnaud Boissières (Akena Vérandas) à 2800,3 milles du premier

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Réveillon à la porte

PRB - Vincent Riou / VG
DR

Pour le Vendée Globe, l’année 2008 restera celle de l’incroyable départ de cette 6e édition avec un nombre record de 30 concurrents sur la ligne le 9 novembre à 13h02. 2009 sera l’année de la consécration pour un grand marin qui s’imposera début février aux Sables d’Olonne. Ce sera aussi l’année des arrivées des autres solitaires qui pourront tous se féliciter d’avoir bouclé cette édition particulièrement musclée. Après l’accident de Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) qui a mal terminé l’année 2008 en percutant à nouveau un OFNI, ils ne sont plus que quinze à poursuivre l’aventure en 2009. Pour Jean-Pierre Dick, c’est une nouvelle odyssée qui commence avec l’objectif de ramener à bon port – Nouvelle-Zélande – son monocoque handicapé par la perte du safran bâbord et un safran tribord fragilisé depuis le premier OFNI rencontré mi-décembre. Dans les Quarantièmes rugissants, la tâche est loin d’être évidente.

Une fois n’est pas coutume, les derniers sont les premiers… à réveillonner ! Comme il n’a pas encore franchi l’antiméridien (ligne de changement de date), c’est le Britannique Steve White (Toe in the Water), en 12e position sous la Nouvelle-Zélande, qui a pu célébrer le premier la nouvelle année. Les quatre concurrents qui le suivent ont également fêté l’événement quand les premiers, décalage horaire oblige, devront attendre la nuit prochaine pour festoyer. En tête de flotte, Michel Desjoyeaux (Foncia) et Roland Jourdain (Veolia Environnement) terminent l’année en trombe et continuent d’augmenter leur avance. Les deux hommes, séparés de seulement 67 milles, comptent désormais 400 milles d’avance sur Jean Le Cam et environ 700 milles sur la paire Le Cléac’h (Brit Air) / Riou (PRB).


Classement à 5h00 :
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 8508 milles
2- Roland Joudain (Veolia Environnement) à 67 milles du premier
3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 402 milles
4- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 672 milles
5- Vincent Riou (PRB) à 709 milles

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Ça s’est passé en 2008

Roland Jourdain - Veolia Environnement
DR

Le leader de ce Vendée Globe devrait aborder le fameux caillou du Cap Horn dans la nuit de dimanche à lundi, heure française, ce qui devrait le mettre dans les temps réalisés par Jean Le Cam en 2004. Avec une différence de taille : du fait de la présence des portes de glace, le parcours final sera de 24 840 milles au lieu de 23 680 milles en 2004-2005. Soit une différence de 1160 milles ce qui correspond, sur une base moyenne de 340 milles par jours, à 3,5 jours de mer. Des chiffres qui traduisent bien l’intensité de la course imprimée par les leaders et ce d’autant plus que la flotte s’est présentée avec près de deux jours de retard sur le tableau de marche de l’édition précédente, du fait du contournement obligé de l’anticyclone de Sainte-Hélène. Refaisons nos comptes : ce qui signifie que dans les mers du sud, ils auront gagné plus de cinq jours de mer. Un différentiel énorme qui explique bien la lassitude évidente de certains navigateurs et la casse qui a affecté la flotte : tenir un tel rythme demande une attention de tous les instants et fatigue le matériel.

S’il fallait une autre preuve de l’intensité de la course, il suffirait de constater le nombre de changements de leaders depuis le départ : 26 au total et 9 des trente skippers qui, à un moment ou un autre, ont pris la tête de la course. Avec, à la clé, quelques records : de l’Equateur à Bonne-Espérance, Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) a réalisé le meilleur temps en 12jours, 4heures et 50 minutes soit près d’une journée et demie de moins que Vincent Riou en 2004. De même, Michel Desjoyeaux accroche, entre Bonne Espérance et Leeuwin, un temps de 10 jours, 06 heures et 49 minutes soit plus de deux jours de mieux que le temps de 2004. Enfin, avec 15 bateaux encore en course, la flotte paie un tribut important aux latitudes hostiles des mers du sud. A l’heure d’aujourd’hui, la moitié de la flotte a dû jeter l’éponge. Un chiffre à rapprocher des 46% de 1989, 53% de 1992, 63% de 1996, 35% de 2000 et 2004. D’autant qu’au regard des conditions météorologiques rencontrées, les éditions de référence seraient plutôt celles de 1992 et 1996, tant les deux dernières avaient été clémentes pour les solitaires.

Place des grands hommes
Au-delà des considérations chiffrées, ce Vendée Globe aura été, comme à chaque fois, un révélateur de talents. S’il ne fallait en citer que quelques uns, on ne pourrait omettre Sam Davies (Roxy) dont le bonheur d’être en mer et le sens de l’humour ne l’empêchent pas de réaliser une magnifique performance. De même, Arnaud Boissières (Akena Vérandas) respire la sérénité sur un bateau d’ancienne génération tout en tenant la dragée haute à quelques prototypes de l’année, de facture toute britannique. L’occasion pour le skipper arcachonnais de parfaire sa connaissance de la langue de Shakespeare. Comment oublier enfin la course de Steve White (Toe in the water), qui fort d’un partenariat de dernière minute et d’une expérience dérisoire du 60 pieds IMOCA démontre chaque jour des qualités d’adaptation et un bonheur de vivre détonnant.

Enfin, on ne peut achever ce bilan 2008 sans évoquer la formidable dimension humaine de cette aventure planétaire. C’est l’engagement sans compter de Marc Guillemot (Safran) et de Sam Davies aux côtés de leur pote Yann Elies, cloué par la douleur dans la cabine de son Generali. C’est la mobilisation des personnels des TAAF qui seront aux côtés de Dominique Wavre (Temenos) puis de Bernard Stamm lors de leur escale aux Kerguelen. C’est encore ces rencontres en mer improbables entre Vincent Riou (PRB) et Armel Le Cléac’h (Brit Air) qui ne se quittent plus ou bien encore entre Dominique Wavre, en route vers Fremantle qui se déroute pour apporter quelques vivres, du gazole et un peu de solidarité à son compagnon d’infortune Loïck Peyron (Gitana Eighty). C’est enfin Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), contraint de quitter la course suite à sa deuxième avarie de safran, qui a l’élégance insigne d’appeler Sam Davies pour lui confier sa place de sixième. Comme quoi ce sont parfois des petits riens qui font l’étoffe des grands hommes.

Voix du large…

Jean Le Cam, VM Matériaux, à la vacation de 11h : « La descente vers le Cap Horn ça se présente comme d’habitude, avec du vent soutenu et du passage de front. Je suis un peu épuisé. Hier, j’ai bien dormi et là, je m’apprêtais à m’endormir. Au bout d’un moment, ça pèse sur le bonhomme, ce genre d’exercice. C’est de la fatigue, du stress. Avant la Porte, j’ai pris 45 nœuds de vent… Si je devais retenir une image de ce grand sud version 2008, je pense que c’est la décision de la direction de changer les portes. Heureusement qu’on a eu ces portes, sinon c’aurait pu être dramatique, vu le rythme soutenu des skippers. S’il n’y avait pas eu ces portes, cela aurait été " too much ". On va bien plus vite qu’il y a quatre ans. Ça sous-entend qu’on est plus proches de la limite des bateaux, donc forcément plus sur les nerfs. »

Sam Davies, Roxy, à la vacation de 11h : « Je me suis retrouvée en tee-shirt et pieds nus sur le pont. J’étais vraiment étonnée, car il faisait tellement beau et chaud, c’était incroyable. Quand j’ai fait le trophée Jules Vernes il y a 11 ans, j’ai eu l’impression d’avoir passé six semaines dans un frigo. Il faisait dur, froid et humide. Alors quand il y a des moments comme hier, où le climat est doux, il faut en profiter, ça arrive trop rarement. C’est vrai que je suis plutôt en forme. Je pense que j’ai eu de la chance depuis le début de cette course. Je n’ai pas eu de gros soucis sur Roxy, et je n’ai pas eu les grosses tempêtes comme certains. Finalement, j’ai peu de souvenirs où je n’étais pas heureuse. Je n’ai même jamais pleuré. Une fois, je me suis cogné les coudes, j’ai failli pleurer mais je suis plutôt tombé dans les pommes… Sinon, JP m’a appelé pour me dire qu’il m’offrait sa sixième place pour le Nouvel An, j’étais vraiment trop malheureuse pour lui. Là, on a une super belle mer et je fais des surfs à 24-25 nœuds. C’est drôle, je n’arrive plus à dormir quand le bateau marche à 12 nœuds. »

Marc Guillemot, Safran, à la vacation de 11h : « Le Pacifique est plutôt calme et tempéré. On a du temps gris, un peu de crachin. Il fait 12°, on ne va pas s’en plaindre. Mon retard sur les premiers est important, mais ce n’est pas le reflet de ma course. Je vais bénéficier du temps rendu pour aller aider Yann. On est dans des systèmes tellement différents qu’un tel écart peut encore augmenter de 50%, voire diminuer d’autant. J’ai été me balader dans le mât pour mettre en place un brélage pour pouvoir hisser ma grand-voile au deuxième ris. Je garde déjà de bons moments en mémoire : comme mon arrêt pour réparer mon mât, où je suis monté sous le regard de 150 éléphants de mer qui n’en avaient rien à faire… Ce sont des moments assez magiques. »

Les 10 premiers au pointage de 16h00
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 8333,4 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 64,6 milles du premier
3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 345,3 milles du premier
4- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 705 milles du premier
5- Vincent Riou (PRB) à 739,6 milles du premier
6- Sam Davies (Roxy) à 1935,8 milles du premier
7- Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) à 2021,3 milles du premier
8- Marc Guillemot (Safran) à 2226,1 milles du premier
9- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 2484 milles du premier
10- Dee Caffari (Aviva) à 2653,8 milles du premier

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Cap sur le Horn

Foncia/ Michel Desjoyeaux
DR

Michel Desjoyeaux (Foncia) et Roland Jourdain (Veolia Environnement) jouent de l’accordéon au niveau de leurs écarts. 50 milles hier, 109 milles aujourd’hui, et l’air se répète depuis plusieurs jours. Une chose est sûre, même dans l’hostilité des mers du sud, la bagarre pour la première place est intense entre les deux compères. Lors de l’édition 2000-01, ils s’étaient retrouvés dans la même situation, à la différence que Roland Jourdain était alors handicapé par un rail de mât cassé. Une avarie que connaît de nouveau Marc Guillemot (Safran), huitième, qui s’est déjà arrêté à Auckland Islands le week-end dernier pour réparer ce satané rail récalcitrant. Dans le groupe de tête, Armel Le Cléac’h (Brit Air) a repris la quatrième place à Vincent Riou (PRB). Les deux inséparables ont retrouvé des conditions propices à la vitesse. Ils ont stoppé l’hémorragie de milles des derniers jours par rapport aux premiers et se maintiennent à environ 560 milles de Desjoyeaux.

Le club des cinq leaders progresse quasiment deux fois plus vite que le groupe des cinq derniers. Parmi eux, le Britannique Steve White (Toe in the Water), 12e, est le moins verni. Il doit affronter des vents contraires au sud de la Nouvelle-Zélande et tire actuellement des bords de près pour franchir l’île Campbell, la dernière île du Pacifique Sud avant le Cap Horn. Derrière lui, la communauté internationale du Vendée Globe n’est pas beaucoup épargnée par les Quarantièmes rugissants. Les dépressions se suivent et se ressemblent par leur violence. L’Anglais Jonny Malbon (Artemis), l’Américain Rich Wilson (Great American III), l’Autrichien Norbert Sedlacek (Nauticsport Kapsch) et le Sablais Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) s’étalent sous l’Australie et progressent difficilement entre 9 et 11 nœuds quand les premiers caracolent entre 18 et 20 nœuds ! Pas étonnant que les écarts atteignent aujourd’hui 5100 milles avec les deux derniers et augmentent quotidiennement. A ce rythme, ils arriveront aux Sables d’Olonne un mois et demi après le vainqueur.

Classement à 5h00 :

1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 8992 milles de l’arrivée

2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 109 milles

3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 373 milles

4- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 559 milles

5- Vincent Riou (PRB) à 579 milles

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Le safran bâbord de Virbac-Paprec 2 arraché suite à une collision avec un OFNI

Paprec-Virbac 2
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l’instant du choc Paprec-Virbac 2 était positionné par 47°49,53S et 143°08,10W. Le bateau faisait route à 15 nœuds sous gennaker et grand-voile. Après inspection des dégâts, Jean-Pierre a immédiatement affalé le gennaker, empanné, puis réduit la grand-voile. Son bateau navigue actuellement sous trinquette et deux ris.
Jean-Pierre décidera par la suite, s’il fait route vers la Polynésie Française distante de 1830 milles ou vers la Nouvelle-Zélande distante de 2000 milles.

C’est un coup dur pour le navigateur niçois qui, jusqu’à l’avarie qui avait affecté son safran tribord, avait remarquablement mené sa course, prenant la tête de flotte plusieurs jours durant. Malgré ce premier coup du sort, Jean-Pierre avait décidé de continuer la course vaille que vaille, même s’il voyait ses rêves de podium s’envoler. L’avarie qui affecte son safran valide signifie pour lui, l’obligation de mettre le cap vers des eaux plus clémentes.

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Cœurs braves

Derek Hatfield Algimouss
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Un peu de répit pour les solitaires encore en course dans ce Vendée Globe 2008-2009 : ce matin, le vent retrouvait des échelles de valeur plus conformes à la moyenne. La flotte retrouve surtout une mer nettement plus apaisée et les navigateurs peuvent faire le compte des petits malheurs et bonheurs du jour. Grosse déception pour Sébastien Josse qui, la mort dans l’âme, a du se résoudre à faire route sur la Nouvelle-Zélande. Le skipper de BT qui avait opté pour une stratégie toute en finesse, veillant à ménager son bateau, a été pris par une de ces vagues que l’on nomme, à juste titre, scélérate. Une déferlante incroyablement puissante a projeté son monocoque au tapis, entraînant des dégâts considérables. La course perd avec Sébastien Josse, non seulement un de ses favoris pour la victoire, mais aussi une des figures les plus attachantes de la course au large. Coup dur aussi pour Yann Elies : l’équipe de Generali a du renoncer à poursuivre la recherche de son monocoque après l’arrêt de sa balise Argos puis de sa balise Sarsat Cospas. Le monocoque de Yann, balloté sans pilote, aux prises avec une tempête d’une grande violence n’a peut-être pas pu résister aux coups de boutoir des vagues de l’Océan Indien. En milieu d’après-midi, c’est Derek Hatfield (Algimouss-Spirit of Canada) qui annonçait son abandon, suite à la rupture de ses barres de flèche. Le Vendée Globe s’arrête donc pour Derek alors qu’il avait su remuer ciel et terre pour trouver les financements nécessaires, qu’il avait su fédérer des milliers de compatriotes derrières son projet et qu’enfin il était l’auteur d’une course d’une grande sagesse jusque là…

Ambitions à géométrie variable
Pour ceux qui restent en course, c’est l’heure d’adapter les ambitions à la réalité du moment. Pour ceux qui doivent composer avec un bateau blessé, il s’agit avant tout de pouvoir finir une course qui rappelle cette année que le grand sud reste un univers hostile où l’on ne pénètre le plus souvent que par effraction. Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2), qui surveille attentivement la tenue de la réparation de son safran tribord, attend avec une impatience non dissimulée le franchissement du Cap Horn, en espérant trouver à l’abri des côtes argentines une mer plus propice pour consolider son installation. Malgré la panne du moteur servant à basculer sa quille, Roland Jourdain (Veolia Environnement) reste le seul à s’accrocher au tableau arrière d’un Michel Desjoyeaux qui continue de cravacher son Foncia et creuse petit à petit l’écart avec le reste de la flotte. Comme le notait Roland, pour jouer sur les angles de quille, l’huile de coude compenserait les lacunes de la mécanique, si besoin était. D’autres navigateurs, plutôt que de s’appesantir sur les milles de retard accumulés, préfèrent rappeler que pour faire une place, il faut déjà finir. Armel le Cléac’h qui mène son Brit Air à sa main, est ainsi solidement accroché à la cinquième place, bord à bord avec Vincent Riou (PRB). Un réconfort psychologique bienvenu après trois semaines de mers du sud à rester à l’affut de la moindre rafale, à guetter le début d’une glissade incontrôlée. Trois semaines où le corps comme la tête luttent pour trouver le bon équilibre, où il faut savoir résister au travail de sape d’une mer particulièrement vicieuse.

Il en est aussi quelques uns qui, débarrassés de la pression que l’on colle aux favoris, ne boudent pas leur plaisir d’être en mer. Arnaud Boissières confiait qu’il s’adaptait avec aisance au rythme très particulier qu’impose la navigation dans les mers du sud. Entre bricolage, siestes, et petits plats, le navigateur arcachonnais continue de mener bon train son Akena Vérandas, au point de venir menacer les positions de Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) ou de Dee Caffari (Aviva). La navigatrice britannique avait, quant à elle, d’autres raisons de se réjouir. Naviguant au large de la Nouvelle Zélande, elle a eu la surprise de voir un avion de tourisme venir la survoler, avec à son bord, quelques amis des antipodes. Emotion et larmes de joies garanties, le bonheur est parfois simple comme un coup d’aile.

Les 5 premiers au pointage de 16h00
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 9626,6 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 93,6 milles du premier
3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 280 milles du premier
4- Vincent Riou (PRB) à 524,5 milles du premier
5- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 527,7 milles du premier

Classement des premiers étrangers
8- Sam Davies (Roxy) à 1562,1 milles du premier
10- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 2223,9 milles du premier
11- Dee Caffari (Aviva) à 2297,4 milles du premier

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Desjoyeaux et Jourdain s envolent

Roland Jourdain - Veolia Environnement
DR

Les oracles de Jean Le Cam (VM Matériaux) l’avaient prédit depuis dimanche. Les conditions météo actuelles favoriseront les deux premiers qui en profiteront pour creuser l’écart. Et quels écarts ! Relégué à 337 milles du leader, Le Cam a perdu 150 milles en deux jours. L’addition est encore plus salée pour les deux suivants, Vincent Riou (PRB) et Armel Le Cléac’h (Brit Air). Ils ont respectivement concédé 240 et 300 milles en 48 heures ! Les deux inséparables espéraient ne pas avoir plus de 400 milles de retard au passage du Cap Horn début janvier pour rester dans le match sur la remontée de l’Atlantique. Avec 641 et 687 milles à combler au classement de 5h00 mardi, leurs espoirs se réduisent comme peau de chagrin. Et les écarts actuels de vitesse vont augmenter ce trou toute la journée. Roland Jourdain (Veolia Environnement), le plus rapide ce matin avec une moyenne de 19,1 nœuds, filait même 7 nœuds plus vite que son compère Le Cam !

Après les abandons hier de Sébastien Josse (BT), safran endommagé, et du Canadien Derek Hatfield (Algimouss Spirit of Canada), barres de flèche cassées, ils ne sont plus que seize concurrents en course. Les conditions météo, toujours musclées dans le grand sud, sont néanmoins nettement plus maniables qu’en fin de semaine dernière, lorsque la mer déchaînée a mis KO les deux navigateurs et leur monture. En sixième position, Jean-Pierre Dick (Paprec-Virbac 2) doit être ravi d’avoir empanné cette nuit. Cela va lui permettre de soigner plus facilement son safran tribord dont la réparation nécessite sa plus grande attention. Le skipper niçois ne cachait pas hier sa fatigue physique et morale de devoir sans cesse bricoler son gouvernail plutôt que de s’occuper de sa stratégie de course. Mais il peut au moins se réjouir et se féliciter d’être toujours en course, à la même place qu’il y a quatre ans.

Au sud-est de la Nouvelle-Zélande, Arnaud Boissières (Akena Vérandas) frappent à la porte du Top 10. Ce matin, il n’était plus qu’à 1,7 mille de la dixième place occupée par la Britannique Dee Caffari (Aviva). Et à 5000 milles derrière le leader, Norbert Sedlacek (Nauticsport Kapsch) et Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) s’apprêtent aujourd’hui à franchir la longitude du cap Leeuwin, deux semaines jour pour jour après Michel Desjoyeaux (Foncia) qui avait pris les rênes de la course juste avant le cap australien.

Classement à 5h00 :
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 9397 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 73 milles du premier
3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 337 milles
4- Vincent Riou (PRB) à 641 milles
5- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 687 milles

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Le toboggan des antipodes

Marc Guillemot - Safran
DR

Ils n’en parlent pas encore beaucoup, mais il devient de plus en plus clairement l’objet de leurs pensées. A moins d’une semaine de mer pour les premiers, le Cap Horn commence à se profiler dans les têtes. D’abord, parce que l’île Horn marque une frontière psychologique d’importance : une fois dépassée l’extrémité de la Terre de Feu, les solitaires en mettant du nord dans leur cap se débarrassent de leur manteau d’angoisses contenues. Mais aussi, parce que véritable frontière météorologique, cette transition autorise les hypothèses les plus optimistes : pour les premiers, ce peut être l’occasion d’enfoncer un peu plus le clou de leur domination quand, pour leurs poursuivants, se profile l’espoir d’une zone tampon qui permettrait de recoller et qui sait, de reprendre la main…

Carpe diem
Pour l’heure, il s’agit avant tout de profiter de l’instant présent, d’engranger goulûment les milles, de retrouver les plaisirs de la glisse. C’est surtout l’occasion de vérifier que de l’autre côté du monde, il existe aussi des heures paisibles et des instants de grâce. De ces journées-là, ils ne témoigneront que peu, si ce n’est entre eux ou avec quelques intimes, capables de les comprendre au-delà des mots. Les bonheurs simples sont souvent plus difficiles à raconter que certaines épopées fantastiques. La carène qui glisse en douceur, qui accélère en dévalant la houle, la vague qui se forme des deux côtés de l’étrave et qui prend du volume tout en léchant les flancs du navire, sont autant d’instantanés que l’on garde en mémoire sans pour autant se payer de grands mots…

S’il en est deux qui peuvent goûter ce bonheur sans retenue, ce sont bien Michel Desjoyeaux (Foncia) et Roland Jourdain (Veolia Environnement). Le trou qu’ils ont creusé sur leurs poursuivants commence à leur garantir une certaine sérénité… Et ce, même si Jean Le Cam (VM Matériaux) estimait quant à lui que la punition aurait pu être plus sévère : lui-même possédait en 2004 un matelas confortable de près de 300 milles sur ses deux poursuivants, Vincent Riou et Mike Golding, au passage du Cap Horn. Que l’histoire se répète, en changeant de distribution des rôles, ne serait pas pour lui déplaire.
Plus à l’arrière, Vincent Riou (PRB) et Armel Le Cléac’h (Brit Air) ont retrouvé une vitesse appréciable même si l’écart qui les sépare des premiers se monte à plus de 550 milles. Pour le vainqueur du Vendée Globe 2004, il s’agit avant tout de continuer à naviguer proprement et d’attendre que son heure vienne.

Un peu plus loin, Sam Davies (Roxy) et Marc Guillemot (Safran) continuent de connaître des heures contrastées. La jeune Britannique que rien ne semble pouvoir atteindre, continue son tour du monde initiatique avec un bonheur communicatif et s’installe de plus en plus confortablement au sein du top ten. Marc, quant à lui, continue d’osciller entre déconvenues et bonheurs du jour. Sans être Horace ni Ronsard, le navigateur trinitain ne veut pas perdre une miette de cette formidable aventure humaine. Steve White (Toe in the Water), élu marin du mois en Grande-Bretagne, continue de mener sa course toute en équilibre. Le navigateur tentait de réparer son vit-de-mulet brisé quand son compatriote Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) déplorait à nouveau des soucis d’alternateurs. Des bricoles au regard de la déception de ceux qui ont laissé leurs espoirs le long d’un quai de Fremantle, de Port Elizabeth ou des Sables d’Olonne ; on conçoit mieux pour ceux qui restent en mer, qu’il soit parfois difficile de se plaindre.

Les 5 premiers au pointage de 16h00
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 9233,6 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 58 milles du premier
3- Jean Le Cam (VM Matériaux) à 342,9 milles du premier
4- Vincent Riou (PRB) à 551,9 milles du premier
5- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 559,5 milles du premier

Classement des premiers étrangers
7- Sam Davies (Roxy) à 1638,4 milles du premier
9- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 2291,4 milles du premier
11- Dee Caffari (Aviva) à 2380,3 milles du premier

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Coville : Le Cap Horn avec un peu moins de 5 jours de retard sur Joyon

Thomas Coville - Sodebo
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Des surnoms pas forcément usurpés comme c’est le cas ce soir avec « une mer très forte dans des vents qui passent brutalement de 12 à 30 nœuds ». Des conditions au final relativement maniables après ce qu’il vient d’endurer. Le skipper de Sodeb’O a vécu ces derniers jours des heures particulièrement éprouvantes.

Tout a commencé par deux jours de veille à slalomer dans des zones de glace avec potentiellement des risques très importants où « on a trouvé un trou de souris entre deux amas ». Il faut imaginer la tension qui règne à bord : « Tu vas très vite et tu as des glaces tout autour de toi avec une visibilité très réduite. On avait prévu un renforcement du vent qui s’est manifesté sous la forme d’une dépression très creuse avec des rafales à 50 nœuds et une mer croisée et dure. Ce fut difficile pendant 24 à 36 heures à naviguer dans des creux de six à huit mètres.

Tu dévales en bas de la vague, tu es déventé, alors qu’en haut il y a 40 à 50 nœuds qui te font partir dans des surfs où tu ne gères plus. La vague suivante te catapulte ou te met de travers. C’est une situation très impressionnante, à tel point que le pilote s’est mis deux fois en vrille. Le bateau est parti à l’abattée dans une vague et là j’ai vraiment cru que j’allais chavirer. J’ai dérapé sur le côté de la vague, la bôme est passée de l’autre côté et à de nouveau tout arraché sur son passage.

Après le passage de cette dépression, j’ai voulu renvoyer de la toile dans le vent qui mollissait pour éviter que le flotteur au vent ne cogne trop et là, je me suis fait prendre dans une rafale à 50 nœuds. Le mouvement de la vague a fouetté la grand voile qui s’est dégonflée puis regonflée. Au final, quatre lattes de cassées ». Il faut savoir que changer les lattes tout seul sur un multicoque est une opération titanesque. La plus petite mesure cinq mètres et la plus grande neuf mètres. Ce qui pour Thomas a représenté sept heures de travail, le tout dans un froid à attraper des engelures au bout des doigts.

Passer le Cap Horn en multicoque et en solitaire ? Le skipper de Sodeb’ O reconnaît sa satisfaction : « Même si le retard que j’ai me ronge, je garde en moi cette détermination et la satisfaction d’être avec un bateau avec lequel je me sens très bien, un bateau qui réagit parfaitement, qui n’a subi que des avaries minimes malgré les conditions très dures. De passer le Horn avec Sodeb’O me fait un plaisir immense. Le Horn, c’est une sorte de délivrance. De Bonne Espérance au Horn, s’il t’arrive une tuile, tu es dans une situation très critique surtout dans un programme de solitaire et de record où tu n’as autour de toi que la solitude. En multicoque, tu es très exposé.

Après le Horn, tu as une côte, du trafic. La pression est différente et te permet d’être dans un autre état d’esprit. Quand on voit l’état de la flotte du Vendée Globe, on peut être fier du bateau que nous avons construit. Je comprends aussi mieux pourquoi Groupama 3 s’est détruit l’hiver dernier. On est dans une période météo difficile avec des enchaînements violents et très rapides. Quand tu es dans un seul système, il ne se crée pas une telle mer. Alors que quand tu vis avec une succession de dépressions, la mer devient très chaotique et très dure ». Et le skipper de Sodeb’O de conclure à quelques milles de la fin d’un Pacifique qui n’en porte que le nom : « On n’est vraiment pas fait pour vivre dans ces endroits là ».

IDEC avait mis 35 jours, 12 heures et 36 minutes pour franchir ce troisième grand cap. Même si Sodeb’O a mis environ 40 jours à rallier le Horn, son écart avec le détenteur est passé désormais de 1314 milles.

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Josse se déroute vers la Nouvelle-Zélande

Josse BT
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Sébastien Josse était l’un des grands animateurs de ce 6e Vendée Globe et a occupé la tête de la course pendant 8 jours. Il était en troisième position vendredi lorsqu’au plus fort de la tempête, sous un grain à plus de 60 nœuds, son bateau s’est fait coucher par une vague encore plus violente que les autres. Depuis, il avait mis le cap au nord, vers des eaux plus calmes, afin d’établir un diagnostic précis des dégâts à bord. Outre la perte des instruments de tête de mât, il déplorait trois fissures sur son roof, une cloison endommagée et surtout son safran bâbord en travers de la route. Cinquième du Vendée Globe 2004 avec un ancien monocoque, il disposait cette année de l’expérience et des moyens pour rivaliser aux avant-postes. Il devrait mettre environ une semaine pour rejoindre la Nouvelle-Zélande, probablement Auckland.

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