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L’écart se creuse

Veolia Jourdain
DR

Coup dur pour Roland Jourdain (Veolia Environnement) qui ne cachait pas son moral en baisse à la vacation de dimanche midi. Le deuxième du classement ne peut rien faire pour empêcher Michel Desjoyeaux (Foncia) de creuser une avance de plus en plus confortable. Pendant que Desjoyeaux surfe à vive allure dans les alizés, Jourdain bataille dans une zone de grains et de pétole. En quatre jours, l’avance de Mich’ Desj’ a plus que doublé, passant de 230 à 484 milles. Fataliste, Jourdain garde néanmoins l’espoir. " la chasse au Desjoyeaux reste ouverte jusqu’à début février " ironise-t-il. Façon de dire que la course n’est pas encore finie. Le passage de l’équateur demain, et l’entrée à suivre dans le pot-au-noir peuvent justement inverser la tendance et permettre à Roland Jourdain de réduire son retard. La zone frontalière entre les deux hémisphères est actuellement occupée par un pot-au-noir actif et épais. De son côté, Michel Desjoyeaux se dit ni inquiet ni trop confiant. La météo ne lui paraît pas trop défavorable. Et il verrait d’un très mauvais œil qu’une avarie puisse inverser le cours de ce sixième Vendée Globe qu’il mène depuis 33 jours.

Derrière, les écarts se creusent également, à commencer par Armel Le Cléac’h (Brit Air), troisième et relégué à plus de 1000 milles du leader, contre 700 deux jours plus tôt. Idem pour Sam Davies (Roxy) et Marc Guillemot (Safran), aux prises avec des dépressions orageuses au large de l’Uruguay. Après le trio Brian Thompson (Bahrain Team Pindar), Arnaud Boissières (Akena Vérandas), Dee Caffari (Aviva), qui se tient en moins de 100 milles, le prochain concurrent à revenir dans l’Atlantique sera Steve White (Toe in the Water), la nuit prochaine. Le Britannique, bizuth des mers du sud, mérite ses galons de cap-hornier tant il bataille depuis des semaines pour maintenir son vieux bateau en état. Dernière opération en date, l’affalée de la grand-voile aujourd’hui pendant plusieurs heures pour changer un chariot défaillant.

Les trois derniers solitaires ont encore du mille à courir avant de contourner le continent sud-américain. Rich Wilson (Great American III), le doyen de la course, a vécu 48 heures horribles. Une " punition " avec port du casque obligatoire à l’intérieur pour ne pas se blesser. Au contraire, les conditions sont presque trop clémentes pour les deux derniers qui progressent doucement en bordure d’un anticyclone inhabituel dans les Quarantièmes Sud. Ce soir, ils concèdent près de 7000 milles de retard sur le leader, soit l’équivalent de la distance entre le Cap Horn et l’arrivée…

Voix du large…

Michel Desjoyeaux, Foncia, à la vacation du jour : « Là, je suis plus rapide que Bilou (Jourdain), donc l’écart va encore se creuser un petit peu, puis je vais ralentir en arrivant dans le pot-au-noir. On n’a pas une situation très académique et il sera peut-être un peu meilleur pour Bilou. De ce que j’en comprends, il est très bordélique et pas vraiment de saison. Derrière, il y a les Alizés qui nous attendent et ça risque d’être musclé. On prévoit une arrivée pour le 1er février, on va voir comment ça va se passer. Il y a des choses qu’on ne m’enlèvera pas : notamment, tout ce que j’ai fait jusqu’à présent, mais ce serait bien d’aller jusqu’au bout de la démarche. Après, la vie est faite d’impondérables… »

Roland Jourdain, Veolia Environnement, à la vacation du jour : « C’est dur. Je pensais que je rentrais dans le bon wagon, puis Mich’ est parti et moi je suis resté. Un mauvais dimanche… Enfin, je n’ai pas à me plaindre, on est dans un beau pays. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir et j’ai jusqu’à l’arrivée pour aller le plus vite possible. Ce qui sous-entend, aller plus vite que l’autre, mais ça va être dur. Pourtant, le Pot-au noir va être plus éprouvant pour lui que pour moi. La chasse au Desjoyeaux est ouverte jusqu’à février, après on ferme, mais on la fera jusqu’au bout. »

Arnaud Boissières (Akena Verandas) à la vacation du jour : « Là, ça va, le temps est beaucoup plus clément qu’il y a quelques jours. Le fait d’avoir Brian (Thomson) devant et Dee (Caffari) derrière, ça met du piment, même pour eux. Je pense que c’est bien, on a une dynamique à nous. On s’est beaucoup écrit pendant le coup de vent. Brian (Thomson) a été très sympa, il nous a donné les conditions qu’il avait, car il était devant nous…. Sinon, j’ai croisé des pêcheurs hier soir, là où je ne m’y attendais pas, c’était génial. Le ciel est maintenant assez chargé, c’est gris et il pleut un petit peu. Mais j’ai changé mes bottes de légionnaire contre des bottes de danseuse, c’est quand même plus agréable ! »

Classement de 16h00 :
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 3526 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 484 milles du premier
3- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 1065 milles
4- Sam Davies (Roxy) à 1852 milles
5- Marc Guillemot (Safran) à 2149 milles
6- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 2832 milles
7- Arnaud Boissières (Akena Vérandas) à 2889 milles
8- Dee Caffari (Aviva) à 2926 milles
9- Steve White (Toe in the Water) à 3849 milles
10- Rich Wilson (Great American III) à 5225 milles
11- Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) à 6931 milles
12- Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) à 6936 milles
RDG Vincent Riou (PRB), 3e.
(30 concurrents au départ. RDG = réparation accordée par le jury)

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Rendez-vous dans le Pacifique

Sedlacek Nauticsport-Kapsch
DR

Il y a les rendez-vous d’affaires, les rendez-vous galants et les rendez-vous au milieu du Pacifique Sud ! Sur ce Vendée Globe, les destins de Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) et Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) sont liés. Si l’un a un problème, c’est l’autre qui lui viendra en aide le premier. Une solidarité des gens de mer doublée d’une connivence de vivre la même aventure. Et parfois les mêmes galères. En bons voisins courtois qu’ils sont, ils ont donc décidé de se rendre visite. A moins de 70 mètres l’un de l’autre, ils se sont filmés, pris en photos et ont discuté des heures à la VHF. Une rencontre insolite au milieu de nulle part et qui reste pour l’instant, selon le navigateur autrichien, comme la plus belle journée de son Vendée Globe…

Dans l’agenda de Michel Desjoyeaux (Foncia), pas de rendez-vous en vue avec son compère Roland Jourdain (Veolia Environnement). Depuis 32 jours, Desjoyeaux mène cette course de main de maître. Et depuis 32 jours, Jourdain s’accroche dans son sillage avec le secret espoir de revenir à hauteur du leader. Mais en touchant pour de bon les alizés de Sainte-Hélène, Mich’ Desj’ a remis un coup d’accélérateur. Pointé ce matin à 14 nœuds (contre 11,8 pour Jourdain), il a également repris 60 milles d’avance depuis 24 heures (de 270 à 330 milles). Dès que Jourdain touchera à son tour la rotation du vent du nord-est à l’est, il pourra remettre du charbon et stabiliser son retard. Pour lui, la prochaine opportunité météorologique de revenir sur le leader s’appelle le pot-au-noir dans environ trois jours.

Après 24 heures particulièrement difficiles, le trio Brian Thompson (Bahrain Team Pindar), Arnaud Boissières (Akena Vérandas) et Dee Caffari (Aviva) semble sorti d’affaire. Ces trois-là peuvent d’ores et déjà prendre rendez-vous aux Sables d’Olonne pour se raconter comment ils ont chacun vécu – et admirablement négocié – la plus violente tempête de ce Vendée Globe. Le retour en Atlantique est enfin synonyme de soulagement. Arnaud Boissières va pouvoir célébrer dignement aujourd’hui, avec 24h de retard, son premier passage du Cap Horn qui restera à jamais ancré dans sa mémoire comme l’un de ses plus forts souvenirs de mer. " Une journée extraordinaire " a-t-il écrit cette nuit. On veut bien le croire…

Classement à 5h00 :
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 4048 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 330 milles du premier
3- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 775 milles
4- Sam Davies (Roxy) à 1618 milles
5- Marc Guillemot (Safran) à 1942 milles
6- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 2657 milles
7- Arnaud Boissières (Akena Vérandas) à 2775 milles
8- Dee Caffari (Aviva) à 2812 milles
9- Steve White (Toe in the Water) à 3634 milles
10- Rich Wilson (Great American III) à 5114 milles
11- Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) à 6671 milles
12- Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) à 6672 milles
RDG Vincent Riou (PRB), 3e.
(30 concurrents au départ. RDG = réparation accordée par le jury)

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Le Cam-Riou, une aventure humaine et maritime incroyable

Le Cam sauve par Riou
DR

Le chavirage

Jean Le Cam, skipper de VM Matériaux : « Il était 1 heure du matin, le 6 janvier. Je progressais, par 56 degrés sud, en approche du cap Horn et je venais d’empanner à l’endroit le plus sud de la course. Je profitais d’une bascule de vent, j’étais content, je n’avais plus qu’à matosser : la vie était belle. J’ai reçu un appel de Vincent et au cours de notre discussion, j’ai senti un choc : un choc pas banal, un choc grave. Le bateau a commencé à avoir des attitudes bizarres. J’ai donné ma position à Vincent, mais j’ai dû parler dans le vide : la communication était coupée. J’ai alors appelé Michel Ollivier (project manager de l’équipe de Jean) qui a pu prévenir la Direction de Course, puis, en 30 secondes le bateau a chaviré. J’ai réussi à fermer une porte, mais pas la deuxième par laquelle le bateau se remplissait d’eau. Je me suis alors organisé pour la suite. J’ai récupéré dans ce qui flottait tout ce qui était nécessaire pour ma survie : une caisse de nourriture, de l’eau, des vêtements secs dans un sac sous vide et une TPS (combinaison de survie), mon pouf « Igor », une polaire trempée que j’ai essorée. Je suis allé me réfugier dans le compartiment à l’avant du mât. La trappe a cédé et j’ai progressé vers l’étrave… Ma première des priorités a été de lutter contre le froid : si tu as froid, tu pars en hypothermie et tu crèves… »

Vincent Riou, skipper de PRB : « Suite à notre conversation qui a vite tourné court, je ne me suis pas posé de questions… Cela arrive souvent lors des appels téléphoniques par Iridium. Mais j’avais un mauvais pressentiment et quand la Direction de Course m’a contacté pour me donner la position de Jean et me demander de me dérouter, je m’apprêtais à prendre des nouvelles… »

Denis Horeau, Directeur de Course du Vendée Globe : « Michel Ollivier m’a appelé à 1h16 pour me dire que Jean était en train de chavirer. Nous avons demandé à Vincent Riou et Armel Le Cléac’h de se dérouter. Nous nous sommes aussi mis immédiatement en relation avec la Marine et les secours chiliens, qui ont formidablement réagi en évaluant les moyens dont ils disposaient sur la zone du chavirage. Le pétrolier qui l’a rejoint, et qui  a permis de guider Vincent et de l’aider à repérer le bateau retourné, a apporté une aide très précieuse. Tous les marins en mer se sont révélés extrêmement réactifs. »

Le sauvetage

Vincent Riou : « Je n’ai aperçu le bateau que quand j’étais à 0,6 mille environ. Cela faisait une demi-heure que j’étais pourtant accroché à mes jumelles… Je ne voyais rien dans ces conditions de mer difficiles. La présence du pétrolier m’a bien aidé et quand j’ai enfin vu VM Matériaux, j’ai rassemblé des trucs (boîtes de conserve, etc…) pour les envoyer sur la coque afin me faire connaître. Nous n’avions aucune nouvelle et la première des priorités était de s’assurer que Jean était bien à bord. J’ai dû m’y reprendre à plusieurs fois, et au 3ème passage, j’ai entendu une voix et surtout j’ai vu le petit spectacle de pyrotechnie de Jean avec la fusée parachute qu’il a envoyée à travers le passe coque ! Il savait à présent que j’étais là et il fallait que je reste à tout prix à côté de lui en multipliant les empannages au plus près. Quand Armel est arrivé, il a pris le relais autour du bateau de Jean afin que je transmette des informations à la Direction de Course. J’ai envoyé des photos pour montrer que la trappe de survie était immergée et que les opérations de secours, l’intervention de plongeurs notamment, seraient difficiles. J’ai de nouveau pris le relais quand Armel a rencontré des soucis de moteur et au bout de 3-4 tours, j’ai vu des caisses sortir du bateau par l’arrière et la trappe de survie qui flottait. Et là, j’ai vu le bonhomme sortir et se hisser sur la coque en bonne position : debout le  long du safran. J’ai alors préparé mes armes et fait plusieurs approches. Dès que je le lâchais des yeux, j’étais inquiet. Il fallait que je gère trois paramètres : la trajectoire, la vitesse du bateau et le bout à lancer pour que Jean puisse s’amarrer. J’avais la bonne distance et quand j’ai entendu un « crac », je ne me suis même pas retourné…  »

Le cap Horn en double

Jean Le Cam : « Cela reste une histoire exceptionnelle. J’ai même fait un film de notre passage en double du cap Horn à bord de PRB. J’étais le réalisateur et je voulais qu’on le passe au plus près ! Imaginez un peu : je perds mon lest au cap Horn et qui vient me récupérer ? Vincent, celui qui était mon concurrent direct lors de la dernière édition du Vendée Globe. Ensuite, 24 heures après, il y a eu le démâtage de PRB. Je me suis senti pire qu’horriblement gêné  : même si en revenant à l’origine des choses et au fait que c’est à cause d’un container ou d’un OFNI que mon bateau a percuté, j’a senti que ce démâtage était de ma faute : en tout cas généré par les manœuvres effectuées par Vincent pour me secourir. »


Ushuaia

Vincent Riou : « PRB est au mouillage à Ushuaia. Nous avons imaginé différentes solutions. Mais vu les conditions il était inimaginable d’installer un gréement pour un retour en convoyage. Il est donc en attente d’un cargo, qui va le ramener en Europe. A priori, il doit être embraqué entre le 20 et le 25 janvier. J’essaye de ne pas penser à la suite de la course et à la remontée de l’Atlantique que j’attendais avec impatience. J’essaye d’oublier cet épisode, même si je n’ai aucun regret. Quand on prend le départ du Vendée Globe, on s’engage totalement. On sait qu’il faut être capable de faire preuve d’autonomie : pour soi et pour le groupe. Nous partons naviguer dans des mers difficiles, cela fait totalement partie du jeu d’être récupéré par un concurrent comme d’aller en sauver un… Avec Jean, nous allons faire un rapport sur tout ce qui s’est passé, mettre à plat nos réflexions pour que le collectif tire le maximum d’informations de ces événements et de cette expérience. Isabelle Autissier doit même écrire l’histoire pour nous… »

La solidarité prime avant tout

Jean Le Cam : « Avant tout, je voulais remercier tout le monde pour tous les messages de soutien que nous avons reçu à la maison et auxquels nous n’avons pu répondre. Ils m’ont beaucoup marqué par leur sincérité et leur profondeur. C’est rassurant de voir que dans ces moments difficiles, on peut croire en l’être humain. Nous avons vécu une aventure humaine incroyable, où la solidarité prime avant tout et sur tout. Pour le reste, j’ai bien l’intention de participer au prochain Vendée Globe. Déjà avant le départ, j’en parlais. Mais avec tous ces événements, il est d’autant plus clair que je ne souhaite pas en rester là … »

Réaction de Jean-Charles Chaigne, … VM Matériaux

« Le 6 janvier, nous avons vécu une journée difficile et nous n’avons été soulagés que quand Jean a été récupéré par Vincent. C’est une histoire incroyable qui s’est écrite et que nous avons vécue en direct, de celles qui font le mythe du Vendée Globe. Tous nos sincères et chaleureux remerciements vont à Armel Le Cléac’h et bien sûr à Vincent Riou, qui n’a pas hésité à mettre son bateau en danger. Nous sommes aussi très reconnaissants envers la Direction de Course, qui s’est montrée très professionnelle dans la gestion des secours, comme dans la communication. Pour le reste, c’est notre 3ème Vendée Globe, nous mesurons pleinement l’image dont bénéficie cette course et nous restons très attachés aux valeurs, notamment la solidarité, véhiculées par la voile. Il serait aussi malvenu de ne pas apprécier les retours et les effets positifs de l’Odyssée de VM Matériaux qui a débuté en 2006 avec Jean Le Cam. Nous sommes ravis de notre participation. »

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Faire le dos rond

gros temps sur Foncia Desjoyeaux
DR

Depuis 16h30 jeudi après-midi, Brian Thompson (Bahrain Team Pindar), 6e de ce Vendée Globe, a mis sa course entre parenthèses. Arrivé à l’extrémité est de l’île des Etats, il a compris que Neptune ne le laisserait pas passer. Face à des vagues de plus en en plus grosses (7 à 9 mètres de creux) et un vent de nord de force 11 avec des rafales possibles de 70 à 85 nœuds, le skipper britannique, en bon marin, a fait demi-tour pour s’abriter sous le vent de l’île des Etats en attendant que la tempête poursuive son chemin vers le sud-est. Depuis jeudi après-midi, il zigzague donc à vitesse quasi nulle, grand-voile à 4 ris et le tourmentin prêt à l’emploi (plus petites voiles du bord), le long de la côte sud de cette île qui marque la pointe orientale de la Terre de Feu. Derrière lui, Arnaud Boissières (Akena Vérandas) a franchi la longitude du Cap Horn cette nuit à 0h25, à 45 milles dans le sud du rocher. Trop tard pour espérer rejoindre son prédécesseur britannique à l’abri des îles. Du coup, il a opté pour un cap au sud-est afin d’éviter la zone la plus forte de la tempête qui se trouve au nord. Arnaud attend ainsi la rotation du vent au sud-ouest pour reprendre sa route vers l’arrivée. Autre stratégie pour Dee Caffari (Aviva). Handicapée par une grand-voile endommagée, la Britannique progresse tout doucement à 45 milles dans le sud-ouest du Cap Horn. Elle attend sûrement elle aussi que le vent redevienne portant dans la journée de vendredi pour franchir le mythique rocher. Mais une fois le pire de la tempête passé vendredi, le fort vent de sud-ouest combiné avec la mer croisée (houle de nord et vagues de sud-ouest) rendront encore la navigation délicate pendant quelques dizaines d’heures. Vivement dimanche…

Changement de décor en tête de course où Michel Desjoyeaux (Foncia), sous les tropiques, poursuit son cavalier seul devant son ami Roland Jourdain (Veolia Environnement). A 250 milles au large de la ville brésilienne de Porto Seguro, où débarquèrent les premiers explorateurs portugais en 1500, il poursuit sa remontée plein nord vers l’équateur, à 1000 milles devant son étrave, l’équivalent de quatre à cinq jours de navigation. En troisième position, Armel Le Cléac’h (Brit Air) est ralenti par des vents de nord qui le contraignent à naviguer au près dans une mer formée. Ambiance rodéo garantie ! Pour une partie de la flotte, cette remontée de l’Atlantique ressemble sérieusement à une longue ascension…

Classement à 5h00 : 
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 4313 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 270 milles du premier
3- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 687 milles
4- Sam Davies (Roxy) à 1614 milles
5- Marc Guillemot (Safran) à 1964 milles
6- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 2578 milles
7- Arnaud Boissières (Akena Vérandas) à 2741 milles
8- Dee Caffari (Aviva) à 2762 milles
9- Steve White (Toe in the Water) à 3660 milles
10- Rich Wilson (Great American III) à 5012 milles
11- Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) à 6604 milles
12- Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) à 6622 milles
RDG Vincent Riou (PRB), 3e.
(30 concurrents au départ. RDG = réparation accordée par le jury)

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Vent glacial de face jusqu’à Qingdao

Telefonica Black
DR

Selon les dernières prévisions le départ devrait se passer mieux que prévu avec un vent modéré de nord/nord-ouest permettant aux bateaux de quitter le Détroit de Singapour et d’entrer dans la Mer de Chine du Sud. Une fois au large, on peut imaginer une longue série de virements de bord au près ou au mieux au largue pour progresser vers la Chine, mais il faudra également se frayer un passage entre les nombreuses îles sur la route. 

Coment passer Taïwan?

La première grande option tactique se situera au large de Taïwan avec un choix entre un passage par le détroit ou une navigation au large de l’île.  Le passage entre la Chine et Taïwan offrirait un angle de vent plus favorable, mais à l’extérieur les VO70 pourraient éventuellement profiter des courants plus favorables pour les propulser vers le nord-est.  Cependant, avec un vent fort dans l’autre sens la mer risquerait d’être désordonnée à ‘ouest de Taïwan…  Plus au nord, on retrouve souvent des dépressions se déplaçant d’ouest en est apportant des vents forts, de la pluie battante ou de la neige en abondance. 

A l’approche de Qingdao avec un vent glacial et des températures nocturnes en dessous de zéro, c’est le froid qui sera notamment éprouvant pour les équipages avec même la menace de glace sur le pont et des winches gelés.  Autre fait marquant de cette étape, les journées seront courtes (une dizaine d’heures vers Qingdao) et le soleil risque de se déclarer aux abonnés absents.

J.P.

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Jeu de l’élastique entre Desjoyeaux et Jourdain

Veolia VG 2008
DR

Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) a doublé le Cap Horn ce matin à 4h15. La flotte de concurrents encore en course est désormais scindée en deux, entre Atlantique et Pacifique. Six solitaires remontent vers Les Sables d’Olonne quand six autres rêvent de Cap Horn et de retour dans un océan plus clément. Pour Arnaud Boissières (Akena Vérandas) et Dee Caffari (Aviva), les deux prochains candidats au passage du cap cet après-midi et ce soir, la symbolique du Horn ne sera pas synonyme de soulagement à cause d’une tempête qui les attend vers l’île des Etats. Plus au nord, devant des spectateurs insolites répartis sur un bateau de pêche, un petit cargo et un paquebot, Marc Guillemot (Safran) a salué de loin les Malouines après une réparation exténuante de son rail de mât. Les douze travaux de Guillemot n’entament pas la motivation du marin trinitain qui a passé plus de quatre heures perché dans son mât avec 30 nœuds de vent. Sans parler du froid qui règne dans ces latitudes. Dans ces conditions, le moindre geste est une épreuve…

En tête depuis maintenant 30 jours, Michel Desjoyeaux (Foncia) a repris – comme il l’avait prévu – une trentaine de milles cette nuit sur son plus tenace adversaire Roland Jourdain (Veolia Environnement). Mais Jourdain n’a pas eu besoin semble-t-il d’enchaîner les virements de bord pour traverser la dorsale anticyclonique qui avait tant ralenti Mich’ Desj’ hier. Derrière le duo de tête, Armel Le Cléac’h (Brit Air), après une journée à batailler dans les petits airs, a enfin touché les alizés de Sainte-Hélène. Les chaleurs tropicales ne sont plus qu’une question d’heures…

Classement à 5h00 : 
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 4497 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 263 milles du premier
3- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 718 milles
4- Sam Davies (Roxy) à 1654 milles
5- Marc Guillemot (Safran) à 2063 milles
6- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 2521 milles
7- Arnaud Boissières (Akena Vérandas) à 2692 milles
8- Dee Caffari (Aviva) à 2750 milles
9- Steve White (Toe in the Water) à 3818 milles
10- Rich Wilson (Great American III) à 4986 milles
11- Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) à 6661 milles
12- Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) à 6664 milles
RDG Vincent Riou (PRB), 3e.
(30 concurrents au départ. RDG = réparation accordée par le jury)

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Sidney Gavignet : “Puma peut revenir”

Puma
DR

Sydney, dans quel état d’esprit abordez vous cette étape vers la Chine?

On s´apprête à partir pour la Chine dimanche. Cela va être une étape d´une dizaine de jours avec beaucoup de vent de face. Les conditions vont donc être a priori difficiles.  Pour parer à toute éventualité, nous avons essayé pour la première fois depuis le début de la course, notre tourmentin, le J5. On ne se sert pas beaucoup de ces voiles tempêtes, même si elles sont toujours dans l´inventaire du bateau et parfois on ne sait même plus quelles drisses utiliser, ni comment les régler. Sur Il Monstro, nous sommes contents car nous sommes parfaitement prêts pour le départ. Le bateau est déjà à moitié chargé à l´exception de la nourriture et des sacs personnels. C´est toujours agréable de se sentir bien dans le timing et de ne pas courir après le temps, ce qui est toujours une source de stress et de fatigue.

Et la température ?

 On ne sera pas tout de suite dans le grand froid, mais c´est vrai qu´il va faire très très froid à l´arrivée avec de l´eau à 5°. Mais il faut relativiser car deux ou trois jours avant Qingdao, nous serons dans des eaux à 20°. Mais il ne faut pas paniquer. Avec des gants, un  cache-nez et des grosses bottes pour mettre des grosses chaussettes, cela va. A mon avis on va survivre (rires).

Un mot sur les conditions de navigation ?

C´est le point le plus important. Sur cette étape, il va falloir vraiment rotéger les bateaux car nous allons avoir un fort courant contre le vent. Cela veut dire une mer dangereuse et très hachée.  Il y a une autre source de souci sur cette étape de 2 500 milles, c´est une zone au large des Philippines, parsemée de rochers, qui est très mal cartographiée.  Il est fortement déconseillé d´y naviguer la  nuit. Le jour on peut voir les brisants mais la nuit il y a pleins de récifs qui manquent sur le peu de relevés disponibles. Donc nos routeurs s´aident de Google Map et de cartes électroniques basées sur des cartes chinoises qui sont introuvables sur le marché. Ce sera la partie la plus stressante du parcours.

Votre sentiment sur la 3ème place de Puma au classement général ?

En arrivant à Singapour, j´étais un peu frustré malgré notre 2ème place d´étape. Je trouvais qu´on avait mal géré certains points et qu´on aurait pu faire beaucoup mieux. Mais ce sentiment est vite passé car j´ai vite relativisé. En 5 manches, nous avons faits une fois 5ème , une fois 3ème  et trois 2ème, notamment sur les deux dernières manches. Mais c´est normal qu´à ce niveau de compétition on ait toujours envie d´être au top tout le temps. Mais les autres aussi pensent la même chose ! Il faut donc prendre du recul et voir que la course est longue, qu´il reste 16 occasions de marquer des points, entre les étapes, les in ports et les points de passages. C´est autant d´opportunités de revenir sur les deux premiers qui ne sont de toute façon par très loin de nous au général. Et surtout  se rappeler qu´on a une chance exceptionnelle de participer à une telle aventure humaine et maritime. C´est ce que je me dis tous les jours.

 

Profil de l´étape :

 

.- Le départ ne devrait pas être trop rude puisque Singapour se situe souvent dans la zone du Pot au Noir. Il faudra donc que les équipages réussissent plutôt à s´extirper des zones de calmes, des cargos et ils croiseront probablement quelques bonnes averses.

. – Pour les 1400 premiers milles, la stratégie sera assez évidente au près : faire la meilleure VMC (Vitesse à laquelle le bateau avance dans la bonne direction). Elle sera l´indice à surveiller sur un ‘terrain miné´, parsemé de récifs non cartographiés et d´iles politiquement disputées (Iles Spratly).

.-La seule décision majeure sera de franchir ou pas le détroit de Taiwan où des vents forts soufflent en quasi permanence : plus de 30 nœuds 1 jour sur 3. L´avantage de franchir le Détroit est de toucher plus rapidement les vents de Nord-Est. En revanche, pour ceux qui passeront à l´extérieur, le courant du Japon, qui longe la côte Est de l´île peut propulser les équipages jusqu’à 1 nœud de vitesse de + dans le bon sens. A l´inverse, le long des côtes chinoises, il les repoussera.

._A l´approche des côtes chinoises, les équipages devront se méfier des dépressions qui se développent au-dessus de la Chine et qui se dirigent vers la côte Est du Japon.

Ce sera donc un sérieux test d´endurance, notamment une fois entrés dans la mer Jaune. Les températures s´y refroidiront considérablement surtout en remontant au vent, la nuit. Vers la fin de l´étape, les équipages navigueront dans l´obscurité jusqu’à plus de 14 heures par jour. Les conditions pourraient être plus rudes encore que dans les mers du Sud Pacifique.

Classement général Provisoire après 5 manches

 

1-     Ericsson 4 – 39 points

2-     Telefonica Blue – 33,5 points

3-     Puma – 31 points

4-     Ericsson 3 – 24 points

5-     Green Dragon – 22,5 points

6-     Telefonica Black – 22  points

7-      Team Russia – 10,5 points – s´est retiré provisoirement de la course

8-     Delta Lloyd – 10 points

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Banque Populaire V : l’équipage est choisi

Banque Populaire V premiers bords
DR

Mis à l’eau le 26 août, démâté mi-novembre pour une vérification des premiers milles, Banque Populaire V a été remis en configuration navigation dès les premiers jours de janvier ; le temps d´un rapide chantier dont Ronan Lucas, Directeur du Team Banque Populaire, rappelle les enjeux : « Le but était avant tout de réaliser un bon check-up de l´ensemble des éléments du Maxi Banque Populaire V, de faire un tour complet de la plateforme mais également d´y apporter les améliorations que nous ont suggérées nos différentes navigations. Nous avons ainsi légèrement modifié le système de barre, le mât ou encore les appendices. Les choses sont allées assez vite et n´ont immobilisé le bateau qu´un mois et demi. Cette période a également permis aux membres du Team de prendre un repos bien mérité après une année 2008 très chargée. Nous sommes maintenant prêts pour reprendre l´entraînement avant le début du stand-by pour le premier record ».

Treize à bord

A partir du 28 janvier, l´ensemble de l´équipage du Maxi Banque Populaire V sera donc à Cadix, en attente de la meilleure fenêtre qui soit pour partir à l´assaut du premier grand rendez-vous : la Route de la Découverte. Mais avant de couper la ligne et de déclencher le chronomètre, Pascal Bidégorry et ses hommes auront profité du convoyage entre leur base lorientaise et le port espagnol pour effectuer une première navigation au large.

Ce ralliement en configuration course, voulu par le skipper basque, permettra de trouver ses marques. A quelques jours du grand départ, Pascal Bidégorry revient sur la méthode appliquée et les motivations qui lui permettent aujourd´hui de livrer cette fameuse liste des douze noms qui l´accompagneront dans cette première chevauchée : « Composer un équipage n´est pas chose facile. Il faut observer les bonnes doses d´ingrédients essentiels à la cohésion du groupe. Pour faire naître celui qui embarquera sur le Maxi Banque Populaire V, j´ai voulu m´entourer de garçons qui soient à la fois bons techniquement et sportivement, mais aussi qui soient attachés aux mêmes valeurs que les miennes. J´attends des hommes qui seront à bord de la qualité sportive, un sens aigu des responsabilités et bien sûr du savoir vivre. ». Partant de ce principe, le basque a donc souhaité s´entourer de fidèles, de marins expérimentés et de membres du Team Banque Populaire. Ainsi Ronan Lucas, Kevin Escoffier, Antoine Gautier et Ewen Le Clec´h quitteront-ils donc leur bureau à Lorient pour embarquer à bord de cette monture dont ils sont pour beaucoup dans la construction et la mise au point. Pascal Bidégorry embarque aussi de talentueux amis : Marcel Van Triest, Yvan Ravussin, Charles Caudrelier, Jean-Baptiste Le Vaillant, Philippe Touet ou encore Jérémie Beyou – disponible plus tôt que prévu suite aux problèmes rencontrés dans le Vendée Globe – seront de la partie. Enfin, pour compléter un tableau déjà très prometteur, Emmanuel Le Borgne, Florent Chastel et Sébastien Audigane seront également à mettre au rang des piliers de l´équipage. Parmi ces marins, deux sont actuellement détenteurs du temps de référence de le Route de la Découverte, le très expérimenté navigateur Marcel Van Triest et Sébastien Audigane, ce dernier ayant également à son actif le Trophée Jules Verne, au même titre que Florent Chastel qui totalise déjà deux records autour du monde en équipage. A eux treize, ces hommes écriront la première page du livre des records du Maxi Banque Populaire V.

La Route de la Découverte comme parcours inaugural

Première équation à résoudre : rallier Cadix en Espagne à San Salvador aux Bahamas en moins de 7 jours 10 heures 58 minutes 53 secondes. Dans le sillage de Christophe Colomb, le premier navigateur à avoir emprunté la voie, Pascal Bidégorry et ses hommes quitteront le port ibère pour une traversée de l´Atlantique d´est en ouest, en ayant soin de laisser Gran Canaria à tribord, avec l´objectif affiché d´établir un nouveau temps de référence sur la Route de la Découverte. Cette entrée en matière n´est pas sans pièges ainsi que le confirme le skipper basque : « Les conditions pour se sortir des côtes espagnoles, aller jusqu´aux Canaries et la navigation dans les alizés sont des paramètres que l´on peut anticiper. Par contre, les 900 derniers milles sont très délicats à négocier dans la mesure où le vent mollit dès que nous passons les Antilles. Il faudra donc tabler sur une très bonne première partie de course, sachant que la fin sera plus aléatoire. Le scénario idéal serait donc de partir avec un bon régime d´alizés portugais, pour se glisser sous un puissant anticyclone des Açores. »

L´équipage du Maxi Banque Populaire V sur la Route de la Découverte

Quart n°1

Pascal Bidégorry – Skipper et chef de quart

Kévin Escoffier – Barreur/régleur – Responsable du bureau d´étude du Team Banque Populaire

Charles Caudrelier – Deuxième barreur/régleur

Florent Chastel – Numéro Un – Membre du Team Banque Populaire – Détenteur du Trophée Jules Verne

Quart n°2

Sébastien Audigane – Chef de quart – Détenteur de l´ensemble des temps de référence du programme (Route de la Découverte, Atlantique Nord, Record de vitesse en équipage sur 24 heures et Trophée Jules Verne)

Jean-Baptiste Le Vaillant – Barreur/régleur

Antoine Gautier – Régleur – Membre du bureau d´étude du Team Banque Populaire

Ronan Lucas – Numéro Un – Directeur du Team Banque Populaire

Quart n°3

Yvan Ravussin – Chef de quart

Emmanuel Le Borgne – Barreur/régleur

Jérémie Beyou – Deuxième barreur/régleur

Ewen Le Clec´h – Numéro Un – Boat Captain des Trimarans Banque Populaire

Hors quart

Marcel Van Triest – Navigateur embarqué

Le programme de records du Maxi Banque Populaire V

La Route de la Découverte – Cadix (Espagne) – San Salvador (Bahamas)

Distance à parcourir : 3 884 milles

Temps de référence : 7 jours 10 heures 58 minutes 53 secondes

Début du stand-by : 28 janvier 2009

La Traversée de l´Atlantique Nord – New York – Cap Lizard

Distance à parcourir : 2 925 milles

Temps de référence : 4 jours 3 heures 57 minutes 53 secondes

Début du stand-by : 15 juin 2009

Le Trophée Jules Verne – Ouessant-Ouessant par les trois caps

Distance à parcourir : 21 760 milles

Temps de référence : 50 jours 16 heures et 20 minutes

Début du stand-by : début novembre 2009

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Arnaud Boissières se prépare pour la grosse tempête

Akena Verandas Arnaud Boissières
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Alors qu´il s´apprête à franchir le Cap Horn en fin d´après midi, Arnaud Boissières a le regard tourné depuis plusieurs jours déjà vers la tempête annoncée au sud de l´Argentine. Selon Sylvain Mondon, l´analyste de Météo France, elle pourrait souffler à plus de 80 nœuds et lever des creux de 8 à 10 mètres, c´est-à-dire qu´elle serait d´une violence comparable à celle qui avait traversé la France en décembre 1999. Ce serait alors la plus grosse tempête de cette édition qui tombe sur Arnaud et ses proches concurrents et l´une des plus grosses du Vendée Globe toutes éditions confondues. Déjà échaudé par les 60 nœuds rencontrés en début de semaine, Arnaud n´a de cesse depuis 24 heures de chercher la solution la plus sage pour affronter ce monstre.

Prévoir où s’abriter

Car même si ses propres prévisions sont moins alarmistes – il ne voit « que » 60 nœuds de Sud Ouest – le skipper d´AKENA Vérandas a pris toutes les précautions. Il a dressé une liste précise des zones où s´abriter en cas de besoin et tracé la route idéale même si la seule « astuce » est d´aller aussi vite que possible pour éviter le gros de la dépression. Le skipper est également en contact permanent avec Dee Cafari et Brian Thompson afin d´échanger le maximum d´informations sur l´évolution météo. Prudent, l´Arcachonnais a réalisé un check complet de son 60 pieds et placé le nécessaire de survie à portée de main, au cas où. Joint par téléphone vers midi, il avait la voix posée de l´homme prêt et ne ratait pas une miette du spectacle offert par la terre de feu et ses montagnes enneigées. Seule concession faite à la tempête, Arnaud a décidé d´attendre qu´elle soit derrière lui pour ouvrir l´ultime bouteille de vin embarquée. Elle était à l´origine destinée au passage du Cap Horn.

Interview d´Arnaud Boissières : 
Ce passage du Cap Horn prend une dimension particulière. Il y a deux jours, c´était assez chaud avec des vents à 60 nœuds et on se prépare à une nouvelle tempête, très forte. C´est énorme d´être ici après deux mois de mer, dont un dans le sud. Tout à l´heure, j´ai vu la Terre de Feu, c´était incroyable. Il faisait gris et le ciel s´est dégagé, laissant apparaître les montagnes enneigées. C´est un endroit mythique à la fois émouvant et énorme. C´est un très bon moment en mer dans des circonstances particulières. Je vais bientôt prendre la carte de l´Atlantique. Même si les conditions s´annoncent difficiles dès la nuit prochaine, j´apprécie d´être ici. Du coup, je vais attendre l´accalmie pour ouvrir la bouteille de rouge que j´avais réservée pour le Cap Horn. Ensuite, j´aurais un flux d´Ouest à Sud Ouest soutenu qui va me propulser vers le Nord. Ce sera la récompense.
J´ai fait un check complet du bateau et j´ai mis la combinaison de survie ainsi que le bidon de survie près de la cellule de vie. Tout est bien calé à l´intérieur et j´ai équilibré les poids. J´ai aussi essayé de bien dormir avec plusieurs siestes de 1h30 dans la nuit et je me suis bien nourri afin de faire le plein de calories.

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Alerte tempête après le Horn

tempete akena boissières
DR

Alors qu’ils espéraient en avoir fini avec les coups de vent des mers du sud, le trio franco-britannique en approche du Cap Horn s’apprête à vivre une très forte tempête, probablement la plus violente de ce Vendée Globe. Selon Météo France, ce sont des vents moyens de secteur nord de 55 nœuds, avec rafales possibles à 80, qui marqueront leur entrée dans l’Atlantique. Sylvain Mondon depuis le centre de prévision de Toulouse l’annonçait : ” Le Détroit de Lemaire sera, quoi qu’il advienne, impraticable… ” A la mer du vent, viendra s’opposer une houle d’ouest puissante qui pourrait lever des creux de 9 à 12 mètres. On comprend mieux le choix de Dee Caffari et d’Arnaud Boissières de ne pas tenter le diable et de venir naviguer à l’abri des îles au plus vite, dès le Horn franchi. Pour ces trois-là, les heures d’attente risquent d’être longues et il y a fort à parier qu’ils aimeraient bien être plus vieux de quelques quarante-huit heures. Brian Thompson, quant à lui, au regard des informations qui lui ont été fournies par la direction de course et des prévisions de Météo France, a fait le choix de revenir s’abriter sous le vent de la Terre de Feu, de manière à trouver une mer plus maniable. Une prudence indispensable au vu de l’intensité du phénomène météo attendu. Il reprendra sa route après le passage du système perturbé. Le franchissement du Horn n’est pas toujours une délivrance.

Safran reparti
Marc Guillemot, est reparti des Malouines après une escale éclair sur un coffre de Port Stanley. En six heures de temps, le navigateur trinitain a du entreprendre quatre ascensions successives de son mât pour réparer son rail de grand-voile. Pour un résultat finalement inférieur à ses espérances : compte tenu des dégâts occasionnés, il aurait fallu pouvoir déboulonner la partie supérieure de son rail entre le premier ris et la tête de mât et la fixer un étage plus bas. Une opération qui aurait demandé trop de temps pour Marco, pressé de repartir à la chasse à la Sam Davies (Roxy). Et le monocoque gris souris de repartir en solitaire des Malouines sous le regard incrédule des passagers d’un paquebot, venus chercher leur visa pour le Cap Horn. Les deux solitaires bénéficieront provisoirement d’un vent de sud-ouest qui les propulsera à bonne vitesse vers le nord, avant de retrouver les allures de près. Faire et défaire…

Une maille à l’envers, une maille à l’endroit…
A l’arrière de la flotte, petit chamboulement puisque Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) à la faveur d’un meilleur positionnement stratégique a réussi à céder la dernière place à Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch). Au-delà des aspects symboliques, c’est toujours réconfortant de pouvoir transmettre la lanterne rouge, même si pour les deux navigateurs, il reste encore plus de 11 000 milles à parcourir. Rich Wilson (Great American III) et Steve White (Toe in the water) savent aussi qu’ils ont encore beaucoup d’eau à courir avant la délivrance. En tête de course, Armel Le Cléac’h (Brit Air) a pu s’extirper de la petite dépression orageuse qui l’avait ralenti. Après une nuit digne d’un 14 juillet sous les éclairs, le navigateur de la Baie de Morlaix avait retrouvé du vent. Même si Armel sait bien que d’ici peu, il devra lui aussi affronter les calmes de la dorsale de Sainte-Hélène. Michel Desjoyeaux (Foncia), quant à lui, a repris sa marche en avant et recommence à creuser l’écart. Roland Jourdain, qui avait réussi le double exploit d’entreprendre la réparation de sa cloison de pied de mât et de gratter quelques 70 milles au leader de la course, voit se détricoter une part de l’écheveau qu’il avait patiemment élaboré. Reste que la vitesse de Foncia, relativement faible, peut être sujette à bien des supputations : difficulté à s’extirper de la dorsale anticyclonique ou petits soucis techniques à bord du voilier leader de la course ? Seul Michel connaît la réponse et bien malin qui pourra lui faire dire. Pour l’heure il ne reste qu’à Bilou de suivre les préceptes de maître Boileau : ” hâtez vous lentement et sans perdre courage, vingt fois sur le métier reprenez votre ouvrage… “

Ils ont dit

Armel Le Cléac’h (Brit Air) à la vacation de 11 heures : « On a eu une nuit assez agitée sur Brit Air avec un gros orage. Il y avait des éclairs et pas mal de vent… C’était un peu ambiance ” 14 juillet ” sur l’eau mais maintenant, ça s’est stabilisé donc c’est cool. Ça s’est passé à la tombée de la nuit. Il a fait tout d’un coup très sombre et la pluie est arrivée. On ne voyait pas à plus de deux mètres, c’était impressionnant et surtout assez stressant. On le savait à l’avance donc on avait réduit la toile. J’avais aussi arrêté l’électronique car on ne sait jamais, au cas où un éclair tombe sur le bateau. Puis une heure après, c’était à nouveau dégagé. Depuis 48h, les températures ont bien augmentées. Les manœuvres se font maintenant en short/t-shirt. J’ai rangé les bottes et le ciré. Ce sont des conditions idéales pour naviguer, même si ça reste assez humide sur le pont. L’air est à 26°C, l’eau est à 25°C. Les conditions sont assez agréables pour pouvoir vivre, dormir et faire sécher les affaires. Hier avant l’orage, j’en ai profité pour ranger la couverture polaire que j’avais dans les mers du Sud. Mais qui sait ? Je la ressortirai peut-être à l’arrivée car il paraît qu’il fait assez froid là où vous êtes, en France. »

Le classement de 16h00
1- Michel Desjoyeaux (Foncia) à 4404,4 milles de l’arrivée
2- Roland Jourdain (Veolia Environnement) à 285,1 milles du premier
3- Armel Le Cléac’h (Brit Air) à 693,5 milles du premier
4- Sam Davies (Roxy) à 1675,5 milles du premier
5- Marc Guillemot (Safran) à 2035,1 milles du premier
6- Brian Thompson (Bahrain Team Pindar) à 2482 milles du premier
7- Arnaud Boissières (Akena Vérandas) à 2668,5 milles du premier
8- Dee Caffari (Aviva) à 2729,7 milles du premier
9- Steve White (Toe in the water) à 3762,2 milles du premier
10- Rich Wilson (Great American III) à 4977,3 milles du premier
11- Raphaël Dinelli (Fondation Océan Vital) à 6643,8 milles du premier
12- Norbert Sedlacek (Nauticsport-Kapsch) à 6654,9 milles du premier

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