Droit de réponse de M. Jean-Pierre Champion

Jean-Pierre Champion
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"Loin de nous l’idée de contester la libre expression des points de vue et plus encore la liberté de la presse. Mais la réputation de Daniel Charles, auteur d’une tribune parue dans ces colonnes cet été nous incite aujourd’hui à lui répondre. Car aussi éminent que soit l’auteur de « Histoire du Yachting », son analyse est erronée mais plus grave, diffuse de fausses informations. Commençons par là : le papier de Daniel Charles débute donc par une « rumeur » – alarmante précise-t-il – « la voile pourrait être expulsée des Jeux olympiques ». Pour tous ceux qui estiment que le journalisme commence par des faits plutôt deux fois vérifiés qu’une, l’emploi d’une rumeur est pour le moins curieuse. Il est vrai qu’elle évite de citer la moindre source. Alors, méfiant des dégâts potentiels d’un vieil adage qui se fait souvent justement le complice des « fausses rumeurs » – je veux parler du « il n’y a pas de fumée sans feu » – je tiens à dire ici que cela est complètement infondé. Tous ceux qui auront entendu Jacques Rogge, Président du CIO et ancien Finniste, dire au meeting international de l’ISAF organisé à Paris en mai dernier son attachement pour cette discipline et sa confiance pour son avenir olympique le savent bien. La phrase de Daniel Charles prête aussi à sourire pour quiconque a vu les moyens humains, matériels et financiers mis en place dès maintenant par l’équipe de Grande-Bretagne de voile pour préparer ses « JO » de 2012. Manifestement nos amis anglais ne voient pas là une discipline en péril. Et il faudrait sans doute que Daniel Charles vienne plus souvent sur les grandes épreuves internationales de voile olympique pour découvrir les efforts de lisibilité entrepris aujourd’hui dans ce sport. Je veux notamment parler des Medal Races qui constituent de vraies finales entre les dix premiers sur des parcours courts et donc complètement compréhensibles. Fort de cette nouveauté, la voile olympique sort ainsi d’une discipline réservée aux spécialistes.

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Passons maintenant au fond de cette tribune : il serait souhaitable – assène Daniel Charles – que la voile ne soit plus olympique pour mieux le redevenir. Le côté extrémiste de cette stratégie n’échappera à personne tant il est facile d’égrener les disciplines olympiques qui, ayant abandonné le terrain, n’ont jamais pu y revenir. Mais pourquoi cette revendication ? Parce que, suggère Daniel Charles, la voile légère serait finalement peu représentative de la pratique réelle. Pour appuyer sa démonstration l’auteur engage un  procès à charge qui frise la caricature et la méconnaissance du paysage de la pratique internationale de la voile.
Il demande, en comparant la voile olympique aux épreuves de large disputées sur de grandes unités, « ce que l’on dirait si le football ne se disputait qu’en équipe de trois sur un terrain grand comme quelques places de parking ? ». Il est facile de retourner une autre question : que serait l’avenir et même la crédibilité d’une discipline olympique réservée aux quelques pays qui pratiquent la course au large ? Et plus encore, puisque Daniel Charles propose plus loin les « Figaro Bénéteau II » comme série olympique (curieusement d’ailleurs puisqu’il décrit précédemment les défauts de la « monotypie ») ce qui reviendrait à créer une série quasiment franco-française… On voit là qu’il est des arguments dangereux à manipuler notamment pour les supports qu’ils sont censés promouvoir et dont nous reconnaissons évidemment pour notre part toute la pertinence. Mais la vérité, ce que je pense n’ignore pas Daniel Charles, c’est que dans la grande majorité des pays membres de l’ISAF, seule la voile légère, ou presque, est pratiquée.

Plus loin, il critique les efforts financiers de l’état comme preuve que la voile légère serait soutenue artificiellement. En réalité, Daniel Charles dresse là le tableau global du sport olympique en France qui est effectivement aidé par l’état. Daniel Charles a parfaitement le droit de critiquer la vision et l’organisation française  du sport mais il ne peut y faire appel pour sa démonstration à moins de considérer que tous les sports ainsi soutenus sont aussi sous respiration artificielle. Cette intervention publique n’empêche d’ailleurs pas le poids heureusement grandissant de partenaires privés qui soutiennent l’équipe de France dans son ensemble ou de certains de ses membres. Et manifestement Banque Populaire, Adidas, le Groupe Legris, Veolia ou encore Essilor, pour ne citer que les plus grands, n’ont pas l’impression d’aider un malade !

Pour conclure, disons qu’à  vouloir démolir entièrement Paul pour habiller Jacques, cette tribune tombe dans l’erreur et l’à peu près. Etonnant quand on connaît le talent et les connaissances de Daniel Charles. Et dommage car certaines problématiques mériteraient que l’on s’y arrête plus sérieusement. Car défendre la voile légère comme pratique de masse et d’élite au niveau international, n’empêche pas de juger nécessaire d’évoluer. Nous ne cacherons pas,  par exemple, qu’il eut mieux valu lancer un quillard plus moderne et plus « fun » en lieu et place du Yngling. Mais le 49er et la planche RS :X démontrent là aussi les efforts de l’ISAF pour aller vers des supports de glisse. De même, il serait effectivement utile de diversifier les séries en introduisant, par exemple, des supports habitables. La FFVoile s’emploie à travailler à ces évolutions. Sans oublier toutefois les deux limites que posent les JO : la dimension internationale de la pratique et la prévalence de l’humain sur son support mécanique (il n’échappera à personne que la Formule 1 n’est pas un sport olympique). Des critères que la voile se doit de respecter si elle veut rester dans la grande famille olympique. A nous remémorer un Alain Gautier disant, lors d’un jury du Marin de l’année, l’aboutissement suprême  que représentait à ses yeux une médaille d‘or aux JO, nous sommes certains que cela en vaut le coup car cher Daniel en voile, comme ailleurs, il ne faut jamais lâcher la proie pour l’ombre.            
    

Jean-Pierre Champion, Président de la FFVoile