Delahaye abandonne, les autres se battent dans des calmes

Flotte Solitaire 2014
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L’enfer, c’est pour les autres… Mais surtout pour le leader au classement général qui a dû composer avec deux heures de retard au départ de Roscoff, dans une brise et surtout des courants de marée plus défavorables. Et alors que le vent avait presque totalement disparu du plan d’eau au large de Groix, Fabien Delahaye n’avait pas tant que cela perdu de terrain sur les premiers. Mais il ne le savait pas vraiment !
Car le peloton et même les retardataires comme Jean-Paul Mouren (SNEF) ou Sébastien Simon (Bretagne-Crédit Mutuel Espoir) n’étaient plus en visu sur son écran AIS. Alors l’imaginaire a fait tourner les scénarii les plus catastrophiques… Et le Skipper Macif 2012 voyant qu’il n’avait plus aucune chance de revenir sur le peloton, a préféré annoncer son abandon : au coucher du soleil, il faisait route directement vers Les Sables d’Olonne.

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Or en fait devant, ce n’était pas non plus le paradis, même pas le purgatoire… Il y avait eu de quoi faire le break lors de l’atterrissage sur la pointe des Poulains (Nord-Ouest de Belle-Île), mais tout a été à recommencer quand la brise s’en est allée. Et en soirée, les trois quarts de la flotte se tenaient en moins de deux milles ! Les chiffres parlent d’eux-mêmes : pas moins de dix-neuf leaders en 24 heures depuis le départ de Roscoff… Pourtant à peine 200 milles ont été parcourus en une journée, ce qui n’est pas si mal que ça, mais c’est essentiellement dimanche après-midi jusqu’au raz de Sein et jusqu’au lever du jour du côté des Glénan que les compteurs ont affiché de belles vitesse. Car depuis lundi midi, ce n’est pas la joie ! Alors certains ont tenté de petits coups au passage de la bouée des Galères en espérant une risée salvatrice à l’image du Britannique Sam Goodchild (Team Plymouth) qui est allé raser les falaises belles-îloises vers Port-Maria. Quand d’autres ont préféré faire le grand tour à deux milles au large de Belle-Île tels Yann Eliès (Groupe Quéguiner-Leucémie Espoir) ou Corentin Horeau (Bretagne-Crédit Mutuel Performance). Et puis, certains ont joué placés en oscillant entre ces deux extrêmes comme Adrien Hardy (Agir Recouvrement) ou Erwan Tabarly (Armor Lux-Comptoir de la mer).

Un pas de sénateur
Mais à deux nœuds de vitesse, ce n’est pas évident de changer son fusil d’épaule quand un solitaire voit ses concurrents démarrer à quelques encablures seulement de son étrave… Il a donc fallu patienter, mais être actif et réactif sur le pont pour empanner rapidement ou s’adapter à une oscillation de la brise. Le danger venait donc de partout sous une nuit étoilée, mais sans vraiment de brise établie : il y a même eu parfois du Sud-Ouest quand les fichiers météo prévoyaient du Nord-Est !

De fait, la nuit a été très molle et la flotte s’est regroupée en moins de six milles naviguant essentiellement sous génois dans un clapot désagréable, même quand le vent reprenait la direction Nord-Est annoncée. Les voiles battantes, les 35 solitaires encore en course n’ont parcouru que 35 milles ces 12 dernières heures ! Et au lever du jour, la situation n’était pas plus claire : l’espoir d’un souffle plus constant dans la matinée, pourrait permettre aux Figaro Bénéteau 2 de tracer un trait plus conséquent sur la carte marine…

Ils ont dit…

Erwan Tabarly (Armor Lux-Comptoir de la Mer) : « Ça n’avance pas beaucoup et cela dure depuis la tombée de la nuit, c’est un peu pénible. Ce n’est pas très fun en ce moment ! On s’est bien regroupé aux Galères de Belle-Île et dans la nuit, nous sommes en paquet. On ne choisit pas trop ce que l’on veut faire, on n’avance plus. J’espère que cela ne va pas tarder à changer, ce n’était pas prévu comme cela, de rester planté ainsi. Le jour se lève, il y a un peu de lune, le ciel est dégagé, la nuit était agréable. La bôme passe d’un coté à l’autre, la voile flappe, elle est humide, voilà l’ambiance à bord. »

Paul Meilhat (SMA) :
« Nous sommes toujours dans la pétole ! Ce n’était pas prévu. Nous avons passé la nuit dans les calmes. J’ai récupéré quelques places : on est groupé pour le moment et on attend le vent. J’espère qu’il va venir sinon ça va être long. La vitesse des bateaux en ce moment oscille entre 0 et 2 nœuds ! Il y a eu du vent de Nord-Est mais depuis trois heures, c’est très mou et la mer est lisse. Nous sommes sous génois car il n’y a pas assez de brise pour être sous spi : le vent tourne un peu, un coup nous sommes bâbord, un coup tribord. Côté sommeil, je me méfie, j’essaie de dormir par petites tranches. La journée sera décisive donc je veux être en forme. La flotte n’est pas très étalée. »

Sébastien Simon (Bretagne Crédit Mutuel Espoir) :
« C’était très calme cette nuit. Ce n’est pas ce que l’on attendait, je me suis reposé un peu avant la nuit et dès que je peux, je me repose. J’ai une position un peu excentrée par rapport à tout le monde. Le vent n’est pas du tout Nord-Est. Les conditions et les fichiers disaient que le vent allait revenir dans la nuit alors j’ai voulu me positionner. Cela a marché un petit moment mais là le vent est revenu dans l’autre sens. J’ai 3,3 nœuds de vent au 190° (Sud). C’est peu. Après ce qui m’est arrivé au départ (abordage de Région-Basse Normandie), j’ai du mal à me mettre dans la course. Je ne pense qu’à une chose, c’est d’appeler Joan (Ahrweiller) pour m’excuser de ce qu’il s’est passé et d’avoir gâché sa Solitaire. »

Classement de 8h
1 GROUPE QUEGUINER LEUCEMIE ESPOIR       ELIES Yann à 304,25 milles de l’arrivée
2 ARMOR LUX COMPTOIR DE LA MER TABARLY Erwan à 0,38 mille
3 INTERFACE CONCEPT MAHE Gildas à 0,91 mille
4 AGIR Recouvrement  HARDY Adrien à 1,45 mille
5 BRETAGNE – CREDIT MUTUEL PERFORMANCE HOREAU Corentin        à 1,48 mille
6 MAITRE COQ BEYOU Jérémie à 1,58 mille
7 GUYOT Environnement BIARNES Vincent à 1,80 mille
8 NORMANDY ELITE TEAM DALIN Charlie à 1,83 mille
9 SMA MEILHAT Paul à 2,08 milles
10 UN MAILLOT POUR LA VIE        DOUGUET Corentin à 2,09 milles