D’une voix comme à l’accoutumée étonnamment posée, calme, doucereuse presque, Francis Joyon se laissait volontiers aller ce matin à un petit aveu, qui en dit long sur le sombre week-end cauchemardesque enduré par le skipper d’IDEC ; « Ce sont les deux journées les plus lentes de ma vie en multicoque de course, je crois… » Pris au coeur de l’anticyclone qui barre son chemin vers l’île Maurice, Francis a en effet vu durant de longues heures le centre déventé du système accompagner sa tentative d’évasion vers le nord, et lui imposer un train misérablement léthargique. « Une journée à oublier », durant laquelle le trimaran géant, grand croqueur d’océan, n’aura guère parcouru plus d’une soixantaine de milles. « J’avais connu une journée quasi similaire lors de mon premier tour du monde à bord d’IDEC 1 » confessait-il, « mais deux longues journées sans pression dans les voiles, et sur une forte houle, jamais. »


















