La première étape de ralliement de la 47e édition du Tour Voile s’est jouée entre Cherbourg-en-Cotentin et Saint-Malo, via Needles Fairway. Les neuf Figaro Beneteau 3 se sont longtemps livré une course de vitesse où chacun semblait capable de répondre aux accélérations de son voisin.
Deux traversées express de la Manche, une première moitié de parcours particulièrement engagée, des rafales flirtant avec les 25 à 30 nœuds et des courants omniprésents : tous les ingrédients étaient réunis pour créer des écarts. Ils ne viendront jamais vraiment. Jusqu’à ce que la course laisse enfin apparaître une faille, à l’ouest de la pointe du Cotentin. L’équipage de PAPREC by Normandy Inshore Program a été le premier à s’y engouffrer… et surtout le seul à l’exploiter pleinement. Une option parfaitement sentie qui lui permet de remporter cette étape, finalement ramenée de 226 à 217 milles afin de permettre à l’ensemble de la flotte de rejoindre le sas de Saint-Malo à l’heure prévue. Une victoire qui relance complètement un classement général où les trois premiers ne sont désormais séparés que par un point et demi.
Deux transmanches où personne ne lâche rien
Le scénario a parfaitement tenu ses promesses. Les douze à quatorze premières heures ont offert tout ce que cette étape pouvait proposer de plus exigeant : deux traversées de la Manche menées tambour battant, un passage copieux au large des côtes anglaises et une succession de trajectoires à construire avec précision pour composer avec les courants. Pourtant, malgré l’intensité des conditions, aucun équipage ne parvient réellement à prendre l’ascendant. Dunkerque – Kiloutou prend régulièrement les commandes. Région Bretagne – CMB Espoir reste constamment au contact. De son côté, PAPREC by Normandy Inshore Program oscille entre la troisième et la quatrième place, à la lutte avec APCC Centre de Formation. « Il y a eu du match du début à la fin », a résumé Paul Loiseau. « Tout le monde allait quasiment à la même vitesse. Il n’y avait finalement pas beaucoup de coups à jouer. La différence s’est faite sur des placements très fins, notamment avec les courants. »
Même analyse du côté d’Arthur Meurisse. Longtemps aux avant-postes, le Nordiste savait que mener la flotte signifiait aussi naviguer avec une contrainte supplémentaire : celle de répondre aux attaques sans pouvoir toutes les couvrir. « Nous avons tenu notre rythme pendant une bonne partie de la navigation. Puis les Normands ont choisi de tenter quelque chose. À ce moment-là, nous voulions surtout contrôler, mais ce n’est jamais simple quand la flotte commence à se scinder. Nous sommes restés sur notre stratégie de base. Était-ce une erreur de notre part ou un très grand coup de leur part ? Sans doute un peu des deux. »
Voir l’ouverture… puis oser
Cette ouverture apparaît au retour des côtes anglaises, une fois le Raz Blanchard franchi. À cet instant, Paul Cousin, Margot Vennin, Thomas Jouans et Noa Geoffroy évoluent encore dans le sillage des leaders lorsqu’un choix de placement se présente. Alors que la majorité de la flotte poursuit une trajectoire plus classique, au plus proche de la route directe, le quatuor décide de se décaler vers l’est. « Tous les voyants étaient au vert », a raconté Paul Cousin. « Nous étions au contact des premiers et nous avons estimé que c’était le bon moment pour tenter quelque chose. Pendant que nous investissions, nous nous sommes quand même fait quelques films… Nous n’étions pas totalement sereins. » Quelques minutes plus tard, pourtant, leur intuition est confirmée. « Nous avons rapidement vu que cela fonctionnait. Nous avons été opportunistes au bon moment et cela a payé très vite. » À la sortie de ce décalage, PAPREC by Normandy Inshore Program possède près de trois milles d’avance. Une marge que l’équipage conservera jusqu’à la ligne d’arrivée.
Pour Paul Cousin, il ne s’agit pourtant pas d’un coup de poker. « Les courants restent déterminants dans cette zone, même avec de petits coefficients. Les Figaro Beneteau 3 sont très sensibles à cela. C’est vraiment ce qui a fait la différence aujourd’hui. »
Un Tour déjà sous haute tension
Cette victoire, acquise sur une manche dotée d’un coefficient 4, propulse PAPREC by Normandy Inshore Program à la troisième place du classement général. Devant, Région Bretagne – CMB Espoir conserve les commandes avec seulement un demi-point d’avance sur Dunkerque – Kiloutou. Les Normands reviennent à un point et demi. Autrement dit : presque rien.
« Bravo à eux », reconnaît Paul Loiseau. « Ils font une très belle opération. Nous, nous restons en tête et c’est finalement l’essentiel. Cette épreuve est exactement celle que nous imaginions : tout le monde navigue quasiment à la même vitesse. Il faut être bon au bon moment. » Arthur Meurisse dresse le même constat. « Nous nous sommes vraiment régalés. Cette étape était complète, engagée et très disputée. Et quand on regarde le classement général, on comprend que cette histoire est loin d’être terminée. »
Le Tour Voile réservera sans doute encore de grands coups tactiques. Cette première étape a dessiné une autre histoire. Celle d’une flotte longtemps indécise, où la différence s’est finalement construite dans les nuances : une lecture plus juste du plan d’eau, un courant mieux exploité, une trajectoire plus précise. Des détails en apparence. Trois milles à l’arrivée.
Source CP


















