Neutrogena a bouclé son tour du monde en cinquième position hier au terme de 100 jours 03 heures 13minutes 25secondes de mer. Navigation précise, maîtrise technique, sérénité affichée, Ryan Breymaier et Boris Herrmann ont surpris plus d’un observateur par la constance de leurs performances.
Pour gagner, encore faut-il arriver… mais il faut aussi savoir appuyer sur l’accélérateur dans les moments cruciaux, faire preuve d’audace au moment opportun. C’est à cette aune qu’il faut mesurer la performance de Neutrogena. Deux équipiers, l’un totalement bizuth autour du monde, l’autre n’ayant qu’une connaissance diablement limitée du 60 pieds IMOCA, deux des navigateurs les plus jeunes de cette Barcelona World Race, un bateau qui, sur le papier, n’est plus en mesure de rivaliser avec les engins de dernière génération.
Ryan, préparateur au sein de Kairos, la structure montée par Roland Jourdain pour piloter des projets IMOCA, connaissait son bateau sur le bout des doigts. Boris Herrmann venu quant à lui du monde de la Mini-Transat, pouvait se prévaloir d’un tour du monde victorieux en Class 40, la Portimao Global Ocean Race.
La sortie de Méditerranée débute sous des auspices plutôt favorables puisque très vite, les deux navigateurs sont dans le coup. Au point de briguer pendant quelques heures la troisième place avant que, dans les petits airs de la sortie de Gibraltar, ils ne paient leur déficit de vitesse par rapport aux bateaux de nouvelle génération. Ils sortent finalement en cinquième position, mais ils ont à leurs trousses, une meute d’affamés décidés à ne pas s’en laisser conter par ces petits jeunes sur leur vieille machine. Mais Boris et Ryan résistent : s’ils rétrogradent au classement en septième position, ils ne se laissent pas décrocher et restent au contact de concurrents beaucoup plus huppés. Le 5 février, lors d’une manœuvre, leur gennaker passe à l’eau. En plein océan Indien, ils font demi tour après avoir affalé leurs voiles de portant, retombe sur la position de l’incident et retrouvent leur voile grâce à une colonie d’albatros qui a élu domicile dessus.
Mais surtout, la remontée de l’Indien est marquée par le duel qu’ils livrent à Mirabaud. Commence à poindre l’idée que ces deux gaillards sont plus solides qu’ils n’en ont l’air. Au sud de Hobart, Neutrogena finit par griller la politesse à l’équipage franco-suisse et s’empare de la sixième place.
Pacifique express et rencontre surprise
Le passage du détroit de Cook à vitesse supersonique permet au duo germano-américain de s’emparer de la quatrième place aux dépends d’Estrella Damm et Groupe Bel. Le génie mécanique de Ryan doit s’exprimer pleinement quand il s’agit de s’attaquer à la réparation des hydrogénérateurs. Quelques jours plus tard, avant d’aborder le cap Horn, c’est leur vérin de quille qui donne des signes de faiblesse. Les deux navigateurs ne peuvent plus donner toute la puissance de leur plan Lombard et doivent se résoudre à lever un peu le pied. Juste avant le Horn, c’est un gros coup de tabac qui les secoue avec des rafales à plus de 60 noeuds.
Le passage du cap Horn est magique : beau temps, lumière comme seules les latitudes australes peuvent en fournir et pour couronner le tout, rencontre insensée avec Thomas Coville qui, sur son trimaran, tente de battre le record du tour du monde en solitaire. Quelques instants durant, les deux bateaux naviguent bord à bord avec le gros caillou en toile de fond.
Mais dès le lendemain, le 9 mars, Neutrogena doit s’arrêter dans une baie sous le vent de la Terre de Feu. L’équipage a rompu son étai et doit effectuer une réparation dans des eaux abritées. Au mouillage, les deux navigateurs entament une réparation express avant de repartir, le mors aux dents. Quand Mirabaud démâte, ils se retrouvent en quatrième position.
Mais derrière eux, Estrella Damm pointe le bout de l’étrave. L’ancien bateau de Jean-Pierre Dick est déjà plus puissant que la monture de Ryan et Boris, de plus les deux jeunes navigateurs ne peuvent utiliser que 70% du potentiel de leur quille basculante. Dans les alizés de l’hémisphère sud, la lutte est inégale et Neutrogena doit bientôt rendre les armes. Le passage du Pot au Noir est un enfer pour Boris, décidément plus à l’aise sous les frimas que dans les grosses chaleurs. Il leur reste encore un océan à remonter, toujours au près pour parvenir à Gibraltar. Le détroit est franchi le 7 mars : il reste alors 500 milles à Ryan et Boris pour commencer à savourer cette cinquième place qui vient récompenser un parcours exemplaire.









