Transat. Le rythme s’accélère vers les Canaries , les milles défilent

©JEAN-BAPTISTE D'ENQUIN - La Transat En Double

Les leaders de la flotte évoluent au sud de l’Espagne sous spi et dans un vent soutenu. Les Figaro expriment tout leur potentiel et le rythme s’est franchement accéléré pour les duos de la Transat en Double – Concarneau – Saint-Barthélemy. Les leaders aborderont les Canaries dans la nuit de mardi à mercredi. Il va rapidement falloir déterminer le point de passage exact pour « enrouler » le waypoint de La Palma (à laisser à tribord).

Le groupe de tête de la Transat en Double commence doucement à se diviser en fonction des choix tactiques des uns et des autres. Ce lundi matin, il y a 60 milles d’écart latéral entre le duo le plus à l’ouest (Éric Péron / Miguel Danet) et ceux décalés dans l’est (Tom Laperche / Loïs Berrehar et Pierre Leboucher / Thomas Rouxel). Les classements sont actuellement à prendre avec des pincettes car ils se font par rapport à la route directe, ce qui favorise les concurrents de l’ouest.

Une histoire de recalages

Depuis hier, on observe que les duos empannent pour opérer des recalages et cela devrait continuer dans la journée, surtout cet après-midi. « Le décalage dans l’ouest est plus court car il permet un meilleur placement pour la rotation mais il y a moins de pression. Le décalage dans l’est permet d’avoir plus de pression mais rallonge la route. Ces recalages sont sûrement la résultante de petites rotations momentanées du vent à droite que les marins exploitent », explique Yann Chateau, adjoint du directeur de course.

« Le choix est encore ouvert sur le passage des Canaries »

En plus de gérer ces légères variations du vent et de faire marcher au mieux les bateaux, les duos analysent de manière assidue les fichiers météo pour déterminer comment passer le waypoint de La Palma. « Pour l’instant, le choix est encore ouvert sur le passage des Canaries qu’ils devraient atteindre dans la nuit de mardi à mercredi », souligne Yann Chateau. « Les routages font plutôt passer entre La Palma et Tenerife, mais quand on force le passage plus à l’est, on perd seulement 22 minutes, autant dire rien par rapport à l’imprécision des fichiers météo. »


Les messages du bord reçus cette nuit :

Corentin Douguet (Queguiner – Innovéo) : « Le rythme s’accélère, les milles défilent »

« On est un peu déçus de notre option le long du Portugal. On pensait qu’il y avait un petit coup à faire pour recoller le paquet de tête. Il n’en a rien été. Un moment on a même pensé que ça allait tourner à la bérézina mais finalement on n’est pas si loin. C’est de la perte mais rien de grave. On a voulu jouer, c’est comme ça… Sinon c’est cool de glisser sous spi. Le rythme s’accélère, les milles défilent. »

Guillaume Pirouelle (Région Normandie) : « C’est intense, pas le temps de souffler »

« Nous sommes contents d’avoir enfin envoyé le spi ! On n’est pas loin d’être en tête, mais bon la route est encore longue, on reste concentrés sur nous et notre bateau. En tous cas on avance bien au portant. Le bateau est en parfait état, prêt pour une descente ventée vers les Canaries. Pas toujours facile de faire les bons choix entre plus de vent annoncé à terre et une grosse rotation droite à venir, on essaie de bien se placer pour les deux. C’est intense, pas le temps de souffler. On continue d’analyser la situation météo car le choix d’une route nord ou sud se fait assez tôt, soit en passant le waypoint de La Palma, soit en passant dans les Canaries… On verra ce que va choisir la flotte. Une chose est sûre, il va s’en passer des choses ! »

Pep Costa et Will Harris (Cybèle Vacances – Team Play to B) : « C’est un grand match »

« On pense que tout le monde mérite d’être sous spi après un début de course très difficile. Au niveau bricoles, ça va. Nous avons juste eu un problème avec le génois au passage du cap Finisterre qui nous a fait perdre du terrain. On a bien réparé, tout va bien depuis ! Ça accélère bien, on a essayé de se préparer au mieux au niveau confort, nourriture… On va faire attention à nous et au bateau, mais en y allant toujours à fond pour ne pas avoir de regrets. C’est un grand match, la différence se fera sur des détails et surtout en tenant sur la durée. L’enjeu des prochains jours est de décider par où passer les Canaries. »

Jérôme Samuel et Nicolas Salet (Erisma – Groupe SODES – Fondation Tara Océan) : « La magie de cette course est de permettre à des amateurs éclairés de se confronter aux meilleurs marins »

« Tout va bien le moral est au top depuis qu’on a enfin balancé le spi, mettant une fin à ces quatre jours un peu galères et très humides. Comme attendu, le début de course au près et dans une mer cassante ne nous a pas laissé beaucoup de répit et nous n’avons pas pu maintenir les vitesses moyennes des cadors de la classe. Néanmoins on ressort devant nos concurrents directs à savoir les seuls équipages 100% amateurs comme nous et plutôt en forme notamment grâce au matelas que nous a prêté Armel (Le Cléac’h). L’objectif de cette transat est en priorité de finir, une première pour nous en course avec si possible quelques pros derrière nous. La magie de cette course est justement de permettre à des amateurs éclairés de se confronter aux meilleurs marins. »

Comme le dit Martin Le Pape (Gardons la Vue), « la vie est belle » à bord des Figaro Bénéteau 3 engagés dans la Transat en Double – Concarneau – Saint-Barthélemy. Sous le soleil, les duos touchent un alizé salvateur pour viser sous spi et à vive allure le waypoint (marque de parcours virtuelle) de La Palma aux Canaries. Les (nombreux) favoris sont dans le match pour entamer cette nouvelle phase plus stratégique, Loïs Berrehar et Tom Laperche (Bretagne – CMB Performance) en tête.

Les marins de la Transat en Double – Concarneau – Saint-Barthélemy ont bien mérité l’alizé et le ciel bleu dont ils profitent depuis ce dimanche. « Ça fait du bien de glisser un peu moins penché, on commençait à se métamorphoser en dahu », plaisantent les facétieux Gildas Mahé et Tom Dolan (Breizh Cola). « On peut enfin manger peinards, faire un peu sécher les affaires. »

« C’est de la balle ! »

« Soulagés, c’est le mot du jour. C’est cool de retrouver du confort à bord. Jusqu’ici ça secouait beaucoup donc on était un peu limités à l’essentiel. La vie à plat change tout, par exemple on peut prendre le temps de regarder ce qu’il y a dans sa cuillère avant de la mettre en bouche », écrivent Julien Villion et Nils Palmieri (TeamWork). Arthur Hubert (MonAtoutEnergie.fr) est également aux anges : « On glisse sous spi pour gagner dans le sud. On a retrouvé du ciel bleu et ça, c’est vraiment une bonne nouvelle. On a pu se changer pour la première fois depuis le départ. Clément est à la barre en short et t-shirt. C’est de la balle ! »

| « Un trou dans le génois »

Certains duos sont moins à la fête, à l’instar de Yannig et Erwan Livory (Interaction), 18e à plus de 100 milles des leaders. « Nous avons eu des petites galères au passage du cap Finisterre, dans le coup de vent », raconte Yannig, qui participe pour la dixième fois à l’épreuve. « Il y avait deux-trois bricoles à effectuer, notamment un trou dans le génois qu’il a fallu réparer. Maintenant, nous allons récupérer un peu après ces premiers jours à se faire tabasser. »

|« On se croirait dans un speed test de Lorient ou de Port-la-Forêt »

En avant de la flotte, onze bateaux naviguent à près de 12 nœuds en file indienne. Toujours en tête, Loïs Berrehar et Tom Laperche (Bretagne – CMB Performance) sont en grande forme. « Nous avons le moral. On profite du moment mais on ne mollit pas car il y a un bon paquet d’énervés pas loin derrière ! C’est stressant mais on le vit plutôt bien », disent-ils. « On se croirait dans un speed test de Lorient ou de Port-la-Forêt (pas de jaloux) », notent de leur côté Julien Villion et Nils Palmieri (TeamWork), avant d’exposer les enjeux à venir : « Le rythme va s’accélérer mais rien d’invivable, ça va être progressif, même si la densité du groupe de tête fait qu’il n’y a pas le droit de se relâcher. On commence à bien bosser sur la suite de la route. Il va falloir bien contourner l’anticyclone pour faire route vers les Canaries. » Ce soir, le vent va se renforcer au sud du Portugal pour atteindre 15 à 20 nœuds, et encore un peu plus dans la nuit, selon les prévisions de Météo Consult. Les Figaro Bénéteau 3 vont filer à belle vitesse.

|« La stratégie arrive pour de bon »

Certains duos tentent des petits décalages en latéral. Éric Péron et Miguel Danet (L’Egoïste – Cantina St Barth), ainsi que Violette Dorange et Alan Roberts (Devenir) sont positionnés dans l’ouest du peloton de tête. Tanguy Le Turquais et Corentin Douguet (Quéguiner – Innovéo) sont quant à eux dans l’est. Le jeu va s’ouvrir pour rallier les Canaries, comme l’explique Fabien Delahaye (Groupe Gilbert) : « Jusqu’à présent, on a beaucoup été tout droit, à des allures où les bateaux vont à la même vitesse. C’était difficile de faire une petite différence. Il y a de la stratégie au portant qui va enfin pouvoir se dessiner. Ça va être technique, la moindre petite erreur engendrera des écarts de distance importants. La stratégie arrive pour de bon. En tout cas, il n’y a pas eu un mètre de lâché depuis le départ, c’est assez fort de voir la flotte régater à un tel niveau. »

|Yann Eliès, l’idole des jeunes

Dans le match pour les premières places, chacun se jauge, se donne des références. Julien Villion, par exemple, n’est pas peu fier de tenir le rythme de Yann Eliès (Gardons la Vue), triple vainqueur de la Solitaire et marin inspirant pour beaucoup de jeunes Figaristes. « Je n’ai pas eu la chance de régater en même temps que le Roi Jean (Le Cam) en Figaro, je suis plutôt de la génération du Seigneur Eliès », souligne Julien. « Comme le Roi Jean à l’époque j’imagine, ce n’est pas facile de le décrocher de ton tableau arrière. On peut relativiser cette pensée en se disant que s’il est dans ton tableau arrière c’est que tu n’es généralement pas trop mal au classement. »

Le pointage dimanche de 17h00

  1. Bretagne – CMB Performance (Tom Laperche / Loïs Berrehar)
  2. (L’égoiste) – Cantina St Barth (Eric Péron / Miguel Danet) à 0,8 nm
  3. GUYOT Environnement – Ruban Rose (Pierre Leboucher / Thomas Rouxel) à 1,3 nm
  4. DEVENIR (Violette dorange / Alan Roberts) à 2,1 nm
  5. Gardons la vue (Martin Le Pape / Yann Eliès) à 2,2 nm
  6. Teamwork (Nils Palmieri / Julien Villion) à 2,2 nm
  7. Skipper Macif (Pierre Quiroga / Erwan Le Draoulec) à 3,1 nm
  8. Groupe Gilbert (Fabien Delahaye / Anthony Marchand) à 4,1 nm
  9. Région Normandie (Alexis Loison / Guillaume Pirouelle) à 4,4 nm
  10. CYBELE VACANCES TEAM PLAY TO B (Pep Costa / Will Harris) à 6,1 nm
  11. Breizh Cola (Gildas Mahé / Tom Dolan) à 7 nm
  12. Bretagne – CMB Océane (Elodie Bonafous / Corentin Horeau) à 9,1 nm
  13. MonAtoutEnergie.fr (Arthur HUBERT / Clément Commagnac) à 11,7 nm
  14. Quéguiner – Innovéo (Tanguy Le Turquais / Corentin Douguet) à 31,6 nm
  15. RLC Sailing (Estelle Greck / Laurent Givry) à 34 nm
  16. ERISMA GROUPE SODES – Fondation TARA OCEAN (Jérôme Samuel / Nicolas Salet) à 91,9 nm
  17. KRISS-LAURE (Nicolas Bertho / Romuald Poirat) à 114,8 nm
  18. INTERACTION (Yannig Livory / Erwan Livory) à 121,5 nm