Spindrift paisible Pacifique

Trophée Jules Verne, 2015 © Yann Riou | Spindrift racing

Depuis quatre jours dans le plus grand océan du monde, Spindrift 2 doit maintenant traverser une bulle de vents faibles pour glisser ensuite rapidement vers le cap Horn.   Les trimarans Spindrift 2 et Idec Sport naviguent ensemble au milieu du Pacifique, avec des choix de route vers le cap Horn particulièrement limités : sur le « dos » d’une perturbation en voie de désintégration depuis le Sud de la Nouvelle-Zélande, les deux compagnons du Pacifique ont enchaîné les empannages (quatre) pour rester en bordure du centre dépressionnaire afin de profiter d’un flux modéré de secteur Ouest. Et en ce 25ème jour de mer, les trois bateaux (avec le détenteur du Trophée Jules Verne, virtuellement plus Sud) sont quasiment sur la même longitude (150° Ouest), en route parallèle avant un empannage prévu en milieu de journée…

Deux journées difficiles
400 milles plus au Nord que Banque Populaire V il y a quatre ans, Dona Bertarelli, Yann Guichard, et leurs douze équipiers ne risquent pas de rencontrer de glaces comme leur prédécesseur qui avait dû composer avec des tabulaires de plus de 20 km de long avec moult growlers alentour… Mais comme le détenteur du Trophée Jules Verne (qui n’avait aligné que 163 milles le 17 décembre 2011), Spindrift 2 est bloqué par une zone de vents faibles qui l’empêche d’accrocher une belle dépression qui glisse dans son Sud, vers le cap Horn. Il va donc falloir traverser cette dorsale et c’est le timing qui est essentiel pour perdre le moins de temps possible.   Dès ce mercredi soir, le trimaran noir et or va donc incurver sa route vers le Sud-Est en ralentissant sensiblement : la grande difficulté sera de rester dans un couloir de vents supérieurs à six nœuds car Spindrift 2 peut encore progresser sur une trajectoire favorable, alors qu’en dessous de six nœuds, la configuration devient nettement plus aléatoire car pour conserver de la vitesse, il faudra multiplier les manœuvres et les changements de cap. Il y aura même du vent contraire d’Est à négocier pour se sortir de ce piège pacifique ! Ce n’est que vendredi que Yann Guichard et son équipage devraient retrouver un flux d’Ouest-Sud Ouest d’une vingtaine de nœuds qui les propulsera rapidement vers le cap Horn avec normalement peu de risques de rencontrer un iceberg, malgré la proximité de la banquise antarctique.

Le Horn en ligne de mire
Cette glissade vers le 55°Sud va donc s’effectuer très progressivement et les routages laissent entendre que le grand trimaran conservera encore quelques heures d’avance sur le temps de référence au passage du cap Horn. Un contournement de l’Amérique du Sud programmé pour la nuit de lundi 21 à mardi 22 décembre, soit après un peu plus de trente jours de mer alors que le détenteur du Trophée Jules Verne avait mis 30j 22h 18’ depuis Ouessant avant de passer le cap Dur.

C’est donc les heures qui viennent qui vont déterminer l’écart à ce point névralgique : plus vite Spindrift 2 traversera cette zone de transition entre ces deux dépressions pacifiques, plus vite il entrera dans l’Atlantique et sortira de ces redoutées mers du Sud qu’il négocie depuis maintenant douze jours.