Pas encore gagné, pas encore perdu…

Trophée Jules Verne, 2015 © Yann Riou | Spindrift racing

Les bulletins météos qui arrivent des deux routeurs prennent maintenant un pouvoir divin. Les deux oracles vont gagner en certitude et on les craint à chaque nouvelle heure qui passe. Pas encore gagné, pas encore perdu. Ils veulent y croire, on veut y croire. IDEC semble bien loin. Le retard augmente encore comme une vilaine blessure qui ne cicatrise plus. Maudit Atlantique. Malédiction du Cap Horn. « On fera le point à l’Equateur ». Le sage a parlé. Francis Joyon nous a fait le coup à chaque cap. On le suivrait aveuglément. Les eaux se retireraient devant lui qu’on ne serait pas surpris enfin…presque. Parler de miracle serait déjà parler d’échecs. Parlons de panache. Il n’en manque sur aucun des bateaux. Pas plus sur IDEC et pas plus sur Spindrift. Il faut le faire ce Tour du Monde et il reste encore 7 jours.

Le bulletin de Jean-Yves Bernot pour Spindrift
Enfin dans l’alizé d’Atlantique sud qui passe gentiment de E.NE à E.SE pour 15-20kt. Navigation de beau temps ponctuée de quelques grains rafraîchissants. En route vers le pot au noir qui devrait se montrer compréhensif à cette saison : passage dans la soirée du 31 vers 1 30 S. La suite : l’équateur en guise d’étrennes aux premières heures du premier Janvier, puis la remontée de l’Atlantique nord avec l’anticyclone des Açores comme juge de paix.

A bord de Spindrift
Enfin ! Après un début d’Atlantique sud mouvementé entre pétole, grains, vent de face et mer totalement désorganisée dans laquelle le bateau a cogné, tapé et vibré, Spindrift 2 est enfin parvenu à s’extirper des griffes de cet anticyclone qui ne lui aura laissé aucun répit. Désormais poussés par des alizés Est Sud-est de 15-20 nœuds, les marins ont mis le cap vers le fameux Pot au noir réputé facile à traverser en cette saison dans l’Ouest de l’Atlantique. Ils navigueront tribord amure sur au moins 6 000km jusqu’à l’Anticyclone des Açores. Affaire à suivre…

A bord d’IDEC
« On fera le point à l’équateur! » Pragmatiques, réalistes, Francis Joyon et ses cinq hommes d’équipage prennent les difficultés les unes après les autres. Celle qu’ils négocient avec un rare entêtement depuis deux jours a pris la forme d’un vaste anticyclone qui barre l’Atlantique Sud au large de la baie de Rio, annihilant le joli décalage dans l’est réalisé par IDEC SPORT après le passage du cap Horn. Le maxi trimaran progresse depuis en serrant le vent, l’allure détestée des marins et des machines à trois coques, inconfortable au possible et surtout si peu satisfaisante en terme de gain sur la route. La sortie de ce sombre tunnel est cependant en vue, et Francis espère dès ce soir voir le vent, « prendre de la droite », s’orienter à l’est et permettre au grand multicoque de libérer les chevaux, cap vers l’équateur, juge arbitre de ce trophée Jules Verne où Francis, Guéno, Boris, Alex, Bernard et Clément feront les comptes de ce que les péages de l‘Atlantique Sud auront finalement couté.

Nouvelle nuit inconfortable à bord d’IDEC SPORT qui a prolongé son bord bâbord amure en bordure de l’anticyclone dit de Sainte Hélène. Une route à la fois mal pavée, peu rapide face au vent de nord ouest un peu trop léger. Ce n’est qu’à la mi-journée que Francis et son commando ont de nouveau viré de bord, pour ce qu’ils espèrent être l’une des dernières « grande manoeuvre » avant d’entrer, enfin, dans un régime d’alizés. Un long bord cap au nord les y attendra, pour tenter de rejoindre au plus vite l’équateur. Il sera alors temps de comptabiliser le temps passé dans cet hémisphère sud de tous les écueils pour les chasseurs de record. La taille et le déplacement vers l’ouest de l’anticyclone de Sainte Hélène n’auront cette année eu aucune faveur pour Francis et son équipage. « Nous espérions tirer profit de notre beau décalage dans l’est après les Malouines » confesse Joyon, « mais il nous a fallu refaire de l’ouest pour éviter de se faire encalminer, et donc affronter au près les flux de secteur nord le long des côtes brésiliennes. »

Enthousiasme intact !
Loin d’abdiquer, et malgré l’imperturbable décompte du chronomètre, les hommes d’IDEC SPORT continuent de batailler, avec une envie et un enthousiasme qui forcent le respect, si l’on considère l’intensité du travail accompli depuis 38 jours par ces 6 hommes à bord d’un voilier taillé pour 10, et qui ont sacrifié repos et récupération à la bonne marche de la machine. « Le bateau est en parfaite condition » souligne d’ailleurs Francis, prompt à louer le travail de surveillance effectué au quotidien par ses équipiers. « L‘Atlantique Sud a refusé de coopérer » s’amuse-t’il presque. « Espérons que l’ Atlantique Nord nous offrira de quoi terminer avec panache ce tour du monde. »